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29 avril 2009

Justice pour les animaux

01-acte-de-cruaute.jpgAujourd'hui, je reçois la lettre d'infos de L214, et apprends ainsi le lancement de la campagne Justice pour les animaux, lancée tout récemment par l'association Stéphane Lamart (ASL). Cette association, fondée par l'homme du même nom (Stéphane Lamart) - et végétarien - se bat principalement pour les animaux domestiques, mais aussi pour les 05-maltraitance.jpgpigeons des villes (ce qui mérite vraiment d'être souligné et encouragé) et contre la maltraitance des animaux en général. Suite à son travail, ASL a constaté que lorsqu'un particulier ou une association de protection des animaux constate un acte illégal de cruauté ou de maltraitance envers un animal, l'injustice opère souvent à trois niveaux :
- Refus de plainte au commissariat et en 06-ebouillantees-vivantes.jpggendarmerie.
- Affaire classée sans suite par décision du Parquet.
- Peine ridicule compte tenu de la souffrance imposée à l'animal.

Or, faire souffrir un animal est un délit, d'où l'idée de mener campagne pour stopper l'impunité et les condamnations symbolique
s. "Les actes de maltraitance et de de cruauté envers les animaux 04-refus-de-plainte.jpgdoivent être effectivement constatés et condamnés", dénonce avec justesse ASL. Pour l'instant, cette campagne s'axe sur deux actions: une manifestation, et une pétition.
La manifestation de Justice pour les animaux aura lieu à Paris mercredi 13 mai 2009 à partir de 10h30 et durera jusqu'à 13h30, elle aura lieu devant le palais de justice, à l'angle de la rue de la

02-mauvais-traitement.jpg

Paix et de la rue Danielle Casanova (75002).
Quant à la pétition, vous pouvez la signer sur le site de l'association Justice pour les animaux.
Cette campagne permettra de lutter efficacement contre les maltraitances des animaux dits domestiques, d'élevage ou sauvages... Elle est déjà soutenue par de nombreuses associations, des particuliers - à votre tour, n'hésitez pas un instant à la rejoindre, à la faire connaître, à diffuser ces affiches (issues du site Justice pour les animaux)!

18 avril 2009

Pâques, c'est la fête!?

L214 chevreau portrait.jpgD'accord, Pâques c'est passé et j'aurais dû écrire cette note un peu plus tôt, mais il n'est cependant pas trop tard pour se poser quelques questions et en savoir un peu plus. Alors, à Pâques, au fameux repas de fête, vous avez mangé quoi ? Vous êtes vous régalé de produits végétaux ou animaux ? Le repas a-t-il été plutôt tendance brochettes de seitan, tofu fumé et tarte aux légumes, ou tendance traditionnelle - et la tradition, à Pâques, c'est de manger de l'agneau, non ? ""En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l'occasion de partager un gigot d'agneau rôti accompagné de flageolets"(c'est pas moi qui l'écrit, c'est Wikipédia). A moins que, comme ma collègue l'an passé, vous n'ayez opté pour le gigot de chevreau (cette année je sais pas quel animal elle a mangé, j'ai réussi à ne pas le savoir) ?
L214 agneaux.jpgQue ce soit le cas ou non, prenez donc le temps de vous informer, de lire et de visionner le rapport édifiant mené par l'association L214 sur le commerce actuel de chevreaux et d'agneaux en France. Mais n'oubliez pas que les chevreaux  et les agneaux sont des animaux curieux, intelligents, amicaux et toujours prêts à jouer. N'oubliez pas aussi que ces petits, âgés de 3 semaines à un mois (trois pour les agneaux), sont des bébés, des petits perdus sans leur mère, et des êtres sentients, qui ressentent le plaisir, la joie et toute forme de souffrance et de stress.
L214 chevreaux chargement2.jpgOui, il ne faut pas oublier tout ça en visionnant les images, ne pas oublier que ces animaux sont autre chose qu'une marchandise genre sac à patates.

