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19 octobre 2006

foie gras: une tradition à abattre

medium_gavage.jpgEnfin !!! Nous allons tout savoir sur le foie gras, sa vraie saveur cachée et les lobbies qui s'y cachent ! Le numéro 27 des Cahiers antispécistes, quasi entièrement consacré au sujet, vient de paraître : il est essentiellement axé autour d'une expertise "foie gras" de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). Sous son aspect scientifique et objectif (quand même, c'est l'INRA !), cette expertise publique a été commandée par des filières viande, avec le soutien du ministère de l'agriculture, et elle en arrive donc en toute logique aux conclusions désirées par les commanditaires ! A savoir que le gavage n'occasionne pas de stress ou de douleur, que les poules pondeuses ont des cages de taille suffisante, que les cochons se sentent bien sur les sols en caillebotis, etc. Voilà les absurdités que l'INRA cherche à nous faire avaler ! Qui va sincèrement  croire cela ?! toutes les personnes qui y ont un intérêt, soit financier (les éleveurs, les producteurs, les vendeurs... ), soit gustatif (plein de gens !)... En tout cas, voici une expertise ahurissante qui a quand même eu son utilité : elle a servi de point d'appui pour faire voter la loi qui a inclus le foie gras dans le "patrimoine culturel et gastronomique protégé de la France" (ben oui, c'est l'INRA... ).
Le numéro 27 des Cahiers antispécistes nous aide à comprendre comment fonctionne cette "science" de la négation de la souffrance animale. Et il n'est qu'un premier (mais déjà bon !) élément, qui précède le livre L'INRA au secours du foie gras, qui sera entièrement consacré au sujet : ses 272 pages ne seront sans doute pas de trop pour démonter tant de mauvaise foi.
C'est une véritable enquête que nous proposera ce livre, menée majoritairement par l'équipe Stop Gavage. S'appuyant sur des textes réglementaires, des analyses sociologiques et économiques, des articles journalistiques, elle montrera de manière incontestable l'ampleur des biais dont souffre l'expertise, comment elle a été manipulée et dans quels buts.
En attendant (avec impatience !) la sortie du livre, vous pouvez déjà commander pour 5€ (frais de port compris) le numéro 27 des Cahiers, qui en prime contient un bon de réduction de 8€ sur l'achat du livre + un bon de 10€ sur l'achat du livre et du DVD Enquête au pays du foie gras.
Les commandes et paiements sont à adresser à :
Cahiers antispécistes
c/o Reus, Kerallan, 29810 Plouarzel France - France (chèques à l'ordre des Cahiers antispécistes)
Pour des commandes pour diffusion à des tables de presse ou autres, vous pouvez les contacter par e.mail.
 
Les articles contenus dans ce numéro 27 sont :
-> textes de l'expertise de INRA
-> expertises biaisées et autres et autres petits rouages de la maltraitance de masse
-> comment la politique française de défense du gavage s'appuie sur les études de l'INRA
-> "le gavage exploite une faculté naturelle ?"
-> poules pondeuses en batterie : rien ne manque à leur bonheur
-> des bouts de ficelles pour occuper les dindes
-> la remise en cause du projet de directive sur les poulets
-> des problèmes structurels de l'INRA affectent l'expertise en bien-être animal
    autres textes (ceux consacrés à d'autres thèmes) :
-> l'expertise en bien-être animal en question (par la Rédaction des Cahiers)
-> Protection légale du gavage et du foie gras : le débat au Parlement français (Nozélu)
-> Copain comme cochon (Marie-Jeanne Frédéric)
    + des dessins de Bhopal
 
Bonne lecture à tou-te-s ! Et un grand merci à toutes les personnes qui nous font connaître la vraie signification du foie gras.

