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21 mars 2006

Oh la belle sangsue !

medium_sangsue.jpgQuelle chance ! Ce week-end, dans la campagne drômoise, j'ai croisé une sangsue ! J'avais découvert l'an dernier que ces bestioles existaient aussi en France, car une copine m'a montré celle qui vivait dans un petit bassin près de sa maison vers Grenoble. Mais on ne l'avait pas très bien vue... Alors que celle-ci ! Je l'ai trouvée en ramassant des feuilles au pied d'un petit bassin, près d'une maison complètement paumée à la campagne. Mon but était que l'eau stagne moins au pied du-dit bassin, mais quand j'ai vu la quantité de petits animaux qui y vivaient (sangsues, crevettes, chenilles aquatiques... ) j'ai tout remis comme avant. Je n'ai pas résisté à mettre la sangsue dans un bocal plein d'eau pour quelques instants, histoire de photographier et de regarder cet animal extraordinairement élastique et flexible. Elle avait collé une ventouse sur le verre, et avec sa tête elle a passé tout son temps à chercher une issue. Puis je l'ai relâchée là où je l'avais ramassée et hier j'ai cherché des infos sur la vie des sangsues.
Voilà ce que j'ai trouvé :
Les seuls organes visibles de l’extérieur sont la ventouse antérieure, contenant l'ouverture de la bouche, et la ventouse postérieure, servant la fixation. Elle respire par la peau et possède deux cœurs, mais elle n'a pas de cerveau. Elle peut mesurer jusqu'à 20 cm et peser jusqu'à 30grs, sa très grande élasticité et flexibilité est étonnante. La sangsue possède des segments (env. 34). Sa longévité moyenne est évaluée à 27 ans.
Parmi les 800 espèces de sangsues existantes, Hirudo medicinalis, la sangsue médicinale, est une véritable alliée pour la santé humaine. Les propriétés anticoagulantes et anti-inflammatoires de sa salive sont utilisées dans différents domaines de la médecine.
Les sangsues communiquent par odeurs, sens et couleurs vives. Elles peuvent ainsi attirer un partenaire sexuel. Le sens le plus utilisé est le toucher, cette fonction étant rempli par des cellules sensorielles.
Les sangsues sont hermaphrodites et ovipares. Une courte parade nuptiale prend place avant l’échange avec un partenaire, puis la sangsue commence à se gonfler dans la partie supérieure du corps. Ensuite, par un orifice, elle laisse sortir une masse translucide qu'elle va appliquer sur une paroi ou une feuille ; il s'agit d'un cocon souple contenant quelques œufs, fixé sur deux points. De minuscules sangsues vont ensuite se développer à l'intérieur du cocon, se nourrissant d'un liquide adapté à leur croissance. A la fin de leur croissance, les petites sangsues perceront le cocon. Certaines espèces porteraient leur oeufs et les protégeraient jusqu'à l'éclosion.
La sangsue est carnivore mais elle ne mange pas toujours de gros animaux. La sangsue commune en Amérique du Nord, se nourrit surtout d'escargots, mais d’autres peuvent s’agripper aux êtres vivants qui se présente devant eux, comme les animaux aquatiques ou les humains, et sucer leur sang.
