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15 mars 2009

Action directe par des éleveurs

cochon-elevage-1.jpgMardi 10 mars, une brève dans Lyon plus attire mon attention : Une quarantaine d'éleveurs des Côtes-d'Armor ont relâché 250 cochons dans un abattoir du Morbihan, information relayée notamment sur Internet, comme sur le site de Le Télégramme, où on peut lire :

Une quarantaine d'éleveurs de porcs des Côtes d'Armor ont perturbé cette nuit l'activité d'un abattoir à Josselin en relâchant 250 cochons pour réclamer de meilleurs tarifs.

Les manifestants ont également soudé le portail de cet abattoir de la société Europig, bloquant temporairement toute entrée ou sortie de camions et ils ont tagué des slogans à l'intérieur de l'usine. "Diplôme du plus mauvais payeur", "Porc acheté un euro revendu sept euros. A qui profite le crime?", ont-ils notamment écrit.

De nouvelles actions prévues
Les éleveurs des syndicats JA et FDSEA dénoncent une entente des abattoirs coopératifs pour éviter une montée des cours du porc. Ils ont promis de nouvelles actions dans les jours qui viennent.
Selon eux, les cours sur le marché du porc breton stagnent à un niveau "pas satisfaisant" de 1,1 euro le kg dans un contexte qu'ils jugent pourtant favorable. "La production de porcs commence à baisser dans certains pays d'Europe" alors que "la consommation a augmenté de 3% en janvier, du jamais vu depuis un an", affirment-ils dans un communiqué.

Cette information a été reprise par divers journaux, comme par Corse Matin(1) et France Soir. Pratiquement telle quelle.
Maintenant, imaginons un instant, pour de rire bien sûr, qu'au lieu d'éleveurs, un groupe  de personnes "pro-animal" aurait fait la même action. Elles aussi, elles auraient libéré 250 cochons dans un abattoir, puis elles auraient soudé les portes, bloquant ainsi toute l'activité du lieu pendant des heures. Elles auraient même, étrange coïncidence, pu reprendre à leur compte un sloggan et taguer : "A qui profite le crime ?"
Et imaginons ensuite les réactions médiatiques, juridiques : je vois ça d'ici, je vous jure, ce serait du pur délire, une véritable curée. Les journaux rivaliseraient de gros titres et de vocable, se disputant pour utiliser des termes comme : dangereux extrémistes, les terroristes sont parmi nous, inconscients, et autre action directe... Les journalistes belliqueux n'auraient eu de cesse "d'infiltrer" ces "groupuscules" et d'inviter la populace à s'inquiéter : "Mais jusqu'où iront les terroristes de la libération animale ?" Enquête, gardes à vues, relevés d'ADN, inculpations préventives (pour terrorisme, bien sûr) et procès se seraient enchaînés à une vitesse stupéfiante, avec des peines maximales sans doute requises contre ces "ultras de la cause animale" (2).
N'oublions pas qu'il y a moins de dix ans, des manifestant-e-s de la cause animale avaient osé badigeonner de colorant rouge lessivable une stèle située à l'entrée de l'abattoir d'Holtzheim. Ils avaient été condamnés à payer la coquette somme de dommages et intérêts d'environ 5 500€ (à l'époque, 35 000Frs). Ca fait drôlement cher le seau d'eau, la brosse et l'employé chargé de nettoyer le colorant - pour la petite histoire, la stèle représentait une tête de taureau.