11 octobre 2006

Le gang des fourreurs passe à la télé !

medium_PETAgaultier.jpgEt bien, ça faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de débat télévisé en direct portant sur les animaux ! Mais hier soir (mardi 10 oct.), M6 a invité l'association PETA à discuter de la fourrure, en présence du célèbre fourreur Yves Salomon, qui travaille pour la haute-couture. Ce débat a été programmé dans l'émission T'empêche tout le monde dormir suite à l'action anti-fourrure de PETA du 2 octobre contre la boutique Jean-Paul Gaultier à Paris (ce modeliste utilise de la fourrure). L'actrice porte-parole de PETA, Stéphanie Rebato, s'est retrouvée dans un bref face à face d'un quard d'heure avec Yves Salomon, mais aussi avec Jean-Pierre Coffe, invité de l'émission, animée par Fogiel. Avant même que la discussion débute, Fogiel promettait un débat animé - et bien entendu, ça a été le cas.
L'émission a commencé par une petite vidéo retraçant d'une part l'action de PETA contre la boutique Jean-Paul Gauthier, et consacrée d'autre part à l'industrie de la fourrure... principalement en Chine. On y apprenait qu'en Chine, 2 millions de chiens et de chats sont chaque année massacrés (le plus souvent, dépecés vivants) pour répondre à la demande en fourrure, notamment occidentale : on voyait par exemple un manteau en fourrure de chats sans aucune étiquette vendu en Belgique. Pour le côté occidental, la vidéo insistait sur le fait qu'aujourd'hui des méthodes permettent d'imiter parfaitement des fourrures rares (léopard... ) avec du lapin ; d'ailleurs Jean-Paul Gauthier y assure ne pas utiliser des fourrures d'animaux d'espèces en voie de disparition. Mais rien, pas une image, pas un mot, sur l'élevage ou l'abattage des fameux lapins...
Puis Fogiel, soit-disant impartial, a lancé le débat autour des méthodes utilisées - non pas par les fourreurs - par PETA pour lutter contre la fourrure, méthodes qu'il qualifie de musclées, contestées, d'un peu barrées et d'extrèmement violentes : la preuve, ces gangs anti-fourrure utilisent des tartes à la crème (sic) ! Aussitôt, Stéphanie Rebato tente de recadrer le débat et de replacer la violence à sa juste place : qui est violent ? PETA et ses tartes à la crème, ou l'industrie de la fourrure qui massacre 70 millions d'animaux par an dans le monde ? Mais dès la première seconde des 17 minutes qu'a duré ce sujet, sous des semblants de débat, ça a été une véritable quincaphonie de phrases entremêlées, coupées, pas terminées, de ricanements, moqueries et sarcasmes. La question de Stéphanie est restée sans réponse.  Fogiel a continué : Les animaux, on les abat pas que pour la fourrure, aussi pour les manger, mais on peut pas... Et de cette phrase pas finie et pas relevée, on devine la suite : on peut pas arrêter de les exploiter - et pourquoi pas ? Et là se trouvait le vrai débat, la vraie question, mais bien sûr toute la "discussion" est passée à côté, même si Stéphanie Rebato a parfois tenté de l'y amener.
Seconde intervention de Fogiel : Est-ce que les animaux sont maltraités pour l'industrie de la fourrure, ou bien tout ceci se fait de façon douce comme pour l'alimentation ? Quelle phrase fantastiquement révélatrice du mythe des animaux d'abattoir tués "humainement", "dans le respect" (de quoi ?) ! Phrase pas relevée non plus...
Là-dessus, Yves Salomon dit à Stéphanie Rebato cette phrase super énigmatique et hallucinante : On a un point commun : on cherche le bien-être des animaux, mais [nous] on n'utilise pas de méthodes terroristes ni violentes pour défendre notre point de vue, avant de se retrancher derrière les cadres juridiques et législatifs de sa profession, genre : mais je vous assure, on ne fait pas souffrir les animaux, la loi nous l'interdit ! Il vante les mérites de son métier organisé, structuré, qui vend des produits labellisés et pourvus de traçabilité (alors que le reportage du début nous avait bien montré que la fourrure n'est pas forcément traçable). Et d'ajouter : Nous ne sommes pas comme vous, nous ne payons pas pour faire d'énormes campagnes publicitaires pour défendre nos thèses ! Mais de quoi parle-t-il ? Quelles thèses, quelles idéologies un fourreur pourrait-il bien défendre auprès du grand public ? Que la fourrure c'est bon pour la santé, l'environnement, les animaux ? Il a au contraire intérêt à rester discret, à faire oublier d'où provient la fourrure, à ce que personne ne se pose trop de questions et à vendre un produit lisse et rassurant. Tout va bien, la loi est de son côté. Fogiel tente alors d'en savoir plus sur le monde de la fourrure et interroge : Mais comment ça se passe concrètement pour tuer un animal pour la fourrure ? Là encore, pas de réponse : Yves Salomon commence comme s'il allait répondre à la question, il reprend : concrètement ; mais il s'arrête là et tout de suite il se retranche de nouveau derrière les généralités, le froid et lointain glacis législatif pour argumenter qu'il existe des cadres pour (soit-disant) tuer sans douleur. Et, rassurant : Les choses se font absolument dans les règles. Quelles règles ? Mystère total... Stéphanie Rebato rebondit : a-t-il des preuves que les animaux sont bien traités ? Jean-Pierre Coffe lance son grain de sel : qui dit que les animaux souffrent ? Quelles preuves apporte-elle ? Elle mentionne alors les vidéos terrifiantes, les reportages effectués en caméras cachés... Mais la contre-attaque ne tarde pas : ces images montreraient en réalité un disfonctionnement de l'industrie de la fourrure, et non ce qui s'y passe réellement. Bref, l'exception qui confirmerait la règle...
