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15 mars 2008

Un de moins, un de plus

117115745.jpgHier, je passais un moment avec un ami. Au détour de la conversation, il m'a dit quelque chose du genre : "Je ne suis plus très sur d'être végétarien" ou bien c'était : "Mais est-ce que je peux encore me dire végétarien ?" De mon côté, je n'étais pas très sure d'avoir bien entendu - comme j'aurais préféré m'être trompée ! Comme il s'est éloigné un moment, je me suis demandée s'il vallait mieux entamer une discussion avec lui sur ce qu'il me semblait quand même avoir bien entendu, ou bien faire comme si de rien n'était. J'ai pensé que je n'avais rien à perdre, les animaux non plus et que, somme toute, ce pourrait être instructif d'en savoir plus.
Comme il revenait, je lui ai demandé ce qu'il en était vraiment. Est-ce qu'il remangeait vraiment de la viande ? Souvent, régulièrement, dans quels contextes ? Il m'a expliqué en remanger vraiment rarement, jamais chez lui, mais parfois au restaurant ou dans un contexte familial... Par facilité sociale ? Oui, mais aussi par goût.
Ça m'a fait vraiment mal à entendre, mais au moins c'était honnête. En gros, la viande il aime ça, et il n'a pas envie de se prendre la tête. Ou plutôt, plus envie, parce qu'il était végétarien depuis plusieurs années. Je ne sais pas depuis combien de temps exactement, mais je l'ai toujours connu végétarien, et ça fait quelque chose comme 8 ans que je le connais.
Ça m'a fait mal pour les animaux. Manger de la viande, c'est faire souffrir et demander la mise à mort d'animaux. Même si c'est très occasionnel, ça ne peut pas ne pas faire de mal aux animaux.
Personnellement, je trouve très intéressant de me demander si mon mode de vie peut être généralisable. Parfois j'en tire des conclusions pratiques constructives (être végane, mais aussi ne pas laisser d'appareil en veille, ne pas consommer à tout va, etc).
Pour l'impact de ma consommation d'énergie, par exemple, il a été calculé que les appareils laissés en veille par la population française demandent à eux seuls l'énergie d'une centrale nucléaire. Ainsi, même si à mes yeux une télé, une chaîne hi-fi ou un écran d'ordi en veille sont totalement insignifiants, en réalité ça contribue de façon non anodine à la production du nucléaire (donc je ne laisse jamais de veille allumée). Quant au fait de manger de la viande, et bien admettons que les 60 millions de Français-e-s se mettent à en manger occasionnellement... D'un côté, c'est sûr que ce serait d'abord extrêmement bénéfique, vue la consommation monstrueuse de viande actuelle. Des millions et des millions d'animaux seraient immédiatement sauvés. Mais des millions d'autres périraient quand même. Si 60 millions de personnes mangeaient un quart de poulet par mois, ça ferait quand même 15 millions de poulets tués par mois. Ce n'est pas rien me semble-t-il ; pour les animaux, c'est encore la terreur qui continue.
Alors quand un ami végétarien m'annonce qu'il remange de la viande, même si c'est pas beaucoup, même si c'est pas souvent, ça me rend terriblement triste. J'avoue que j'ai du mal à ne pas juger. Car si on met les pincettes psychologiques de côté, il faut reconnaître qu'accepter, en connaissance de cause, de manger de la viande pour son plaisir gustatif, relève malheureusement d'une forme d'égoïsme primaire. La vie des uns contre le bon petit repas des autres. Cher payé pour ceux qui naissent du mauvais côté de l'assiette...
Ce qui me fait mal aussi, c'est de ne pas me sentir à la hauteur. Sans doute n'ai-je pas su donner suffisamment de forces à cet ami pour l'encourager dans son végétarisme. Je me sens comme trahie, abandonnée, loin de lui. Remanger de la viande n'est pas un geste neutre. Ce n'est pas simplement mettre quelque chose dans sa bouche. C'est accepter qu'une certaine forme de torture et de mise à mort existent pour son plaisir à soi. C'est une autre vision du monde, une autre sensibilité. C'est une forme d'indifférence lourde de conséquences, et à mes yeux d'autant plus triste qu'il avait réussi à faire un autre choix - celui de refuser de manger de la chair.
Peut-être a-t-il l'impression que ce qu'il mange a un impact insignifiant, surtout si ce n'est pas quotidien. J'ai souvent entendu des gens continuer à manger de la viande en argumentant des choses du genre : de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. Cette croyance en notre impuissance personnelle est terrible, elle nous déculpabilise et plus personne n'est responsable de rien. Mais pour qui alors les millions d'animaux abattus chaque jour en France, sinon pour notre déjeuner ? Et si nous ne changeons pas, qui le fera ?
Pour essayer quelque chose, j'ai proposé à mon ami de lui prêter des films sur les animaux (je pensais notamment à cet excellent et terrible film, Earthlings). Mais bien sûr, il n'a pas voulu. De toutes façons, il sait. Même si sans doute il a un peu oublié, et comme ça il mange plus tranquillement des bouts de cadavres.
 
