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10 avril 2008

Chasse aux sorcières

"Drame : l'enfant d'un coupe végétalien meurt de malnutrition."
C'était le 4 avril dernier en France et il a quasiment été impossible de louper cette actualité tant elle a été médiatisée (et je suis tellement en colère que c'est juste difficile d'écrire un article).

Pour celles et ceux qui auraient quand même raté l'actu, reprenons les faits - bien plus importants que le titre : l'enfant en question, une fillette, avait onze mois. Elle n'avait été nourrie que du lait de sa mère, et elle est décédée de "privation de soins ou d'aliments". Plus loin, nous lisons aussi : "Une autopsie a mis en évidence de multiples signes d'infection et un défaut de soins et d'hygiène remontant à la naissance. [...] Souffrant avant son décès d'une diarrhée et d'une bronchite non soignées, la fillette était exclusivement allaitée par sa mère, âgée de 37 ans."
Question : si les parents n'avaient pas été végétaliens mais avaient agit de même, les journaux auraient-ils titré : "Drame : l'enfant d'un couple viandiste(1) meurt de malnutrition" ? Bien sûr que non !
Des histoires d'enfants maltraités et mal nourris, il y en a malheureusement plein. Des drames d'enfants qui succombent de "privation de soins" et/ou d'inanition, il y en a aussi hélas beaucoup, j'en ai lu plusieurs dans les journaux ces dernières années. Vers Noël 2007, une femme succombant à une crise de folie a laissé sa fille mourrir de faim sous ses yeux, près de Perpignan. Ce drame-là n'a pas été titré : "Une femme viandiste laisse sa fille mourrir de faim sous ses yeux". Avec perspicacité, l'auteur de l'article a compris que le décès de la fillette n'était pas lié à l'alimentation de sa mère mais à un déséquilibre psychologique.
Par contre, c'est non seulement dommage, mais surtout très révélateur, que le décès de la petite fille de 11 mois n'ait pas été entièrement attribué au déséquilibre psychologique de ses parents mais injustement lié à leur alimentation. C'est (encore une fois) stigmatiser le végétalisme. C'est associer de façon injuste et arbitraire végétalisme et troubles de comportements. C'est aussi faire croire qu'il existe une seule forme de végétalisme, qui mènerait forcément au drame, alors que, comme pour toute alimentation, il existe des multitudes de possibilités. De la même façon que ce n'est pas parce qu'un couple mange des animaux qu'il succombe forcément à des carences graves ou à des accès de démence, ce n'est pas parce qu'il serait végétalien qu'il aurait forcément des carences graves ou des crises de folies. L'immense majorité des parents végétaliens, des parents végétariens et des parents viandistes s'occupent bien de leurs enfants - et de ceux-là, on ne parle évidemment pas.
Mais le pire c'est encore l'interview du Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste attaché à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et honteusement publiée par le site du journal 20minutes. Pour lui, les végétaliens sont grosso-modo tous des déséquilibrés. Il ne mâche pas ses mots : "Pour moi, le végétalisme est un trouble du comportement alimentaire, au même titre que l’anorexie. Pour moi, c’est une dérive sectaire." Je plains beaucoup ce brave docteur qui est si mal informé. Peut-être vit-il dans une grotte pour ne pas savoir ce que même moi, pauvre profane de la nutrition, je sais ? C'est-à-dire qu'il est aujourd'hui médicalement, scientifiquement prouvé qu'une alimentation végétalienne bien menée est bénéfique à la santé - il suffit de lire (entre autres) le rapport officiel de l'Association Américaine de diététique, Diététiciens du Canada sur l'alimentation végétarienne et végétalienne pour en être convaincu. Ce document est consultable et téléchargeable gratuitement sur Internet (format A4, brochure, version originale en anglais). Le Dr Cocaul ajoute "N’oublions pas que l’homme est un omnivore. Ce n’est pas par goût, c’est une nécessité humaine". Oui, mais un omnivore est un animal qui peut se nourrir indifférement de végétaux ou de produits animaux. C'est-à-dire qu'il a le choix, que son organisme est remarquablement adapté et adaptable à de multiples nourritures. Les humain-e-s ont la chance d'être omnivores (et non pas carnivores) : ils peuvent choisir leur alimentation. Un minimum de connaissance leur permet par la suite d'éviter de graves carences, et toute alimentation, végétalienne ou non, doit être équilibrée. C'est une évidence qui n'a étrangement pas l'air de l'air pour le Dr Cocaul. Donc, avec un minimum de connaissances facilement accessibles grâce à un livre ou une recherche sur Internet, ou l'avis de mon médecin (et mon médecin traitant approuve mon alimentation végétalienne) je peux choisir une alimentation végétalienne sans être ni carencée, ni avoir de grave trouble du comportement alimentaire, ni être en dérive sectaire.
La mort de l'enfant est absolument dramatique, mais j'offre une fin de non recevoir à la chasse aux sorcières - pardon, aux végétaliens - qui l'accompagne.
J'ai été un peu rassurée de voir que l'Association Végétarienne de France a répondu à cette actualité déplorable d'une part par un communiqué de presse, d'autre part par une lettre à 20 minutes. Sans doute, cela servira à informer quelque peu mes obtus contemporains sur la légitimité du végétalisme. Mais y'a encore beaucoup de boulot avant de faire accepter cette simple vérité... J'écris par ailleurs à 20minutes et au fameux Dr Cocaul - et n'hésitez pas à écrire, l'union fait la force, n'est-ce pas.

