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05 janvier 2008

Le végétarisme vu par Le Monde

d64d8e8ce0825603ebde28014a1f0883.jpgTiens, Le Monde se penche sur le végétarisme, et c'est avec curiosité que je lis leur article, Des tables végétariennes gourmandes. Déjà, on comprend tout de suite que ça se concerne seulement Paris. J'apprends au premier paragraphe "qu'autrefois, on était végétarien par saturation de la cuisine bourgeoise" : ça m'étonne un peu parce que je n'ai jamais rien lu de tel, et il ne me semble pas que des personnes comme Léon Tolstoï, Albert Einstein ou Marguerite Yourcenar (pour ne citer qu'elles) soient devenues végétariennes pour cette raison. Mais peut-être qu'à Paris, en effet, des gens l'ont été pour ça.
"Aujourd'hui, les raisons sont éthiques, philosophiques et/ou écologiques", écrit avec justesse l'auteur - même s'il aurait pu ajouter que des personnes le sont pour leur santé, mais plus loin on comprend que pour lui ça rentre dans la catégorie "écologie". Arrêtons nous un instant sur le mot "éthique", sur lequel l'auteur ne reviendra plus, puisque tout l'article est concentré sur le thème bien plus porteur de l'écologie. Derrière cette "éthique" se cachent les millions d'animaux souffrant le martyre et tués pour la viande, et aussi tous les animaux sauvés grâce au végétarisme. Et, curieusement, les animaux sont les grands absents de cet article : une seule fois ils sont mentionnés, dans la phrase :
"L'essentiel est qu'on abandonne la viande, et même pour certains - les végétaliens - le poisson et tous les produits issus des animaux, les oeufs, le lait ou le miel." Hélas, grossière erreur, qui sous-entend que les végétariens mangent du poisson ! La définition du végétarisme est pourtant très claire et ne prête pas à confusion : cette alimentation exclut toute chair animale ainsi que les produits qui en sont dérivés (comme le suif et la gélatine). Or jusqu'aux dernières nouvelles les poissons sont des animaux, donc les végétariens ne mangent pas la chair des poissons, sinon ce ne sont plus des végétariens, c'est aussi simple que cela.
Un peu plus loin, on lit :
"Pour les végétariens, il convient de rompre avec le système de production alimentaire intensive au profit d'un retour à la nourriture la plus naturelle possible. Cette attitude de rupture est favorable à l'agriculture biologique, devenue l'alliée obligée du végétarisme." Alors là, ça me hérisse le poil, parce que c'est n'importe quoi. On peut parfaitement être végétarien et ne consommer que des produits végétariens issus du système de production alimentaire intensive, même si ce n'est pas forcément ce qui est le mieux pour la santé humaine. L'auteur n'a pas su éviter cet amalgame de plus en plus systématique (et alimenté de toutes parts) : être végétarien et bio. Renoncer à manger la chair des animaux et consommer des produits "bios" sont deux choses différentes : on peut être végétarien et ne pas manger "bio", tout comme on peut manger "bio" et ne pas être végétarien. Et bien entendu, il tombe aussi dans le panneau du "naturel", et j'aimerais qu'il m'explique ce qu'est une alimentation "la plus naturelle possible". Toute notre alimentation (ou à quelque chose comme 99,9%) est culturelle, nos fruits et légumes sont issus de sélections génétiques, l'agriculture est forcément un acte totalement culturel, le fait de cuisiner et notre façon de manger aussi. Il y a par contre des aliments plus ou moins transformés, emballés, raffinés, et des modes de productions plus ou moins polluants, consommateurs d'eau et d'énergie, d'espace.
S'en suit un paragraphe ou on apprend que "l'Inde connaît et pratique plusieurs formes de végétarisme", je serais intéressée pour en savoir plus parce que ça ne m'évoque rien : sans doute y a-t-il plusieurs raisons d'être végétarien ou végétalien, mais les formes de végétarisme je ne vois pas en quoi ça consiste. Dans le paragraphe suivant, on apprend notamment que Rudolf Steiner "était également le théoricien de l'agriculture biodynamique (1924) et l'auteur d'une série de cours agricoles où la place de l'homme dans le cosmos est établie et les produits de la nature respectés". Heu, je vois pas du tout le rapport avec le végétarisme.
L'auteur, Jean-Claude Ribaut, enchaîne : "Les raisons de tourner le dos au monstre technologique qu'est l'industrie avec ses produits de synthèse, ses anti-oxydants et ses alicaments semblent évidentes, sinon convaincantes pour tous. Il y a peu, on ne pouvait exiger dans un restaurant une assiette végétarienne sans être servi avec mépris. Ce n'est plus vrai aujourd'hui." Voilà, à la trappe les motivations éthiques et philosophiques : pour Jean-Claude Ribaut, on est végétarien pour sa santé, point. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui le végétarisme est quand même moins sujet à mépris.
Le texte part ensuite vers les régimes alimentaires, la cuisine des restaurants, et on sent que l'auteur s'est régalé à en tester plusieurs, même si jusqu'au bout il persiste à assimiler végétarisme et alimentation "bio".
Finalement, l'article porte assez bien son nom, Des tables végétariennes gourmandes, mais il aurait gagné à se cantonner à ça, et surtout à éviter de ramener systématiquement le végétarisme à l'agriculture biologique (je précise que je suis une adepte de l'agriculture bio, mais pour des raisons différentes de mon choix végétalien, et qu'il ne faut pas tout confondre).
Bref, quand Le Monde se penche sur le végétarisme, ça donne un peu tout et n'importe quoi, avec en toile de fond le naturalisme, la biodynamie, la théosophie et l'agriculture bio, mais pas les animaux.
Quand même, les journalistes de Le Monde ne sont-ils pas supposés avoir les moyens de se renseigner avant d'écrire des abérations? Jean-Claude Ribaut, n'a visiblement pas l'esprit très clair quant à la question, c'est dommage parce que visiblement il a plutôt envie de donner une bonne image du végétarisme. Et pour une fois que le végétarisme attire l'attention d'un grand media...
Ce qui m'inquiète, c'est que souvent en lisant un article de Libé, du Monde ou d'un autre canard, portant sur un sujet que je connais bien, j'ai relevé un certain nombre d'exactitudes, voire d'erreurs : ça donne à réfléchir sur la validité des articles en général.
(L'image en haut de page est celle qui illustre cet article dans Le Monde).