Le rapport nous apprend notamment que "Les chevreaux et les agneaux en transit sur le marché de Parthenay - un des plus gros marchés aux bestiaux français - ont entre 1 et 3 mois. A leur arrivée, ils sont parqués - sans eau à disposition - dans des chariots de métal à fond ajouré. Ils sont ensuite chargés dans des camions transportant habituellement des lapins.
L214 chevreaux 1.jpg« Ils sont attrapés sans ménagement, qui par la peau du dos, qui par les pattes, qui par le cou, et balancés dans des caisses trop petites pour qu'ils puissent se tenir debout, la tête souvent cognée au passage. Les voilà entassés dans des caisses "à lapins", serrés les uns contre les autres, apeurés, assoiffés »
témoigne un enquêteur. Ils resteront dans ces caisses de 37 cm de haut jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur destination : l'abattoir". Tous ces gestes, ces faits, sont illégaux et en contradiction flagrante avec les quelques lois qui devraient permettre aux animaux condamnés à mort d'un peu moins souffrir.

L214 chevreaux chargement.jpgMais ce qu'il ne faut pas oublier non plus, c'est que le commerce et la mise à mort des chevreaux et des agneaux sont directement liés au commerce du lait. Pour avoir du lait, il faut forcément éliminer les bébés (qui sinon le boiraient) : les petites femelles les plus fortes seront à leur tour exploitées pour leur lait, tandis que les petits mâles et les animaux les plus faibles sont systématiquement tués pour être mangés. Le fromage de lait de vache, de chèvre ou de brebis est directement lié à la mort des veaux, chevreaux et agneaux. L'argent retiré du commerce de leur chair constitue une partie seulement du bénéfice, le reste est effectué sur les produits laitiers, et dans une moindre mesure sur la vente de leur peau qui rapporte aussi des sommes cependant non négligeables.

Si ne voulez pas cautionner la mort de ces animaux, il n'y a pas 36 solutions: ne mangez pas leur chair, mais n'achetez pas non plus leur cuir ou leur peau, ne buvez pas le lait de leurs mères. Ne soyez pas complices de tant d'ignominies: vos choix sont leurs actes.
Vous pouvez aussi soutenir L214 dans leurs actions, et notamment par rapport à ces chevreaux et agneaux.

Toutes photos : avec l'aimable autorisation de L214.

15 mars 2009

Action directe par des éleveurs

cochon-elevage-1.jpgMardi 10 mars, une brève dans Lyon plus attire mon attention : Une quarantaine d'éleveurs des Côtes-d'Armor ont relâché 250 cochons dans un abattoir du Morbihan, information relayée notamment sur Internet, comme sur le site de Le Télégramme, où on peut lire :

Une quarantaine d'éleveurs de porcs des Côtes d'Armor ont perturbé cette nuit l'activité d'un abattoir à Josselin en relâchant 250 cochons pour réclamer de meilleurs tarifs.

Les manifestants ont également soudé le portail de cet abattoir de la société Europig, bloquant temporairement toute entrée ou sortie de camions et ils ont tagué des slogans à l'intérieur de l'usine. "Diplôme du plus mauvais payeur", "Porc acheté un euro revendu sept euros. A qui profite le crime?", ont-ils notamment écrit.

De nouvelles actions prévues
Les éleveurs des syndicats JA et FDSEA dénoncent une entente des abattoirs coopératifs pour éviter une montée des cours du porc. Ils ont promis de nouvelles actions dans les jours qui viennent.
Selon eux, les cours sur le marché du porc breton stagnent à un niveau "pas satisfaisant" de 1,1 euro le kg dans un contexte qu'ils jugent pourtant favorable. "La production de porcs commence à baisser dans certains pays d'Europe" alors que "la consommation a augmenté de 3% en janvier, du jamais vu depuis un an", affirment-ils dans un communiqué.

