04 mai 2008

Le championnat de la barbarie

260304471.jpg« Les 16, 17 et 18 mai 2008 est programmé à Cluny (Saône-et-Loire, 71) un « championnat de France » de déterrage. Il s’agit d’un concours de chiens de chasse, dont les terrains de jeu seront les milieux naturels, et les « cibles » des animaux sauvages, en particulier des blaireaux ». Le déterrage, ça consiste à forcer le blaireau à sortir de son terrier (enfumage, chiens) à côté duquel on a creusé une sorte de fosse (au tractopelle si possible). L'animal terrorisé s'y réfugie, et y lutte contre les chiens pendant des heures. Finalement, si possible avant qu'il ne meurre, de courageux chasseurs le saisissent avec des pinces métalliques et le relâche un peu plus loin. Alors le blaireau comprend : c'était juste pour de rire ! Et soulagé, il reprend sa petite vie comme si de rien n'était. D'ailleurs, pour preuve que ça comptait pour du beurre, les chasseurs reconstruisent son terrier, qui a été à peine détruit par la meute en furie et le tractopelle.
870476063.jpg Vous ne me croyez pas ? Pourtant, c'est écrit noir sur blanc dans Libération : « Le préfet de Saöne-et-Loire, Michel Lalande, rassurant, [...] précise que tuer les blaireaux est "strictement interdit" et que "leurs terriers seront reconstitués par les participants" ». Ha, vous voyez que je n'invente rien, c'est même le préfet qui le dit. Et bien sûr, un préfet, non seulement ça ne dit pas n'importe quoi, mais ça reste insensible au lobby des chasseurs.
Bien sûr, ce sera la pleine période de reproduction et les petits seront peut-être un peu malmenés au fond des terriers.
Bien sûr, des écologistes (ceux de l'association Meles, par exemple) disent que des blaireaux meurent suite au stress dans les heures qui suivent le relâcher, mais les écologistes ont les connaît, tous des empêcheurs de tourner en rond, et puis on ne peut quand même pas accuser les chasseurs de les avoir tuer - totalement innocents, les pauvres chasseurs.
Bien sûr, ce genre de chasse est interdite dans la plupart des autres pays européens, où les blaireaux font aussi parfois partie des espèces protégées (Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Irlande, Espagne, Grèce, Pays-Bas et Luxembourg).
Etrangement, des associations s'émeuvent et grondent. Un temps, le préfet a même failli tout annuler, au cas où les blaireaux feraient appel à quelques partisans pour les défendre.
Hé quoi, de braves chasseurs, appuyés par un tout aussi courageux préfet, organisent une petite party et des enquiquineurs crient au scandale ? Heureusement, de bons citoyens, des gens intelligents et qui réfléchissent fort, réagissent. Par exemple, Monsieur Ben, qui écrit suite à l'article de Libération et à propos de la chasse sous terre : " La vénerie sous terre est un mode de chasse à part entière qui par ses usages et ses coutumes appartient à la culture rurale, au patrimoine commun. C'est un art qui se cultive, se perpétue dans des règles strictes et qui nécessite donc comme n'importe quel autre le respect ". Sans doute comme la corrida, l'esclavage, l'excision, le gavage des oies et des canards : tout ça aussi ce sont de bonnes vieilles traditions à part entière qui font partie du patrimoine commun, donc à "respecter" sans aucune doute. Bravo, brave Monsieur Ben. Et puis, d'une part, tout le monde sait que les blaireaux français (contrairement aux belges, anglais, italiens irlandais, espagnols, grecs... ) sont particulièrement dangereux et qu'ils constituent une menace très inquiétante pour notre beau pays (ouf, de vaillants chasseurs nous défendent contre les hordes de blaireaux, alors qu'innocemment nous ne soupçonnions rien), d'autre part la France a une réputation de pays complètement arriéré qu'il faut maintenir, alors ne croyez pas qu'ils font ce championnat uniquement pour le défoulement sadique : c'est aussi pour maintenir la France dans sa tradition de pays rétrograde (puisque les traditions, ça se respecte).
Mais j'écris, j'écris, et ça me fatigue. Si vous voulez en savoir plus, je vous laisse le soin de lire le communiqué de Cyberacteurs, celui de l'ASPAS, lire (et télécharger) la fiche sur le déterrage, et n'hésitez surtout pas à signer leurs pétitions. Si vous voulez écrire aux intéressés, il n'est peut-être pas encore trop tard. Et puis,  pourquoi ne pas aller faire un petit tour sur place les 15, 16 et 17 mai 2008, histoire que nos amis les blaireaux se sentent un peu moins abandonnés aux mains des brutes ?