Or, j'aimerais savoir si les éleveurs seront seulement poursuivis pour avoir : d'une part détérioré l'abattoir (tagues, portes soudées),  d'autre part l'avoir empêché de fonctionner pendant plusieurs heures. Et qui se souciera du préjudice subit par les cochons ? Il y a ceux lâchés dans l'abattoir qui, sans doute terrorisés de se trouver dans un lieu nouveau et puant la mort, se sont peut-être blessés - en plus sans doute  déchargés des camions avec brutalité, puis rattrapés par le personnel de l'abattoir toujours avec brutalité. Et il y avait aussi peut être des animaux parqués qui attendaient d'être déchargés ou tués - des animaux pris en otage de la fureur humaine. Mais tous ces animaux, déjà dans l'antichambre de la mort, ne sont perçus que comme des paquets de saucisses, des jambons ou des côtelettes - autrement dit, comme un sacré paquet de pognon.
Car les cochons sont uniquement des marchandises, du fric potentiel, et les éleveurs sont dans leur droit d'en faire ce que bon leur en semble. Comme les lâcher dans un abattoir. Après tout, l'abattoir leur appartient aussi un peu, puisque c'est là qu'ils transforment leur marchandise - comprenez : qu'ils amènent les animaux se faire assassiner. Alors merde quoi, quand ils sentent que le fric leur passe sous le nez, ils peuvent bien souder les portes, peindre les murs et menacer de faire de nouvelles actions. Qui les en empêchera ? Qui ne comprend pas la dramatique situation de ces honnêtes gens, si légitimement inquiets des fluctuation du cours de la viande ? Et s'ils font moins de pognac, qui va payer leur bagnole, leur abonnement canal +, rembourser leurs crédits et tutti quanti ? Alors dans tout ça, vous comprenez bien que la vie des cochons, on s'en f... vraiment complètement, surtout que tuer des animaux créé des emplois (lorsque l'esclavage a été aboli, je suis sure que des braves gens se sont inquiétés du sort des contremaîtres et des vendeurs d'esclaves).
Mais tous les éleveurs n'ont pas autant d'humour que ceux qui ont soudés les portes de l'abattoir de Josselin : début mars dernier, à Loudéac, un éleveur de cochons en redressement judiciaire, sentant que sa baraque coulait et que ses bêtes ne lui rapporteraient plus un sou, a tout simplement mis la clef sous la porte. En laissant les cochons dans ladite baraque. Laissés sans soin pendant deux mois, les 150 cochons finissaient d'agoniser lorsque les services vétérinaires ont débarqué sur le lieu pour euthanasier les survivants. L'éleveur a été condamné à payer 1200€ - soit 8€ par cochon mort dans d'atroces souffrances. Un verdict qui l'a fait sourire. Alors, pourquoi se prendre la tête ?(3)
Le meilleur de ces histoires, c'est de penser que la majorité des gens est persuadée que les éleveurs aiment et respectent les animaux qu'ils élèvent, ce dont les éleveurs se vantent d'ailleurs régulièrement (peut-être même, dans leur délire, y croient-ils eux-même?). Ha, le bien-être des animaux d'élevage !...
Je ne puis m'empêcher de me demander si cet étrange amour ne serait pas, plus fondamentalement, motivé par l'appât du gain. C'est moins bucolique, mais ça me semble tellement plus réaliste...
Mais dans toute cette histoire, il y a une chose qui me tracasse : pourquoi les éleveurs ont-ils tagué sur le mur de l'abattoir : "A qui profite le crime ?". Ironie, inconscience, provocation ? Car comment peuvent-ils, à ce point, occulter le fait que c'est à eux que le crime des animaux profite?