(1) Je ne sais toujours pas comment appeler les gens qui mangent les animaux, "viandiste" est le seul mot qui me va à peu près mais je ne le trouve pas très adéquat non plus.

02 avril 2008

N'en tirons pas les conclusions qui s'imposent

1360205.jpgLibération vient de publier un article fort intéressant sur la souffrance ressentie par les poissons. Dans cet article douteusement appelé "Poissons peinés", Édouard Launet fait rapidement le point sur les dernières recherches qui établissent de façon formelle que les poissons ressentent la souffrance : " Il existe désormais un consensus scientifique autour du fait que les poissons, comme les mammifères et les oiseaux, peuvent ressentir la douleur. A leur manière : muette. Conséquence, les attitudes changent progressivement, irréversiblement. "
De là, des "recommandations" auraient été adoptées par le Conseil de l'Europe en 2005 par rapport à la pisciculture et la vivisection (désormais, il est recommandé d'anesthésier les poissons lors des manipulations).
Quant à la pêche, ce "sport paisible", la question se pose désormais : " Faudra-t-il un jour euthanasier les poissons dès la sortie du chalut, au lieu de les laisser suffoquer sur le pont ? Faudra-t-il arrêter la pêche aux espèces des grands fonds (empereur, sabre, grenadier, siki) parce que la remontée brutale provoque une décompression qui leur fait éclater la vessie et surgir les yeux des orbites ?"
Un peu plus loin, l'article précise : "En Suisse, depuis septembre 2006, le distributeur Migros commercialise des poissons labellisés «Fair Fish» (respectant les directives édictées par l’association du même nom), ce qui signifie que chaque animal a été étourdi et tué immédiatement après sa sortie de l’eau." Un des fournisseurs sénégalais de Migros a désormais accepté de pêcher selon cette méthode dite "fair".
Je ne me permettrais pas de douter des dires de la société Migros, mais je me demande comment chaque poisson peut être étourdi et tué immédiatement à sa sortie de l'eau, étant donné que ce sont des milliers de poissons qui sont remontés d'un coup à chaque coup de filet. Et aussi, comme ces "fair-pêcheurs" gèrent-ils la souffrance des "déchets", c'est-à-dire des milliers de poissons et autres animaux non-consommables ramenés en même temps dans les filets ?
Car si es poissons sont tout simplement laissés s'asphyxier sur le pont du navire, c'est aussi parce qu'ils sont des milliers, d'ailleurs ont les compte par tonnes. Ou bien Migros a mis au point un système de les tuer en masse - Édouard Launet ne nous donne pas d'indication à ce sujet - par exemple, les poissons sont peut-être précipités dans des bacs les électrocutant ?
L'article nous dit avec justesse : "«Il est difficile de déterminer le niveau de douleur chez un animal qui ne communique pas, il faut donc trouver des indicateurs physiologiques et comportementaux de son stress.» C’est moins simple que chez la poule ou le cochon."
Mais quand je vois à quel point les animaux terrestres d'élevage, poules et cochons pour ne citer qu'eux, sont extrêmement maltraités lors de leur élevage, transport et abattage, alors que leur douleur est reconnue et qu'en plus ils nous envoient des signaux clairs de leurs souffrances, je reste plus que très sceptique quant à la prise en compte de la douleur muette des poissons.