Commentaires

Le Monde fait un article sur le végétarisme, j'annonce à mes parents que depuis le 1er janvier je ne mangerai plus ni viande ni poisson, et j'ai droit à tous les clichés possibles sur le végétarisme "est-ce que tu as continuer à porter du cuir?" (euh, celui que j'ai oui je ne vais pas jeter ce serait du gaspillage), "et le cri de la carotte, tu y a pensé?", "et ta santé?"...

Je sens que les mentalités dans la famille vont mettre du temps à évoluer...

Écrit par : Suzanne | 08 janvier 2008

Super que tu sois devenue végétarienne! et courage par rapport à ta famille, il lui faudra sans doute du temps ne fut-ce que pour admettre ce changement. Souvent les non-vég réagissent mal, avec mauvaise foi notamment, parce que le végétarisme les met en face de leur propre comportement. Ca me met toujours hors de moi quand des gens qui mangent des animaux parlent du cri de la carotte - et en plus, les gens qui disent ça se croient originaux, pffff, alors que ça fait à peine la 89ème fois qu'on m'en parle ;-)
Heureusement, les choses ont quand même bougé depuis quelques décennies, et aujourd'hui les livres, les sites, les témoignages ne manquent pas autour du végétarisme ; et même si les proches ne suivent pas, il y a moyen de ne pas s'isoler et d'avoir accès à plein d'infos.
Bon courage, bonne continuation, et merci pour les animaux!

Écrit par : Aléa | 08 janvier 2008

Comme quoi le végétarisme mène à beaucoup de choses et de débats de fond (ce dont je ne doute pas), même à se rendre compte de la "qualité" des articles du Monde ;-)

Pour ce qui est de la relation entre végétarisme et bio, ce sont certes 2 démarches différentes. Je peux comprendre qu'on soit bio et pas végétarien (ce qui est plus ou moins mon cas, mais je suis prêt à en discuter et à faire évoluer mon point de vue). Mais je trouverais incohérent d'être végétarien mais pas bio: lutter contre l'exploitation (la souffrance) des animaux (au moins), voire contre le système industriel de production et consommation implique à mon avis de lutter aussi contre l'exploitation humaine, et environnementale (et voilà l'argument du cri de la carotte résolu;-) qu'implique notre mode de vie et la société de conssommation de masse... Je préfère manger un poulet bio élevé à côté de chez moi qu'un yaourt au soja transgénique récolté en Chine, emballé en Pologne, étiqueté aux States et distribué en France...

Écrit par : nicoducaire | 08 janvier 2008

Ce n'est pas comme si on était absolument obligé de choisir soit l'un soit l'autre. Ce genre de questions complètement hypothétiques n'apporte pas vraiment grand chose au débat. Entre un yaourt transgénique chinois et un poulet bio local, je ne vois pas le rapport.

Je suis aussi du même avis que l'auteure de ce blog, qu'il faut pas confondre végétarisme et "bio", cependant, cela n'empêche pas que les deux choses aillent ensemble. Ca serait à peu près la même chose que faire un article soit disant sur le végétarisme et en fin de compte on y parlerait que des questions humanitaires, par exemple. Je pense qu'il serait tout à fait légitime de signaler le dérapage, sans que cela veuille dire qu'on est opposé à des démarches humanitaires pour autant!

Tu as entièrement raison quand tu dis que soutenir l'agriculture bio c'est aussi lutter contre plusieurs formes d'exploitation, que ça soit de l'environment ou des humains, mais je ne pense pas que l'article du Monde a mentionné ça non plus! Leur article a juste été un amalgame à deux balles, très franchement. Pour eux, manger végétarien est d'abord un souci de santé, d'une cuisine plus saine, plus riche, plus élaboré, avec plus de couleurs, etc. D'où le rapport avec la cuisine soit disant "bio". A aucun moment dans l'article j'ai vu une seule mention par rapport aux animaux.

Mais c'est super que tu sois prêt(e) à changer ton point de vue ;)

Écrit par : kamaleon | 09 janvier 2008

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