La sangsue repère les gros mammifères (humains compris) grâce aux vibrations du sol causées par leurs pas. A son rythme, elle se dirige vers eux, s’accroche à ce qu’elle peut et grimpe inlassablement jusqu’à trouver une parcelle de peau à sucer. Dans une randonnée, les sangsues sont attirées par les premiers du groupe mais ce sont les derniers qui en récupèrent le plus. En Europe, elle se nourrit surtout de poissons et de batraciens. Elle absorbe le sang après avoir pratiqué une incision dans la peau, grâce à trois mâchoires entourant sa bouche. La morsure de la sangsue est quasiment voire totalement indolore.
Elle possède une ventouse qu’elle utilise pour avaler ou sucer ses proies. Elle ingurgite environ de 10 à 15 millilitres de sang non oxygéné, et prendra 12 à 18 mois pour le digérer.
La sangsue est présente tous les continents, à l'exception des pôles et de la Grande-Bretagne. Elle habite dans les lacs, les mers et les eaux stagnantes, mais certaines espèces sont terrestres. La sangsue ne possède pas vraiment de territoire ou de domaine vital, et son abri est constitué de la peau de son hôte. Les sangsues nagent en effectuant des mouvements ondulatoires. Elles se déplacent sur une surface solide par fixation alternative de chacune de leurs ventouses (tête et queue). La sangsue nage et se déplace pour trouver nourriture, hôte ou partenaire sexuel la majorité du temps. Les quelques sangsues vivant dans les régions possédant un hiver hibernent.
Les sangsues sont protégées dans de nombreux pays à cause de leur diminution, liée à la destruction de leur habitat et à la pollution. Jusqu’à la fin du 19e siècle, plus de 50 millions de sangsues médicinales peuplaient les mares et les étangs français. Aujourd’hui, il n'en existe plus en France, à l’état sauvage. L’assèchement des marais a fait énormément de tord à l’espèce. La pollution, engrais, pesticides et herbicides, a fini de l’achever. Quatre entreprises dans le monde (Russie, France, Allemagne et Pays de Galles) font l’élevage de cet animal à des fins médicinales.
Pour détacher une sangsue, humectez un mouchoir de salive et déposez-y du sel (ou à défaut de l’alcool). Appliquez-en sur le corps de l’animal. Le sel va assécher le corps humide de la sangsue, et elle va trouver cela si désagréable qu’elle va rapidement lâcher prise. Utiliser une flamme (comme dans les films) va lui faire très mal - voire la tuer ! Ne vous inquiétez pas si la plaie saigne abondamment : cela est dû à l’anticoagulant que vous injecte l’animal. En revanche, il ne faut surtout pas essayer de l’arracher en tirant dessus, même si l’une de ces bestioles s’accroche à un endroit plutôt désagréable, comme le visage, les paupières…Vous risquez de vous blesser car elle ne lâchera pas prise facilement. Si vous n’avez rien pour l’enlever, si vous pouvez être patient,  il vaut mieux la laisser tranquille et supporter l’inconfort le temps qu’elle soit rassasiée et lâche prise d’elle-même (de 30mn à 24h, selon sa voracité et les régions du monde).
Genre et espèce : Glossiphonia compalnata (Sangsue)
Embranchement : Invertébré (Annélide)
Classe : Vers (hirudinées)
Ordre : Carnivore