Mais hier également, un autre ami, vegan, m'a annoncé qu'un de ses neveux refusait de manger toute viande pour ne pas exploiter des animaux. Il refuse même de manger des oeufs et des produits laitiers. Il a neuf ans et il vit dans une famille omnivore. Hé bien moi, je lui tire mon chapeau à ce gosse-là. Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve.
 
(L'illustration est issue d'un concours lancé par PETA.) 

Commentaires

Pardonne

Écrit par : Fish | 16 mars 2008

salut Fish, peux-tu développer ton commentaire plutôt obscur? je n'y comprends goutte...

Écrit par : Aléa | 16 mars 2008

A vrai dire mon post était assez long ... .
J'ai un peu oublié ce que j'avais préparé mais la question qui me tarode c'est peut-on vivre qu'avec ses semblables, ceux qui nous ressemblent ?. Bien entendu on le voit chaque jour dans nos grandes cités où tout ce qui se ressemble vit en ensemble, est ce une séparation par l'argent ?, les goûts ?, les convictions ? un peu de tout cela probablement. Quel rapport avec le végétarisme et bien c'est la même chose?. Un ami c'est précieux, dépasse cette déception.
Petite digression et pour la détente je te dirai que je n'ai aucun appareil en veille chez moi, que ce n'est pas (seulement ?) pour le nucléaire mais parce que cela ne sert à RIEN.
Je n'ai pas de tabou quand c'est bon pour la société (contrat social), et qui pollue le plus en Europe de l'ouest, L'angleterre et l'Allemagne, devine pour quoi.
Et Vive le végétarisme car c'est plus efficace, pour la santé, l'environnement, les emplois induits, nos frères les animaux etc ... , tout ce que tu savais déjà.
Amicalement

Écrit par : Fish | 17 mars 2008

salut Fish,
cool que tu ais développé ta pensée. Ouais pour mon ami, bien sûr qu'on va rester amis, mais ça casse quand même quelque chose. C'est ce que j'explique quand j'écris que lui et moi n'avons plus la même sensibilité au monde.
C'est vrai que les veilles électriques ne servent à rien. Manger de la viande ne sert à rien non plus, sinon à satisfaire des plaisirs égoïstes ou bien à se faciliter la vie (puisqu'on vit dans un monde majoritairement non veg). Mais si on regarde plus loin que le bout de son assiette, on doit bien reconnaître aussi que le fait de manger de la viande créé énormément de souffrance, et que ça rend le monde bien plus laid.
C'est dur quand des êtres chers font des pas en arrière...

Écrit par : Aléa | 17 mars 2008

On dirait que ton ami a un moment de découragement. Les moyens de production, les décisions politiques sont tellement déconnectées de nos vies que je comprends qu'on puisse se sentir impuissant et baisser les bras. Et puis au bout du compte, ça a un côté bien confortable...
Tu dis que tu aurais peut-être du mieux l'encourager dans son végétarisme. A l'inverse, je trouve que son attitude est d'autant plus négative qu'elle a pour effet de décourager les autres. Je n'aimerais pas que cet ami rencontre cet enfant de 9 ans qui lui a fait un grand pas !
Bref autant l'encouragement que le découragement sont des facteurs de grande influence sociale.
Alors encourageons nos entourages à refuser d'envoyer des animaux à l'abattoir !