Envoyez sans tarder votre prose à (vous pouvez vous inspirer du communiqué de l'Aspas ou de celui de Cyberacteurs) :

christian.chassaing@saone-et-loire.pref.gouv.fr.
ministere@ecologie.gouv.fr.
mairie@cluny.fr.
DDAF71@agriculture.gouv.f

10 avril 2008

Chasse aux sorcières

"Drame : l'enfant d'un coupe végétalien meurt de malnutrition."
C'était le 4 avril dernier en France et il a quasiment été impossible de louper cette actualité tant elle a été médiatisée (et je suis tellement en colère que c'est juste difficile d'écrire un article).

Pour celles et ceux qui auraient quand même raté l'actu, reprenons les faits - bien plus importants que le titre : l'enfant en question, une fillette, avait onze mois. Elle n'avait été nourrie que du lait de sa mère, et elle est décédée de "privation de soins ou d'aliments". Plus loin, nous lisons aussi : "Une autopsie a mis en évidence de multiples signes d'infection et un défaut de soins et d'hygiène remontant à la naissance. [...] Souffrant avant son décès d'une diarrhée et d'une bronchite non soignées, la fillette était exclusivement allaitée par sa mère, âgée de 37 ans."
Question : si les parents n'avaient pas été végétaliens mais avaient agit de même, les journaux auraient-ils titré : "Drame : l'enfant d'un couple viandiste(1) meurt de malnutrition" ? Bien sûr que non !
Des histoires d'enfants maltraités et mal nourris, il y en a malheureusement plein. Des drames d'enfants qui succombent de "privation de soins" et/ou d'inanition, il y en a aussi hélas beaucoup, j'en ai lu plusieurs dans les journaux ces dernières années. Vers Noël 2007, une femme succombant à une crise de folie a laissé sa fille mourrir de faim sous ses yeux, près de Perpignan. Ce drame-là n'a pas été titré : "Une femme viandiste laisse sa fille mourrir de faim sous ses yeux". Avec perspicacité, l'auteur de l'article a compris que le décès de la fillette n'était pas lié à l'alimentation de sa mère mais à un déséquilibre psychologique.
Par contre, c'est non seulement dommage, mais surtout très révélateur, que le décès de la petite fille de 11 mois n'ait pas été entièrement attribué au déséquilibre psychologique de ses parents mais injustement lié à leur alimentation. C'est (encore une fois) stigmatiser le végétalisme. C'est associer de façon injuste et arbitraire végétalisme et troubles de comportements. C'est aussi faire croire qu'il existe une seule forme de végétalisme, qui mènerait forcément au drame, alors que, comme pour toute alimentation, il existe des multitudes de possibilités. De la même façon que ce n'est pas parce qu'un couple mange des animaux qu'il succombe forcément à des carences graves ou à des accès de démence, ce n'est pas parce qu'il serait végétalien qu'il aurait forcément des carences graves ou des crises de folies. L'immense majorité des parents végétaliens, des parents végétariens et des parents viandistes s'occupent bien de leurs enfants - et de ceux-là, on ne parle évidemment pas.
Mais le pire c'est encore l'interview du Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste attaché à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et honteusement publiée par le site du journal 20minutes. Pour lui, les végétaliens sont grosso-modo tous des déséquilibrés. Il ne mâche pas ses mots : "Pour moi, le végétalisme est un trouble du comportement alimentaire, au même titre que l’anorexie. Pour moi, c’est une dérive sectaire." Je plains beaucoup ce brave docteur qui est si mal informé. Peut-être vit-il dans une grotte pour ne pas savoir ce que même moi, pauvre profane de la nutrition, je sais ? C'est-à-dire qu'il est aujourd'hui médicalement, scientifiquement prouvé qu'une alimentation végétalienne bien menée est bénéfique à la santé - il suffit de lire (entre autres) le rapport officiel de l'Association Américaine de diététique, Diététiciens du Canada sur l'alimentation végétarienne et végétalienne pour en être convaincu. Ce document est consultable et téléchargeable gratuitement sur Internet (format A4, brochure, version originale en anglais). Le Dr Cocaul ajoute "N’oublions pas que l’homme est un omnivore. Ce n’est pas par goût, c’est une nécessité humaine". Oui, mais un omnivore est un animal qui peut se nourrir indifférement de végétaux ou de produits animaux. C'est-à-dire qu'il a le choix, que son organisme est remarquablement adapté et adaptable à de multiples nourritures. Les humain-e-s ont la chance d'être omnivores (et non pas carnivores) : ils peuvent choisir leur alimentation. Un minimum de connaissance leur permet par la suite d'éviter de graves carences, et toute alimentation, végétalienne ou non, doit être équilibrée. C'est une évidence qui n'a étrangement pas l'air de l'air pour le Dr Cocaul. Donc, avec un minimum de connaissances facilement accessibles grâce à un livre ou une recherche sur Internet, ou l'avis de mon médecin (et mon médecin traitant approuve mon alimentation végétalienne) je peux choisir une alimentation végétalienne sans être ni carencée, ni avoir de grave trouble du comportement alimentaire, ni être en dérive sectaire.
La mort de l'enfant est absolument dramatique, mais j'offre une fin de non recevoir à la chasse aux sorcières - pardon, aux végétaliens - qui l'accompagne.
J'ai été un peu rassurée de voir que l'Association Végétarienne de France a répondu à cette actualité déplorable d'une part par un communiqué de presse, d'autre part par une lettre à 20 minutes. Sans doute, cela servira à informer quelque peu mes obtus contemporains sur la légitimité du végétalisme. Mais y'a encore beaucoup de boulot avant de faire accepter cette simple vérité... J'écris par ailleurs à 20minutes et au fameux Dr Cocaul - et n'hésitez pas à écrire, l'union fait la force, n'est-ce pas.

