05 février 2012

Le froid, la suite

Hier, j'ai passé mon après-midi à nourrir les oiseaux dans un parc aussi beau que grand - le parc de la Tête d'Or, pour ceux et celles qui connaissent. Le lac commençait tout juste à geler, quelques cours d'eaux étaient recouverts de glace.
sitelle torchepot.jpgDans les grandes allées exposées au vent, il n'y avait pas d'oiseaux.
Mais dans les petites contre allées, protégées des bourrasques glacées, j'ai très rapidement croisé un rouge-gorge. Comme celui-ci n'avait pas du tout l'air d'avoir peur, je lui ai jeté quelques bouts d'amande, et c'est sans manière qu'il les a vite avalées. Un second rouge-gorge est alors arrivé, et j'ai mis des morceaux aux deux de façon un peu éloignée, de façon à ce qu'ils acceptent chacun la présence de l'autre. Puis plusieurs mésanges charbonnières les ont rejoint, un peu plus timides mais tout aussi affamées.
Au bout d'une dizaine de minutes, c'est une sitelle torchepot qui s'est posée à proximité, attirée par cette distribution, une sitelle torchepot nous a rejoint (photo). C'est avec émotion que j'ai vu donné à ce bel oiseau d'ordinaire si farouche une amande entière, qu'elle a vite emporter pour manger ailleurs. Et puis c'est une petite poule d'eau qui a conclu ce ballet, picorant au sol les miettes d'amande et les graines de chanvre qui figurent parmi les aliments préféré des oiseaux.
pouledeau01.jpg
Plus loin, trois poules d'eau (photo) se sont alignées et couchées sur le sol pour manger ces graines de chanvre, sans doute voulaient-elles garder leurs grandes pattes au chaud sous leur plumage!
Pour contrer le froid, les oiseaux (et les animaux qui vivent dehors en général) doivent manger environ quatre fois plus qu'en temps normal! Aussi la faim les rend-elle bien téméraires pour accéder à la nourriture, si vitale, et leur permet de surmonter la très légitime peur de l'humain.

04 février 2012

Froid: sos pour tout le monde

Le froid fait la une de la presse et chacun en parle à tout instant - un froid spectaculaire, intense, réel, et une sensation de froid accentuée par un vent puissant et glacé. Nous voici début février, normal qu'il fasse froid bien sûr, c'est l'hiver quand même! N'empêche, ça caille sec, on s'emmitouffle et l'armada lourde est sortie du fond des placards; ça a presque un petit côté folklorique - pourvu qu'on puisse dormir au chaud et manger à sa faim.
Ce qui est loin d'être le cas de tous.
Les humains d'une part: au 4 février, les journaux annoncent 220 morts de froid en Europe. Les députés lancent un appel pour que des décisions politico-économiques soient prises d'urgence. Ce blog n'a ien sûr pas vocation à prendre parti pour tel ou tel bord politique (même si, avec la jeunesse, j'e.... le FN), mais comment évoquer cette actualité glaciale sans rappeler un discours de Sarkozy qui promettait, en 2006, que lui élu "plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir, et d'y mourrir de froid, parce que le froid à l'hébergement, parce que le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine" - allocution qu'il eut été dommage d'oublier et qu'on ne se lasse pas de revoir, spécialement ces jours-ci.
Dans ce froid saisissant nous pouvons aider les SDF, par exemple en soutenant une association caritative.
Si malheureusement les gens à la rue souffrent et meurent du froid, les animaux en souffrent et ne meurent également. Silencieusement, dans l'ombre d'un fourré, au pied d'un arbre, dans le creux d'un fossé. Chaque hiver, des millions d'oiseaux périssent lors des vagues de froid, et les mois de février et mars sont les plus durs car les stocks de nourriture disponibles ont été épuisés.
Ce matin, aux côté de l'appel aux députés, un autre article paraissait dans Libération: "Les animaux souffrent aussi du froid". Il nous rappelait que lors des grands froids comme celui qui traverse actuellement l'Europe, les animaux meurent essentiellement de faim et que nous pouvons les aider.