Cette information a été reprise par divers journaux, comme par Corse Matin(1) et France Soir. Pratiquement telle quelle.
Maintenant, imaginons un instant, pour de rire bien sûr, qu'au lieu d'éleveurs, un groupe  de personnes "pro-animal" aurait fait la même action. Elles aussi, elles auraient libéré 250 cochons dans un abattoir, puis elles auraient soudé les portes, bloquant ainsi toute l'activité du lieu pendant des heures. Elles auraient même, étrange coïncidence, pu reprendre à leur compte un sloggan et taguer : "A qui profite le crime ?"
Et imaginons ensuite les réactions médiatiques, juridiques : je vois ça d'ici, je vous jure, ce serait du pur délire, une véritable curée. Les journaux rivaliseraient de gros titres et de vocable, se disputant pour utiliser des termes comme : dangereux extrémistes, les terroristes sont parmi nous, inconscients, et autre action directe... Les journalistes belliqueux n'auraient eu de cesse "d'infiltrer" ces "groupuscules" et d'inviter la populace à s'inquiéter : "Mais jusqu'où iront les terroristes de la libération animale ?" Enquête, gardes à vues, relevés d'ADN, inculpations préventives (pour terrorisme, bien sûr) et procès se seraient enchaînés à une vitesse stupéfiante, avec des peines maximales sans doute requises contre ces "ultras de la cause animale" (2).
N'oublions pas qu'il y a moins de dix ans, des manifestant-e-s de la cause animale avaient osé badigeonner de colorant rouge lessivable une stèle située à l'entrée de l'abattoir d'Holtzheim. Ils avaient été condamnés à payer la coquette somme de dommages et intérêts d'environ 5 500€ (à l'époque, 35 000Frs). Ca fait drôlement cher le seau d'eau, la brosse et l'employé chargé de nettoyer le colorant - pour la petite histoire, la stèle représentait une tête de taureau.
Or, j'aimerais savoir si les éleveurs seront seulement poursuivis pour avoir : d'une part détérioré l'abattoir (tagues, portes soudées),  d'autre part l'avoir empêché de fonctionner pendant plusieurs heures. Et qui se souciera du préjudice subit par les cochons ? Il y a ceux lâchés dans l'abattoir qui, sans doute terrorisés de se trouver dans un lieu nouveau et puant la mort, se sont peut-être blessés - en plus sans doute  déchargés des camions avec brutalité, puis rattrapés par le personnel de l'abattoir toujours avec brutalité. Et il y avait aussi peut être des animaux parqués qui attendaient d'être déchargés ou tués - des animaux pris en otage de la fureur humaine. Mais tous ces animaux, déjà dans l'antichambre de la mort, ne sont perçus que comme des paquets de saucisses, des jambons ou des côtelettes - autrement dit, comme un sacré paquet de pognon.