Stéphanie Rebato parvient alors à placer : De toutes façons, les animaux ne nous appartiennent pas. Fogiel enchaîne : Vous seriez pour l'interdiction totale de la fourrure ? Comme s'il découvrait d'un seul coup la position de PETA ! Malheureusement, cette phrase est évincée comme la plupart des autres dans le tourbillon furieux de la "discussion", et Stéphanie Rebato lance bientôt le sujet de la fausse fourrure : pourquoi Yves Salomon n'en utilise-t-il pas ? La question semble bonne, mais le fourreur s'en accapare aussitôt pour la détourner, et voilà que maintenant il accuse PETA d'être à la solde des lobbies pétroliers - car  la fausse fourrure est un produit de synthèse à base de pétrole. Vraiment, cet homme-là ne répugne à utiliser aucun argument pour d'une part tenter de décridibiliser son adversaire, d'autre part pour occulter le vrai débat ! Il n'expliquera donc pas, alors qu'il se vante publiquement de se préoccuper du bien-être des animaux, pourquoi il n'utilise pas de fausse fourrure.
Là-dessus, Fogiel détourne lui-aussi le sujet : Vous dénoncez les barbaries, mais s'il était prouvé que comme quand on tue un animal pour le manger... par exemple... vous êtes végétarienne ? et, l'air incrédule : Vous voulez absolument qu'on fasse rien du tout aux animaux ? Hey, notre homme commencerait-il à comprendre ce qu'elle a voulu dire par : les animaux ne sont pas à notre disposition ? Donc oui, elle est végétarienne. Mais là, elle a commis l'erreur de dire : Sinon, vous m'auriez reprochée de ne pas l'être ! Erreur, car si bien sûr elle a raison (tous lui seraient tombés dessus en criant à l'incohérence), le dire c'était aussi dire que ce débat ressemblait plutôt à une sorte de lynchage, de tribunal, ce qui, pour être vrai, n'en était pas moins acceptable : voyons chère madame, nous vous avons invitée à une émission posée, à un débat ! Jean-Pierre Coffe lui-même dira un peu plus tard : Vous allez voir qu'on peut s'entendre (sur quoi ? Comment ? Il n'en dira pas plus... ). Le problème, c'était de toutes façons en grande partie le décallage énorme entre cette femme venue défendre des animaux subissants mille tortures et mille morts à cause de la fourrure, et des personnes bien-pensantes défendant leur industrie, leur travail, leur fortune et les valeurs du terroir et des traditions. D'un côté une femme versée dans l'empathie et l'émotionnel, de l'autre des hommes sarcastiques et solidaires, prêts à défendre n'importe quel énorme mensonge pourvu qu'il occulte la vérité de la souffrance animale... et ce d'autant plus dans une ambiance de plateau télé, ponctuée de dessins humoristiques, de SMS plus ou moins sérieux, des applaudissements du public...
Après s'être embourbée quelque peu autour du végétarisme, la discussion repart tant bien que mal sur le sujet de la fourrure grâce à Stéphanie Rebato qui tente de recadrer le sujet. Tant bien que mal, car Jean-Pierre Coffe, grand amateur de bouffe, ne veut pas laisser partir un sujet qui lui tient à coeur ; il reproche à Stéphanie Rebato de ne pas mélanger les deux sujets, sous-entendu : ça aurait été super intéressant et constructif, de parler de la fourrure et du végétarisme ensemble ! Alors que depuis le début, visiblement, il se moque éperdument des animaux ! Mais il insiste : Je défends le même combat que vous ! Comme Yves Salomon alors ? C'est fou ça, tout le monde autour de la table a le même objectif, tout le monde pense aux animaux, et pourtant la discussion est ultra houleuse ! Et sans honte, Jean-Pierre Coffe continue dans son délire : Je me bats depuis 30 ans pour que les animaux de boucherie soient respectés avant de passer à l'abattoir, je n'ai pas de leçons à recevoir de vous dans ce domaine ! (là, je vous conseille d'aller faire un tour sur son site et de juger par vous-même de l'importance effective qu'il donne à ce combat : le "respect" des animaux pour mieux les bouffer !) et la seconde partie de sa phrase (le ton va avec) montre bien le comportement méprisant, arrogant, condescendant et paternaliste qu'il a adopté face à Stéphanie Rebato, qu'il n'hésite plus à agresser directement, l'accusant de sectarisme insupportable, allant jusqu'à clamer : Vous êtes excessive, on n'a pas le droit de vous laisser parler pour dire des sottises ! Quelle autorité ne se donne-il pas ! Une vraie star de la télé ! Qui se vante stupidement de ne pas se vanter (il ne cesse de dire : je fais ceci, je fais cela, je sais rester discret, moi, je... ), et de ne pas manger des chiens, ce qui n'est pas bien, moi j'ai des chiens chez moi ! Mais qu'est-ce que ça nous intéresse de savoir s'il fait ou non des pâtés de chiens, de chats ou de canards - de toutes façons, il mange les animaux et fait la promotion de la viande. Et Fogiel laisse passer, tandis que rapidement Yves Salomon en ajoute une couche : Je veux quand même dénoncer haut et fort vos méthodes, qui sont des méthodes de désinformation, de manipulation, et les images que vous montrez sont vraiment fausses ; on ne dépèce pas les animaux vivants, ça n'existe nul part, ces images que vous montrez, ce sont des