merlette-pomme-p1000193.jpg

Pour les oiseaux, le plus simple est de leur donner des graines, dont différentes variétés nourriront différentes espèces: tournesol et cacahuète (crues et surtout sans sel), millet, chanvre, avoine... De la graisse (végétale non salée) est aussi le bienvenu, et le mélange graisse+graine est le top. Les jardineries et les grandes surfaces vendent des graines et des boules de graisse (mais parfois il s'agit de graisse animale, tuer une vache pour nourir des mésanges???), et c'est souvent bien mois cher d'acheter des sacs de 5kg en jardinerie qu'un kg en grande surface. Beaucoup d'oiseaux, dont les merles et les grives, aiment les pommes et les poires, pensez à en mettre à leur disposition (les "trop mûres" étant les meilleures!).
Ne pas donner d'aliments salés ni de pain (peu calorique, il "bourre" sans nourrir et gonfle dans l'estomac).
Les mêmes magasins vendent des mangeoires, faciles à faire pour peut qu'on sache manier une scie, un marteau et tenir un clou. La nourriture peut être donnée dans les jardins, privés mais aussi publics, les parcs, les forêts, sur les balcons, et même les bords de fenêtre.
Si vous avez un jardin ou un balcon, pensez aussi à mettre plusieurs fois par jour de l'eau chaude: beaucoup d'oiseaux souffrent de la soif en hiver.
Beaucoup d'actions sont possibles pour sauver de la mort les animaux en ces jours difficiles, ne vous en privez surtout pas!
Le même article soulignait aussi que les animaux d'élevage et les animaux domestiques souffrent du froid. N'oublions pas que des milliers de chats abandonnés subissent l'hiver, et que des éleveurs abandonnent quasiment les animaux dans les prés en hiver. Pour les chats, One Voice propose une action concrète : chatipi. Et vous pouvez aussi tout simplement nourrir les chats vivant dans la rue (il existe d'excellentes (je les ai goûtées) croquettes véganes) et leur construire des abri.

21 janvier 2012

Demande de subvention

En Europe, l'élevage ne survit que grâce aux aides financières. Voici donc une lettre qu'Insolente Veggie nous propose d'envoyer à la Commission Européenne et à la DDAF, il n'y a aucune raison que ça ne marche pas. Merci de m'informer en cas de réponse.
Ne pas oublier de rectifier les zones en bleu.

Vos coordonnées

Commission européenne
Direction générale de l'agriculture et du développement rural
130, Rue de la Loi
B - 1049 Bruxelles
Belgique

Date

 

objet: demande de subvention

            Madame, Monsieur,

           J'ai créé un nouveau produit révolutionnaire que je voudrais lancer sur le marché, mais pour cela, j'ai besoin d'un soutien public, notamment financier.

           Ce produit sera un aliment totalement inutile à la santé humaine, et qui pourra même être dangereux. Il aura la propriété de favoriser les cancers (notamment le cancer colorectal) et les maladies cardio-vasculaires. La production de ce produit sera extrêmement polluante. Je désire donc fabriquer ce produit en très grande quantité, de façon à ce que chaque personne en consomme deux fois par jour, je prévois en conséquence que nous serons plusieurs centaines de milliers à le fabriquer pour satisfaire la demande. Ce produit sera vendu très cher aux consommateurs. Pour qu'ils puissent s'en  procurer, il faudra bien sûr que le gouvernement leur attribue des aides financières à la consommation. Je vous demanderais également d'appuyer par du lobbying la distribution ce ce produit.

           Bien entendu, ce produit ne permettra pas à ses fabricants de vivre décemment, donc mes collègues producteurs et moi aurions besoin d'aides de l'Etat, qui se porteraient à plusieurs centaines de millions d'euros par an.

            Veuillez m'indiquer rapidement si vous me soutenez dans ce projet, je pense que m'apporter une aide financière serait équitable puisque vous soutenez l'industrie de la viande, qui est dans une situation totalement similaire. Merci de m'indiquer également la procédure à suivre.

            Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutation respectueuses.

