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02 avril 2008

N'en tirons pas les conclusions qui s'imposent

1360205.jpgLibération vient de publier un article fort intéressant sur la souffrance ressentie par les poissons. Dans cet article douteusement appelé "Poissons peinés", Édouard Launet fait rapidement le point sur les dernières recherches qui établissent de façon formelle que les poissons ressentent la souffrance : " Il existe désormais un consensus scientifique autour du fait que les poissons, comme les mammifères et les oiseaux, peuvent ressentir la douleur. A leur manière : muette. Conséquence, les attitudes changent progressivement, irréversiblement. "
De là, des "recommandations" auraient été adoptées par le Conseil de l'Europe en 2005 par rapport à la pisciculture et la vivisection (désormais, il est recommandé d'anesthésier les poissons lors des manipulations).
Quant à la pêche, ce "sport paisible", la question se pose désormais : " Faudra-t-il un jour euthanasier les poissons dès la sortie du chalut, au lieu de les laisser suffoquer sur le pont ? Faudra-t-il arrêter la pêche aux espèces des grands fonds (empereur, sabre, grenadier, siki) parce que la remontée brutale provoque une décompression qui leur fait éclater la vessie et surgir les yeux des orbites ?"
Un peu plus loin, l'article précise : "En Suisse, depuis septembre 2006, le distributeur Migros commercialise des poissons labellisés «Fair Fish» (respectant les directives édictées par l’association du même nom), ce qui signifie que chaque animal a été étourdi et tué immédiatement après sa sortie de l’eau." Un des fournisseurs sénégalais de Migros a désormais accepté de pêcher selon cette méthode dite "fair".
Je ne me permettrais pas de douter des dires de la société Migros, mais je me demande comment chaque poisson peut être étourdi et tué immédiatement à sa sortie de l'eau, étant donné que ce sont des milliers de poissons qui sont remontés d'un coup à chaque coup de filet. Et aussi, comme ces "fair-pêcheurs" gèrent-ils la souffrance des "déchets", c'est-à-dire des milliers de poissons et autres animaux non-consommables ramenés en même temps dans les filets ?
Car si es poissons sont tout simplement laissés s'asphyxier sur le pont du navire, c'est aussi parce qu'ils sont des milliers, d'ailleurs ont les compte par tonnes. Ou bien Migros a mis au point un système de les tuer en masse - Édouard Launet ne nous donne pas d'indication à ce sujet - par exemple, les poissons sont peut-être précipités dans des bacs les électrocutant ?
L'article nous dit avec justesse : "«Il est difficile de déterminer le niveau de douleur chez un animal qui ne communique pas, il faut donc trouver des indicateurs physiologiques et comportementaux de son stress.» C’est moins simple que chez la poule ou le cochon."
Mais quand je vois à quel point les animaux terrestres d'élevage, poules et cochons pour ne citer qu'eux, sont extrêmement maltraités lors de leur élevage, transport et abattage, alors que leur douleur est reconnue et qu'en plus ils nous envoient des signaux clairs de leurs souffrances, je reste plus que très sceptique quant à la prise en compte de la douleur muette des poissons.
Le plus intéressant dans cet article, c'est de voir comment il réussit à ne pas tirer les conclusions qui s'imposent de telles découvertes. D'un côté, il nous apprend que les poissons, comme tous les animaux sentients, ressentent la douleur et la souffrance. Mais nul part un mot sur le fait que les poissons veulent vivre, et non pas finir dans nos assiettes. Nous apprenons simplement qu'"actuellement dans les élevages commerciaux peuvent ne pas répondre à tous les besoins des animaux et, par conséquent, à leur bien-être». Surtout quand le premier des besoins est de vivre, mais cela n'y songeons pas. Après tout, ils n'avaient qu'à naître du bon côté de la fourchette.
Et, alors que nous découvrons que "la pression pourrait venir des consommateurs", nous sommes presque aussitôt rendormis par les bons mots de Launet qui nous rassure :
"Rien de tout cela ne doit empêcher de manger du poisson, pourvu qu’il ne soit pas cuisiné «au bleu», et donc découpé ou ébouillanté vivant."  Donc pas de remise en cause à faire. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir, mais il ne faudrait surtout pas l'utiliser, et tant pis pour les millions de poissons qui étouffent atrocement sur les ponts des bateaux, et tant pis pour les millions d'autres animaux  non commestibles qui agonisent avec eux. Alors, même si l'article nous dévoile que les pieuvres, homards et autres bestioles pourraient eux-aussi ressentir la douleur, on ne se sent pas très concernés, n'est-ce pas.
Perso, j'appelle ça de l'incohérence et de l'hypocrisie. Heureusement, on n'est pas obligé d'écouter les insanités de l'auteur, et nous avons la possibilité de faire preuve d'empathie avec les poissons et d'en tirer les conclusions qui s'imposent : arrêter de les manger, tout comme arrêter de manger les autres animaux.
Un dernier point qui m'intrigue : comment est-ce possible que ce soit seulement maintenant, en avril 2008, qu'un article paraisse sur la sentience des poissons et l'intelligence des pieuvres, alors que moi, modeste consommatrice de base, je lise des articles et des brochures à ce sujet depuis des années ? Et que, pour ne pas causer de souffrance inutiles aux poissons, j'ai arrêté de les manger depuis une bonne quinzaine d'années ? je ne me pensais pas aussi clairvoyante. À moins que ce ne soit Libération qui soient particulièrement bouché... Ceci dit, un article sur les poissons autrement que cuits dans nos assiettes c'est tellement rare, que c'est déjà pas si mal que celui-ci existe.
Illustration : brochure Poissons, le carnage, eds Tahin Party.