constructions pures et simples (...) même en Chine ! Car depuis le départ, le fait qu'en Chine des animaux soient dépecés vivants pour leur fourrure était omniprésent dans le débat : c'est pratique, car ce fait incroyablement choquant, sensationnel, permet d'occulter les autres aspects atroces liés au commerce la fourrure ! En Europe, les animaux ne sont pas dépecés vivants, il a raison Yves Salomon, mais il s'est bien gardé de dire qu'ils sont gazés ou électrocutés - ce qui n'est pas joli joli non plus ! Il a aussi toujours évité la question de l'élevage, de parler des cages grillagées minuscules et exposées aux vents froids pour avoir une fourrure plus épaisse, au sol également grillagé pour un nettoyage plus rapide, pour ne citer que cela. Très fort, d'un côté il arrive à savamment occulter tout ce qui pourrait être dérangeant pour lui, et par contre il ne pas se gêne pour diffamer gravement son adversaire, l'accusant de manipulation et de mensonge, notamment via de faux documents. Mais ce n'est pas fini, voilà que maintenant il cherche encore à décridibiliser Stéphanie Rebato parce qu'elle-même n'a jamais visité d'élevage d'animaux pour la fourrure. (Mais faut-il avoir eu une jambe arrachée par une mine antipersonnelle ou connaître des gens qui en ont été victimes pour lutter contre ?) Ou peut-être l'accuse-t-il simplement de se faire manipuler par PETA ? D'ailleurs, il nous assure que Jean-Pierre Gauthier, lui, a été voir des fermes, a visité des élevages et s'est assuré de la fameuse traçabilité ! Et alors ? Jean-Pierre Gauthier s'intéresse-t-il au sort des lapins ou à la qualité de leur fourrure ? Est-il défenseur des animaux ou fait-il fortune sur leur dos ? Je ne vois pas du tout en quoi cet argument devrait rassurer quiconque sur les conditions d'élevage ou d'abattage des animaux pour la fourrure - de toute façon totalement illégitime, puisque tellement futile et inutile (sauf côté fric, on s'en doute). Mais il a l'air sûr de son coup, et ça continue : On ne peut pas discuter quand le mensonge et la manipulation sont des méthodes utilisées pour faire passer une message (...) : détruire une profession, des métiers artisanaux millénaires pour des raisons strictement financières et non pour des raisons idéologiques. Magnifique, c'est un magnifique exemple de la plus totale mauvaise foi et de pure manipulation. Ne voyons-nous pas un fourreur, c'est-à-dire un homme qui gagne des millions sur le dos des animaux, en train de se vanter de penser à leur bien-être et d'accuser, dans le même temps, PETA, une organisation mondialement reconnue pour ses positions idéologiques et ses luttes en faveur des animaux, d'être motivée uniquement par le gain ? C'est un retournement de situation vraiment incroyable. Et le mot de la fin de ce brave monsieur : Ces images sont absolument épouvantables, heureusement qu'elles sont fausses. Quelle impunité ! Comment est-ce seulement possible ? D'autant plus que si elles sont fausses, elles ont quand même l'air d'être vraies, est-ce qu'il est en train de dire que PETA a fait tuer et maltraiter des animaux uniquement pour en faire un film de propagande ? Je rêve...
Le débat touche à sa fin et voilà que Jean-Pierre Coffe a une idée de génie : il demande à Fogiel de mettre à sa disposition une caméra et un cadreur, et voilà que lui-même, accompagné de Yves Salomon et de Stéphanie Rebato, vont aller visiter un élevage et faire un reportage ! Sous-entendu, un vrai reportage cette fois. Ha, voilà une bonne idée ! Surtout pour noyer le poisson, comme on dit ! Le public applaudit, Yves Salomon et Fogiel sont ravis, tu m'étonnes, ça ne se fera jamais ! Stéphanie Rebato n'est pas dupe d'ailleurs, elle est la seule à ne pas acclamer la super idée. Tiens, ça me rappelle qu'ils nous avaient déjà fait le coup du vrai reportage dans une émission, il y a environ un an, qui tournait autour du foie gras avec Maïté et un représentant de la PMAF. On attend encore...
Le débat s'achève... On reproche gentillement à Stéphanie Rebato d'avoir été trop emportée (bien sûr, on s'attarde sur la forme et non sur le fond) et on lit un SMS reçu pendant l'émission : Quid de mon canapé en cuir, va-t-il falloir que je m'en sépare aussi ? Les gens rient, mais cette petite touche d'humour douteux n'est-elle pas censée montrer à quel point il est absurde de vouloir penser aux animaux ? Aujourd'hui on arrête la fourrure, demain la viande, et après quoi, le cuir ? Hahaha. Seulement voilà, ce serait bien, très bien même, si effectivement on arrêtait tout ça, et bien plus encore. Car les animaux ne sont effectivement pas là pour nous servir... Même si Jean-Pierre Coffe dit : Sur des sujets comme ceux-là, ne soyons pas excessifs, ce sujet-là ne mérite pas une telle énergie, un tel combat. Oui, bien sûr : car s'il lutte (soit-disant !) pour le "respect" des animaux, il cherche aussi et surtout à vendre ses pâtés et autres foies gras !
Quel débat révélateur de la puissante mauvaise foi et de la propagande que peuvent utiliser ceux qui vivent du commerce des animaux ! Il portait le titre racoleur : Le gang des anti-fourreurs, mais il aurait bien mieux fait de s'appeler : le gang des fourreurs !... En tout cas, un grand bravo à Stéphanie Rebato, parce que ce n'était vraiment pas facile d'être sur ce plateau où primait l'impunité de ceux qui tuent...