  Signature

(copie également envoyée à la DDAF)

15 janvier 2012

Les joies de la fourrure

En 2008, plus de 65 millions d'animaux ont été massacrés pour leur fourrure. La cible préférée de l'industrie de la fourrure est aujourd'hui la clientèle jeune et peu informée de la souffrance des animaux due à cette industrie. La fourrure se retrouve essentiellement sur les cols et accessoires bon marchés.
La fourrure n'est pas un produit anodin :
c'est la peau d'un animal qui a eu une vie de merde
et qui est mort dans d'atroces souffrances
uniquement pour rapporter du fric aux industriels
(qui font croire que c'est un produit anodin).

fourrure

fourrure

fourrure

http://insolente0veggie.over-blog.com/categorie-11752439.html

03 janvier 2012

Sur la route du retour

Fin décembre 2011, mon compagnon et moi embarquons à Lisbonne dans notre petit véhicule utilitaire aménagé pour revenir en France, soit un périple de 2000km à travers le Portugal, l’Espagne et une partie de la France. Au long de ce petit périple, qui a quand même duré 4 jours, avec une panne mécanique le 3ème jour et pas mal (trop) de tensions nerveuses, des centaines d’animaux ont croisé notre route, et ce sont quelques unes de ces rencontres que j’ai envie de partager ici.
Les premières ont été celles d’oiseaux, d’une multitude d’oiseaux d’espèces différents essentiellement vus au Portugal et en Espagne. En France nous considérons que les cigognes blanches sont l’emblème de l’Alsace, mais – outre le fait qu’il y en a aussi en Aquitaine – de grandes colonies vivent encore au Portugal et en Espagne, où leurs nids immenses surplombent pylônes de lignes à haute tension, églises, arbres, cheminées et même panneaux de directions autoroutiers surplombant les routes (en gros, tout ce qui est haut et un peu large et plat au sommet). Etant donné le climat clément donc la présence de nourriture (hélas de petits animaux), les oiseaux ne migrent pas et nous avons assisté à leurs vols gracieux ou pu les voir sur les nids. Et c’est pas plus mal qu’ils ne migrent pas, parce que ça leur évite de se faire massacrer dans leurs quartiers d’hiver africain et par des chasseurs tout au long de la migration.
Au Portugal, toujours, un vol de pies bleues a croisé notre route, et c’est toujours un vrai bonheur d’observer ces très beaux oiseaux ibériques, rares et discrets. Un peu plus loin, ce sont des vanneaux huppés qui étaient dans les champs, mais il nous a fallu du temps pour comprendre qu’eux et les étranges « pingouins » volants ne faisaient qu’un ! Hé oui, le vanneau huppé en vol ressemble à un pingouins, en tous cas pour les ornithologues profanes que nous sommes.
Sur une aire d’autoroute complètement insignifiante, nous avons assisté en trente minutes à un palmarès d’oiseaux sous un olivier : des merles, des étourneaux, un tarier pâtre (c’est joli comme tout), des bergeronnettes grises, des mésanges charbonnières, des moineaux, un rouge-queue noir !

