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11 octobre 2006

Le gang des fourreurs passe à la télé !

medium_PETAgaultier.jpgEt bien, ça faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de débat télévisé en direct portant sur les animaux ! Mais hier soir (mardi 10 oct.), M6 a invité l'association PETA à discuter de la fourrure, en présence du célèbre fourreur Yves Salomon, qui travaille pour la haute-couture. Ce débat a été programmé dans l'émission T'empêche tout le monde dormir suite à l'action anti-fourrure de PETA du 2 octobre contre la boutique Jean-Paul Gaultier à Paris (ce modeliste utilise de la fourrure). L'actrice porte-parole de PETA, Stéphanie Rebato, s'est retrouvée dans un bref face à face d'un quard d'heure avec Yves Salomon, mais aussi avec Jean-Pierre Coffe, invité de l'émission, animée par Fogiel. Avant même que la discussion débute, Fogiel promettait un débat animé - et bien entendu, ça a été le cas.
L'émission a commencé par une petite vidéo retraçant d'une part l'action de PETA contre la boutique Jean-Paul Gauthier, et consacrée d'autre part à l'industrie de la fourrure... principalement en Chine. On y apprenait qu'en Chine, 2 millions de chiens et de chats sont chaque année massacrés (le plus souvent, dépecés vivants) pour répondre à la demande en fourrure, notamment occidentale : on voyait par exemple un manteau en fourrure de chats sans aucune étiquette vendu en Belgique. Pour le côté occidental, la vidéo insistait sur le fait qu'aujourd'hui des méthodes permettent d'imiter parfaitement des fourrures rares (léopard... ) avec du lapin ; d'ailleurs Jean-Paul Gauthier y assure ne pas utiliser des fourrures d'animaux d'espèces en voie de disparition. Mais rien, pas une image, pas un mot, sur l'élevage ou l'abattage des fameux lapins...
Puis Fogiel, soit-disant impartial, a lancé le débat autour des méthodes utilisées - non pas par les fourreurs - par PETA pour lutter contre la fourrure, méthodes qu'il qualifie de musclées, contestées, d'un peu barrées et d'extrèmement violentes : la preuve, ces gangs anti-fourrure utilisent des tartes à la crème (sic) ! Aussitôt, Stéphanie Rebato tente de recadrer le débat et de replacer la violence à sa juste place : qui est violent ? PETA et ses tartes à la crème, ou l'industrie de la fourrure qui massacre 70 millions d'animaux par an dans le monde ? Mais dès la première seconde des 17 minutes qu'a duré ce sujet, sous des semblants de débat, ça a été une véritable quincaphonie de phrases entremêlées, coupées, pas terminées, de ricanements, moqueries et sarcasmes. La question de Stéphanie est restée sans réponse.  Fogiel a continué : Les animaux, on les abat pas que pour la fourrure, aussi pour les manger, mais on peut pas... Et de cette phrase pas finie et pas relevée, on devine la suite : on peut pas arrêter de les exploiter - et pourquoi pas ? Et là se trouvait le vrai débat, la vraie question, mais bien sûr toute la "discussion" est passée à côté, même si Stéphanie Rebato a parfois tenté de l'y amener.
Seconde intervention de Fogiel : Est-ce que les animaux sont maltraités pour l'industrie de la fourrure, ou bien tout ceci se fait de façon douce comme pour l'alimentation ? Quelle phrase fantastiquement révélatrice du mythe des animaux d'abattoir tués "humainement", "dans le respect" (de quoi ?) ! Phrase pas relevée non plus...