(1) Je ne sais toujours pas comment appeler les gens qui mangent les animaux, "viandiste" est le seul mot qui me va à peu près mais je ne le trouve pas très adéquat non plus.

02 avril 2008

N'en tirons pas les conclusions qui s'imposent

1360205.jpgLibération vient de publier un article fort intéressant sur la souffrance ressentie par les poissons. Dans cet article douteusement appelé "Poissons peinés", Édouard Launet fait rapidement le point sur les dernières recherches qui établissent de façon formelle que les poissons ressentent la souffrance : " Il existe désormais un consensus scientifique autour du fait que les poissons, comme les mammifères et les oiseaux, peuvent ressentir la douleur. A leur manière : muette. Conséquence, les attitudes changent progressivement, irréversiblement. "
De là, des "recommandations" auraient été adoptées par le Conseil de l'Europe en 2005 par rapport à la pisciculture et la vivisection (désormais, il est recommandé d'anesthésier les poissons lors des manipulations).
Quant à la pêche, ce "sport paisible", la question se pose désormais : " Faudra-t-il un jour euthanasier les poissons dès la sortie du chalut, au lieu de les laisser suffoquer sur le pont ? Faudra-t-il arrêter la pêche aux espèces des grands fonds (empereur, sabre, grenadier, siki) parce que la remontée brutale provoque une décompression qui leur fait éclater la vessie et surgir les yeux des orbites ?"
Un peu plus loin, l'article précise : "En Suisse, depuis septembre 2006, le distributeur Migros commercialise des poissons labellisés «Fair Fish» (respectant les directives édictées par l’association du même nom), ce qui signifie que chaque animal a été étourdi et tué immédiatement après sa sortie de l’eau." Un des fournisseurs sénégalais de Migros a désormais accepté de pêcher selon cette méthode dite "fair".
Je ne me permettrais pas de douter des dires de la société Migros, mais je me demande comment chaque poisson peut être étourdi et tué immédiatement à sa sortie de l'eau, étant donné que ce sont des milliers de poissons qui sont remontés d'un coup à chaque coup de filet. Et aussi, comme ces "fair-pêcheurs" gèrent-ils la souffrance des "déchets", c'est-à-dire des milliers de poissons et autres animaux non-consommables ramenés en même temps dans les filets ?
Car si es poissons sont tout simplement laissés s'asphyxier sur le pont du navire, c'est aussi parce qu'ils sont des milliers, d'ailleurs ont les compte par tonnes. Ou bien Migros a mis au point un système de les tuer en masse - Édouard Launet ne nous donne pas d'indication à ce sujet - par exemple, les poissons sont peut-être précipités dans des bacs les électrocutant ?
L'article nous dit avec justesse : "«Il est difficile de déterminer le niveau de douleur chez un animal qui ne communique pas, il faut donc trouver des indicateurs physiologiques et comportementaux de son stress.» C’est moins simple que chez la poule ou le cochon."
Mais quand je vois à quel point les animaux terrestres d'élevage, poules et cochons pour ne citer qu'eux, sont extrêmement maltraités lors de leur élevage, transport et abattage, alors que leur douleur est reconnue et qu'en plus ils nous envoient des signaux clairs de leurs souffrances, je reste plus que très sceptique quant à la prise en compte de la douleur muette des poissons.