Le plus intéressant dans cet article, c'est de voir comment il réussit à ne pas tirer les conclusions qui s'imposent de telles découvertes. D'un côté, il nous apprend que les poissons, comme tous les animaux sentients, ressentent la douleur et la souffrance. Mais nul part un mot sur le fait que les poissons veulent vivre, et non pas finir dans nos assiettes. Nous apprenons simplement qu'"actuellement dans les élevages commerciaux peuvent ne pas répondre à tous les besoins des animaux et, par conséquent, à leur bien-être». Surtout quand le premier des besoins est de vivre, mais cela n'y songeons pas. Après tout, ils n'avaient qu'à naître du bon côté de la fourchette.
Et, alors que nous découvrons que "la pression pourrait venir des consommateurs", nous sommes presque aussitôt rendormis par les bons mots de Launet qui nous rassure :
"Rien de tout cela ne doit empêcher de manger du poisson, pourvu qu’il ne soit pas cuisiné «au bleu», et donc découpé ou ébouillanté vivant."  Donc pas de remise en cause à faire. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir, mais il ne faudrait surtout pas l'utiliser, et tant pis pour les millions de poissons qui étouffent atrocement sur les ponts des bateaux, et tant pis pour les millions d'autres animaux  non commestibles qui agonisent avec eux. Alors, même si l'article nous dévoile que les pieuvres, homards et autres bestioles pourraient eux-aussi ressentir la douleur, on ne se sent pas très concernés, n'est-ce pas.
Perso, j'appelle ça de l'incohérence et de l'hypocrisie. Heureusement, on n'est pas obligé d'écouter les insanités de l'auteur, et nous avons la possibilité de faire preuve d'empathie avec les poissons et d'en tirer les conclusions qui s'imposent : arrêter de les manger, tout comme arrêter de manger les autres animaux.
Un dernier point qui m'intrigue : comment est-ce possible que ce soit seulement maintenant, en avril 2008, qu'un article paraisse sur la sentience des poissons et l'intelligence des pieuvres, alors que moi, modeste consommatrice de base, je lise des articles et des brochures à ce sujet depuis des années ? Et que, pour ne pas causer de souffrance inutiles aux poissons, j'ai arrêté de les manger depuis une bonne quinzaine d'années ? je ne me pensais pas aussi clairvoyante. À moins que ce ne soit Libération qui soient particulièrement bouché... Ceci dit, un article sur les poissons autrement que cuits dans nos assiettes c'est tellement rare, que c'est déjà pas si mal que celui-ci existe.
Illustration : brochure Poissons, le carnage, eds Tahin Party.

29 mars 2008

Arrêter Aretha Franklin

840472472.jpgLe titre de Libération Peta propose d'éponger les dettes d'Aretha Franklin ne pouvait pas ne pas retenir mon attention. Je lis donc l'article :
"L'association américaine s'engage à payer les dettes de la chanteuse si cette dernière fait preuve de R-E-S-P-E-C-T pour les animaux en arrêtant de porter de la fourrure.
Aretha Franklin risque de voir son domicile vendu aux enchères publiques si elle ne règle pas ses dettes. À la suite de négligences de son avocat, la Reine de la Soul a un arriéré d'impôts de dix-neuf mille dollars. Depuis 2005, la chanteuse, qui a vendu des millions d'album, n'aurait pas réglé les taxes locales de sa maison de Detroit dans le Michigan. La Peta a proposé un marché à Aretha Franklin : si la chanteuse arrête de porter de la fourrure, l'association pour le traitement éthique des animaux épongera ses dettes.