Là-dessus, Yves Salomon dit à Stéphanie Rebato cette phrase super énigmatique et hallucinante : On a un point commun : on cherche le bien-être des animaux, mais [nous] on n'utilise pas de méthodes terroristes ni violentes pour défendre notre point de vue, avant de se retrancher derrière les cadres juridiques et législatifs de sa profession, genre : mais je vous assure, on ne fait pas souffrir les animaux, la loi nous l'interdit ! Il vante les mérites de son métier organisé, structuré, qui vend des produits labellisés et pourvus de traçabilité (alors que le reportage du début nous avait bien montré que la fourrure n'est pas forcément traçable). Et d'ajouter : Nous ne sommes pas comme vous, nous ne payons pas pour faire d'énormes campagnes publicitaires pour défendre nos thèses ! Mais de quoi parle-t-il ? Quelles thèses, quelles idéologies un fourreur pourrait-il bien défendre auprès du grand public ? Que la fourrure c'est bon pour la santé, l'environnement, les animaux ? Il a au contraire intérêt à rester discret, à faire oublier d'où provient la fourrure, à ce que personne ne se pose trop de questions et à vendre un produit lisse et rassurant. Tout va bien, la loi est de son côté. Fogiel tente alors d'en savoir plus sur le monde de la fourrure et interroge : Mais comment ça se passe concrètement pour tuer un animal pour la fourrure ? Là encore, pas de réponse : Yves Salomon commence comme s'il allait répondre à la question, il reprend : concrètement ; mais il s'arrête là et tout de suite il se retranche de nouveau derrière les généralités, le froid et lointain glacis législatif pour argumenter qu'il existe des cadres pour (soit-disant) tuer sans douleur. Et, rassurant : Les choses se font absolument dans les règles. Quelles règles ? Mystère total... Stéphanie Rebato rebondit : a-t-il des preuves que les animaux sont bien traités ? Jean-Pierre Coffe lance son grain de sel : qui dit que les animaux souffrent ? Quelles preuves apporte-elle ? Elle mentionne alors les vidéos terrifiantes, les reportages effectués en caméras cachés... Mais la contre-attaque ne tarde pas : ces images montreraient en réalité un disfonctionnement de l'industrie de la fourrure, et non ce qui s'y passe réellement. Bref, l'exception qui confirmerait la règle...
Stéphanie Rebato parvient alors à placer : De toutes façons, les animaux ne nous appartiennent pas. Fogiel enchaîne : Vous seriez pour l'interdiction totale de la fourrure ? Comme s'il découvrait d'un seul coup la position de PETA ! Malheureusement, cette phrase est évincée comme la plupart des autres dans le tourbillon furieux de la "discussion", et Stéphanie Rebato lance bientôt le sujet de la fausse fourrure : pourquoi Yves Salomon n'en utilise-t-il pas ? La question semble bonne, mais le fourreur s'en accapare aussitôt pour la détourner, et voilà que maintenant il accuse PETA d'être à la solde des lobbies pétroliers - car  la fausse fourrure est un produit de synthèse à base de pétrole. Vraiment, cet homme-là ne répugne à utiliser aucun argument pour d'une part tenter de décridibiliser son adversaire, d'autre part pour occulter le vrai débat ! Il n'expliquera donc pas, alors qu'il se vante publiquement de se préoccuper du bien-être des animaux, pourquoi il n'utilise pas de fausse fourrure.
Là-dessus, Fogiel détourne lui-aussi le sujet : Vous dénoncez les barbaries, mais s'il était prouvé que comme quand on tue un animal pour le manger... par exemple... vous êtes végétarienne ? et, l'air incrédule : Vous voulez absolument qu'on fasse rien du tout aux animaux ? Hey, notre homme commencerait-il à comprendre ce qu'elle a voulu dire par : les animaux ne sont pas à notre disposition ? Donc oui, elle est végétarienne. Mais là, elle a commis l'erreur de dire : Sinon, vous m'auriez reprochée de ne pas l'être ! Erreur, car si bien sûr elle a raison (tous lui seraient tombés dessus en criant à l'incohérence), le dire c'était aussi dire que ce débat ressemblait plutôt à une sorte de lynchage, de tribunal, ce qui, pour être vrai, n'en était pas moins acceptable : voyons chère madame, nous vous avons invitée à une émission posée, à un débat ! Jean-Pierre Coffe lui-même dira un peu plus tard : Vous allez voir qu'on peut s'entendre (sur quoi ? Comment ? Il n'en dira pas plus... ). Le problème, c'était de toutes façons en grande partie le décallage énorme entre cette femme venue défendre des animaux subissants mille tortures et mille morts à cause de la fourrure, et des personnes bien-pensantes défendant leur industrie, leur travail, leur fortune et les valeurs du terroir et des traditions. D'un côté une femme versée dans l'empathie et l'émotionnel, de l'autre des hommes sarcastiques et solidaires, prêts à défendre n'importe quel énorme mensonge pourvu qu'il occulte la vérité de la souffrance animale... et ce d'autant plus dans une ambiance de plateau télé, ponctuée de dessins humoristiques, de SMS plus ou moins sérieux, des applaudissements du public...
