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31 mai 2006

Quel monde voulons-nous ?

Il est difficile de nier la part de responsabilité européenne : notre orientation productiviste et l'industrialisation de nos élevages liée à la consommation croissante de viande contribuent à augmenter la demande en soja. (...) Les protéines sont indispensables à la production intensive de volailles, de porcs, d'œufs et de lait. (...) L'Europe, depuis les années 60, développe des élevages intensifs, mais pas sa production de protéines pour les alimenter. L'Europe est aujourd'hui le premier importateur mondial de soja : pour couvrir ses besoins en protéines estimés à 50 millions de tonne par an, elle importe 35 millions de tonnes de soja. (...) Au Brésil, 16,7 millions de personnes souffrent de la faim. Alors que l'État encourage l'agro-industrie, qui exporte 108 millions de tonnes de denrées alimentaires, il importe de plus en plus de quoi nourir sa population.
Ces phrases viennent tout droit de la campagne lancée en février 2006 (qui durera jusqu'en septembre) : Le soja contre la vie. Attention : ce n'est pas une campagne contre le soja, mais contre le soja cultivé par des pays pauvres pour nourrir les animaux que les pays riches consommeront !
Je trouve cette campagne plutôt intéressante parce qu'elle dresse enfin un tableau de cause à effets de ce que représente, du point de vue écologique, notre consommation de viande. Par exemple, il y a deux semaines, je lisais dans un journal une brève sur les cultures de soja qui participaient à un rythme effrayant à la déforestation de la forêt amazonienne (ou de ce qu'il doit en rester, ce ne doit plus être si fameux peut-être, hélas ! D'ailleurs, je lis dans la brochure de la campagne : Au Brésil, rien qu'en 2002, 700 000ha de forêt ont été détruits pour laisser place au soja. En vingt ans, les surfaces consacrées au soja dans la partie amazonienne de la Bolivie sont passées de 30 000 à 500 000ha). Mais pour en revenir à l'article du journal, s'il parlait bien de la déforestation de la forêt amazonienne pour la monoculture du soja, pas un mot sur la finalité de cette culture… et bien je vous assure, des gens imaginent alors que c'est pour faire du tofu et des boissons au soja qu'on rase cette forêt ! L'an dernier encore, un de mes profs m'avait mis sous le nez en pleine classe un article sur le sujet, bien sûr encore un article tronqué où pas un mot ne filtre de la destination de ce soja… et il m'avait dit un truc du genre : Tu vois les conséquences du (sous-entendu : ton) végétalisme (ou végétarisme) ! Mais quand j'avais expliqué que ce fameux soja servait en réalité à nourrir les animaux que lui il mangeait, silence dans la salle… Heureusement, cette campagne souligne bien que ce n'est pas une lutte contre le soja, qui se substitue avantageusement à la viande et aux produits laitiers.
C'est comme les cultures de maïs en Europe et en France : à chaque sécheresse, les médias et les autorités s'alarment de cette culture si gourmande en eau : bon sang de bon soir, y'en a marre du maïs qui nous pompe l'eau ! Oui, mais ces milliers d'hectares de maïs, ils servent à quoi à votre avis ? Je vous le donne dans le mille : à nourrir les bestiaux qui servent à vous nourrir !
Petit rappel : Il faut 4kg d'orge pour faire 1kg de volaille et 5kg de viande pour produire 1kg de truite en pisciculture. (Ministère de l'agriculture et la pêche) Il faut donc 20kg de céréales pour obtenir 1kg de viande de truite, bravo ! Mais le plus fort, c'est que le même Ministère écrivait aussi : En supprimant l'intermédiaire animal, en devenant végétalien, l'homme réaliserait une importante économie de matériaux servant à le construire. Il y a parfois (nan, toujours !) un grand gaspillage de ressources alimentaires, quand les animaux d'élevage mangent des produits qui pourraient être consommés directement par l'homme (ex : vaches nourries avec du maïs, volailles nourries avec du soja). Merci le Ministère pour ces réalités, bon on va quand même pas leur demander en plus d'en tirer des conclusions pratiques, comme d'arrêter de promouvoir à fond l'élevage…
