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29 mars 2008

Arrêter Aretha Franklin

840472472.jpgLe titre de Libération Peta propose d'éponger les dettes d'Aretha Franklin ne pouvait pas ne pas retenir mon attention. Je lis donc l'article :
"L'association américaine s'engage à payer les dettes de la chanteuse si cette dernière fait preuve de R-E-S-P-E-C-T pour les animaux en arrêtant de porter de la fourrure.
Aretha Franklin risque de voir son domicile vendu aux enchères publiques si elle ne règle pas ses dettes. À la suite de négligences de son avocat, la Reine de la Soul a un arriéré d'impôts de dix-neuf mille dollars. Depuis 2005, la chanteuse, qui a vendu des millions d'album, n'aurait pas réglé les taxes locales de sa maison de Detroit dans le Michigan. La Peta a proposé un marché à Aretha Franklin : si la chanteuse arrête de porter de la fourrure, l'association pour le traitement éthique des animaux épongera ses dettes.

La Reine de la Soul a reçu des militants le titre peu envié de "Personnalité la moins bien habillée de l'année 2007" à cause de ses tenues en fourrure. Ingrid Newkirk, la présidente de la Peta a écrit une lettre ouverte à Aretha Franklin : "Notre offre est donnant donnant : vous gardez votre maison et les animaux gardent leurs vies". En 2007, la chanteuse Mariah Carey et l'actrice Kim Cattrall avaient donné tous leurs manteaux à l'association et s'étaient engagées à ne plus porter de fourrure. Aretha Franklin n'a pas répondu à l'offre de la Peta."

1765039764.jpgJ'avoue, j'en reste bouche bée, car même si Peta nous a plus ou moins habitué à des actions étonnament peu conventionnelles et qu'on sait que cette structure est attachée au monde du show bizz, là je vois pas du tout l'intéret de cette action. A mon avis, ça risque vraiment de susciter des jalousies, des rancoeurs et surtout l'incompréhension (d'ailleurs, je comprends pas), car comme l'écrit Timo, un Internaut, en commentaire : "Si j'enlève mon perfecto et mes santiags, est-ce que la Peta règle mon découvert à la banque?" Pourquoi celle-là (pas capable de gérer sa fortune en plus) et pas moi? Et puis, le fameux R-E-S-P-E-C-T qui lui est réclamé, et acheté, ça consisterait seulement à ne pas porter de fourrure (même si elle en porte tout le temps)? Et qu'en est-il de manger les animaux? Ben dis donc, si PETA veut payer chaque star pour qu'elle respecte pour de vrai les animaux, c'est-à-dire ne pas porter de fourrure bien sûr, mais aussi ne pas les manger, ne pas porter de cuir, ni de laine, bref, devenir vegan, ça va vite les ruiner cette affaire. Sans compter tous les malins qui vont dire : "Si on me file pas du fric, je vais porter de la fourrure !" (ou se mettre à remanger de la viande, ou manger plus de viande, etc). Bref, la porte ouverte à tout et n'importe quoi.
Il y a vraiment plein d'actions vraiment constructives à financer pour sauver des milliers d'animaux, je ne vois mais alors pas du tout l'intérêt de donner 19 000$ à Aretha Franklin pour quelque chose qu'elle devrait être fière de faire, et que des milliers de personnes choisissent heureusement de faire.
Quite à vouloir agir contre la fourrure, ça aurait été plus malin de financer une campagne sur la fourrure et les énormes souffrances que cela implique. Quant je vois toutes ces atrocités, j'ai vraiment envie de badigeonner à la peinture puante rouge les Aretha Franklin, plutôt que de leur filer de la thune.
A noter que le 28 mars, la tuerie annuelle des phoques pour leur fourrure a commencé sur la banquise. Via le site de Fourrure-Torture, on apprend que la chasse aux phoques au Canada est le plus grand massacre de mammifères marins dans le monde. Elle s’est clôturée en 2007 avec plus de 224000 phoques tués. Près d’un million de phoques ont été abattus sur la banquise canadienne lors de ces 3 dernières années...