 

10 octobre 2006

Les animaux ne sont pas des marchandises

Voilà un voyage qui touche à sa fin... Je suis un peu frustrée de ne pas avoir écrit davantage, mais je n'ai pas vraiment eu un accès facile à Internet ; j'avoue que peut-être la motivation a un peu manqué aussi, et puis je ne pouvais pas mettre de photos, et ça aussi ça m'a démotivée, je le constate (c'est bizarre, hein ?!). Enfin bref, j'ai pas beaucoup écris mais une fois de retour en France, devant mon ordi connecté à adsl, je ferai peut-être un chouette compte-rendu avec plein de photos ! Affaire à suivre...
Sinon, une super nouvelle : un ami m'a informée d'un article fantastique paru dans le Monde Diplomatique du mois d'août dernier (2006), c'est au sujet des animaux et des souffrances que les humain-e-s leur infligent. Cet article me rapelle celui paru il y a quelques années - c'était en août 2001, n° 569 - et écrit par Armand Farrachi, qui était tout aussi bien (bon, ça fait un article sur les animaux tous les 5 ans, pour les vacances... peut mieux faire, non ?!). Si vous avez loupé ce numéro du Monde diplo, pas de soucis, voici de quoi il s'agit (texte à lire ci-dessous ou bien à télécharger en format PDF) :
 