pie.bleue.juda.4g.jpg pie bleu et vanneau huppé

vanneau.huppe.dico.2g.jpgvanneau.huppe.gecu.2g.jpg

Mais c’est la honte et le malaise que j’ai rencontrées au milieu de l’Espagne, en la présence d’un chien visiblement paumé errant le long d’une autoroute et pour lequel je ne me suis pas arrêtée. Parce que je n’ai pas eu la présence d’esprit et que le temps de réaliser ce que je venais de voir – un galgo abandonné – nous étions déjà « trop loin » pour nous arrêter. Parce que ce n’est pas facile de s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence - et pourtant, urgence il y avait ! – même sur une autoroute bien fluide. Parce que mon égoïsme profond a eu le dessus sur mes belles intentions. Les heures suivantes ont été plombées par ce rendez-vous peut-être raté avec un galgo perdu auquel nous n’avons pas offert la possibilité d’être secouru.
L’arrivée en Catalogne a été marquée comme les années précédentes par l’odeur. L’odeur des milliers et des milliers de cochons enfermés et souffrant mille maux dans les antichambres de la mort, à savoir les énormes élevages concentrationnaires qui pullulent sur les verdoyantes collines dont ils ne profiteront jamais. La Catalogne peut être fière d’avoir aboli la corrida, mais le beaucoup reste à y faire pour les animaux, et on pourrait sans doute lancer un concours de souffrances des cochons entre la Bretagne et la Catalogne. Est-ce que la Bretagne pue autant la merde de cochon que la Catalogne ? Tout l’air en est imbibé.
IMG_8791.jpgC’est par dizaine que nous croisons les convois. Camions lourds peinant en côtes pleins de cochons entassés en partance pour l’abattoir, vides et rapides une fois leur sale besogne accomplie. Il paraît que beaucoup de vegans vivent à Barcelone, luttent-ils pour les cochons ? En France aussi nous croisons pas mal de convois, appesantis de vaches ou d’animaux fantômes dont on ne devine la présence que par l’odeur ou la configuration du camion. En France aussi, et dans le monde entier, les campagnes abritent des millions d’élevages concentrationnaires où les animaux endurent les pires souffrances – promiscuité et surpopulation, puanteur, chaleur, froid, monotonie et dépression, médicamentation forcée, manque de soins, gavage, mutilations, séparations, inséminations forcées, obscurité, abandon – simplement pour satisfaire notre gourmandise et par respect des traditions culinaires.
IMG_8795.jpgMais les élevages se font discrets, de l’odeur certes mais pas de bruit, des bâtiments de béton ou de briques sans éclats, rien qui dépasse, tout est dans l’ordre. Ils restent cependant reconnaissables aux fenêtres fermées, aux cylindres remplis d'aliment (toujours le même repas) distribué automatiquement dans les mangeoires infectes.
Vision fugitive : par une fenêtre ouverte d’un élevage catalan un énorme cochon rose apparaît, hissé de toute sa force pour ce coup d’œil au monde extérieur et une goulée d’air frais.
Qui est-il ?
Avec un peu d’habitude et d’envie, à chaque instant la présence des animaux se révèle, parfois dans la joie, plus souvent dans la peine de l'exploitation.
Mais qui veut les voir, qui veut savoir ?

01 août 2011

Dix ans déjà

Août 2001: ça fait donc dix ans déjà qu'est paru cet excellent article dans Le Monde diplomatique.
A relire...

SILENCE, ON SOUFFRE !

Pitié pour la condition animale

« La tragédie du jour suivant, écrivait Edward Gibbon (1) à propos des spectacles romains, consista dans un massacre de cent lions, d’autant de lionnes, de deux cents léopards et de trois cents ours. » Le temps de ces spectacles odieux est révolu (même si divers combats de coqs ou de taureaux font penser qu’on pourrait encore remplir un cirque avec des amateurs de sang). Mais la vérité, si l’on consent à la regarder en face, est que notre société fait preuve d’une plus grande et plus secrète cruauté. Aucune civilisation n’a jamais infligé d’aussi dures souffrances aux animaux que la nôtre, au nom de la production rationnelle « au coût le plus bas ». Pour sept cents fauves massacrés un jour de fête dans l’Empire romain, ce sont des millions d’animaux que nos sociétés condamnent à un long martyre.

Par Armand Farrachi

N’ayons pas peur des mots : la France est couverte de camps de concentration et de salles de torture. Des convois de l’horreur la sillonnent à tout instant et en tous sens. Pour cause d’élevage intensif, les fermes, devenues des « exploitations », se sont reconverties en centres de détention à régime sévère, et les « fillettes » de Louis XI passeraient pour de véritables hangars face aux dispositifs où l’on enferme des créatures que la nature avait conçues pour la lumière, pour le mouvement et pour l’espace.

En France, 50 millions de poules pondeuses -à qui l’on a souvent tranché le bec au fer rouge- sont incarcérées à vie dans des cages minuscules où elles ne peuvent ni dormir ni étendre les ailes, mais seulement absorber une nourriture éventuellement issue de fosses septiques et de boues d’épuration... Les truies sont sanglées jour et nuit dans des stalles qui leur interdisent toute espèce de mouvement, et ce pendant deux ans et demi... Des veaux de 145 kg sont enchaînés dans l’obscurité en cases de 0,81 m... Des poulets, dits « de chair », ont les flancs si hypertrophiés que leurs os ne les portent plus et qu’il leur est impossible de se déplacer. Au moyen d’un tube de 40 centimètres enfoncé dans l’oesophage, des appareils pneumatiques font avaler chaque jour 3 kilos de maïs brûlant (l’équivalent de 15 kilos pour un humain) à des canards et à des oies immobilisés dans des « cercueils » grillagés, puisque, de toute façon, ils ne peuvent plus se tenir debout. Pour finir cette existence qui a surtout le mérite d’être brève, beaucoup seront transportés dans des conditions effroyables, entassés sans nourriture, sans soins, sans eau, au cours de voyages proprement étouffants, interminables et souvent fatals. Qui a vu cela ne l’oublie plus jamais.