Car les cochons sont uniquement des marchandises, du fric potentiel, et les éleveurs sont dans leur droit d'en faire ce que bon leur en semble. Comme les lâcher dans un abattoir. Après tout, l'abattoir leur appartient aussi un peu, puisque c'est là qu'ils transforment leur marchandise - comprenez : qu'ils amènent les animaux se faire assassiner. Alors merde quoi, quand ils sentent que le fric leur passe sous le nez, ils peuvent bien souder les portes, peindre les murs et menacer de faire de nouvelles actions. Qui les en empêchera ? Qui ne comprend pas la dramatique situation de ces honnêtes gens, si légitimement inquiets des fluctuation du cours de la viande ? Et s'ils font moins de pognac, qui va payer leur bagnole, leur abonnement canal +, rembourser leurs crédits et tutti quanti ? Alors dans tout ça, vous comprenez bien que la vie des cochons, on s'en f... vraiment complètement, surtout que tuer des animaux créé des emplois (lorsque l'esclavage a été aboli, je suis sure que des braves gens se sont inquiétés du sort des contremaîtres et des vendeurs d'esclaves).
Mais tous les éleveurs n'ont pas autant d'humour que ceux qui ont soudés les portes de l'abattoir de Josselin : début mars dernier, à Loudéac, un éleveur de cochons en redressement judiciaire, sentant que sa baraque coulait et que ses bêtes ne lui rapporteraient plus un sou, a tout simplement mis la clef sous la porte. En laissant les cochons dans ladite baraque. Laissés sans soin pendant deux mois, les 150 cochons finissaient d'agoniser lorsque les services vétérinaires ont débarqué sur le lieu pour euthanasier les survivants. L'éleveur a été condamné à payer 1200€ - soit 8€ par cochon mort dans d'atroces souffrances. Un verdict qui l'a fait sourire. Alors, pourquoi se prendre la tête ?(3)
Le meilleur de ces histoires, c'est de penser que la majorité des gens est persuadée que les éleveurs aiment et respectent les animaux qu'ils élèvent, ce dont les éleveurs se vantent d'ailleurs régulièrement (peut-être même, dans leur délire, y croient-ils eux-même?). Ha, le bien-être des animaux d'élevage !...
Je ne puis m'empêcher de me demander si cet étrange amour ne serait pas, plus fondamentalement, motivé par l'appât du gain. C'est moins bucolique, mais ça me semble tellement plus réaliste...
Mais dans toute cette histoire, il y a une chose qui me tracasse : pourquoi les éleveurs ont-ils tagué sur le mur de l'abattoir : "A qui profite le crime ?". Ironie, inconscience, provocation ? Car comment peuvent-ils, à ce point, occulter le fait que c'est à eux que le crime des animaux profite?