Écrit par : seb | 21 mars 2008

Merci Seb, c'est tout à fait ça. En effet, l'influence sociale que les gens exercent autour d'eux n'est pas négligeable du tout. Parfois, j'ai peur que progressivement et par effet boule de neige d'autres vegs autour de moi renoncent à dire non à la souffrance des animaux. Dans notre société tout nous pousse tellement à ne jamais voir et à oublier ce que vivent les animaux pour fournir de la viande, des oeufs ou du lait...
C'est sans doute plus confortable de ne pas vouloir savoir, de faire "comme tout le monde", même si c'est faire du mal, et de s'arranger avec sa conscience en l'endormant.
Alors oui, restons vigileant-e-s et essayons de ne pas laisser les autres s'endormir non plus !

Écrit par : Aléa | 22 mars 2008

Puis-je me faire un instant l'avocat de cet ami, et en profiter pour questionner mes propres pratiques ?

Une cause de découragement possible est sans doute la relativisation :

Est-ce que vous ne vous êtes jamais dit que la souffrance animale évitée en renonçant à un steak ou un morceau de fromage était dérisoire en regard de l'ensemble de la souffrance de l'ensemble du monde et de tous les temps ? Les océans sont remplis d'animaux qui se dévorent les uns les autres, non seulement aujourd'hui mais depuis plus d'un demi-milliard d'années. Les dinosaures se sont déchiquetés les uns les autres, sans anesthésie, sur toute la surface de la terre pendant plus de cent cinquante millions d'années. Quels que soient mes choix alimentaires et vestimentaires, les conséquences de mes choix en terme de bien-être animal seront toujours dérisoires comparé à tout ça. Même si le monde entier cessait de consommer des produits animaux pendant, disons, un siècle, ça resterait dérisoire comparé à ce qui s'est déjà passé.

Pour faire un effort, quelqu'il soit, il faut une motivation. Ce qui permet à quelqu'un d'égoïste comme moi (je veux dire : comme tout le monde) de renoncer à consommer un produit animal, c'est en quelque sorte la fièreté morale que j'en retire en pensant à la souffrance que j'épargne ainsi. Si mes réflexions me conduisent à juger cette souffrance dérisoire, la motivation disparaît. Si j'ai l'impression que mon action n'a qu'une conséquence dérisoire sur le monde, j'aurai alors tendance à n'agir qu'en suivant mon bon plaisir (et j'aime le fromage).

Voilà les réflexions qui me font douter, personnellement.

Bon en fait, je connais déjà la réponse à ce relativisme : un animal reste un animal même s'il y en a eu un milliard de milliards avant lui. Sa souffrance n'est pas amoindrie par celle de ses prédécesseurs. On peut dire aussi que ma relativisation de la souffrance animale, elle s'applique en particulier (dans une moindre mesure) à l'humain, Homo sapiens existant depuis deux cent mille ans pendant lesquels il a dû s'étriper allègrement avec ses congénères, et que je ne m'amuse pas à tuer les gens pour autant (et pas seulement par peur de la police).
Arguments valides, bien entendu, mais dont j'ai parfois du mal à me contenter.

« Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve. »
Peut-être aussi que les enfants ne se font pas la réflexion dont je viens de faire part. Ils voient un monde à leur échelle, ils ne relativisent pas (encore).

« de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. »
Ça c'est un argument invalide, je suis bien d'accord avec vous là-dessus. Un animal acheté en plus/moins, c'est un animal qui sera produit en plus/moins (il faut renouveler le stock), et on sait dans quelles conditions.

Écrit par : Grasyop | 30 avril 2008

Je suis végane aussi parce que je n'aime pas le fatalisme, et comme tu dis, "un animal reste un animal même s'il y en a eu un milliard de milliards avant lui. Sa souffrance n'est pas amoindrie par celle de ses prédécesseurs."
Je cherche à éviter ma propre souffrance, donc je ne vois aucune raison de ne pas vouloir éviter de créer celle des autres. Il y a des millions de personnes veg sur Terre, à force, ça finit par peser positivement et c'est tant mieux.

Écrit par : Aléa | 30 avril 2008

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