En Chine, où il est courant d’ébouillanter et d’écorcher vifs les animaux, des ours sauvages sont enfermés jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des cages où ils ne peuvent pas même s’asseoir et où ils perdent jusqu’à l’usage de leurs membres. Une sonde est en permanence enfoncée dans leur foie pour y prélever la bile, utilisée en médecine traditionnelle. En Occident, la « communauté scientifique » fignole des animaux d’un genre nouveau : sans poils ni plumes ni graisse, aveugles et dotés de quatre cuisses, manifestement conçus pour le bonheur au grand air ! Il serait long, et pénible, de multiplier les exemples.

Pour ces millions, pour ces milliards d’animaux, le simple fait de vivre, depuis la naissance jusqu’à la mort, est un supplice de chaque seconde, et ces régimes épouvantables leur sont infligés pour des raisons si mesquines qu’on a peine à croire que des êtres humains puissent s’en prévaloir sans honte : une chair plus blanche, quelques centimes gagnés sur un oeuf, un peu de muscle en plus autour de l’os. « Cruelles friandises », disait Plutarque (2).

Quant aux animaux sauvages, pour n’en dire qu’un mot, on se doute qu’ils ne sont guère épargnés par le piège, le fusil, le poison, le trafic, la pollution ou la destruction de leur habitat. 8 500 espèces de vertébrés sont menacées d’extinction à court terme. L’homme est seul responsable de cette extermination qui ne peut être comparée qu’aux extinctions massives du mésozoïque. Au Cameroun, les grands singes sont actuellement victimes de ce qui mérite pleinement d’être appelé une destruction systématique, comparable à une sorte de génocide. Et, dans le domaine de la protection des animaux sauvages, ce n’est certes pas la France qui pourra donner des leçons, elle qui montre tant de zèle à légaliser le braconnage.

On a vu récemment de monstrueuses hécatombes (3), de terribles holocaustes (4) où les animaux étaient non pas « euthanasiés », comme on le dit pudiquement, mais massacrés et brûlés par milliers, par millions en Grande-Bretagne, victimes d’une maladie le plus souvent sans réelle gravité (la fièvre aphteuse), mais coupables de gêner le commerce et de déprécier la marchandise. Il faut d’ailleurs savoir que les abattages continuent après l’épizootie et que 450 000 vaches saines sont actuellement sacrifiées en France à « l’assainissement du marché ». Ce traitement, déjà révoltant quand il s’agit de lait ou de choux-fleurs, est-il admissible sur des êtres sensibles, affectueux et craintifs, et qui ne demandent qu’à vivre ? Rares ont été les professionnels qui se sont plaints d’autre chose que du montant ou de la rapidité de versement des primes au moyen desquelles on s’acharne à maintenir coûte que coûte une agriculture de cauchemar : un système d’indemnités après sinistre, une prime à la torture et à la pollution ? Qui n’a pensé aux pires horreurs médiévales en voyant ces crémations en masse, ces charniers remplis à la pelleteuse ? A quelle horreur veut-on nous préparer en appelant « sensiblerie » ou « zoophilie » toute compassion à l’égard de la condition animale ?

Ces condamnés sans langage

Les sentiments et les affaires n’ont jamais fait bon ménage, mais il semble quand même qu’on ait franchi les limites du supportable. Un producteur fait-il encore la différence entre une créature qui souffre et un objet manufacturé, quand il appelle un veau « le produit de la vache » ? Et alors qu’on entend de plus en plus souvent parler d’« organes vitaux » pour les voitures et de « pièces détachées » pour les corps ?