elevage-cochons.jpg(1) Corse Matin a illustré son article d'une très jolie photo (source AFP) de cochons, reposant tranquillement dans de la paille fraîche, dans un enclos en bois . Les journalistes sont décidemment bien mal informés, puisque la quasi-totalité des cochons est élevée de façon hors-sol, sur des caillebotis qui leur blessent les pattes, et dans des cages de métal minuscules qui les rendent complètement fous: Voir la photo ci-contre: les réalités de l'élevage.
(2) Les ultras de la cause animale
: titre d'un article paru dans le journal suisse L'hebdo, du 29 mai 2008.
(3) Information relayée par Ouest France et L214.

11 mars 2009

Derrière les portes des abattoirs

Derriere_les_portes_des_abattoirs_de_France-106x150.jpgC'est en lisant la lettre d'Info de L214 du 6 mars 2009 que j'ai découvert la sortie d'un nouveau dossier intitulé "Derrière les portes des abattoirs de France". Ce rapport spécial, de février 09 et de 42 pages, conçu par One Voice, porte sur l'abattage des animaux pour la viande. Il est téléchargeable gratuitement. Clair, bien illustré et bien présenté, c'est un dossier terrifiant. Les témoignages bouleversants montrent sans équivoque ce qu'endurent les animaux "de boucherie"  sacrifiés  sur l'autel de l'appétit insatiable et égoïste de l'espèce humaine.
Ce rapport est basé sur une investigation de One Voice réalisée sur une période d'un an et portant sur 20 abattoirs. français. Il rélève ce que subissent quelques uns des 40 000 000 de bovins, moutons, chèvres et cochons, et plus d'un milliard de volailles et lapins, abattus par an en France pour leur chair.
one voice veau.jpgPage 9, je lis : "La terreur des veaux [pour rappel, le veau est le bébé de la vache]. : dans le piège d'abattage, il y avait un veau qui tremblait de peur. Il a essayé des dizaines de fois de s'échapper, et finalement de se cacher dans un coin, en se contorsionnant pour cacher sa tête. C'était terrible à regarder. Quand l'abatteur s'est penché au-dessus du piège, le veau a désespérement essayé d'éviter le pistolet d'abattage, mais le tueur n'y a pas prêté attention. Il a suivi de sa main le mouvement de la tête du veau, mais ce n'était pas un animal sensible qu'il voyait devant lui. Il agissait de façon automatique. Après le coup de pistolet, l'animal a été saigné, et c'était comme si l'employé ouvrait un carton et non un animal."
p. 10 : "Le sang s'écoulait dans le piège d'étourdissement, le premier animal [un veau] que l'on voit avait son museau dedans et il est resté confiné dans le piège pendant un laps de temps déraisonnable avant d'être étourdi. Il a passé plus d'une minute à essayer de s'échapper, à se retourner, à tomber et à ruer sur les panneaux latéraux."
p. 15 : dans un grand abattoir de cochons "les enquêteurs ont filmé des scènes de souffrance animale parmi les pires dont ils aient été témoins tout au long de cette investigation."
one voice cochon.jpgp. 17 : "Souvent, les porcs semblaient paniqués et terrifiés et cherchaient à s'échapper. (...) Les cochons avançaient à contre-courant, essayaient de sauter par-dessus les parois latérales ou par-dessus d'autres cochons et tentaient de fuir à l'approche des employés."
p. 22 : "Dans certains abattoirs, les employés avaient pris l'habitude de se livrer à de petits jeux sadiques, consistant par exemple à effrayer les cochons confinés dans des couloirs étroits en touchant les barres de fer qui les entourent avec un aiguillon électrique. (...) le bruit et les étincelles que cela produit provoquent chez les animaux une panique visible."
one voice vache.jpgEt partout, des animaux égorgés vifs, blessés, frappés, insultés, terrifiés, et témoins de l'égorgement et du dépeçage de leurs congénères.
Et partout, à chaque instant, effroi, terreur, panique et calvaire - mis à part ça, votre viande a-t-elle bon goût ?
Dans ce rapport, on en apprend aussi beaucoup sur les techniques d'abattage. Etourdissement par choc électrique, perforation de la boîte craniènne... gazage aussi, puisque les cochons, les poulets et les dindes peuvent être gazés avant d'être égorgés.
Pas très joli joli, tout ça...
Heureusement, tout ça se passe loin derrière les portes des abattoirs, histoire de ne pas couper le joyeux appétit des viandistes.

one voice mouton agneau.jpgQuant à moi, je ne peux évidemment que rejoindre One Voice dans sa conclusion :
"L'idée que les animaux soient tués dans de bonnes conditions permet de tranquilliser les consciences. Dans la pratique, cependant, aucun mesure de protection ne fera disparaître la peur, la détresse, la douleur et les souffrances endurées par les animaux dans les abattoirs. One Voice espère que les consommateurs qui ne peuvent pas digérer la situation découverte par nos enquêteurs, feront le choix de manger moins de viande ou de supprimer carrément la viande de leur menu."
Car quelle autre solution qu'arrêter de manger de la viande ? Car ce cauchemar ne se passe pas au bout du monde, ni il y a vingt ans. C'est ici et maintenant qu'il a lieu. Et c'est ici et maintenant qu'il faut agir. Sinon où, et quand ?

Toutes les images sont issues du rapport de One Voice.