LES ANIMAUX NE SONT PAS UNE MARCHANDISE :
POUR L'ABOLITION DE L'ANIMAL ESCLAVE
par Gary L. Fancione*
(Monde Diplomatique, août 2006) 
 
Nous adorons nos chiens et chats domestiques, raffolons des dessins animés ou des films animaliers, et  cependant notre comportement  à l'égard des animaux en général prouve notre insensibilité et nore complicité passive dans leur immense souffrance. Tant que l'animal continuera d'être une propriété et qu'il sera considéré comme un bien marchand, ses supplices se poursuivront.
 
Selon le ministère américain de l'agriculture, les Etats-Unis, à eux seuls, abattent plus de huit milliards d'animaux par an destinés à l'alimentation. Chaque jour, plus de vingt-deux millions d'entre eux sont sacrifiés dans les abattoirs américains, c'est-à-dire plus de neuf cent cinquante mille par heure, seize mille par minute ! Malgré les progrès effectués ces dernières années, ils continuent d'être maintenus dans des conditions d'élevage intensif effrayantes, mutilisés de diverses manières, sans produit antidouleur, transportés sur de longues distances tassés dans des conteneurs exigus et insalubres, pour être finalement exécutés dans les cris, la puanteur et la saleté d'un abattoir.
Les animaux sauvages ne sont guère mieux lotis. Aux Etats-Unis, environ deux cents millions d'autres sont, chaque année, victimes de la chasse. Des millions d'autres sont utilisés pour la recherche biomédicale et l'essai de nouveaux produits. On mesure sur eux l'effet des toxines, des maladies rares, des molécules expérimentales, des radiations, des tirs d'armes à feu, et ils sont soumis à de multiples formes physiques ou psychologiques de privation. S'ils survivent aux expérimentations, ils sont presque toujours tués ensuite, ou recyclés pour d'autres expériences qui, cette fois, auront raison de leur résistance.
Cirques, zoos, carnavals, parcs d'attractions, spectacles de dauphins et autres utilisent les animaux à seule fin de divertir. Près de quarante millions d'animaux à fourrure sont abattus chaque année pour la mode... Avant le XIXe siècle, les animaux étaient considérés comme des objets. Même pour Descartes, le gémissement d'un chien était semblable au crissement d'un mécanisme ayant besoin d'huile (1). Parler de nos obligation morales envers les animaux "machines créées par Dieu", n'avait, pour l'auteur du Discours de la méthode, pas plus de sens que de parler de nos obligations envers les horloges, machines créées par l'homme.
 