Il est vrai que partout des hommes, des femmes, des enfants sont victimes de l’injustice, de l’arbitraire, de la misère ou de mauvais traitements, que l’humiliation du prochain est un principe universel, que trop d’innocents croupissent en prison. Mais les souffrances s’additionnent sans s’exclure. « Dans le combat pour la vie, écrit Raoul Vanegeim, tout est prioritaire. » Peut-on être heureux quand on sait que d’autres êtres vivants, quels qu’ils soient, gémissent ?

Ceux que la souffrance animale laisse indifférents, fait sourire ou hausser les épaules au nom des « priorités » devraient se demander si leur réaction ne ressemble pas à celle des adeptes de l’inégalité, partisans de l’esclavage jusqu’au début du XIXe siècle, ou des adversaires du vote des femmes voilà à peine plus de cinquante ans. Au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs, n’a-t-on pas fait valoir également une « priorité » entre les plus proches voisins de nationalité, de religion, de « race » ou de sexe pour renvoyer les victimes à l’étrangeté, et si possible à l’animalité, afin de les éliminer plus facilement ?

Notre compassion est-elle si limitée qu’il faille établir des hiérarchies subjectives entre ceux qui méritent d’être sauvés en premier lieu, puis en second, puis plus du tout ? Faudra-t-il attendre qu’il n’y ait plus un seul Européen dans le malheur avant de se soucier des Africains, ou que tous les humains soient comblés pour s’occuper des animaux ? A quel odieux « choix de Sophie » serions-nous alors sans cesse confrontés ?

Claude Lévi-Strauss a écrit : « L’homme occidental ne peut-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt que né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ? (...) L’unique espoir pour chacun d’entre nous de n’être pas traité en bête par ses semblables est que tous ses semblables, lui le premier, s’éprouvent immédiatement comme des êtres souffrants. »

Au risque de choquer, demandons-le franchement : pourquoi les hommes auraient-ils le droit de se conduire avec les non-humains comme des barbares avec des innocents, et faudra-t-il toujours être l’inquisiteur, le démon, l’esclavagiste ou l’oppresseur d’un autre ? Quelle vie est a priori méprisable ? Tant que certains se croiront autorisés à maltraiter un être sensible parce qu’il porte des cornes ou des plumes, nul ne sera à l’abri.

La cause des animaux a beaucoup avancé, dans les faits comme dans les mentalités. Rien qu’en France, des dizaines d’associations la défendent, et jamais elle n’a rassemblé dans le monde autant de militants. Quatre-vingt-dix pour cent des Français se déclarent prêts à payer 15 centimes de plus un oeuf de poule libre. Même la législation évolue. Mais peu, et lentement. Et les phénomènes d’extinction massive et d’élevage intensif rattrapent vite les quelques avancées, non pour des motifs sentimentaux ou philosophiques (car l’opinion s’indigne sincèrement des brutalités envers les animaux), mais, encore une fois, pour cette même raison économique, qui s’oppose obstinément à la sensibilité individuelle.

Aux innombrables condamnés sans langage qui espèrent de nous des gestes qui ne viendront pas, nous n’avons à offrir que de bien piètres signes. On ne s’attend pas à ce que les Français deviennent tous végétariens ni, comme certains le demandent, que les droits humains soient étendus au singe. Mais quelle honte y aurait-il à faire un pas dans le sens de la compassion, à créer par exemple un secrétariat d’Etat à la condition animale comme il y en a un à l’économie solidaire ? La Belgique n’a pas craint de le faire. La Pologne a renoncé au gavage ; la Grande-Bretagne envisage d’interdire la chasse à courre. Malgré sa politique agricole, l’Europe s’est déjà timidement mais réellement penchée sur la question de l’élevage, de la chasse, de l’expérimentation et du bien-être. Tôt ou tard, on s’indignera massivement que des hommes aient pu torturer des animaux, même pour des raisons économiques, comme on s’indigne aujourd’hui des massacres romains, des bûchers, du chevalet et de la roue. N’est-il pas préférable que le plus tôt soit le mieux ?

Armand Farrachi.

(1) Edward Gibbon (1737-1794), historien anglais, auteur en particulier d'un livre très célèbre: Histoire du déclin de la chute de l'Empire romain, en 1976.
(2) Plutarque (49-125), biographe et moraliste grec, auteur en particulier des Vies parallèles.
(3) De gruc hékatombé qui veut dire : "sacrifice de cent (hédakon) boeufs (bous)".
(4) Du grec holocaustum, "brûlé tout entier".