11:50 Publié dans animaux, environnement | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sangsues

05 mars 2006

Emotions animales

medium_vacheveau.jpgHier, j'ai trouvé un livre extra (d'ailleurs, je l'ai fait paraître dans la rubrique "livres" : colonnes à droite de ce blog) : émotions animales. Outres les photos vraiment remarquables (plein de beaux portraits d'animaux, des scènes intimes émouvantes... ), il contient des récits vraiment touchants. Et puis, il n'oublie pas (ce qui est rare !) les animaux "d'élevage". Allez, je ne résiste pas à partager une petite histoire :
L'harmonie d'un groupe de vaches repose sur des règles de vie sociale. Elles-mêmes dépendent de liens forts, d'attachement mutuel, comme ceux qui unissent une mère et son jeune. Pour preuve, cette histoire d'une génisse anglaise de 2 ans, surnommée Blackie, qui s'enfuie de la ferme où elle venait d'être vendue pour retrouver son veau situé à une dizaine de km de là, dans une région qui lui était totalement inconnue. L'histoire, rapportée dans le quotidien "World Farming Newsletter", débute au moment où la vache et son veau sont vendus au marché d'une charmante petite ville du Devon, Hatherleigh, dans le sud de l'Angleterre. Alors que la femelle est achetée par un fermier, son veau est acquis par un autre éleveur. Nourrie, logée, la vache n'en décide pas moins quelques heures à peine après son arrivée, de prendre la clef des champs en sautant par-dessus la haie. Elle sera découverte et identifiée le lendemain matin, allaitant paisiblement son jeune à plusieurs km de son lieu de départ !
Malheureusement, on ne connaît pas la suite de l'histoire : est-ce que les humains ont eu assez de compassion pour laisser ensemble cette mère et son petit ? Quitte à perdre du lait et donc de l'argent ?...
Preuve s'il en est que ce livre dépasse largement les commentaires animaliers classiques ! La page 153 précise que :
"On sait désormais que l'animal partage avec l'homme certains éléments de conscience, notamment une représentation mentale de ce qu'il fait et de qu'il a l'intention de faire", explique Robert Dantzer, vétérinaire à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). "Si cette conscience embryonnaire détermine l'aptitude à la souffrance, alors l'animal dispose de tous les éléments pour en faire l'expérience. Un animal souffre lorsqu'il n'arrive pas à exprimer le répertoire de son comportement naturel. Cette définition remet en question tout le système d'élevage industriel qui impose aux animaux des conditions de vie inadaptées à leur biologie". Si la douleur est une réaction physiologique, la souffrance exige une représentation de soi. Or les animaux connaissent la douleur et la souffrance parce qu'ils ont des représentations sensorielles et une mémoire. "J'ai pourtant été formé à l'idée que les animaux, comme les enfants, ne souffraient pas" se souvient Boris Cyrulnik. "Lorsque j'ai passé mon année préparatoire à la médecine, nous devions disséquer des animaux vivants et lorsque ces derniers criaient et se débattaient, nos professeurs nous assuraient qu'ils ne souffraient pas, cherchant à nous convaincre qu'un vélo qui grince ne souffre pas !"
Bref, un livre qui vaut vraiment le détour, qui fait réfléchir, et qui est très émouvant...