elevage-cochons.jpg(1) Corse Matin a illustré son article d'une très jolie photo (source AFP) de cochons, reposant tranquillement dans de la paille fraîche, dans un enclos en bois . Les journalistes sont décidemment bien mal informés, puisque la quasi-totalité des cochons est élevée de façon hors-sol, sur des caillebotis qui leur blessent les pattes, et dans des cages de métal minuscules qui les rendent complètement fous: Voir la photo ci-contre: les réalités de l'élevage.
(2) Les ultras de la cause animale
: titre d'un article paru dans le journal suisse L'hebdo, du 29 mai 2008.
(3) Information relayée par Ouest France et L214.

11 mars 2009

Derrière les portes des abattoirs

Derriere_les_portes_des_abattoirs_de_France-106x150.jpgC'est en lisant la lettre d'Info de L214 du 6 mars 2009 que j'ai découvert la sortie d'un nouveau dossier intitulé "Derrière les portes des abattoirs de France". Ce rapport spécial, de février 09 et de 42 pages, conçu par One Voice, porte sur l'abattage des animaux pour la viande. Il est téléchargeable gratuitement. Clair, bien illustré et bien présenté, c'est un dossier terrifiant. Les témoignages bouleversants montrent sans équivoque ce qu'endurent les animaux "de boucherie"  sacrifiés  sur l'autel de l'appétit insatiable et égoïste de l'espèce humaine.
Ce rapport est basé sur une investigation de One Voice réalisée sur une période d'un an et portant sur 20 abattoirs. français. Il rélève ce que subissent quelques uns des 40 000 000 de bovins, moutons, chèvres et cochons, et plus d'un milliard de volailles et lapins, abattus par an en France pour leur chair.
one voice veau.jpgPage 9, je lis : "La terreur des veaux [pour rappel, le veau est le bébé de la vache]. : dans le piège d'abattage, il y avait un veau qui tremblait de peur. Il a essayé des dizaines de fois de s'échapper, et finalement de se cacher dans un coin, en se contorsionnant pour cacher sa tête. C'était terrible à regarder. Quand l'abatteur s'est penché au-dessus du piège, le veau a désespérement essayé d'éviter le pistolet d'abattage, mais le tueur n'y a pas prêté attention. Il a suivi de sa main le mouvement de la tête du veau, mais ce n'était pas un animal sensible qu'il voyait devant lui. Il agissait de façon automatique. Après le coup de pistolet, l'animal a été saigné, et c'était comme si l'employé ouvrait un carton et non un animal."
p. 10 : "Le sang s'écoulait dans le piège d'étourdissement, le premier animal [un veau] que l'on voit avait son museau dedans et il est resté confiné dans le piège pendant un laps de temps déraisonnable avant d'être étourdi. Il a passé plus d'une minute à essayer de s'échapper, à se retourner, à tomber et à ruer sur les panneaux latéraux."
p. 15 : dans un grand abattoir de cochons "les enquêteurs ont filmé des scènes de souffrance animale parmi les pires dont ils aient été témoins tout au long de cette investigation."
one voice cochon.jpgp. 17 : "Souvent, les porcs semblaient paniqués et terrifiés et cherchaient à s'échapper. (...) Les cochons avançaient à contre-courant, essayaient de sauter par-dessus les parois latérales ou par-dessus d'autres cochons et tentaient de fuir à l'approche des employés."
p. 22 : "Dans certains abattoirs, les employés avaient pris l'habitude de se livrer à de petits jeux sadiques, consistant par exemple à effrayer les cochons confinés dans des couloirs étroits en touchant les barres de fer qui les entourent avec un aiguillon électrique. (...) le bruit et les étincelles que cela produit provoquent chez les animaux une panique visible."
one voice vache.jpgEt partout, des animaux égorgés vifs, blessés, frappés, insultés, terrifiés, et témoins de l'égorgement et du dépeçage de leurs congénères.
Et partout, à chaque instant, effroi, terreur, panique et calvaire - mis à part ça, votre viande a-t-elle bon goût ?
Dans ce rapport, on en apprend aussi beaucoup sur les techniques d'abattage. Etourdissement par choc électrique, perforation de la boîte craniènne... gazage aussi, puisque les cochons, les poulets et les dindes peuvent être gazés avant d'être égorgés.
Pas très joli joli, tout ça...
Heureusement, tout ça se passe loin derrière les portes des abattoirs, histoire de ne pas couper le joyeux appétit des viandistes.