Le plus intéressant dans cet article, c'est de voir comment il réussit à ne pas tirer les conclusions qui s'imposent de telles découvertes. D'un côté, il nous apprend que les poissons, comme tous les animaux sentients, ressentent la douleur et la souffrance. Mais nul part un mot sur le fait que les poissons veulent vivre, et non pas finir dans nos assiettes. Nous apprenons simplement qu'"actuellement dans les élevages commerciaux peuvent ne pas répondre à tous les besoins des animaux et, par conséquent, à leur bien-être». Surtout quand le premier des besoins est de vivre, mais cela n'y songeons pas. Après tout, ils n'avaient qu'à naître du bon côté de la fourchette.
Et, alors que nous découvrons que "la pression pourrait venir des consommateurs", nous sommes presque aussitôt rendormis par les bons mots de Launet qui nous rassure :
"Rien de tout cela ne doit empêcher de manger du poisson, pourvu qu’il ne soit pas cuisiné «au bleu», et donc découpé ou ébouillanté vivant."  Donc pas de remise en cause à faire. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir, mais il ne faudrait surtout pas l'utiliser, et tant pis pour les millions de poissons qui étouffent atrocement sur les ponts des bateaux, et tant pis pour les millions d'autres animaux  non commestibles qui agonisent avec eux. Alors, même si l'article nous dévoile que les pieuvres, homards et autres bestioles pourraient eux-aussi ressentir la douleur, on ne se sent pas très concernés, n'est-ce pas.
Perso, j'appelle ça de l'incohérence et de l'hypocrisie. Heureusement, on n'est pas obligé d'écouter les insanités de l'auteur, et nous avons la possibilité de faire preuve d'empathie avec les poissons et d'en tirer les conclusions qui s'imposent : arrêter de les manger, tout comme arrêter de manger les autres animaux.
Un dernier point qui m'intrigue : comment est-ce possible que ce soit seulement maintenant, en avril 2008, qu'un article paraisse sur la sentience des poissons et l'intelligence des pieuvres, alors que moi, modeste consommatrice de base, je lise des articles et des brochures à ce sujet depuis des années ? Et que, pour ne pas causer de souffrance inutiles aux poissons, j'ai arrêté de les manger depuis une bonne quinzaine d'années ? je ne me pensais pas aussi clairvoyante. À moins que ce ne soit Libération qui soient particulièrement bouché... Ceci dit, un article sur les poissons autrement que cuits dans nos assiettes c'est tellement rare, que c'est déjà pas si mal que celui-ci existe.
Illustration : brochure Poissons, le carnage, eds Tahin Party.

29 mars 2008

Arrêter Aretha Franklin

840472472.jpgLe titre de Libération Peta propose d'éponger les dettes d'Aretha Franklin ne pouvait pas ne pas retenir mon attention. Je lis donc l'article :
"L'association américaine s'engage à payer les dettes de la chanteuse si cette dernière fait preuve de R-E-S-P-E-C-T pour les animaux en arrêtant de porter de la fourrure.
Aretha Franklin risque de voir son domicile vendu aux enchères publiques si elle ne règle pas ses dettes. À la suite de négligences de son avocat, la Reine de la Soul a un arriéré d'impôts de dix-neuf mille dollars. Depuis 2005, la chanteuse, qui a vendu des millions d'album, n'aurait pas réglé les taxes locales de sa maison de Detroit dans le Michigan. La Peta a proposé un marché à Aretha Franklin : si la chanteuse arrête de porter de la fourrure, l'association pour le traitement éthique des animaux épongera ses dettes.