01 mars 2009

Petite-fille de souris

Une-Souris-Affiches.jpgIl y a environ trois semaines, mon sang s'est littéralement glacé lorsque j'ai entendu un employé de la boîte où je bosse actuellement dire à Unetelle : "Ha et puis sinon, j'ai appelé une société de dératisation parce qu'il y a des souris à la cave." Après une brève réflexion où j'ai oscillé entre une forme de fatalisme, l'angoisse de devoir affronter des humains en me montrant solidaire des animaux (et quels animaux ! des souris !) et la colère, j'ai décidé que je n'avais rien à perdre alors que les souris allaient perdre la seule chose qu'elles possèdent : leur vie. Bref, je devais réagir, mais comment ? Parce que les souris, ce n'est pas de leur faute si elles mangent la nourriture réservé aux humains ; elles ne méritent pas la peine de mort parce qu'elles se nourrissent !
J'ai pensé que la seule riposte possible passait par des nasses, ces sortes de pièges qui chopent les souris vivantes. Après quoi, je pourrais les relâcher ailleurs.
J'ai tout d'abord pris quelques minutes du précieux temps de la directrice (ce n'est même pas ironique, son temps est vraiment précieux) pour obtenir son accord de principe, ce qui a été d'autant plus facile qu'elle est végé pour les animaux - elle se sent donc bien plus concernée par le sort des animaux que l'immense majorité de la populace. La seule demande a été que je gère les nasses, ce qui était de toutes façons évident. Puis j'ai amorcé une discussion avec le collègue qui avait appelé la société de massacre, mais là c'était pas gagné - et pourtant, lui aussi se sent assez concerné par les animaux, puisqu'il refuse de manger la chair des animaux terrestres (mais ceux qui vivent dans l'eau, hélas... ). Un presque-végtarien, donc. Je dirais qu'il s'est montré poliment intéressé par mon histoire de nasse - après tout, pourquoi pas - mais il n'y a pas eu moyen de lui faire décommander la fameuse dératisation qui, de toutes façons, "était sans doute déjà en route", et puis combien de temps ça allait prendre pour les attraper toutes avec des nasses, on ne pouvait pas attendre - alors que ça fait longtemps qu'il y a des souris, sans doute, mais maintenant que la tuerie allait commencer il fallait faire vite - et autres faux arguments. La vérité, c'est que c'est juste risible de vouloir sauver des souris. Après tout, il n'y a pas mort d'homme.
Plus tard, son ton est d'ailleurs devenu plus moqueur quand il a brièvement rapporté l'histoire à une tierce collègue, laquelle n'a bien sûr juste rien compris à mes intentions : "Tu veux pas tuer les souris, c'est à cause de la pollution ?" J'imagine qu'elle pensait à la pollution liée à la fabrication du poison, j'en sais rien, j'étais sur les nerfs (j'aurais pas dû, sans doute... ) et j'ai un peu sèchement répondu : "Non, c'est pour ne pas tuer des souris." Ne pas vouloir tuer des souris uniquement pour ne pas les tuer ? En voilà une idée bizarre...
trappe de base.jpgBref, le soir même je suis allée dans un magasin de bricolage et, au rayon jardinerie, j'ai acheté trois trappes de bases, (voir à gauche) pas d'autre choix. Une fois chez moi, avec mon compagnon, nous nous sommes aperçus à quel point leur fermeture était violente, et en plus la queue des souris risquait d'être pincée-coincée super fort. Bref, pas top du tout. On a écarté celle des trois qui semblait encore plus susceptible de leur coincer la queue, et le lendemain j'ai installé les deux autres à la cave. Plus tard, dans la semaine, je suis allée dans une autre grande surface (jardinerie) mais j'ai trouvé les mêmes trappes.