Après s'être embourbée quelque peu autour du végétarisme, la discussion repart tant bien que mal sur le sujet de la fourrure grâce à Stéphanie Rebato qui tente de recadrer le sujet. Tant bien que mal, car Jean-Pierre Coffe, grand amateur de bouffe, ne veut pas laisser partir un sujet qui lui tient à coeur ; il reproche à Stéphanie Rebato de ne pas mélanger les deux sujets, sous-entendu : ça aurait été super intéressant et constructif, de parler de la fourrure et du végétarisme ensemble ! Alors que depuis le début, visiblement, il se moque éperdument des animaux ! Mais il insiste : Je défends le même combat que vous ! Comme Yves Salomon alors ? C'est fou ça, tout le monde autour de la table a le même objectif, tout le monde pense aux animaux, et pourtant la discussion est ultra houleuse ! Et sans honte, Jean-Pierre Coffe continue dans son délire : Je me bats depuis 30 ans pour que les animaux de boucherie soient respectés avant de passer à l'abattoir, je n'ai pas de leçons à recevoir de vous dans ce domaine ! (là, je vous conseille d'aller faire un tour sur son site et de juger par vous-même de l'importance effective qu'il donne à ce combat : le "respect" des animaux pour mieux les bouffer !) et la seconde partie de sa phrase (le ton va avec) montre bien le comportement méprisant, arrogant, condescendant et paternaliste qu'il a adopté face à Stéphanie Rebato, qu'il n'hésite plus à agresser directement, l'accusant de sectarisme insupportable, allant jusqu'à clamer : Vous êtes excessive, on n'a pas le droit de vous laisser parler pour dire des sottises ! Quelle autorité ne se donne-il pas ! Une vraie star de la télé ! Qui se vante stupidement de ne pas se vanter (il ne cesse de dire : je fais ceci, je fais cela, je sais rester discret, moi, je... ), et de ne pas manger des chiens, ce qui n'est pas bien, moi j'ai des chiens chez moi ! Mais qu'est-ce que ça nous intéresse de savoir s'il fait ou non des pâtés de chiens, de chats ou de canards - de toutes façons, il mange les animaux et fait la promotion de la viande. Et Fogiel laisse passer, tandis que rapidement Yves Salomon en ajoute une couche : Je veux quand même dénoncer haut et fort vos méthodes, qui sont des méthodes de désinformation, de manipulation, et les images que vous montrez sont vraiment fausses ; on ne dépèce pas les animaux vivants, ça n'existe nul part, ces images que vous montrez, ce sont des constructions pures et simples (...) même en Chine ! Car depuis le départ, le fait qu'en Chine des animaux soient dépecés vivants pour leur fourrure était omniprésent dans le débat : c'est pratique, car ce fait incroyablement choquant, sensationnel, permet d'occulter les autres aspects atroces liés au commerce la fourrure ! En Europe, les animaux ne sont pas dépecés vivants, il a raison Yves Salomon, mais il s'est bien gardé de dire qu'ils sont gazés ou électrocutés - ce qui n'est pas joli joli non plus ! Il a aussi toujours évité la question de l'élevage, de parler des cages grillagées minuscules et exposées aux vents froids pour avoir une fourrure plus épaisse, au sol également grillagé pour un nettoyage plus rapide, pour ne citer que cela. Très fort, d'un côté il arrive à savamment occulter tout ce qui pourrait être dérangeant pour lui, et par contre il ne pas se gêne pour diffamer gravement son adversaire, l'accusant de manipulation et de mensonge, notamment via de faux documents. Mais ce n'est pas fini, voilà que maintenant il cherche encore à décridibiliser Stéphanie Rebato parce qu'elle-même n'a jamais visité d'élevage d'animaux pour la fourrure. (Mais faut-il avoir eu une jambe arrachée par une mine antipersonnelle ou connaître des gens qui en ont été victimes pour lutter contre ?) Ou peut-être l'accuse-t-il simplement de se faire manipuler par PETA ? D'ailleurs, il nous assure que Jean-Pierre Gauthier, lui, a été voir des fermes, a visité des élevages et s'est