La Reine de la Soul a reçu des militants le titre peu envié de "Personnalité la moins bien habillée de l'année 2007" à cause de ses tenues en fourrure. Ingrid Newkirk, la présidente de la Peta a écrit une lettre ouverte à Aretha Franklin : "Notre offre est donnant donnant : vous gardez votre maison et les animaux gardent leurs vies". En 2007, la chanteuse Mariah Carey et l'actrice Kim Cattrall avaient donné tous leurs manteaux à l'association et s'étaient engagées à ne plus porter de fourrure. Aretha Franklin n'a pas répondu à l'offre de la Peta."

1765039764.jpgJ'avoue, j'en reste bouche bée, car même si Peta nous a plus ou moins habitué à des actions étonnament peu conventionnelles et qu'on sait que cette structure est attachée au monde du show bizz, là je vois pas du tout l'intéret de cette action. A mon avis, ça risque vraiment de susciter des jalousies, des rancoeurs et surtout l'incompréhension (d'ailleurs, je comprends pas), car comme l'écrit Timo, un Internaut, en commentaire : "Si j'enlève mon perfecto et mes santiags, est-ce que la Peta règle mon découvert à la banque?" Pourquoi celle-là (pas capable de gérer sa fortune en plus) et pas moi? Et puis, le fameux R-E-S-P-E-C-T qui lui est réclamé, et acheté, ça consisterait seulement à ne pas porter de fourrure (même si elle en porte tout le temps)? Et qu'en est-il de manger les animaux? Ben dis donc, si PETA veut payer chaque star pour qu'elle respecte pour de vrai les animaux, c'est-à-dire ne pas porter de fourrure bien sûr, mais aussi ne pas les manger, ne pas porter de cuir, ni de laine, bref, devenir vegan, ça va vite les ruiner cette affaire. Sans compter tous les malins qui vont dire : "Si on me file pas du fric, je vais porter de la fourrure !" (ou se mettre à remanger de la viande, ou manger plus de viande, etc). Bref, la porte ouverte à tout et n'importe quoi.
Il y a vraiment plein d'actions vraiment constructives à financer pour sauver des milliers d'animaux, je ne vois mais alors pas du tout l'intérêt de donner 19 000$ à Aretha Franklin pour quelque chose qu'elle devrait être fière de faire, et que des milliers de personnes choisissent heureusement de faire.
Quite à vouloir agir contre la fourrure, ça aurait été plus malin de financer une campagne sur la fourrure et les énormes souffrances que cela implique. Quant je vois toutes ces atrocités, j'ai vraiment envie de badigeonner à la peinture puante rouge les Aretha Franklin, plutôt que de leur filer de la thune.
A noter que le 28 mars, la tuerie annuelle des phoques pour leur fourrure a commencé sur la banquise. Via le site de Fourrure-Torture, on apprend que la chasse aux phoques au Canada est le plus grand massacre de mammifères marins dans le monde. Elle s’est clôturée en 2007 avec plus de 224000 phoques tués. Près d’un million de phoques ont été abattus sur la banquise canadienne lors de ces 3 dernières années...