Commentaires

J'ai du mal à voir le lien que tu fais entre sentir la douleur et avoir une volonté de vivre? La sensation de douleur est liée à un instinct de survie mais il y a-t-il pour autant une volonté animale?

Écrit par : Suzanne | 02 avril 2008

Salut Suzanne,
Oui, j'ai fait court dans le texte. En fait, les animaux ressentent la douleur, la souffrance, la peur (du moins, les animaux sentients*, et on ne sait pas encore très bien ce que ressentent les huîtres ou les puces, par exemple), et ils ressentent aussi le plaisir, la joie. Par exemple, les canards ont très peur à la vue du gaveur, mais ils seraient très heureux d'être libérés de leur horrible cage, d'étendre leurs ailes, de barboter dans de l'eau fraîche. A partir du moment où les individus (humains ou non) ressentent des émotions positives (et négatives), je ne vois pas de quel droit nous pourrions dire que leur vie ne compte pas pour eux.
L'article de Libération en question ici commence ainsi :
"Un jour, Paul McCartney était à la pêche en train de remonter un poisson lorsque soudain : «Il y a eu un déclic en moi. En regardant ce poisson suffoquer, j’ai réalisé que sa vie lui était aussi importante que la mienne l’était pour moi.»"
Les animaux ressentent le plaisir et la douleur au même titre que les humains. Si tu penses que le fait de ressentir la douleur est lié à un instinct de survie, alors c'est valable pour les animaux humains et non-humains. Je ne suis pas certaine que la fonction de la douleur ait été scientifiquement déterminée avec précision, mais il semblerait (de ce que je sais) qu'elle serve entre autres à nous préserver du danger. Si on n'avait pas mal en se brûlant, peut-être nous laisserions-nous brûler gravement par inadvertance (en réfléchissant, on trouve des tas de situations où la douleur nous sauve). En nous préservant du danger, nous avons la vie sauve. De là il n'y a qu'un pas pour dire que la douleur sert à nous sauver la vie, et donc que le fait de vivre est important. Valable pour tous les animaux, humains ou non.
Dans tous les cas, je ne vois pas de quel droit nous pourrions nous arroger du pouvoir sur la vie d'autrui, à moins d'être vraiment en état d'ultra légitime défense, personnellement ça ne m'est absolument jamais arrivée. Manger les autres animaux n'est pas vital pour nous. Par contre, ne pas être mangé, est absolument vital pour les animaux...
Pour moi, dire que la vie des animaux ne compte pas pour eux est simplement une forme d'ethnocentrisme forcenée, évidemment liée à nos intérêts les plus égoïstes (comme le plaisir de manger du poisson).
* pour le mot "sentient", voir le lien: http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article281

Écrit par : Aléa | 02 avril 2008

Je vais philosopher un peu. Suzanne, comment établies tu le lien entre la douleur et l'instinct de survie chez l'animal ou chez l'homme ?. Mystère ... . Un animal et un humain ont mal et souffrent sans causalité, c'est ainsi car cela se vit tout simplement. Si on met le moindre bout de doigt dans l'engrenage de la causalité, les barbares créeront obligatoirement une hiérarchie animal humain et chez les humains.
Bon pour ne pas se décourager souvenons nous qu'il y a peine 40 ans la médecine indiquait que les nourrissons ne souffrairnt pas. Depuis, nous avons fait un bout de chemin sur ces c..... . Et oui ce n'est pas si vieux, tiens presque la date des premières pillules pour les femmes en France.
Enfin, pour se détendre, je ne connais pas de causalité biologique mais je sais avec certitude que j'ai des terminaisons nerveuses car j'ai mal quand elles se manifestent quand je me brûle par exemple.

Écrit par : Fish | 03 avril 2008

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