one voice mouton agneau.jpgQuant à moi, je ne peux évidemment que rejoindre One Voice dans sa conclusion :
"L'idée que les animaux soient tués dans de bonnes conditions permet de tranquilliser les consciences. Dans la pratique, cependant, aucun mesure de protection ne fera disparaître la peur, la détresse, la douleur et les souffrances endurées par les animaux dans les abattoirs. One Voice espère que les consommateurs qui ne peuvent pas digérer la situation découverte par nos enquêteurs, feront le choix de manger moins de viande ou de supprimer carrément la viande de leur menu."
Car quelle autre solution qu'arrêter de manger de la viande ? Car ce cauchemar ne se passe pas au bout du monde, ni il y a vingt ans. C'est ici et maintenant qu'il a lieu. Et c'est ici et maintenant qu'il faut agir. Sinon où, et quand ?

Toutes les images sont issues du rapport de One Voice.

01 mars 2009

Petite-fille de souris

Une-Souris-Affiches.jpgIl y a environ trois semaines, mon sang s'est littéralement glacé lorsque j'ai entendu un employé de la boîte où je bosse actuellement dire à Unetelle : "Ha et puis sinon, j'ai appelé une société de dératisation parce qu'il y a des souris à la cave." Après une brève réflexion où j'ai oscillé entre une forme de fatalisme, l'angoisse de devoir affronter des humains en me montrant solidaire des animaux (et quels animaux ! des souris !) et la colère, j'ai décidé que je n'avais rien à perdre alors que les souris allaient perdre la seule chose qu'elles possèdent : leur vie. Bref, je devais réagir, mais comment ? Parce que les souris, ce n'est pas de leur faute si elles mangent la nourriture réservé aux humains ; elles ne méritent pas la peine de mort parce qu'elles se nourrissent !
J'ai pensé que la seule riposte possible passait par des nasses, ces sortes de pièges qui chopent les souris vivantes. Après quoi, je pourrais les relâcher ailleurs.
J'ai tout d'abord pris quelques minutes du précieux temps de la directrice (ce n'est même pas ironique, son temps est vraiment précieux) pour obtenir son accord de principe, ce qui a été d'autant plus facile qu'elle est végé pour les animaux - elle se sent donc bien plus concernée par le sort des animaux que l'immense majorité de la populace. La seule demande a été que je gère les nasses, ce qui était de toutes façons évident. Puis j'ai amorcé une discussion avec le collègue qui avait appelé la société de massacre, mais là c'était pas gagné - et pourtant, lui aussi se sent assez concerné par les animaux, puisqu'il refuse de manger la chair des animaux terrestres (mais ceux qui vivent dans l'eau, hélas... ). Un presque-végtarien, donc. Je dirais qu'il s'est montré poliment intéressé par mon histoire de nasse - après tout, pourquoi pas - mais il n'y a pas eu moyen de lui faire décommander la fameuse dératisation qui, de toutes façons, "était sans doute déjà en route", et puis combien de temps ça allait prendre pour les attraper toutes avec des nasses, on ne pouvait pas attendre - alors que ça fait longtemps qu'il y a des souris, sans doute, mais maintenant que la tuerie allait commencer il fallait faire vite - et autres faux arguments. La vérité, c'est que c'est juste risible de vouloir sauver des souris. Après tout, il n'y a pas mort d'homme.
Plus tard, son ton est d'ailleurs devenu plus moqueur quand il a brièvement rapporté l'histoire à une tierce collègue, laquelle n'a bien sûr juste rien compris à mes intentions : "Tu veux pas tuer les souris, c'est à cause de la pollution ?" J'imagine qu'elle pensait à la pollution liée à la fabrication du poison, j'en sais rien, j'étais sur les nerfs (j'aurais pas dû, sans doute... ) et j'ai un peu sèchement répondu : "Non, c'est pour ne pas tuer des souris." Ne pas vouloir tuer des souris uniquement pour ne pas les tuer ? En voilà une idée bizarre...
trappe de base.jpgBref, le soir même je suis allée dans un magasin de bricolage et, au rayon jardinerie, j'ai acheté trois trappes de bases, (voir à gauche) pas d'autre choix. Une fois chez moi, avec mon compagnon, nous nous sommes aperçus à quel point leur fermeture était violente, et en plus la queue des souris risquait d'être pincée-coincée super fort. Bref, pas top du tout. On a écarté celle des trois qui semblait encore plus susceptible de leur coincer la queue, et le lendemain j'ai installé les deux autres à la cave. Plus tard, dans la semaine, je suis allée dans une autre grande surface (jardinerie) mais j'ai trouvé les mêmes trappes.