trip trap.jpg117.jpgNous avons alors passé un long moment à chercher sur Internet, et finalement on a trouvé et commandé un truc qui est super : les trip-trap (image de gauche). On a commandé aussi des nasses rondes (image de droite), mais elles ne valent rien : les souris sont parties avec la bouffe (mais au moins, pendant ce temps, elles mangent pas le poison). Le temps que la commande arrive, une souris s'est fait prendre dans un des premier piège posé, et je l'ai trouvé complètement flippée. Encore heureux qu'étant donné la violence avec laquelle la porte métallique se referme, elle n'ait pas fait une crise cardiaque (remarque sérieuse). Puis on a reçu les trip-trap, et ça c'est vraiment un truc fameux. La souris entre, va chercher la nourriture au fond, en passant elle est obligée d'appuyer sur un levier en plastique et la porte se referme sans bruit derrière elle - ni violent ni brutal, leur petite queue ne peut pas rester coincée, il y a des aérations, bref, tip top. Bien sûr, reste le stress de la prise au piège, mais c'est ça ou le poison... En une quinzaine de jours, cinq souris (dont trois souriceaux) se sont fait prendre au trip-trap. J'ai bien sûr enlevé les autres trappes métalliques - où en plus, elles arrivaient à partir avec la nourriture.
Je prends parfois le temps de montrer rapidement les souris à mes collègues, et surtout à celui qui a commandé la dératisation, parce que tout le monde les trouve a-do-ra-bles (de vraies petites boules de velours gris) et j'espère, vainement sans doute, les faire un peu réfléchir et culpabiliser.
Quant aux souris, je les libère dans un très grand parc, à un endroit abrité où elles ont des centaines de caches possibles, et où des gens viennent nourrir les écureuils - il y a donc des graines. Je mets aussi de la nourriture à chaque libération. C'est pas top comme solution, mais je pense qu'au moins je leur donne leur chance et que c'est bien mieux que la mort par empoisonnement - et donc par hémorragie interne, différée s'il vous plaît. En cherchant un endroit propice pour les relâcher, je me suis aussi aperçue à quel point le monde est hostile aux souris. Une planète si grande, des souris si petites, et si peu d'espace pour elles. Dommage que le fameux temple indien Deshnok, où les rats sont vénérés, ne soit pas à côté de chez moi...
J'espère donc en attraper le plus possible. Malheureusement, je suis obligée de fermer les trip-trap pendant le week-end, car les souris risqueraient d'y mourir de soif, peut-être de panique ou d'épuisement. Les jours où je travaille, je les visite au moins deux fois par jour.
Toutes ces recherches pour trouver les trip-trap m'ont amené à prendre mesure de la quantité de moyens inventés pour tuer les rongeurs, que ce soient des souris, rats, surmulots, loirs ou lérots (d'ailleurs, les lérots font partie d'une espèce protégée et il est interdit de les tuer, mais on trouve en libre accès des poisons et des pièges à lérots). Pour tuer les animaux, on a le choix entre les colles (empoisonnées ou non, le résultat ne doit pas être joli à voir), les tapettes, les granules, les poudres, les pièges électriques, etc. Sur les paquets, les rongeurs sont parfois dessinés avec les yeux rouges, toujours sous un jour peu avantageux. Et je me souviens aussi du jour où j'ai vu dans un joli bac en pierres d'une fontaine d'un très joli village de montagne une nasse plongée sous l'eau, et dans la nasse une souris noyée flottant entre deux eaux glacées. Une autre fois, enfant, je suis tombée nez à nez avec une souris encore vivante mais coincée par le flan dans une tapette. Elle avait réussi à traîner lle piège sur une petite distance. C'était une vision tellement horrible que je m'en souviens parfaitement ; j'ai hurlé, pleuré, ma mère a accouru ,puis libéré la souris et mise dans une petite boîte avec du coton et de l'eau, tout en me laissant peu d'espoir quant à ses chances de survie. La souris est morte dans la journée et depuis je voue une haine sans borne aux pièges de toutes sortes - et  depuis, je détruis aussi systématiquement toutes les tapettes que je croise.
Cette histoire doit sans doute en faire rire plus d'un. Ce n'est pourtant pas drôle.
souris.jpgTout ceci me ramène à un extrait du livre remarquable de Patterson, Un éternel Tréblinka, et à l'extrait de la nouvelle The Letter Writer de Isaac Bashevis Singer. Le personnage de cette nouvelle, un éditeur nommé Herman, vit dans la solitude et le monde des livres. Mais chaque jour, il donne à manger et à boire à une souris qui vit avec lui dans son petit appartement. Progressivement, la souris s'habitue à l'homme, et finit par ne plus avoir peur de lui. Un soir, en admirant le petit animal, Herman songe : "fille d'une souris, petite-fille d'une souris, produit de millions, de milliards de souris qui ont vécu, souffert, qui se sont reproduites et qui maintenant sont parties pour toujours [...]. Elle fait autant partie de la création divine que les planètes, les étoiles et les lointaines galaxies." (p. 255) Puis Herman tombe gravement malade, et il ne peut plus s'occuper de la souris. Lorsqu'il guérit, il la croit morte et lui rend un dernier hommage, une dernière réflexion : "Tous ces érudits, tous ces philosophes, les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu'un comme toi ? Ils se sont persuadé que l'homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n'auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Tréblinka." (p. 256).
Sans commentaire.