Quant à la campagne Le soja contre la vie, elle nous fournit des centaines d'informations alarmantes, catastrophiques et atroces sur l'envers de la consommation de viande… alarmé-e-s, nous nous penchons avec intérêt sur la rubrique alternatives pour les pays consommateurs (nous). Et là on lit :
  • substituer le soja : c’est possible, grâce à d’autres oléo-protéagineux, même inférieurs en qualité. Pour les bovins, le retour à l’herbe est tout à fait viable ;
  • cultiver du soja localement et dans le respect de l’environnement, c’est techniquement possible.
  • refuser le soja OGM
  • infléchir la courbe de consommation de viande
??? " infléchir la courbe de consommation de viande " ??? Voyons cela méthodiquement :
" substituer le soja " : ok, mais si on devait nourrir avec du foin tous les animaux nécessaires à maintenir notre consommation de viande actuelle, ça reviendrait peut-être à devoir raser toutes les forêts de France pour en faire des pâturages…
" cultiver du soja localement " : j'imagine que c'est pour nourrir les animaux… donc même remarque que ci-dessus. Après tout, c'est exactement ce que nous faisons chez les autres, alors au moins on pourrait être assez honnêtes pour le faire chez nous d'abord. Mais si on veut cultiver du soja dans le respect de l'environnement, donc sans massacrer toutes nos jolies forêts, encore une fois ça va jamais suffire à assouvir notre faim de cadavres. Je signale que le soja que je bois est bio et produit en France.
" refuser le soja OGM " : pour moi, c'est un peu la phrase mystère… Vu que ce soja sert à nourrir les bestiaux qui nous nourrissent, comment on est censé faire ? Peut-être est-ce que c'est écrit sur l'emballage : Cette vache qui a été tuée pour vous nourrir a été alimentée par du soja OGM en provenance de Bolivie. Peut-être…
On revient à la quatrième alternative : " infléchir la courbe de consommation de viande ". Infléchir, ça veut dire diminuer, mais ça sonne un peu plus creux… Infléchir la courbe, c'est loin, ça concerne des chiffres ; est-ce que c'est vraiment moi qui ne plus manger de bidoche à midi ?… D'un point de vue écologique, c'est on dira un début. Ça ferait aussi que moins d'animaux seraient massacrés pour nos papilles… Mais du point de vue des animaux, c'est complètement insuffisant. Finalement, cette campagne est intéressante mais elle manque quand même totalement de prise en compte des animaux…
Là aussi, ça leur ferait vraiment trop mal de promouvoir clairement le végétarisme/végétalisme !
À propos, l'association Alliance Végétarienne a publié un Cahier très intéressant, qui reprend, entres autres, la thématique du soja et des OGM. Nourrir son monde ça s'appelle. Ça aurait aussi pu s'appeler : nourrir tout le monde, écologiquement, intelligemment, équitablement et sans tuer :
Voici un cahier qui démontre, chiffres à l'appui, que l'élevage entretient la malnutrition dans le monde, que la planète pourrait nourrir 15 milliards de personnes sans recours aux produits animaux, et que l'alimentation carnée à l'occidentale est un caprice de riches.
Un caprice de riches qui coûte la vie à des milliard d'animaux, ceux élevés pour leur viande et ceux qui vivaient dans la forêt, et qui est en train de transformer une forêt inestimable en monoculture OGM… Ben ça fait pas rêver.
J'oubliais : dans la campagne, il y a aussi deux cartes-pétitions à signer à et à renvoyer à nos autorités. L'une est pour que la France arrête de financer le développement de la monoculture du soja en Amérique latine. L'autre s'adresse au PDG d'une des firmes qui massacre l'Amazonie, et on y lit : "en tant que consommateur de viande". Là, je vous propose de rayer et d'écrire à la place : "en tant que végétalien-ne (végatérien-ne)".

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