Cent mille litres d'eau pour un kilo de viande...
Le principe  humaniste du traitement médical des bêtes souffrantes et l'application des lois sur le bien-être animal qui en résulte supposent que nous acceptions de nous demander si la souffrance animale est inévitable, si le fait de ne pas utiliser des animaux pour notre confort nous cause plus de préfudices que la souffrance n'en cause au animaux. En général, l'intérêt de l'homme l'emporte, et la souffrance animale est considérée comme un "mal nécessaire". Par exemple, la loi britannique régulant l'utilisation des animaux de laboratoire exige, avant qu'une expérience soit engagée, une évaluation des "possibles effets nocifs sur les animaux concernés par rapport au bénéfice pourvant en découler (2)".
Pour qu'une interdiction de la souffrance animale ait une portée minimale, il faut qu'elle condamne toute douleur infligée uniquement par plaisir, amusement ou convenance (3). Porter un manteau de fourrure, imposer aux cobayes de multiples tests pour les produits ménagers ou pour de nouvelles marques de rouges à lèvres ne relève pas d'intérêts vitaux pour l'être humain. De même, manger de la viande est considéré par la plupart des nutritionnistes comme nuisible à la santé. Par ailleurs, des experts écologistes ont souligné les dégâts de l'élevage intensif sur notre environnement. Pour chaque kilogramme de protéines animales fourni, la bête d'élevage doit consommer environ six kilogrammes de protéines végétales et de fourrage. De surcroît, produire un kilogramme de viande requiert plus de cent mille litres d'eau. Alors que la production d'un kilogramme de blé en exige à peine neuf cents...
L'incohérence entre nos actes et nos pensées au sujet des animaux vient de leur statut de propriété (4). Selon la loi, "les animaux sont des meubles (5)". Les animaux sauvages sont considérés comme appartenant au patrimoine de l'Etat, qui les met à la disposition du peuple ; mais ils peuvent devenir la propriété d'individus, en particulier par le biais de la chasse, du dressage ou du confinement. La "souffrance" des propriétaires de ne pas pouvoir jouir de leur "propriété" à leur gré compte plus que la douleur de l'animal. Dès lors qu'il s'agit d'intérêts économiques, il n'existe plus de limite à l'utilisation ou au traitements abusifs des bêtes. L'élevage intensif, par exemple, est autorisé parce qu'il s'agit d'une exploitation institutionnalisée et acceptée. Les industriels de la viande estiment que les pratiques consistant à mutiler les animaux, quelles que soient les souffrances endurées par ceux-ci, sont normales et nécessaires. Les tribunaux présument que les propriétaires n'infligeront pas intentionnellement à leurs bêtes des sévices inutiles qui diminueraient leur valeur marchande (6). Les lois sur le bien-être animal visent à protéger les animaux dans la mesure où ceux-ci demeurent des biens monnayables. Les évolutions de l'industrie agroalimentaire en leur faveur répondent généralement à des critères de rendement économique, les animaux ayant une valeur marchande (7).
Pour faire évoluer le statut de l'animal dans nos sociétés, nous devons appliquer le principe d'"égalité de considération" (selon lequel il faut traiter de façon égale des cas semblables), une notion essentielle à toute théorie morale. Même s'il existe un grand nombre de différences entre les humains et les animaux, une chose fondamentale au moins nous rapproche : notre capacité à souffrir. Si notre désir de ne pas faire souffrir inutilement les animaux revêt quelque signification, nous devrions alors leur accorder une égalité de considération. Le problème est que l'application de ce principe a déjà échoué du temps de l'esclavage, qui autorisait des hommes à exercer un droit de propriété sur leurs semblables. L'esclave étant considéré comme un bien, son propriétaire pouvait ne pas tenir compte de ses intérêts si cela ne lui était pas économiquement profitable. On admettait, certes, que l'esclave pouvait ressentir de la souffrance. Toutefois, les lois pour le respect de son bien-être n'ont pas abouti, pour les mêmes raisons qu'échouent de nos jours celles pour le respect du bien-être animal. Aucune véritable limite n'est fixée à notre droit de propriété. Les intérêts des escalves n'étaient préservés que lorsqu'ils généraient du profit pour les propriétaires ou servaient leur caprices.
A l'heure actuelle, l'intérêt d'un être humain à ne pas être considéré comme propriété est protégé par un droit. Avoir le droit fondamental de ne pas être traité comme une propriété est une condition minimale pour exister en tant que personne. Nous devons étendre aux animaux ce droit que nous avons décidé d'appliquer à tous les hommes. Cela n'éradiquerait pas toute forme de souffrance, mais cela signifierait que les animaux ne pourraient plus être utilisés comme source de profit. Pourquoi jugeons-nous acceptable de chasser des animaux, de les emprisonner dans des cirques et des zoos, de les utliser dans des expérimentations et de les manger, autrement dit de leur faire subir ce que nous n'oserions jamais infliger à aucun être humain ?
La thèse selon laquelle les hommes sont pourvus de caractéristiques mentales complètement absentes chez les animaux est contradictoire avec la théorie de l'évolution. Darwin affirmait qu'il n'existait par de caractéristiques exclusivement humaines : "La différence d'intelligence entre l'homme et l'animal le plus évolué est une question de degrés et non d'espèce".  Les animaux sont capables de penser, de sentir et de produire des réponses émotionnelles semblables à celles des humains. Darwin notait qu'"un animal vivant en collectivité éprouve des sentiments d'amour envers les autres" et que les animaux sont réceptifs à la détresse de leurs congénères. Même si nous ne sommes pas en mesure d'évaluer la nature précise de la conscience animale, il semble évident que tout être doué de perception est conscient et possède une existence mentale continue. Le professeur Antonio Damasio, un neurologue travaillant avec des personnes victimes d'infarctus cérébraux et de graves dommages au cerveau, atteste que ces malades possèdent ce qu'il nomme une "conscience noyau". Les sujets souffrant d'amnésie transitoire n'ont aucune notion du passé ou du futur mais conservent une conscience de leur corps par rapport aux objets et aux événements présents. Darnasio affirme que de nombreuses espèces animales détiennent cette même conscience noyau (8). Le fait qu'ils n'aient pas de notion autobiographique de leur vie (du moins, à notre connaissance) ne signifie pas qu'ils n'aient pas une existence mentale continue, ni qu'ils n'éprouvent nul intérêt à vivre, ni qu'être tué leur soit indifférent.
Les animaux possèdent une intelligence considérable et sont capables de traiter une information de façon sophistiquée. Comme les humains, ils communiquent avec les membres de leur propre espèce. Il est prouvé, par exemple, que les grands singes utilisent un langage symbolique. Aucune créature, à part l'homme, n'est peut-être capable de se reconnaître dans un miroir, mais aucun humain n'a non plus l'aptitude à voler, ou de respirer sous l'eau sans assistance. Pourquoi la capacité de se reconnaître dans un miroir ou d'utiliser le langage articulé serait-elle supérieure, au sens moral du terme, au pouvoir de voler ou de respirer sous l'eau ? La réponse, bien entendu, est que nous le proclamons. Mais il n'existe aucune raison de conclure que les caractéristiques prétendument humaines justifient le fait que nous traitions l'animal comme une propriété marchande. Certains hommes sont privés de ces caractéristiques, et pourtant nous ne les considérons pas comme des objets. Par conséquent, la question centrale n'est pas :
"Les animaux peuvent-ils raisonner ? Ou peuvent-ils parler ? Mais bien : peuvent-ils souffrir ?" (Bentham). Si nous voulons que leurs intérêts soient respectés, nous n'avons qu'un droit à leur accorder : celui de ne plus être assimilés à de simples marchandises.
 
