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15 décembre 2012

Quand ELLE part en vrille

 

ELLE, bouchers, viandeELLE, bouchers, viandeColère et incompréhension : c’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’article de Florence Besson, « Bien en bouchers ! » du le 21 septembre dernier (cf. images à gauche).

Colère, car si Florence Besson nous assure que les « nouveaux bouchers » distinguent « la viande d’élevages innommables, où les animaux sont abattus dans des usines à cauchemars », elle omet de préciser qu’il est totalement impossible que les Français ne consomment que des animaux ayant été élevés dans des conditions optimales sans réduire drastiquement leur consommation de viande. Les « élevages innommables » ont un objectif précis : fournir de la viande quotidiennement à 62 millions de Français. Car ce sont bien ces millions de poules, veaux, vaches, cochons, lapins, canards et cailles en batterie qui permettent de consommer de la viande chaque jour, pas les quelques animaux élevés avec une meilleure prise en compte de leurs besoins biologiques et physiologiques. Pour pouvoir répondre à la demande actuelle de viande en France aujourd’hui, plus de 80% des animaux sont élevés en bâtiments fermés, parqués en cage ou sur des caillebotis sans accès à l’extérieur. Tant mieux si certains bouchers proposent de la viande provenant d’animaux ayant eu une vie moins pire, mais ils seraient bien incapables de répondre à la demande. Colère, donc, car passer cela sous silence n’incite pas à réduire sa consommation de viande, et laisse croire que manger de loin en loin une côte de bœuf à 150€ ne cautionne pas l’industrie de la viande, alors que choisir de ne plus manger de viande est la seule chose qui peut avoir un impact sur les souffrances des animaux d’élevage.

Colère, encore, car Besson ne mentionne pas les aspects négatifs liés à l’élevage. La France n’a pourtant pas suffisamment de prés ni de « céréales faites sur place » pour nourrir les millions d’animaux actuellement engraissés au soja ou au maïs, en grande partie importés. Et pourtant, 50% des céréales produites en France finissent déjà dans les mangeoires. Or soja et céréales sont des denrées hautement nutritives, directement consommables par les humains. Sachant qu’il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande de bœuf et qu’à l’heure actuelle plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition, taire ces données est se faire complice de leurs souffrances. Ou bien, ne pas s’informer mais écrire sur la viande est de l’amateurisme. Colère, car l’élevage consomme des quantités astronomiques d’eau, est source de pollution des sols et des eaux, de déforestation, d’émission de gaz à effet de serre (18% selon la FAO), de pluies acides, des marées vertes en Bretagne[1]… Besson nous sert un vrai conte de fées en écrivant que « les néo-butchers offrent un espoir, celui de se nourrir sans faire de mal ni à nous-mêmes ni à la nature » !

Colère, toujours, car Besson veut nous persuader que les bouchers « aiment » les animaux. Une phrase me vient à l’esprit « La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». Georges Orwell, qui connaissait l’importance du choix des mots, avait donc eu une vision prémonitoire en décrivant la « novlangue » et les « mots trompeurs » dans son chef-d’œuvre, 1984. Avec ces mots trompeurs qui changent totalement de sens en novlangue, Orwell inventait de nouveaux slogans : « La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » ! Et Besson d’ajouter « tuer est aimer », « la viande est pleine de vie », « la viande revit ». Non ! La viande est la chair morte d’un animal qui voulait vivre et qui a été tué ! Les animaux d’élevage semblent omniprésents dans l’article de Besson, mais en réalité ils en sont absents : seule leur viande compte aux yeux de l’auteure et des bouchers. Les animaux sentients[2], ceux qui ressentent du plaisir et de la souffrance, qui ont des désirs, des buts, une volonté propres et une vie mentale subjective, n’existent pas pour Besson qui ne conçoit leur existence qu’à travers ses intérêts personnels gustatifs.

Et si c’est bien parce que des gens « aiment les bêtes » et ont envie de voir des animaux vivants que le Salon de l’agriculture[3] est effectivement le plus populaire, nous pouvons nous demander : qu’en serait-il du Salon de l’abattage ? Besson et les bouchers parlent d’« abattoirs familiaux », semant la confusion, puisque légalement seule la viande d’animaux abattus dans un abattoir est commercialisable[4]. Mettre en avant ces « abattoirs familiaux », c’est rendre invisibles les 917 millions de volailles, 25 millions de porcs, 8 millions d’ovins, 5 millions de bovins, 1 million de caprins et 17 000 chevaux qui – issus d’élevages bios ou conventionnels – sont chaque année « aimés » à une cadence infernale[5] dans les 318 abattoirs français pour animaux de boucherie et dans les 1 520 abattoirs pour volailles[6].

Indignation devant l’indécence de Besson qui clame sa fascination pour « ces amas de chair, de muscles, ce sang, ces ventres chauds des vaches », qui « redécouvre l’érotisme dans le carnivore », fantasme sur un bout de barbaque et des bouchers « musclés » et « virils », « si sexy dans leur tablier blanc ». De grâce, épargnez-nous ces fantasmes érotiques de domination sur les animaux et de soumission à la virilité ! Et Besson touche à l’indécence en écrivant « c’est viril, c’est rassurant, ce retour à Cro-Magnon » ! Comment peut-on oser rayer ainsi d’un trait des milliers d’années de civilisation, d’avancées technologiques, politiques et éthiques, dont ont bénéficié des milliards d’hommes et de femmes ? Souhaite-elle vraiment le retour à l’infanticide, à l’esclavage, aux grossesses subies, aux balbutiements de la médecine, j’en passe et des meilleures ? Non, sans doute, alors pourquoi des phrases aussi inconséquentes ?

Car quitte à vouloir fantasmer sur des corps d’hommes, pourquoi ne pas le faire avec les body bulders végétaliens[7] qui, eux, ne versent pas dans la barbarie ? Et qui nous prouvent qu’on peut être en excellente santé avec une alimentation totalement exempte de produits animaux et qui ne nécessite pas de verser le sang.



[1] Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site http://www.viande.info/

[2] Pour en savoir plus sur la sentience des animaux : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article281&var_recherche=sentience

[3] Salon de l’agriculture qui ne donne aucune information sur les élevages intensifs ni sur l’abattage des animaux, mais présente une vision bucolique et fausse de l’exploitation des animaux.

[4] Pour en savoir plus sur la législation : http://www.oaba.fr/

Pourquoi Besson ne mentionne-t-elle pas les nombreux bouchers qui s’insurgent contre l’abattage familial ? http://www.leprogres.fr/jura/2011/06/07/les-bouchers-en-colere-contre-l-abattage-familial

[5] Un coup d’œil sur la page suivante est très instructif à ce sujet : http://www.planetoscope.com/elevage-viande/1172-nombre-d-animaux-tues-pour-fournir-de-la-viande-dans-le-monde.html

[6] Source : http://www.one-voice.fr/alimentation-et-vetements-sans-barbarie/labattage-conventionnel/

[7] À toutes fins utiles, voir le site : http://www.veganbodybuilding.com/

10:10 Publié dans animaux | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : elle, viande, bouchers