02 mars 2006

B12

Du nouveau dans ma vie : voilà que je suis carencée en vitamine B12 ! Je découvre cela via les résultats d'une analyse - qui, pour être fiable, doit analyser le taux d'un certain "acide méthylmalonique" dans le sang (houlala, quel mot bizarre !). L'an dernier, j'avais fait la même analyse, et j'avais été toute contente de n'avoir pas de carence : en effet, la B12 ne se trouve pas dans l'alimentation végétale ; par contre, elle se stocke dans le foie et on peut en avoir des réserves pour des années. Vu que j'ai été carnivore puis végétarienne pendant des tas d'années, j'avais dû avoir un stock costaud ! l'an dernier, héhéhé, pas de carence ! J'espérais même faire partie de cette catégorie privilégiée de quelques personnes dont l'organisme arriverait (on ne sait pas trop comment) à ne jamais être carencé en B12 tout en étant véganes. Mais cette année, paf, carencée !
Aujourd'hui je me dis : sois réaliste, ton alimentation végétale ne te permettra pas à elle seule de compenser la carence. Et une carence en B12, c'est sérieux ! Ça commence par la fatigue, un peu de déprime (tiens tiens, je suis pas mal crevée ces derniers mois), ça continue par des picotements puis la perte de sensibilité des doigts (je n'en suis pas encore là), ça ronge ensuite le système nerveux, et au final c'est très grave, avec des paralysies… Bref, autant ne jamais en arriver là ! Donc, des mesures rigoureuses s'imposent.
Si les animaux ne comptaient pas pour moi, ce serait simple : allez op, je redeviens végétarienne et le tour est joué ! Oui oui, juste végétarienne, même pas la peine de remanger de la chair, les sous-produits des animaux suffisent à apporter la B12. Alors, pourquoi me prendre la tête ? Eh bien, simplement parce que je refuse de participer, de quelque façon que ce soit, à l'exploitation des animaux. Le lait provient de millions de vaches, séparées de leur petit, abattues dès qu'elles sont moins rentables (entre 3 et 5 ans alors qu'une vache pourrait vivre 20 ans), le lait c'est aussi des millions de veaux abattus parce qu'ils sont nés de sexe masculins ; les oeufs ce sont des millions de poussins mâles et de poules pondeuses tués pour la même raison - et après une vie de souffrance s'il vous plaît. Bien sûr, je pourrais me cacher l'évidence en disant : "oui mais ce n'est quand même pas mon morceau de fromage, ma part de quatre-quart ou mon oeuf à la coque qui cause tant de souffrances !" Non, mais ça y participe forcément. L'exploitation et la souffrance des animaux, ça ne sort pas de nul part, quand même !
C'est pas que je veuille être "pure" du style "moi je suis en dehors de tout ça", c'est simplement que leur souffrance est inutile et que l'alimentation végane permet de ne pas la cautionner. Non, je ne veux pas que des animaux souffrent et meurent pour satisfaire ma vie…
Surtout qu'heureusement, il existe une bonne solution, hyper simple et facile ! Ce sont des compléments alimentaires en B12, de petites ampoules Delagrange, totalement fiables. Comme je suis carencée, je vais commencer par en prendre une dose par jour, puis une tous les cinq jours. Un médecin peut même me les prescrire et la Sécu me les rembourser ! Puis je peux aussi manger de aliments enrichis en vitamine B12 fiable (corn-flakes, certains laits de soja… ).
Voilà, c'est tout, mais il faut le savoir.
Et il faut aussi le vouloir.
Car pas mal de mes contemporains ont les cheveux qui se dressent sur la tête dès que je leur parle de compléments alimentaires : "quoi, mais alors ton alimentation ne se suffit pas à elle-même, elle n'est pas naturelle ?!" Ils ont peut-être raison, mais en fait ça m'est bien égal, pour deux raisons : la première, c'est surtout que le végétalisme évite réellement la souffrance des animaux, alors les autres arguments ne pèsent pas bien lourds ; la seconde c'est que je ne sais toujours pas ce que ça veut dire, naturel ! Naturel, mon mode de vie ? Allons donc ! Je m'habille chaque matin, je me brosse les dents deux fois par jour pour éviter tartre et caries, je me brosse aussi les cheveux pour éviter les noeuds, je prends le vélo ou le bus pour me déplacer, j'ai été opérée de l'appendicite, je mange des tas l'aliments cuits, et tous les légumes et les fruits et les céréales viennent de cultures (et de variétés élaborées grâce à l'agri-culture), je cuisine avec du sel et des épices, je porte des lunettes pour lire, je me lave avec du savon, j'ai appris à lire et à écrire, je suis pour la contraception, j'utilise la Poste, le téléphone et Internet, j'ai même un appareil photo numérique et un stylo à plume métallique, je fais caca dans des toilettes et je dors dans un lit sous une couette… et tout un tas d'autres choses (la liste est en fait sans fin) qui, finalement, sont ni plus ni moins naturelles que des compléments en vitamine B12.
Et je pense que j'ai beaucoup de chance de vivre dans une société qui me permet de faire ce choix : vivre et être en bonne santé tout en évitant de tuer des animaux, et aussi tout en essayant de respecter mon environnement, ce qui passe aussi par mon végétalisme. Et en plus, le végétalisme c'est bon aussi pour la santé des humain-e-s ! Car avec une alimentation équilibrée (et la B12 sous surveillance !) c'est tout bénef !
-> TOUT savoir sur la B12, c'est possible et ça se passe ICI !