15 mars 2008

Un de moins, un de plus

117115745.jpgHier, je passais un moment avec un ami. Au détour de la conversation, il m'a dit quelque chose du genre : "Je ne suis plus très sur d'être végétarien" ou bien c'était : "Mais est-ce que je peux encore me dire végétarien ?" De mon côté, je n'étais pas très sure d'avoir bien entendu - comme j'aurais préféré m'être trompée ! Comme il s'est éloigné un moment, je me suis demandée s'il vallait mieux entamer une discussion avec lui sur ce qu'il me semblait quand même avoir bien entendu, ou bien faire comme si de rien n'était. J'ai pensé que je n'avais rien à perdre, les animaux non plus et que, somme toute, ce pourrait être instructif d'en savoir plus.
Comme il revenait, je lui ai demandé ce qu'il en était vraiment. Est-ce qu'il remangeait vraiment de la viande ? Souvent, régulièrement, dans quels contextes ? Il m'a expliqué en remanger vraiment rarement, jamais chez lui, mais parfois au restaurant ou dans un contexte familial... Par facilité sociale ? Oui, mais aussi par goût.
Ça m'a fait vraiment mal à entendre, mais au moins c'était honnête. En gros, la viande il aime ça, et il n'a pas envie de se prendre la tête. Ou plutôt, plus envie, parce qu'il était végétarien depuis plusieurs années. Je ne sais pas depuis combien de temps exactement, mais je l'ai toujours connu végétarien, et ça fait quelque chose comme 8 ans que je le connais.
Ça m'a fait mal pour les animaux. Manger de la viande, c'est faire souffrir et demander la mise à mort d'animaux. Même si c'est très occasionnel, ça ne peut pas ne pas faire de mal aux animaux.
Personnellement, je trouve très intéressant de me demander si mon mode de vie peut être généralisable. Parfois j'en tire des conclusions pratiques constructives (être végane, mais aussi ne pas laisser d'appareil en veille, ne pas consommer à tout va, etc).
Pour l'impact de ma consommation d'énergie, par exemple, il a été calculé que les appareils laissés en veille par la population française demandent à eux seuls l'énergie d'une centrale nucléaire. Ainsi, même si à mes yeux une télé, une chaîne hi-fi ou un écran d'ordi en veille sont totalement insignifiants, en réalité ça contribue de façon non anodine à la production du nucléaire (donc je ne laisse jamais de veille allumée). Quant au fait de manger de la viande, et bien admettons que les 60 millions de Français-e-s se mettent à en manger occasionnellement... D'un côté, c'est sûr que ce serait d'abord extrêmement bénéfique, vue la consommation monstrueuse de viande actuelle. Des millions et des millions d'animaux seraient immédiatement sauvés. Mais des millions d'autres périraient quand même. Si 60 millions de personnes mangeaient un quart de poulet par mois, ça ferait quand même 15 millions de poulets tués par mois. Ce n'est pas rien me semble-t-il ; pour les animaux, c'est encore la terreur qui continue.
Alors quand un ami végétarien m'annonce qu'il remange de la viande, même si c'est pas beaucoup, même si c'est pas souvent, ça me rend terriblement triste. J'avoue que j'ai du mal à ne pas juger. Car si on met les pincettes psychologiques de côté, il faut reconnaître qu'accepter, en connaissance de cause, de manger de la viande pour son plaisir gustatif, relève malheureusement d'une forme d'égoïsme primaire. La vie des uns contre le bon petit repas des autres. Cher payé pour ceux qui naissent du mauvais côté de l'assiette...
Ce qui me fait mal aussi, c'est de ne pas me sentir à la hauteur. Sans doute n'ai-je pas su donner suffisamment de forces à cet ami pour l'encourager dans son végétarisme. Je me sens comme trahie, abandonnée, loin de lui. Remanger de la viande n'est pas un geste neutre. Ce n'est pas simplement mettre quelque chose dans sa bouche. C'est accepter qu'une certaine forme de torture et de mise à mort existent pour son plaisir à soi. C'est une autre vision du monde, une autre sensibilité. C'est une forme d'indifférence lourde de conséquences, et à mes yeux d'autant plus triste qu'il avait réussi à faire un autre choix - celui de refuser de manger de la chair.
Peut-être a-t-il l'impression que ce qu'il mange a un impact insignifiant, surtout si ce n'est pas quotidien. J'ai souvent entendu des gens continuer à manger de la viande en argumentant des choses du genre : de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. Cette croyance en notre impuissance personnelle est terrible, elle nous déculpabilise et plus personne n'est responsable de rien. Mais pour qui alors les millions d'animaux abattus chaque jour en France, sinon pour notre déjeuner ? Et si nous ne changeons pas, qui le fera ?
Pour essayer quelque chose, j'ai proposé à mon ami de lui prêter des films sur les animaux (je pensais notamment à cet excellent et terrible film, Earthlings). Mais bien sûr, il n'a pas voulu. De toutes façons, il sait. Même si sans doute il a un peu oublié, et comme ça il mange plus tranquillement des bouts de cadavres.
 
Mais hier également, un autre ami, vegan, m'a annoncé qu'un de ses neveux refusait de manger toute viande pour ne pas exploiter des animaux. Il refuse même de manger des oeufs et des produits laitiers. Il a neuf ans et il vit dans une famille omnivore. Hé bien moi, je lui tire mon chapeau à ce gosse-là. Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve.
 
(L'illustration est issue d'un concours lancé par PETA.)