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21 juin 2006

merci la DRAF !

medium_vache_DRAF_blog.jpgMerci à la DRAF (Direction Régionale de l'Agriculture et de la Forêt) de fournir aux étudiant-e-s agricole des supports pédagogiques comme celui que j'ai eu entre les mains l'an dernier : une BD sur le thème de la PAC (Politique Agricole Commune), qui régit le monde agricole européen. Par exemple, les quotas sur le vin ou sur le lait, c'est la PAC, et les agriculteurs/trices risquent de lourdes amendes à ne pas obéir. Au pays de Raivavi, un petit coin de campagne reculée... c'est le titre de la BD ; et une BD, c'est rigolo, non ? Bon, les dessins de celle-ci sont carrément ignobles, mais passons, on comprend l'histoire. Il s'agit de deux fermes voisines, qui connaissent bien des difficultés, mais pas pour les mêmes raisons. En tout cas, ça a un rapport avec la PAC.
Mais, plus rigolo encore, c'est que l'histoire est vue par les yeux de deux vaches, Boucle d'Or et Big Teat (grosse mamelle) ! Chacune vit dans une de ces fermes, elles papotent dans leur pré et vivent de mini-aventures, chacune avec leur caractère. Big Teat, par exemple, est une obsédée du rendement, tandis que sa copine, Boucle d'Or, privilégie la qualité. Quantité ou qualité, voilà une des préoccupations majeure du monde agricole d'aujourd'hui...
medium_vache_DRAF_blog_2.jpgEt la DRAF nous montre une Big Teat ravie de donner son lait aux humain-e-s, ha la brave vavache qui s'exclame, rayonnante pendant la traite : "Allez, gobelets trayeurs ! Pompez le lait de mes trayons ! ça, j'aime !" Elle est soucieuse de donner plein de lait, un max de lait, pour que ses patrons gagnent un max de pognac sur son dos. D'ailleurs, au début de la BD, on voit l'éleveur qui voit des billets de banque couler à la place du lait, et qui rêvasse : "Tout va bien !"
Quant à Boucle d'Or, elle pense : "Quel régal cette herbe naturelle !... Quels parfums !... Quels fromages en devenir !..." Toute heureuse, elle aussi, de si bien servir sa ferme. Même si un jour, pendant la traite, elle se demande : "Raz le pis de cette traite mécanique ! Pourquoi Violette ne m'a pas laissé mon veau ?" Tiens, c'est vrai ça, pourquoi on lui a pas laissé son veau ? La BD ne nous le dit pas. Mystère. Je me demande même pourquoi elle pense ça, cette vache.
La fin de l'histoire a failli tourner au drame : les deux vaches sont promises à labattoir ! Big Teat parce que son exploitation dépasse les quotas ; Boucle d'Or parce que sa ferme connaît des problèmes financiers. Big Teat explique : "Jean-Luc a reçu un avis de risque de dépassement de quotas !... J'ai eu quelques retards à la fécondation et c'est moi qu'il envoie à l'abattoir pour ne pas payer d'amende en fin d'année !..." Mais je ne fais pas durer le suspens plus longtemps... Big Teat sera sauvée : son maître lui donnera moins d'aliments concentrés et elle donnera moins de lait, donc les quotas seront respectés ; quant à la ferme de Boucle d'Or, elle reçoit un financement attendu depuis longtemps, qui va même lui permettre de développer la fabrication fromagère. Ouf !
Bon, l'histoire ne nous raconte pas que quelques années plus tard, les deux vaches partiront quand même à l'abattoir parce qu'elles seront devenues moins rentables. Mais ne nous encombrons pas de détails superflus.
Dans ma classe, tout le monde a aimé cette histoire. Le côté BD détendait par rapport aux épais et tristes documents qu'on recevait à longueur de journée. J'étais la seule à ne pas trouver ça drôle en fait... Je dois manquer d'humour. Après tout, deux vaches qui consacrent tous leurs efforts à donner un max de lait à leurs chers patrons, c'est touchant. Merci la DRAF de ne pas nous faire poser la moindre question. De nous faire oublier que le lait, ce sont des millions de veaux qui partent à l'abattoir : un par an et par vache, ça fait du nombre ! De nous donner bonne conscience de manger du fromage et de verser du lait dans nos céréales de petit dej, gratins et autres flans. Elles n'attendent que ça, les vaches : qu'on les insémine chaque année de force, puis qu'on leur enlève leur veau pour leur pomper leur lait, avant de les expédier à l'abattoir ! Ha, merci la DRAF, pour toute cette bonne propagande...
Tout va bien... Et vive la vache qui rit !