22 février 2006

Rencontre avec un veau

medium_pain.3.jpgÇa fait un moment que je voulais raconter cette histoire. C'était l'an dernier, pendant ma formation agricole (ben oui, j'ai fait une formation agricole d'un an, en maraîchage option bio). Nous visitions une ferme, ha c'était pas mal du tout ! Vraiment pas inintéressant ! Déjà, le site : magnifique, au cœur des Alpes, entouré de hautes montagnes, sommets eneignés, claire lumière et air pur. Calme. Espace. Des néoruraux tenaient la ferme - vous savez, ces gens qui avant vivaient banalement à la ville, et puis un jour paf ! ont tout lâché pour s'installer dans des coins paumés. Ils étaient une dizaine je crois, peut-être un peu moins. Très travailleurs, très courageux. Leur principale production était la vente de pain. Ils en préparaient une seule sorte : du pain demi-complet d'un kg, et en livraient (si je me souviens bien) une centaine par jour. J'ai passé un long moment à les regarder sortir les pains des panetons où ils avaient gonflés, les retourner d'un coup sec et les inciser rapidement avant de les enfourner. La sortie du four était tout aussi passionnante. J'ai même fait trois petits films sur leurs pains ! Je me sentais bien, je serais bien restée encore.
...
medium_veau.jpgPuis nous avons visité les autres bâtiments de la ferme. Je savais qu'ils élevaient aussi des vaches et faisaient des fromages. En fait, je pense maintenant que ça doit marcher aussi bien que le pain. Les vaches étaient au pré avec leur berger (tiens, ça existe donc encore les vaches laitières pas enfermées dans leur stabulation toute l'année ?) mais nous avons quand même visité l'étable. Une étable comme les autres… Mais, dans un box à part, deux veaux. On nous explique : "L'un est un veau un peu malade qu'on garde ici pour quelques jours, l'autre a une patte cassée". En effet, un des deux veaux se tenait appuyé sur ses coudes antérieurs, incapable de se lever. Il s'était brisé la patte avant en pâture, mais le berger s'en était aperçu trop tard et n'avait pas su apporter les soins appropriés (sans commentaire). Finalement, le veau s'était simplement retrouvé en box. On attendait de voir la tournure que prenait la fracture, et ça faisait déjà un mois que ça durait. Je ne me souviens plus quelle question j'ai alors posée, mais je me rappelle tout-à-fait la réponse : "On aimerait bien qu'il guérisse parce que c'est une femelle. Elle a beaucoup maigri, alors si maintenant on doit la vendre à l'abattoir, on ne va pas en tirer quand chose. Si ça avait été un mâle, on l'aurait fait abattre tout de suite. Là on a pris un risque, on aimerait que ça aille."
...
medium_deuxcochons.jpg La visite continue. Nous tombons sur les cochons. Une dizaine de cochons apeurés glissent sur des caillebotis mouillés pour accéder à leur mangeoire. Le spectable est lamentable mais l'excitation règne dans mon équipe. Comme souvent, observer des animaux interpelle notre côté humano-singesque et beaucoup n'y résistent pas : ils se mettent à grogner à qui mieux-mieux. En fait, les cochons peuvent sortir ; ce sont sans doute des "cochons-plein-air-bios" : ils peuvent se promener sur une sorte de petit terrain complètement boueux, sans un brin de verdure, ni d'ombre, et entouré de fil électrifié. Curieux, quelques-uns nous regardent, nous hument, mais n'osent pas s'approcher. Je m'attarde à les regarder tandis que le groupe s'éloigne. Je prends des photos, je les filme. J'enrage. Mes collègues voient ces cochons, il faudrait être aveugle pour ne pas sentir leur sensibilité, leur curiosité (non, je ne projette pas !), et aucun ne remettra en question le fait de les manger… Les cochons sont laids, les cochons sont roses, les cochons sont gras et tout est bon dans le cochon ! Les cochons sont jolis, les cochons sont curieux, les cochons sont sensibles et rien ne justifie le fait de les tuer. Ma tête s'est mise à tourner, d'un revers de main j'essuyais mes larmes tandis qu'une copine m'appelait. Troublée par mon air, elle voulu me réconforter : "Mais tu sais, ils ne sont pas si malheureux, ils peuvent sortir !"
...
medium_veaubis.jpg La visite a continué sans moi. Le cœur n'y était plus. De toutes façons, ils visitaient la fromagerie ; comme d'habitude ils ont dépensé plein d'argent pour acheter du bon-fromage-fermier, et du saucisson, bio bien sûr. Du pain aussi. Je n'ai rien acheté. Je ne voulais pas leur donner d'argent. Je suis retournée un long moment auprès des veaux. Ils étaient dans la pénombre et dans le silence. Jour après jour dans la pénombre et le silence. Je me suis sentie mieux, heureuse de leur compagnie, mais si triste. Eux aussi iront à l'abattoir. Celui qui avait la patte cassée essayait parfois de se lever. Il avançait à genoux jusqu'à l'abreuvoir. Encore des photos, encore des films. Ils avaient de beaux yeux. Je leur tendais la main, curieux ils tendaient le cou pour renifler, craintifs ils se rétractaient d'un coup en soufflant. Puis encore le silence et toujours la pénombre. Le silence des animaux est très beau. J'ai dû rejoindre mes collègues braillards. Je n'ai pas eu le courage de retourner auprès des cochons.
Parfois je regarde le petit film que j'ai fait sur les veaux. Je suis à chaque fois très émue.
Parfois je me demande s'il s'en est sorti. Si sa patte a guéri, s'il a goûté de nouveau à l'herbe fraîche et au soleil.
Je connais une femme qui travaille dans cette ferme, je pourrais lui demander des nouvelles. Je ne sais pas bien pourquoi, je n'en n'ai jamais eu le courage…
Parfois je ferme les yeux et je rêve que je sauve ces animaux, au moins ce veau à la patte cassée, qui avait déjà tant souffert, je l'emenerai avec moi, quelque part où il aurait une vie paisible et sûre - loin des gens qui spéculent sur son corps…