assuré de la fameuse traçabilité ! Et alors ? Jean-Pierre Gauthier s'intéresse-t-il au sort des lapins ou à la qualité de leur fourrure ? Est-il défenseur des animaux ou fait-il fortune sur leur dos ? Je ne vois pas du tout en quoi cet argument devrait rassurer quiconque sur les conditions d'élevage ou d'abattage des animaux pour la fourrure - de toute façon totalement illégitime, puisque tellement futile et inutile (sauf côté fric, on s'en doute). Mais il a l'air sûr de son coup, et ça continue : On ne peut pas discuter quand le mensonge et la manipulation sont des méthodes utilisées pour faire passer une message (...) : détruire une profession, des métiers artisanaux millénaires pour des raisons strictement financières et non pour des raisons idéologiques. Magnifique, c'est un magnifique exemple de la plus totale mauvaise foi et de pure manipulation. Ne voyons-nous pas un fourreur, c'est-à-dire un homme qui gagne des millions sur le dos des animaux, en train de se vanter de penser à leur bien-être et d'accuser, dans le même temps, PETA, une organisation mondialement reconnue pour ses positions idéologiques et ses luttes en faveur des animaux, d'être motivée uniquement par le gain ? C'est un retournement de situation vraiment incroyable. Et le mot de la fin de ce brave monsieur : Ces images sont absolument épouvantables, heureusement qu'elles sont fausses. Quelle impunité ! Comment est-ce seulement possible ? D'autant plus que si elles sont fausses, elles ont quand même l'air d'être vraies, est-ce qu'il est en train de dire que PETA a fait tuer et maltraiter des animaux uniquement pour en faire un film de propagande ? Je rêve...
Le débat touche à sa fin et voilà que Jean-Pierre Coffe a une idée de génie : il demande à Fogiel de mettre à sa disposition une caméra et un cadreur, et voilà que lui-même, accompagné de Yves Salomon et de Stéphanie Rebato, vont aller visiter un élevage et faire un reportage ! Sous-entendu, un vrai reportage cette fois. Ha, voilà une bonne idée ! Surtout pour noyer le poisson, comme on dit ! Le public applaudit, Yves Salomon et Fogiel sont ravis, tu m'étonnes, ça ne se fera jamais ! Stéphanie Rebato n'est pas dupe d'ailleurs, elle est la seule à ne pas acclamer la super idée. Tiens, ça me rappelle qu'ils nous avaient déjà fait le coup du vrai reportage dans une émission, il y a environ un an, qui tournait autour du foie gras avec Maïté et un représentant de la PMAF. On attend encore...
Le débat s'achève... On reproche gentillement à Stéphanie Rebato d'avoir été trop emportée (bien sûr, on s'attarde sur la forme et non sur le fond) et on lit un SMS reçu pendant l'émission : Quid de mon canapé en cuir, va-t-il falloir que je m'en sépare aussi ? Les gens rient, mais cette petite touche d'humour douteux n'est-elle pas censée montrer à quel point il est absurde de vouloir penser aux animaux ? Aujourd'hui on arrête la fourrure, demain la viande, et après quoi, le cuir ? Hahaha. Seulement voilà, ce serait bien, très bien même, si effectivement on arrêtait tout ça, et bien plus encore. Car les animaux ne sont effectivement pas là pour nous servir... Même si Jean-Pierre Coffe dit : Sur des sujets comme ceux-là, ne soyons pas excessifs, ce sujet-là ne mérite pas une telle énergie, un tel combat. Oui, bien sûr : car s'il lutte (soit-disant !) pour le "respect" des animaux, il cherche aussi et surtout à vendre ses pâtés et autres foies gras !
Quel débat révélateur de la puissante mauvaise foi et de la propagande que peuvent utiliser ceux qui vivent du commerce des animaux ! Il portait le titre racoleur : Le gang des anti-fourreurs, mais il aurait bien mieux fait de s'appeler : le gang des fourreurs !... En tout cas, un grand bravo à Stéphanie Rebato, parce que ce n'était vraiment pas facile d'être sur ce plateau où primait l'impunité de ceux qui tuent...

 

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