Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03 septembre 2005

Rat singulier

medium_sarat.jpgJ'ai commencé hier un livre d'éthologie, L'animal singulier (voir ci-contre dans la rubrique Livresque!) où il est relevé un témoignage très remarquable, c'est l'anthropologue Louis-Vincent Thomas qui raconte :

" Voici ce qui m'est arrivé. Cela se passait vers les années 1966 dans la banlieue résidentielle de Dakar. J'avais un jardin magnifique et, hors de la villa, une pièce dénommée l'antre où je travaillais du matin au soir. Périodiquement, ce jardin devenait le lieu d'une scène ignoble : le jardinier [...] avait repéré le terrier où logeaient des surmulots. L'exploit consistait à y laisser couler l'eau du tuyau d'arrosage tandis qu'à l'autre bout il se postait, le chien à ses côtés, avec un bâton pour guetter la sortie de l'animal ; tantôt le surmulot s'échappait poursuivi par le clébard au milieu des cris, tantôt il succombait aux crocs qui lui rompaient les reins ou aux coups de gourdins du jardinier. Bref, le cirque et ses horreurs ! Quelle ne fut pas ma surprise, un matin, de voir, tapi sous ma bibliothèque, le rat qui s'y était réfugié à mon insu. Je ne voyais que le museau et des yeux étranges, fixes et pourtant quasi humains où je lisais un surprenant mélange de peur et de quête. Je lui offris une soucoupe de lait, des bouts de fromage et des légumes coupés qu'il dévora goulûment. Le cinquième jour il s'enhardit ; de-ci, de-là il furetait dans la pièce, reniflant, regardant et s'immobilisant de longs moments, l'oeil fixé sur moi. Un jour, il flaira longuement mes pieds, puis grimpa sur moi et se logea sur mes genoux où il semblait dormir, puis pointait vers moi son museau. Je crus voir dans son regard du bonheur et de la reconnaissance ; peut-être n'était-ce que projections fantasmatiques de ma part. Durant trois semaines, il passa ainsi une heure ou deux, blotti contre moi, et il se laissait caresser avec satisfaction car il émettait alors quelques petits cris. Un après-midi, il disparut sans que je m'en aperçoive. Peut-être, dans une galerie proche, y avait-il une surmulotte qui l'attendait. Je ne l'ai jamais revu. J'avais perdu un ami. Cela me fait tout drôle d'écrire cela aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard. Pour quelle raison n'ai-je jamais parlé de cette aventure à mes proches ? Je n'ai trouvé aucune réponse à cette question. "
{Spéciale dédicace de cette note à Sara, la petite rate à Lulu !}

Les commentaires sont fermés.