trip trap.jpg117.jpgNous avons alors passé un long moment à chercher sur Internet, et finalement on a trouvé et commandé un truc qui est super : les trip-trap (image de gauche). On a commandé aussi des nasses rondes (image de droite), mais elles ne valent rien : les souris sont parties avec la bouffe (mais au moins, pendant ce temps, elles mangent pas le poison). Le temps que la commande arrive, une souris s'est fait prendre dans un des premier piège posé, et je l'ai trouvé complètement flippée. Encore heureux qu'étant donné la violence avec laquelle la porte métallique se referme, elle n'ait pas fait une crise cardiaque (remarque sérieuse). Puis on a reçu les trip-trap, et ça c'est vraiment un truc fameux. La souris entre, va chercher la nourriture au fond, en passant elle est obligée d'appuyer sur un levier en plastique et la porte se referme sans bruit derrière elle - ni violent ni brutal, leur petite queue ne peut pas rester coincée, il y a des aérations, bref, tip top. Bien sûr, reste le stress de la prise au piège, mais c'est ça ou le poison... En une quinzaine de jours, cinq souris (dont trois souriceaux) se sont fait prendre au trip-trap. J'ai bien sûr enlevé les autres trappes métalliques - où en plus, elles arrivaient à partir avec la nourriture.
Je prends parfois le temps de montrer rapidement les souris à mes collègues, et surtout à celui qui a commandé la dératisation, parce que tout le monde les trouve a-do-ra-bles (de vraies petites boules de velours gris) et j'espère, vainement sans doute, les faire un peu réfléchir et culpabiliser.
Quant aux souris, je les libère dans un très grand parc, à un endroit abrité où elles ont des centaines de caches possibles, et où des gens viennent nourrir les écureuils - il y a donc des graines. Je mets aussi de la nourriture à chaque libération. C'est pas top comme solution, mais je pense qu'au moins je leur donne leur chance et que c'est bien mieux que la mort par empoisonnement - et donc par hémorragie interne, différée s'il vous plaît. En cherchant un endroit propice pour les relâcher, je me suis aussi aperçue à quel point le monde est hostile aux souris. Une planète si grande, des souris si petites, et si peu d'espace pour elles. Dommage que le fameux temple indien Deshnok, où les rats sont vénérés, ne soit pas à côté de chez moi...
J'espère donc en attraper le plus possible. Malheureusement, je suis obligée de fermer les trip-trap pendant le week-end, car les souris risqueraient d'y mourir de soif, peut-être de panique ou d'épuisement. Les jours où je travaille, je les visite au moins deux fois par jour.
Toutes ces recherches pour trouver les trip-trap m'ont amené à prendre mesure de la quantité de moyens inventés pour tuer les rongeurs, que ce soient des souris, rats, surmulots, loirs ou lérots (d'ailleurs, les lérots font partie d'une espèce protégée et il est interdit de les tuer, mais on trouve en libre accès des poisons et des pièges à lérots). Pour tuer les animaux, on a le choix entre les colles (empoisonnées ou non, le résultat ne doit pas être joli à voir), les tapettes, les granules, les poudres, les pièges électriques, etc. Sur les paquets, les rongeurs sont parfois dessinés avec les yeux rouges, toujours sous un jour peu avantageux. Et je me souviens aussi du jour où j'ai vu dans un joli bac en pierres d'une fontaine d'un très joli village de montagne une nasse plongée sous l'eau, et dans la nasse une souris noyée flottant entre deux eaux glacées. Une autre fois, enfant, je suis tombée nez à nez avec une souris encore vivante mais coincée par le flan dans une tapette. Elle avait réussi à traîner lle piège sur une petite distance. C'était une vision tellement horrible que je m'en souviens parfaitement ; j'ai hurlé, pleuré, ma mère a accouru ,puis libéré la souris et mise dans une petite boîte avec du coton et de l'eau, tout en me laissant peu d'espoir quant à ses chances de survie. La souris est morte dans la journée et depuis je voue une haine sans borne aux pièges de toutes sortes - et  depuis, je détruis aussi systématiquement toutes les tapettes que je croise.
Cette histoire doit sans doute en faire rire plus d'un. Ce n'est pourtant pas drôle.
souris.jpgTout ceci me ramène à un extrait du livre remarquable de Patterson, Un éternel Tréblinka, et à l'extrait de la nouvelle The Letter Writer de Isaac Bashevis Singer. Le personnage de cette nouvelle, un éditeur nommé Herman, vit dans la solitude et le monde des livres. Mais chaque jour, il donne à manger et à boire à une souris qui vit avec lui dans son petit appartement. Progressivement, la souris s'habitue à l'homme, et finit par ne plus avoir peur de lui. Un soir, en admirant le petit animal, Herman songe : "fille d'une souris, petite-fille d'une souris, produit de millions, de milliards de souris qui ont vécu, souffert, qui se sont reproduites et qui maintenant sont parties pour toujours [...]. Elle fait autant partie de la création divine que les planètes, les étoiles et les lointaines galaxies." (p. 255) Puis Herman tombe gravement malade, et il ne peut plus s'occuper de la souris. Lorsqu'il guérit, il la croit morte et lui rend un dernier hommage, une dernière réflexion : "Tous ces érudits, tous ces philosophes, les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu'un comme toi ? Ils se sont persuadé que l'homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n'auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Tréblinka." (p. 256).
Sans commentaire.