Notes :
(1) René Descartes, Discours de la méthode, Ve partie (sur l'animal-machine) (1637).
(2) Cf. Animals (Scientific Procedures) Act, Londres, 1986. Cf. pour l'Union européenne, la directive 86/609/CEE du 24 nov. 1986, relative à la protection des animaux utilisés à des fins expérimentales ou à d'autres fins scientifiques.
(3) Lire les entretiens avec Gary L. Francione :
http://www.friendsofanimals.org/programs/animal-rights/interview
http://veganreveloution.free.fr/documents/itwfrancionefran
(4) La conception occidentale moderne de la propriété, selon laquelle les ressources sont des biens définis qui appartiennent ou sont assignés à des individus particuliers à l'exclusion de tout autre, trouve son origine, selon la Bible, dans la décision de Dieu d'accorder aux hommes le pouvoir de régner sur le monde animal (Genèse, I, 26, et I, 28). 
(5) Godfrey Sandys-Winsch. Animal Law, Shaw, Londres, 1978.
(6) En ce qui concerne la protection de l'animal de ferme en Europe, le 30 mars 2006 s'est tenue à Bruxelles la première conférence de l'Union européenne sur le bien-être animal :
http://ec.europa.eu/food/animal/welfare/index_en.htm
(7) Par exemple, un conseiller de la chaîne de restauration rapide McDonald's a déclaré : "Des animaux en bonne santé, bien soignés, permettent à l'industrie de la viande de fonctionner efficacement, sans problème et avec un bon rendement". Cf. Temple Grandin, Recommended animal handling, guidelines for meat packers, American Meat Institute Foundation, Washington DC, 2005.
(8) Cf. Antonio R. Damasio, Spinoza avait raison, Odile Jacob, Paris, 2004 ; et "Oui, il y a une biologie des sentiments", (entretien avec Antonio Damasio), l'Express, Paris, 7 juin 2004.
 
* Gary L. Francione : Professeur à la Rutgers University School of Lax, Newark, (New Jersey, Etats-Unis) où il dirige un enseignement consacré au droit des animaux (http://www.animal.org). Auteur entre autres de : Introduction to Animal Rights, Temple University Press, Philadelphie, 2000. Ce texte est tiré de son intervention au colloque "Théories sur les droits des animaux et le bien-être animal" qui s'est tenu à l'Université de Valence (Espagne) du 15 au 19 mai 2006.