La Reine de la Soul a reçu des militants le titre peu envié de "Personnalité la moins bien habillée de l'année 2007" à cause de ses tenues en fourrure. Ingrid Newkirk, la présidente de la Peta a écrit une lettre ouverte à Aretha Franklin : "Notre offre est donnant donnant : vous gardez votre maison et les animaux gardent leurs vies". En 2007, la chanteuse Mariah Carey et l'actrice Kim Cattrall avaient donné tous leurs manteaux à l'association et s'étaient engagées à ne plus porter de fourrure. Aretha Franklin n'a pas répondu à l'offre de la Peta."

1765039764.jpgJ'avoue, j'en reste bouche bée, car même si Peta nous a plus ou moins habitué à des actions étonnament peu conventionnelles et qu'on sait que cette structure est attachée au monde du show bizz, là je vois pas du tout l'intéret de cette action. A mon avis, ça risque vraiment de susciter des jalousies, des rancoeurs et surtout l'incompréhension (d'ailleurs, je comprends pas), car comme l'écrit Timo, un Internaut, en commentaire : "Si j'enlève mon perfecto et mes santiags, est-ce que la Peta règle mon découvert à la banque?" Pourquoi celle-là (pas capable de gérer sa fortune en plus) et pas moi? Et puis, le fameux R-E-S-P-E-C-T qui lui est réclamé, et acheté, ça consisterait seulement à ne pas porter de fourrure (même si elle en porte tout le temps)? Et qu'en est-il de manger les animaux? Ben dis donc, si PETA veut payer chaque star pour qu'elle respecte pour de vrai les animaux, c'est-à-dire ne pas porter de fourrure bien sûr, mais aussi ne pas les manger, ne pas porter de cuir, ni de laine, bref, devenir vegan, ça va vite les ruiner cette affaire. Sans compter tous les malins qui vont dire : "Si on me file pas du fric, je vais porter de la fourrure !" (ou se mettre à remanger de la viande, ou manger plus de viande, etc). Bref, la porte ouverte à tout et n'importe quoi.
Il y a vraiment plein d'actions vraiment constructives à financer pour sauver des milliers d'animaux, je ne vois mais alors pas du tout l'intérêt de donner 19 000$ à Aretha Franklin pour quelque chose qu'elle devrait être fière de faire, et que des milliers de personnes choisissent heureusement de faire.
Quite à vouloir agir contre la fourrure, ça aurait été plus malin de financer une campagne sur la fourrure et les énormes souffrances que cela implique. Quant je vois toutes ces atrocités, j'ai vraiment envie de badigeonner à la peinture puante rouge les Aretha Franklin, plutôt que de leur filer de la thune.
A noter que le 28 mars, la tuerie annuelle des phoques pour leur fourrure a commencé sur la banquise. Via le site de Fourrure-Torture, on apprend que la chasse aux phoques au Canada est le plus grand massacre de mammifères marins dans le monde. Elle s’est clôturée en 2007 avec plus de 224000 phoques tués. Près d’un million de phoques ont été abattus sur la banquise canadienne lors de ces 3 dernières années...