 

Local veg de Grenoble : suite ou fin ?

hum, mauvaise nouvelle : le local de l'association Véganim à Grenoble a fermé ses portes... Je parlais de ce chouette local dans la petite note du 10 octobre 2005 "Grenoble : un local 100% veg !" et voilà, c'est déjà du passé ! La fermeture serait due à une certaine incompatibilité avec le restaurant végétarien mitoyen - plus que mitoyen même, puisque les deux structures partageaient le même local. Bref, c'est bien triste ; et bien sûr très dommage pour les animaux.
Plein de courage et de pensées positives à Véganim pour poursuivre sa lutte, pour trouver un nouveau lieu ! C'était une si belle action !...

15 décembre 2005

Noël sans sang

L'an passé, pour les fêtes de Noël, ma soeur m'avait demandé ce que je voulais comme cadeau. J'avais répondu :
"Un repas de fête sans viande, sans produits animaux" et j'avais proposé de le faire moi-même, pour éviter de poser une "colle" à des personnes (ma famille) hélas peu habituées aux repas veg ! Le repas fut excellent, vraiment :
terrine aux légumes et aux amandes (gelée à l'agar-agar), toast à la crème d'olive, à la crème de tomates, au "fromage" végan, coeur d'artichauts, coeurs de palmiers, puis pommes de terres sautées accompagnées de seitan en sauce avec des champignons, poëllée de petits légumes aux épices, et en dessert un biscuit vegan à la crème de marrons et chocolat...
Pas de viande, pas le goût du sang, ni du cadavre, et pourtant - et bien sûr - la joie et le plaisir furent au rendez-vous!
Tout ceci me donne envie de vous faire découvrir - si ce n'est déjà le cas - la fameuse campagne pour l'abolition du foie gras en France. Aux abords de ces jours festifs, c'est vraiment d'actualité, surtout si on veut partager la fête avec les animaux autrement qu'en les torturant et en les massacrant !