 

 

21 janvier 2011

Vous reprendrez bien un peu des asticots ?

Ça peut sembler surréel ou délirant, mais il y en a qui y pensent: manger des asticots ou des insectes - et ça revient régulièrement sur le devant de la scène.. J'entends déjà les lieux communs: Mais dans certains pays, on mange bien des sauterelles (il suffit de lire Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe de Pierre Rabhi pour en être convaincu), et en effet les Indiens d'Amazonie se régalaient de vers gros comme votre pouce et juteux à souhait. N'empêche, j'avoue que devant le fricassé aux asticots je perds toute objectivité: je fuis. J'ignore si les vers ressentent la douleur ou non, mais si j'apprenaient qu'ils étaient sentients, ça ne ferait qu'augmenter ma totale aversion rien qu'à l'idée de les manger.
Parce que c'est bien ce dont il est question dans cet article paru récemment dans Le Monde: "La quiche aux vers, une alternative à la viande." Déjà, on ne sait pas si les vers sont sentients (mais comment en être jamais certainE?). Et de toutes façons, pourquoi bouffer des asticots alors que l'alimentation végane fournit sans aucun problème toutes les protéines nécessaires à notre organisme? Ça donne juste l'impression que les astucieux cuistots de tartes verreuses sont tellement accrocs à la bidoche qu'ils ne soupçonnent même pas qu'un bon plat de légumineuses est blindé de protéines! Ont-ils seulement jamais entendu parler de seitan, de tempeh, de tofu? A poids équivalent, le tempeh est plus riche en protéine que n'importe quelle viande! Le tempeh est une des bases de l'alimentation indonésienne, des millions de gens en consomment, et perso je préfère nettement une quiche au tempeh qu'une aux asticots, aussi dodus soient-ils.
J'admets que je sombre dans le plus pur patos ethnocentriste, et j'espère que celles et ceux qui liront cette note ne m'en tiendront pas rigueur, mais la bouffe aux vers, ça n'a jamais été mon fort. Oserai-je l'avouer? Je n'ai même pas eu le courage de lire l'article du journal... la photo me soulève trop l'estomac. Je soupçonne d'ailleurs l'auteurE de cet article d'avoir des actions dans les antivomitifs et d'avoir choisi cette photo exprès pour gagner de l'argent avec (non je plaisante, je ne prends jamais d'antivomitifs).
Heureusement, plein de personnes bien informées vivent sur cette planète, ont lu cet articles, et certaines ont eu le mérite de laisser des commentaires intelligents à La quiche aux vers, comme par exemple:

"Pas besoin de manger des insectes! Devenons plutôt végétariens! Les végétaux nous procurent tous les nutriments indispensables à notre existence: glucides, protides, lipides, oligo-éléments, sels minéraux , vitamines et fibres. Et le fait de manger directement du végétal plutôt que de la viande (produite à partir de végétaux) permet un gain important d'énergie."

"1 gramme de protéines animales coûte l'équivalent de 7 à 9 grammes de protéines végétales !"

"La production mondiale de viande a quintuplé entre 1950 et 2000, avec un impact désastreux sur l'environnement. Cette viande est majoritairement destinée aux pays "développés". Ceux qui s'en lavent les mains et rejettent la faute sur les pays à forte natalité font preuve d'aveuglement ! L'autosuffisance francaise en matière de production agricole n'est rendue possible que par les quotas agricoles qui maintiennent le tiers-monde dans la misère."

quiche-aux-vers.jpg

Je ne sais pas bien pourquoi, mais tout ceci me rappelle les Yes Men et leur ingénieuse idée* pour réduire la faim dans le monde: installer un système de pipelines qui transporterait jusque dans les pays les plus pauvres le caca des Occidentaux surnourris (de bidoche), le filtrerait et en ferait de bons burgers nutritifs...
Bref, un motif de plus pour être veganE - même si ce n'était pas la peine, on en a déjà tellement plein.

* Cette idée était du bluff, et les Yes Men, c'est un grandiose et magnifique canular de l'OMC!