20 juin 2006

Difficile d'être vegane?

medium_roulotte_collective.jpgRécemment, je suis allée chez un ami qui vit en Allemagne, dans un Wagenburg. Les Wagenburg, ce sont des lieux assez répandus outre-Rhin mais complètement ignorés chez nous ; pourtant le concept est super intéressant ! Desmedium_gratin.jpg gens vivent ensemble sur un terrain dans des habitations mobiles : caravanes, camions, roulottes... Celui où j'étais compte une dizaine de vraies roulottes en bois, très belles, posées depuis une dizaine d'année sur un terrain boisé loué à la municipalité, en proche banlieue d'une petite ville. medium_ei_ersaz.jpgL'endroit est relié à la ville par le tram et une belle piste cyclable, dans le Wagenburg l'électricité est fournie par des panneaux photovoltaïques, l'eau vient d'une pompe, y'a un potager, des arbres, de la prairie, des vélos et des carioles à vélos, deux chats et la cuisine collective est végétarienne. Quelques personnes ne sont pas vegs et mangent des cadavres d'animaux hors du Wagenburg. Depuis mon arrivée les repas étaient vegans pour que puisse manger de tout avec les autres, ça s'est fait tout simplement, c'était très chouette. Et en Allemagne, il existe un produit appelé ei ertsatz, c'est du "faux oeuf" végétal !
Au bout de trois ou quatre jours, j'ai été étonnée que mon ami, pas veg, s'exclame : "ça doit être difficile d'être vegane, non ?" Sa question m'a vraiment prise au dépourvu, je me suis écriée : "Mais non, tu vois pas tout ce que je mange depuis que je suis là ? Regarde tout ce qu'il y a !" Et la discussion s'est arrêtée là.
Puis j'ai réfléchis. Et je me suis dit que ma réponse n'était pas exacte : c'est vrai qu'au Wagenburg c'est fastoche d'être vegane, tout comme chez moi où c'est hyper simple, vu que est prévu pour. Il y a des céréales, des légumes, du tofu, des protéines de soja, des légumes secs, des fruits, des noix, du seitan, du tempeh, etc. Et au Wagenburg, tout le monde était ok pour cuisiner vegan. Donc pas de problème.
Mais dans la vie de tous les jours, c'est pas vrai que c'est facile. J'ai fini par imaginer la réponse que j'aurais due faire : "Tu as raison, c'est difficile d'être vegane, même si ici ça va très bien parce que tout le monde veut bien organiser des repas vegans. Chez moi aussi c'est hyper simple, je n'y pense même pas. Mais dans la société, c'est souvent vraiment compliqué. Dans les restaurants, je dois me bagarrer pour ne rien manger qui vienne des animaux, et chez les gens c'est souvent difficile aussi. Je les préviens toujours à l'avance, mais après il faut faire gaffe qu'ils n'aient pas ajouté du beurre dans les pâtes, que les pâtes ne soient pas aux oeufs, bon après c'est normal les gens posent des questions, mais parfois ils sont malveillants, moqueurs et de mauvaise foi... Oui, c'est difficile : mais je sais exactement pourquoi je suis vegane, c'est parce que je refuse de participer à l'exploitation des animaux. Et même si je ne devais manger que du riz, des patates, des lentilles et des pommes, et bien je le ferai. Notre petit bien-être gustatif ne devrait jamais peser face à la vie des animaux ! En fait, ce qui est pénible, c'est pas d'être vegane, ça c'est même une force, mais c'est d'être vegane chez les viandistes !!! Si le monde était vegan, ce serait très simple... "

Tout ceci me donne envie de partager un extrait d'interview que j'ai découvert il y a quelques jours : c'est à propos d'une femme, Julia Butterfly, qui a passé deux ans au sommet d'un séquoïa géant aux USA pour le sauver de l'abattage. Son action, qui a été un succès, m'a vraiment touchée ; et en plus Julia est végane. Je lui laisse le mot de la fin :

Question : Julia, cela fait longtemps que tu as adopté une alimentation vegan, pourquoi?

Réponse de Julia: Parce que je sais très bien que ce que nous mettons dans nos assiettes a une très grande signification. Je ne comprends pas pourquoi ce sujet est toujours traité comme secondaire ou est carrément ignoré. Car c’est par ce que nous mangeons que nous prenons des décisions concernant ce qui est sur la terre et dans les mers, les lacs et les rivières, sur l’énergie, les animaux, la justice, et bien entendu notre propre corps. Ce qui va dans nos assiettes, c’est ce qui décide de la guerre ou de la paix, de tout, quoi! Je considère mon style de vie vegan comme révolutionnaire, mais une révolution pour la paix. J’aime vivre vegan, cela me rend fière et heureuse.