Le foie gras bientôt illégal en Europe ?

Réunis autour du Manifeste pour l'abolition du foie gras, nous rappelons que le gavage est une violation des règlements français et européens sur la protection des animaux dans les élevages, et que son interdiction définitive est inéluctable.

« Les animaux reçoivent une alimentation saine, adaptée à leur âge et à leur espèce. »
Arrêté ministériel du 30 mars 2000

« Aucun animal n'est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu'il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles. »
Directive européenne du 20 juillet 1998

« Les méthodes d'alimentation et les additifs alimentaires qui sont source de lésions, d'angoisse ou de maladie pour les canards ou qui peuvent aboutir au développement de conditions physiques ou physiologiques portant atteinte à leur santé et au bien-être ne doivent pas être autorisés. »
Recommandation européenne du 22 juin 1999 concernant les canards utilisés pour produire du foie gras

Le foie gras est le foie malade d'un oiseau atteint de stéatose hépatique.
Rapport scientifique de la Commission Européenne

Diarrhées, halètement, déplacements pénibles, lésions et inflammations du cou... sont la réalité quotidienne du gavage.

Le gavage est interdit dans la plupart des pays de l'Union. Il est interdit en Pologne depuis le 1er janvier 1999. Il vient d'être interdit en Italie, Israël et Californie pour motif de cruauté.

Le gavage est une violation des règlements... et des principes les plus élémentaires de protection des animaux.

15 novembre 2005

En famille...

Petit séjour en famille... Ce matin, mon père (chez qui je loge) a reçu la visite d'une cousine à lui et de son mari. Comme je ne "suis pas très famille", j'ai attendu quelques instants avant de sortir de ma chambre et de les rejoindre, histoire de rester polie tout en m'épargnant la totalité de la visite. Je ne sais pas comment c'est possible, mais je vous jure que cela faisait moins de trois minutes que je les avais rejoint-e-s que déjà leur conversation tournait autour de mon végétalisme ! Et ce n'est pas moi qui ai lancé le sujet... La vieille cousine a commencé par une phrase remarquable :
- Mais c'est vrai que ta maman m'avait dit que tu étais végétarienne... non, pire ! tu es végétalienne, non ?
Ha, le charme fou du mot "pire" : on a à peine commencé à aborder le sujet que tout est déjà dit ! Si encore à la limite j'avais juste été végétarienne, bon, ça commence à passer vaguement dans les moeurs... Mais je suis pire, je suis végétalienne ! Non non, je ne cherche pas à dramatiser ni à bloquer sur un mot, mais avouez que ça sent le jugement et les idées préconçues à plein nez.
Curieux, vaguement inquiet, son mari demande des précisions, rappelez-moi déjà ce que c'est, le végétalisme ? La cousine précise :
- Elle ne mange pas de viande, mais pas d'oeuf non plus !