15 mars 2008

Un de moins, un de plus

117115745.jpgHier, je passais un moment avec un ami. Au détour de la conversation, il m'a dit quelque chose du genre : "Je ne suis plus très sur d'être végétarien" ou bien c'était : "Mais est-ce que je peux encore me dire végétarien ?" De mon côté, je n'étais pas très sure d'avoir bien entendu - comme j'aurais préféré m'être trompée ! Comme il s'est éloigné un moment, je me suis demandée s'il vallait mieux entamer une discussion avec lui sur ce qu'il me semblait quand même avoir bien entendu, ou bien faire comme si de rien n'était. J'ai pensé que je n'avais rien à perdre, les animaux non plus et que, somme toute, ce pourrait être instructif d'en savoir plus.
Comme il revenait, je lui ai demandé ce qu'il en était vraiment. Est-ce qu'il remangeait vraiment de la viande ? Souvent, régulièrement, dans quels contextes ? Il m'a expliqué en remanger vraiment rarement, jamais chez lui, mais parfois au restaurant ou dans un contexte familial... Par facilité sociale ? Oui, mais aussi par goût.
Ça m'a fait vraiment mal à entendre, mais au moins c'était honnête. En gros, la viande il aime ça, et il n'a pas envie de se prendre la tête. Ou plutôt, plus envie, parce qu'il était végétarien depuis plusieurs années. Je ne sais pas depuis combien de temps exactement, mais je l'ai toujours connu végétarien, et ça fait quelque chose comme 8 ans que je le connais.
Ça m'a fait mal pour les animaux. Manger de la viande, c'est faire souffrir et demander la mise à mort d'animaux. Même si c'est très occasionnel, ça ne peut pas ne pas faire de mal aux animaux.
Personnellement, je trouve très intéressant de me demander si mon mode de vie peut être généralisable. Parfois j'en tire des conclusions pratiques constructives (être végane, mais aussi ne pas laisser d'appareil en veille, ne pas consommer à tout va, etc).
Pour l'impact de ma consommation d'énergie, par exemple, il a été calculé que les appareils laissés en veille par la population française demandent à eux seuls l'énergie d'une centrale nucléaire. Ainsi, même si à mes yeux une télé, une chaîne hi-fi ou un écran d'ordi en veille sont totalement insignifiants, en réalité ça contribue de façon non anodine à la production du nucléaire (donc je ne laisse jamais de veille allumée). Quant au fait de manger de la viande, et bien admettons que les 60 millions de Français-e-s se mettent à en manger occasionnellement... D'un côté, c'est sûr que ce serait d'abord extrêmement bénéfique, vue la consommation monstrueuse de viande actuelle. Des millions et des millions d'animaux seraient immédiatement sauvés. Mais des millions d'autres périraient quand même. Si 60 millions de personnes mangeaient un quart de poulet par mois, ça ferait quand même 15 millions de poulets tués par mois. Ce n'est pas rien me semble-t-il ; pour les animaux, c'est encore la terreur qui continue.
Alors quand un ami végétarien m'annonce qu'il remange de la viande, même si c'est pas beaucoup, même si c'est pas souvent, ça me rend terriblement triste. J'avoue que j'ai du mal à ne pas juger. Car si on met les pincettes psychologiques de côté, il faut reconnaître qu'accepter, en connaissance de cause, de manger de la viande pour son plaisir gustatif, relève malheureusement d'une forme d'égoïsme primaire. La vie des uns contre le bon petit repas des autres. Cher payé pour ceux qui naissent du mauvais côté de l'assiette...
Ce qui me fait mal aussi, c'est de ne pas me sentir à la hauteur. Sans doute n'ai-je pas su donner suffisamment de forces à cet ami pour l'encourager dans son végétarisme. Je me sens comme trahie, abandonnée, loin de lui. Remanger de la viande n'est pas un geste neutre. Ce n'est pas simplement mettre quelque chose dans sa bouche. C'est accepter qu'une certaine forme de torture et de mise à mort existent pour son plaisir à soi. C'est une autre vision du monde, une autre sensibilité. C'est une forme d'indifférence lourde de conséquences, et à mes yeux d'autant plus triste qu'il avait réussi à faire un autre choix - celui de refuser de manger de la chair.
Peut-être a-t-il l'impression que ce qu'il mange a un impact insignifiant, surtout si ce n'est pas quotidien. J'ai souvent entendu des gens continuer à manger de la viande en argumentant des choses du genre : de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. Cette croyance en notre impuissance personnelle est terrible, elle nous déculpabilise et plus personne n'est responsable de rien. Mais pour qui alors les millions d'animaux abattus chaque jour en France, sinon pour notre déjeuner ? Et si nous ne changeons pas, qui le fera ?
Pour essayer quelque chose, j'ai proposé à mon ami de lui prêter des films sur les animaux (je pensais notamment à cet excellent et terrible film, Earthlings). Mais bien sûr, il n'a pas voulu. De toutes façons, il sait. Même si sans doute il a un peu oublié, et comme ça il mange plus tranquillement des bouts de cadavres.
 
Mais hier également, un autre ami, vegan, m'a annoncé qu'un de ses neveux refusait de manger toute viande pour ne pas exploiter des animaux. Il refuse même de manger des oeufs et des produits laitiers. Il a neuf ans et il vit dans une famille omnivore. Hé bien moi, je lui tire mon chapeau à ce gosse-là. Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve.
 
(L'illustration est issue d'un concours lancé par PETA.)