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22 février 2006

Rencontre avec un veau

medium_pain.3.jpgÇa fait un moment que je voulais raconter cette histoire. C'était l'an dernier, pendant ma formation agricole (ben oui, j'ai fait une formation agricole d'un an, en maraîchage option bio). Nous visitions une ferme, ha c'était pas mal du tout ! Vraiment pas inintéressant ! Déjà, le site : magnifique, au cœur des Alpes, entouré de hautes montagnes, sommets eneignés, claire lumière et air pur. Calme. Espace. Des néoruraux tenaient la ferme - vous savez, ces gens qui avant vivaient banalement à la ville, et puis un jour paf ! ont tout lâché pour s'installer dans des coins paumés. Ils étaient une dizaine je crois, peut-être un peu moins. Très travailleurs, très courageux. Leur principale production était la vente de pain. Ils en préparaient une seule sorte : du pain demi-complet d'un kg, et en livraient (si je me souviens bien) une centaine par jour. J'ai passé un long moment à les regarder sortir les pains des panetons où ils avaient gonflés, les retourner d'un coup sec et les inciser rapidement avant de les enfourner. La sortie du four était tout aussi passionnante. J'ai même fait trois petits films sur leurs pains ! Je me sentais bien, je serais bien restée encore.
...
medium_veau.jpgPuis nous avons visité les autres bâtiments de la ferme. Je savais qu'ils élevaient aussi des vaches et faisaient des fromages. En fait, je pense maintenant que ça doit marcher aussi bien que le pain. Les vaches étaient au pré avec leur berger (tiens, ça existe donc encore les vaches laitières pas enfermées dans leur stabulation toute l'année ?) mais nous avons quand même visité l'étable. Une étable comme les autres… Mais, dans un box à part, deux veaux. On nous explique : "L'un est un veau un peu malade qu'on garde ici pour quelques jours, l'autre a une patte cassée". En effet, un des deux veaux se tenait appuyé sur ses coudes antérieurs, incapable de se lever. Il s'était brisé la patte avant en pâture, mais le berger s'en était aperçu trop tard et n'avait pas su apporter les soins appropriés (sans commentaire). Finalement, le veau s'était simplement retrouvé en box. On attendait de voir la tournure que prenait la fracture, et ça faisait déjà un mois que ça durait. Je ne me souviens plus quelle question j'ai alors posée, mais je me rappelle tout-à-fait la réponse : "On aimerait bien qu'il guérisse parce que c'est une femelle. Elle a beaucoup maigri, alors si maintenant on doit la vendre à l'abattoir, on ne va pas en tirer quand chose. Si ça avait été un mâle, on l'aurait fait abattre tout de suite. Là on a pris un risque, on aimerait que ça aille."
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medium_deuxcochons.jpg La visite continue. Nous tombons sur les cochons. Une dizaine de cochons apeurés glissent sur des caillebotis mouillés pour accéder à leur mangeoire. Le spectable est lamentable mais l'excitation règne dans mon équipe. Comme souvent, observer des animaux interpelle notre côté humano-singesque et beaucoup n'y résistent pas : ils se mettent à grogner à qui mieux-mieux. En fait, les cochons peuvent sortir ; ce sont sans doute des "cochons-plein-air-bios" : ils peuvent se promener sur une sorte de petit terrain complètement boueux, sans un brin de verdure, ni d'ombre, et entouré de fil électrifié. Curieux, quelques-uns nous regardent, nous hument, mais n'osent pas s'approcher. Je m'attarde à les regarder tandis que le groupe s'éloigne. Je prends des photos, je les filme. J'enrage. Mes collègues voient ces cochons, il faudrait être aveugle pour ne pas sentir leur sensibilité, leur curiosité (non, je ne projette pas !), et aucun ne remettra en question le fait de les manger… Les cochons sont laids, les cochons sont roses, les cochons sont gras et tout est bon dans le cochon ! Les cochons sont jolis, les cochons sont curieux, les cochons sont sensibles et rien ne justifie le fait de les tuer. Ma tête s'est mise à tourner, d'un revers de main j'essuyais mes larmes tandis qu'une copine m'appelait. Troublée par mon air, elle voulu me réconforter : "Mais tu sais, ils ne sont pas si malheureux, ils peuvent sortir !"
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medium_veaubis.jpg La visite a continué sans moi. Le cœur n'y était plus. De toutes façons, ils visitaient la fromagerie ; comme d'habitude ils ont dépensé plein d'argent pour acheter du bon-fromage-fermier, et du saucisson, bio bien sûr. Du pain aussi. Je n'ai rien acheté. Je ne voulais pas leur donner d'argent. Je suis retournée un long moment auprès des veaux. Ils étaient dans la pénombre et dans le silence. Jour après jour dans la pénombre et le silence. Je me suis sentie mieux, heureuse de leur compagnie, mais si triste. Eux aussi iront à l'abattoir. Celui qui avait la patte cassée essayait parfois de se lever. Il avançait à genoux jusqu'à l'abreuvoir. Encore des photos, encore des films. Ils avaient de beaux yeux. Je leur tendais la main, curieux ils tendaient le cou pour renifler, craintifs ils se rétractaient d'un coup en soufflant. Puis encore le silence et toujours la pénombre. Le silence des animaux est très beau. J'ai dû rejoindre mes collègues braillards. Je n'ai pas eu le courage de retourner auprès des cochons.
Parfois je regarde le petit film que j'ai fait sur les veaux. Je suis à chaque fois très émue.
Parfois je me demande s'il s'en est sorti. Si sa patte a guéri, s'il a goûté de nouveau à l'herbe fraîche et au soleil.
Je connais une femme qui travaille dans cette ferme, je pourrais lui demander des nouvelles. Je ne sais pas bien pourquoi, je n'en n'ai jamais eu le courage…
Parfois je ferme les yeux et je rêve que je sauve ces animaux, au moins ce veau à la patte cassée, qui avait déjà tant souffert, je l'emenerai avec moi, quelque part où il aurait une vie paisible et sûre - loin des gens qui spéculent sur son corps…