Et mon père de bien préciser :
- Et pas de fromage ! Alors ça ! Pas de viande, encore ! Mais pas d'œufs et pas de fromage, je comprends pas...
Il ne m'a surtout jamais demandé non plus, et comme entre lui et moi la communication ça n'a jamais été notre fort, je n'ai jamais réussi à lui expliquer non plus... Du coup, il ne comprend pas, finalement, c'est normal. C'est pas en regardant la télé qu'on va lui expliquer que sur le marché il existe en gros deux variétés de poules : celles qui pondent (les poules pondeuses) et celles qui donnent la viande (les poulets de chair) et que les mâles des poules pondeuses sont éliminés et que les femelles des poulets de chair sont aussi tués. Des millions de poussins sont triés et la moitié d'entre eux est systématiquement tuée à quelques jours, et comme y'en a plein et qu'il ne faut pas que ça coûte trop cher, on les entasse dans des grands sacs qui seront ensuite passés au rouleau à compresseur, ou bien on les hache vivants, ou bien on les laisse juste crever dans des bennes. Que du bonheur, quoi. Je ne vous parle même pas des conditions d'élevage, d'abattage...
Quant au lait, pour en avoir plein (et pour répondre à la demande de notre société il en faut vraiment plein) les vaches (ou les chèvres ou les brebis) ont veaux sur veaux, mais leurs petits leur sont enlevés généralement au bout d'une semaine, parce que le lait c'est pour nous, pas pour eux. Les petits mâles sont engraissés et abattus, les petites femelles donneront des laitières. Et toutes les laitières finissent en steack hachés au bout d'environ cinq ans de vie, épuisées et moins rentables - une vache à une capacité de vie de plus de vingt ans.
Bref, les oeufs et le lait je m'en passe très bien, merci.
La cousine, son mari et mon père sont tout de suite d'accord pour dire que c'est incompréhensible, mais bien sûr aucun-e ne me demande pourquoi. Et je pense que la réponse, elle-ils la connaissent parfaitement, mais ne veulent pas la savoir, pas l'entendre, pas l'admettre, sinon comment justifier le fait de continuer à ne pas être veg ? Je n'ai pas l'espace de placer un mot. Je n'ai pas non plus envie de me battre et de polémiquer... Je suis relativement lâche, mon père sort de l'hosto (c'est d'ailleurs en partie la raison de ma visite chez lui), la cousine et son mari frôlent les 81 ans... J'avoue que j'aimerais mieux qu'on parle d'autre chose, du temps qu'il fait par exemple.
Le cousin me demande, l'air vraiment perplexe :
- Mais tu manges quoi alors ? Des légumes ?
Je souris :
- Papa, vu que ça fait plusieurs jours que tu manges ma cuisine, alors, qu'est ce qu'on mange ?
Mon père : - Hier midi on a mangé du couscous... C'est bon d'ailleurs, elle cuisine bien. Une fois elle a fait des sortes de saucisses, c'était pas mauvais en fait...
Mon père a cela de chouette que depuis le décès de ma mère, il y a un an, il accepte de manger ma cuisine sans rien ajouter. Pas comme mon beau-frère, qui sort imanquablement une tranche de jambon ou une charcuterie quelconque, parce que "quand même"...
La cousine, qui essaie de trouver des raisons qui lui conviennent :
- Remarque, c'est peut-être plus sain. Tu as l'air en bonne santé. Ils disent maintenant que c'est pas bon de manger trop de viande.
Franchement, tant mieux si en plus c'est bon pour ma santé, mais le végétalisme est surtout tellement meilleur pour la santé des animaux !
Le cousin, de plus en plus paumé :
- Moi je ne pourrais pas me passer de viande. J'en mange tous les jours. Mais tu manges du poulet quand même ? Même pas de poulet ?
Eh non, même pas de poulet ! Même pas un petit oeuf de temps en temps pour vous rassurer ! Rien de tout cela. Et le comble de la panique, c'est quand les gens constatent que je ne fume pas (plus !) et surtout, surtout que je ne bois pas d'alcool ! Et pas de café ! Alors là, c'est vraiment le summum de l'inhumain. Je fais totalement figure d'extraterrestre. Mes motivations de refuser viandes, oeufs, laitages, alcool, cigarette et café sont très différentes les unes des autres, mais très peu de personnes prennent le temps et font l'effort de les dicerner. Généralement, c'est tout dans le même sac avec les étiquettes "pas normale" et "moi je pourrai pas", même quand je leur demande pas d'ailleurs... Puis le sac part à la poubelle de l'oubli, des choses bizarres et étrangères, et les animaux avec...
Et moi je reste là, le cul sur ma chaise, un petit sourire poli coincé sur les lèvres, au secours sortez-moi de là ou donnez-moi les moyens de leur faire comprendre de quoi il s'agit !...