15 mars 2008

Un de moins, un de plus

117115745.jpgHier, je passais un moment avec un ami. Au détour de la conversation, il m'a dit quelque chose du genre : "Je ne suis plus très sur d'être végétarien" ou bien c'était : "Mais est-ce que je peux encore me dire végétarien ?" De mon côté, je n'étais pas très sure d'avoir bien entendu - comme j'aurais préféré m'être trompée ! Comme il s'est éloigné un moment, je me suis demandée s'il vallait mieux entamer une discussion avec lui sur ce qu'il me semblait quand même avoir bien entendu, ou bien faire comme si de rien n'était. J'ai pensé que je n'avais rien à perdre, les animaux non plus et que, somme toute, ce pourrait être instructif d'en savoir plus.
Comme il revenait, je lui ai demandé ce qu'il en était vraiment. Est-ce qu'il remangeait vraiment de la viande ? Souvent, régulièrement, dans quels contextes ? Il m'a expliqué en remanger vraiment rarement, jamais chez lui, mais parfois au restaurant ou dans un contexte familial... Par facilité sociale ? Oui, mais aussi par goût.
Ça m'a fait vraiment mal à entendre, mais au moins c'était honnête. En gros, la viande il aime ça, et il n'a pas envie de se prendre la tête. Ou plutôt, plus envie, parce qu'il était végétarien depuis plusieurs années. Je ne sais pas depuis combien de temps exactement, mais je l'ai toujours connu végétarien, et ça fait quelque chose comme 8 ans que je le connais.
Ça m'a fait mal pour les animaux. Manger de la viande, c'est faire souffrir et demander la mise à mort d'animaux. Même si c'est très occasionnel, ça ne peut pas ne pas faire de mal aux animaux.
Personnellement, je trouve très intéressant de me demander si mon mode de vie peut être généralisable. Parfois j'en tire des conclusions pratiques constructives (être végane, mais aussi ne pas laisser d'appareil en veille, ne pas consommer à tout va, etc).
Pour l'impact de ma consommation d'énergie, par exemple, il a été calculé que les appareils laissés en veille par la population française demandent à eux seuls l'énergie d'une centrale nucléaire. Ainsi, même si à mes yeux une télé, une chaîne hi-fi ou un écran d'ordi en veille sont totalement insignifiants, en réalité ça contribue de façon non anodine à la production du nucléaire (donc je ne laisse jamais de veille allumée). Quant au fait de manger de la viande, et bien admettons que les 60 millions de Français-e-s se mettent à en manger occasionnellement... D'un côté, c'est sûr que ce serait d'abord extrêmement bénéfique, vue la consommation monstrueuse de viande actuelle. Des millions et des millions d'animaux seraient immédiatement sauvés. Mais des millions d'autres périraient quand même. Si 60 millions de personnes mangeaient un quart de poulet par mois, ça ferait quand même 15 millions de poulets tués par mois. Ce n'est pas rien me semble-t-il ; pour les animaux, c'est encore la terreur qui continue.
Alors quand un ami végétarien m'annonce qu'il remange de la viande, même si c'est pas beaucoup, même si c'est pas souvent, ça me rend terriblement triste. J'avoue que j'ai du mal à ne pas juger. Car si on met les pincettes psychologiques de côté, il faut reconnaître qu'accepter, en connaissance de cause, de manger de la viande pour son plaisir gustatif, relève malheureusement d'une forme d'égoïsme primaire. La vie des uns contre le bon petit repas des autres. Cher payé pour ceux qui naissent du mauvais côté de l'assiette...
Ce qui me fait mal aussi, c'est de ne pas me sentir à la hauteur. Sans doute n'ai-je pas su donner suffisamment de forces à cet ami pour l'encourager dans son végétarisme. Je me sens comme trahie, abandonnée, loin de lui. Remanger de la viande n'est pas un geste neutre. Ce n'est pas simplement mettre quelque chose dans sa bouche. C'est accepter qu'une certaine forme de torture et de mise à mort existent pour son plaisir à soi. C'est une autre vision du monde, une autre sensibilité. C'est une forme d'indifférence lourde de conséquences, et à mes yeux d'autant plus triste qu'il avait réussi à faire un autre choix - celui de refuser de manger de la chair.
Peut-être a-t-il l'impression que ce qu'il mange a un impact insignifiant, surtout si ce n'est pas quotidien. J'ai souvent entendu des gens continuer à manger de la viande en argumentant des choses du genre : de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. Cette croyance en notre impuissance personnelle est terrible, elle nous déculpabilise et plus personne n'est responsable de rien. Mais pour qui alors les millions d'animaux abattus chaque jour en France, sinon pour notre déjeuner ? Et si nous ne changeons pas, qui le fera ?
Pour essayer quelque chose, j'ai proposé à mon ami de lui prêter des films sur les animaux (je pensais notamment à cet excellent et terrible film, Earthlings). Mais bien sûr, il n'a pas voulu. De toutes façons, il sait. Même si sans doute il a un peu oublié, et comme ça il mange plus tranquillement des bouts de cadavres.
 