 

Commentaires

C'est un beau rêve. Je crois que nous sommes un certain nombre à l'avoir, mais malheureusement un nombre trop faible pour changer encore les choses. Gardons ce rêve en nous, qui sais ? Nous n'en verrons probablement pas les effets, mais peut-être qu'un jour...

Écrit par : Virginie | 25 février 2006

Salut Vegane, bravo pour ce que tu fais.Je suis moi aussi végétalienne mais je suis inquiète au sujet de la vitamine B12.Comment fais-tu pour éviter la carence?Je n' envisage pas de me supplémenter car pour moi un régime alimentaire où il est indispensable de supplémenter n' est pas un bon régime.Ce n' est pas naturel d' être obligé de prendre des gélules pour être en bonne santé.Cela dit je suis bien embêtée car je n' aime pas la viande.Je croyais que la B12 se trouvait dans les algues mais apparemment c' est faux.

Écrit par : Amélie Delange | 27 février 2006

Salut Amélie. Je me permets de te répondre...
La vitamine B12 est une des dernières vitamines découvertes. On connait encore très mal son fonctionnement, mais on a (heureusement) fait des progrès récemment, qui nous montrent qu'il existe un groupe de molécules très proche de la B12 (celle qui est active et importante pour l'être humain), mais qui ne sont pas utilisables pour autant par l'organisme humain.
C'est de ça dont tu parles quand tu mentionnes les algues. Il existe aussi tout un autre tas d'aliments anciennement réputés être très riche en B12, ce qu'on sait aujourd'hui être faux (il s'agit en fait toujours de ce groupe de molécules, les "analogues").
Pour rappel, la vitamine B12 est produite par des bactéries, qui se trouvent dans certains parties des corps de certains animaux, et aussi dans leur lait, et oeufs. Ces bactéries, on peut aussi les trouver un peu partout, dans des sources d'eau, des légumes mal lavés, du compost, des selles humaines, etc; mais là le risque de contamination par d'autres bactéries n'est pas sans être dangereux! En plus, essayer de prendre uniquement de la B12 de cette façon-ci est d'autant plus dur, du fait qu'on peut pas la doser, ni savoir où ni quand elle se trouve en bonnes quantités... enfin.
La seule façon envisageable pour l'être humain de ne pas dépendre des autres animaux est donc, forcément, de prendre des "suppléments", ou des aliments enrichis en B12 (des corn flakes, certains laits de soja (quoique très rares), de la "Marmite", etc.). C'est ce que moi, et d'autres vegans, faisons depuis un moment.
Moi ça me choque pas de prendre un cachet pour ne pas avoir à prendre des morceaux de chair ou des produits qui impliquent de soumettre des animaux à nos envies... pas plus que manger une salade qui a poussé sous une serre ou une carotte récoltée en plein champ! Ce sont des cultures, l'une de légumes, l'autre de bactéries, qui sont après conditionnées dans une base de quelque chose pour donner de la masse pour avoir la forme d'un cachet... t'as déjà vu de la spiruline pressé pour avoir la forme de cachets? ça te choquerait d'en manger parce que ça te fait penser à une aspirine ou un médoc quelquonque? Si cette B12 elle est diluée dans un lait de soja, ou incorporée à des corn flakes (pareil que du fer, de l'acide folique, b5, B6, etc.) est-ce que ça te gènera moins?
Bon, ceci dit, je ne sais pas ce que c'est d'être naturel ou pas, je te parle de culture de bactéries, pareil que des cultures de carottes, ou graines de soja, que je sache l'idée de culture n'est pas tout à fait la même que celle de nature ;)
puis pour moi le seul bon régime c'est celui qui fait le maximum de bien (ou qui évite le mal, comme tu préféreras) au maximum d'individus, donc forcément le vegan, le reste je m'en fous...