10 décembre 2008

Chasse à courre, toujours

chasse à courre.jpgUne fois encore, Armand Farrachi prend sa plume et défend la cause animale avec intelligence. Cette fois ,c'est la chasse à courre qu'il démonte via Libération à travers son article Chasse à courre, la loi du saigneur. Moins de mille mots - 730 environ - lui suffisent pour discréditer à jamais la chasse à courre, pourvu qu'on veuille bien faire preuve d'autant  d'intelligence et de bonne foi que lui, ce qui n'est pas le cas de bien des personnes : pour s'en persuader, il suffit de lire quelques un des 362 commentaires parus à la suite de cet article ! Certains sont tout simplement délirants, les dérives nombreuses, les "arguments"  pitoyables.
Mais je vous laisse en juger par vous-mêmes...

En image : le 3 novembre 2008, une chasse à courre se termine par la mort d'un cerf dans une maison, en présence des propriétaires et de leurs enfants... N'hésitez surtout pas à lire cet article, celui-ci aussi et encore celui-là.

18 octobre 2008

(ne mangez) même pas les zébus

zebu oeil.jpgUne des multiples formes de violences quotidiennes que je dois affronter, c'est d'entendre mes collègues de travail parler des animaux qu'ils et elles mangent. La semaine dernière, j'étais tranquillement en train de bosser, lorsque deux femmes dans la pièce ont commencé à parler de leurs dernières vacances estivales. L'une revenant de plusieurs semaines au Mali, et l'autre ayant vécu plusieurs années en Afrique Noire, les échanges furent nombreux et intéressants. Révélateurs aussi, lorsque l'une d'elle (appelons-la Nath) a demandé à l'autre (par exemple Nadia) si elle avait mangé du zébu. Du zébu ? Incrédule, et connaissant fort peu de choses à l'Afrique, j'ai été naïvement tout étonnée d'apprendre que, donc, les zébus aussi passent à la casserole. Et Nadia de répondre : "Ho oui, plein ! Surtout en brochettes, je m'en suis goinfrée !". Ambiance complice autour du sang versé. J'ai jugé préférable de quitter la pièce pour retrouver une forme d'équilibre mental.
Mais c'est quoi, ces gens qui appréhendent le monde avec leur estomac ?
Que connaissent-elles des zébus ? Des zébus en général, et de ceux en particulier qui ont été tués pour qu'elles les mangent ?
Les zébus sont, à mes yeux, parmis les plus beaux animaux qui soient. Après m'être renseignée, j'ai vu que les vaches indiennes sont en réalité des zébus (à ne pas confondre avec les magnifiques buffles). Ce sont des être fascinants et très doux. Qui finissent donc en brochettes. C'est abject... Non, je ne veux pas savoir de quels animaux ma collègue - fort sympathique par ailleurs - s'est empiffrée lors de son périple malien. Zébus, moutons, poulets... "viande de brousse" (entendez par là les animaux sauvages de la brousse : antilopes, serpents, singes divers, etc), c'est toujours du sang qui coule, de la peur qui s'affiche, une vie qui est volée.
L'an dernier, juste après Pâques, j'avais pareillement eu à subir les vantardises meurtrières de Nath, lorsqu'elle avait expliqué, encore toute excitée, à une autre collègue avoir inauguré un nouveau plat à l'occasion de la fête : du chevreau. Manger du bébé pour Pâques, voilà une super idée ! Toutes mes félicitations. Après le coup du chevreau, je n'avais pas pu m'empêcher de lui tirer froidement la gueule quelque temps, parce que la mort du petit ne passait pas. Je sais que ce n'est pas une bonne attitude, mais que voulez-vous...
Mon problème, ce qui me pèse à moi sur l'estomac et le coeur, c'est pas la viande de zébu ou de chevreau, c'est que toutes ces collègues, charmantes et bien éduquées, savent que je suis végane pour les animaux. Nath a même rarement manqué une occasion de dire qu'elle trouvait intéressant, voire "bien" de ne pas manger de viande. D'ailleurs, elle-même "en mange peu" (c'est cela). Comme au début je voulais croire sincère son hypocrisie, je lui avais même prêté un livre tout simple et positif sur le végétarisme, 101 questions-réponses sur le végétarisme, eds La Plage. Elle me l'a rendu en m'assurant l'avoir trouvé vraiment intéressant. D'où le coup du chevreau et de la viande de zébu, j'imagine. J'ai souvent parlé du végétarisme avec Nath, mais je sais que je ne peux pas dépasser certaines limites sous peine d'embrouilles grave. Les limites, ce serait par exemple lui faire remarquer qu'elle a été non seulement complice du meurtre d'un bébé chèvre, mais qu'en plus elle en est contente.
Ha, Nath, Nadia et toutes celles et ceux qui mangent du cadavre, quand donc connaîtrez-vous les animaux autrement qu'avec votre gourmandise ?...

PS: un point positif pour moi quand même : ça me fait du bien de raconter ces bad experiences ici ! Et peut-être que ça fera réfléchir quelque personne qui mangerait encore des animaux...

image: oeil de zébu, trouvé sur ce site.