Écrit par : chico | 27 février 2006

Merci Chico pour ta réponse très intéressante.
Je me suis renseignée entre temps et j' ai trouvé deux aliments végétaux contenant de la B12 : la levure maltée et les légumes lacto-fermentés tels que la choucroute.Je vais donc miser sur ces aliments pour éviter la carence.J' ai dores et déjà acheté une boisson excellente nommée le " kombucha " faite à base d' un champignon lacto-fermenté.

As-tu entendu parler de ces sources de B12? Est-ce la bonne B12 pour l' être humain?

En ce qui concerne ma vision du naturel, c'est pour moi une façon de vivre qui me permette de ne pas dépendre de produits fabriqués en laboratoire et que je ne pourrais pas fabriquer moi-même.Je n'y peux rien j' ai besoin de ce sentiment d' indépendance.
Tu as raison quand tu dis que les bactéries sont tout aussi naturelles que des carottes.Mais ce qui n' est pas naturel c' est le mode d' absorbtion.Si nous vivions par exemple dans la forêt sans toutes les techniques modernes et si fragiles,il nous serait impossible de trouver de telles gélules quelquepart.C'est pour cette raison,par principe et idéal,que je refuse d' intégrer de gélules dans mon alimentation quotidienne.

Écrit par : Amélie Delange | 27 février 2006

Salut encore

Il y a pas de B12 dans les produits que tu mentionnes, ce ne sont que des analogues, pareil pour les algues (dont la spiruline), le miso, le tempeh, le natto, la consoude, etc, etc. Pas dans la levure maltée non plus, à moins qu'elle n'ait été enrichie par de la B12 de laboratoire (dans ce cas elle porterait cette mention dans la liste d'ingrédients), et je ne suis pas sûr qu'on en trouve en France (je crois même que le label bio interdit la fortification de produits avec des vitamines).
Si tu veux être vegan(e) (ou végétalienne si tu préfères) et en bonne santé, je suis désolé, soit tu prends des sources de B12 (je répète, des ampoules, cachets, ou aliments FORTIFIéS avec), soit tu es une de ces personnes qui ont une grosse capacité d'en avoir stocké dans le foie et qui peuvent passer des années sans montrer un seul indice de carence... mais là encore, une fois que tu n'en auras plus, faudra en prendre...

Moi, le naturel, ça me concerne pas, je n'ai jamais dit que les carottes étaient naturelles, j'ai d'ailleurs dit quelque chose de bien contraire, que les "cultiver" est un acte de culture et non pas de nature... Quant'au mode d'absorbtion de la B12 dont tu parles, je n'ai vraiment pas la moindre idée de quoi tu parles, je suis très content que mon organisme puisse avoir ce dont il a besoin tous les 5 jours, en mélange de manitol, cobalamine, acide stéarique, stearate de magnesium, et arôme "naturel" de cerise, ça me pose aucun problème d'absorbtion, heureusement, sinon je serais obligé de me faire piquer régulièrement et de prendre de la B12 par voie soucutanée. Et comme ça y a peut-être qqs animaux que je suis pas obligé de manger pour être moi, en vie. C'est tout.
Je n'habite pas en forêt, ni je songe à le faire. Si par une quelconque raison, qui j'espère n'arrivera jamais, je le ferais, peut-être j'aurais assez de B12 issue de l'air, de l'eau fraîche, de pas me laver les mains une fois que je me torche le cul, j'en sais rien, mais je crois que dans ce cas là je serais tout aussi carencé en plein d'autres nutriments par ailleurs... m'enfin... à quoi ça sert de parler de ça... je crois que les animaux sont plus importants que nos principes ou idéaux...

Écrit par : chico | 27 février 2006

D' accord Chico j 'ai compris.Nous avons juste un petit décalage de point de vue.Tu fais passer les animaux avant tout et moi c'est la nature car elle est mère de toute vie.Mais au fond, c 'est le même combat.Alors continue, c' est tout ce que je peux dire.
J' ai moi aussi un amour très profond pour les animaux.Seulement je considère que nous sommes aussi des animaux.Et que tous, animaux et humains, faisons partie d'un grand tout qui s' appelle la nature.Et j'ai le sentiment que pour vivre harmonieusement il suffit simplement de comprendre et de respecter cette nature.Et cela, au fond , il n' y a rien de plus simple.

Voilà, alors à bientôt Chico.

Écrit par : Amélie Delange | 28 février 2006

Resalut

Moi je vois pas pourquoi tu me parles de nature, alors que je te parle de vitamine b12. Je ne vois pas non plus pourquoi cette "nature" dont tu parles est harmonieuse, ni mère (pourquoi pas père aussi), ni vie; si ça existe quelque chose qu'on puisse apeller de nature, alors pourquoi ça serait que vie et pas mort? harmonie? et la souffrance, prédation, compétition, douleur, ça n'existe pas entre les êtres "naturels"?
Par ailleurs, quand je parle d'animaux, c'est humain compris, je vois pas où j'avais fait la différence?
Sans vouloir être méchant, je pense que tu extrapoles mes mots, j'avais pas fait de séparation entre les humains et les (autres) animaux, ni j'avais dit que les carottes étaient naturelles, je suis désolé.
Et encore, je dois te contrarier en te disant que je crois pas que ça soit le même combat, animaux et nature, mais je vois pas pourquoi on dévie le sujet du départ, la vitamine B12...

Écrit par : chico | 28 février 2006

bonjour,
quelle belle rencontre, je me retrouve complétement dans ce que tu peux ressentir, moi aussi j'aurais pleuré. Je ressens exactement la même chose lorsque tu dis que le silence des animaux est très beau. Il est magnifique et je crois (j'en ai eu la preuve) que lorsque l'on ouvre son coeur vers le leur, toujours justement dans ce silence, ils le ressentent. Il se passe alors une sorte d'accord entre l'homme et l'animal, quelque chose de magnifique. Partager le silence d'un animal, c'est pour moi le respecter en tant qu'Etre, c'est vouloir rencontrer son âme.
Je suis rassurée aussi car (je viens juste de voir ton site) j'ai lu ton texte sur la famille et je me sens moins seule ! toujours les mêmes arguments ces omnivores, rien d'original. Mais bon quand même je trouve ça très fatigant à la longue et puis devoir toujours s'expliquer alors que c'est eux les meurtriers, c'est pas juste ! Bon en tout cas merci pour ton amour des animaux, ça fait du bien.

Écrit par : praline | 01 mars 2006

Pour quelqu'un qui rejette la souffrance je te trouve bien violent dans ta façon de t' exprimer Chico!

Écrit par : Amélie Delange | 01 mars 2006

citation: Pour quelqu'un qui rejette la souffrance je te trouve bien violent dans ta façon de t' exprimer Chico!

nan, pas du tout!

Écrit par : chico | 02 mars 2006

Je trouve cela très bien Chico d'être passionné pour une cause, surtout la tienne.Mais il ne faut pas pour autant en être aveuglé.Quand tu dis que la nature et les animaux ce n' est pas le même combat, il me semble que tu exagères; ou alors tu oublies les milliers d' animaux qui meurent chaque jour tout simplement parce que nous sommes en train de détruire leur écosystème et parce que chaque jour l' équivalent de la superficie de la France est déboisé.Je pense que si tous les animaux en voie de disparition pouvaient parler ils seraient d' accord avec moi: la destruction de la nature c'est aussi de la souffrance animale.

Écrit par : Amélie Delange | 02 mars 2006

Bonsoir, et bravo pour ce blog qui me semble très intéressant (je n'ai pas encore tout lu).
Je suis végétarienne depuis longtemps, végétalienne depuis quelques temps (un an environ mais auparavant je l'étais presque). Je pense commencer à prendre bientôt de la B12; je voudrais simplement savoir si les ampoules Delagrange sont disponibles sans ordonnance?
Merci d'avance pour la réponse et bonne continuation dans la lutte.

Écrit par : Coralie | 05 mars 2006

Hola ! tous ces commentaires, très intéressants ! Amélie, je tiens à te préciser que ce n'est vraiment pas à cause des végan-e-s que notre environnement (la nature, si tu préfères) est détruit ! au contraire, le véganisme est un mode de vie qui préserve énormément et l'environnement et les animaux et les humain-e-s. Alors, vive le véganisme ! Et pour bien faire, autant l'être en bonne santé, non ? Je ne vois pas du tout où est le problème à prendre des compléments de B12 fabriqués en France et vegans, même si on n'est pas prêt d'en trouver en forêt ?! puisque justement ça m'aide à être en forme et à être végane, et ainsi à justement préserver la précieuse forêt... Je trouve ça au contraire formidable que la sicence, pour une fois, permette de préserver les animaux ! ciao !

Écrit par : sofiane | 07 mars 2006

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