Mais hier également, un autre ami, vegan, m'a annoncé qu'un de ses neveux refusait de manger toute viande pour ne pas exploiter des animaux. Il refuse même de manger des oeufs et des produits laitiers. Il a neuf ans et il vit dans une famille omnivore. Hé bien moi, je lui tire mon chapeau à ce gosse-là. Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve.
 
(L'illustration est issue d'un concours lancé par PETA.) 

06 février 2008

CA n°29 : abolition de la viande

106a11fa36507850feef48e7ac6d2791.jpgUn superbe numéro, ce n°29 des Cahiers antispécistes ! A peine reçu, déjà lu et blogué, notamment l'article principal sur l'abolition de la viande, d'Estiva Reus et Antoine Comiti. Clair, direct, bien argumenté, c'est vraiment un bon texte qui explique en toute logique en quoi l'abolition de la viande est la réponse la plus directe et la plus efficace pour en finir avec les souffrances énormes que subissent des millions (milliards...) d'animaux dévorés par les humain-e-s - et de façon absolument inutile, puisqu'on peut très bien vivre sans viande.
Bref, j'attends avec impatience le jour où la viande sera abolie. Mais c'est vrai que ça risque quand même d'être long... alors je me dis que je suis déjà très heureuse d'avoir, de mon vivant, connu ce mouvement (ceci dit, j'aurais été incomparablement plus heureuse de vivre dans un monde où l'abolition de la viande serait effective).
Jusqu'où l'horreur ira-t-elle avant que les consciences collectives se prononcent en faveur de l'abolition de la viande? Il y a longtemps que toutes les bornes ont été dépassées...
Les autres articles sont très bons aussi, et celui sur Albert Schweitzer donne bien envie de découvrir plus avant cet auteur. C'est clair qu'en France ses pensées envers les animaux n'ont pas forcément été les plus relayées, mais ce n'est pas très étonnant : j'ai déjà lu des articles entiers, des dossiers même, consacrés par exemple à Gandhi, sans la moindre référence à son végétarisme ou à son engagement pour les animaux. Et ces "oublis" (incroyables quand on connaît à quel point Gandhi s'est préocuppé du sort réservé aux animaux) contribue à maintenir la toute puissante exploitation des animaux...
Bref, le CA n°29 est très bien, félicitation, et à vos commandes !
Ci-dessous, le sommaire et la présentation (merci L214).

Sommaire

p. 2 Présentation du numéro 29
La Rédaction

Dossier « abolition de la viande »

p. 3 Abolir la viande
Estiva Reus et Antoine Comiti

p. 33 La réglementation protégeant les animaux dans les élevages
Sebastien Arsac

p. 37 Ma journée
Ingrid Newkirk

Hors dossier

p. 39 Le principe d'égale considération et l'intérêt des animaux nonhumains à rester en vie : réponse au professeur Sunstein
Gary Francione

p. 63 Albert Schweitzer et l'éthique envers les animaux
Jean Nakos

p. 71 Trois livres et un colloque
La Rédaction

Présentation du numéro 29

Et si l'abolition de la viande devenait un objectif fédérateur du mouvement animaliste mondial ? Certes, il faut continuer de décrire, de faire sentir et de dénoncer les souffrances et les privations endurées par les animaux. Il faut continuer de demander l'interdiction des pratiques jugées les plus atroces. Continuer de faire valoir la réalité et l'importance de la sentience. De remettre en cause le spécisme. De promouvoir le végétalisme. Mais cela ne suffit pas. Il est devenu maintenant incohérent de ne pas exprimer clairement la revendication politique d'interdiction de la viande. On a eu tort de supposer – sans savoir – que la société ne serait pas encore prête à l'entendre.

C'est à cette revendication qu'est consacré le dossier du numéro 29 des Cahiers. Tout d'abord à travers un article d'Antoine Comiti et Estiva Reus. Les auteurs y exposent en quoi, selon eux, la demande d'abolition de la viande est à la fois nécessaire et recevable dans le monde tel qu'il est aujourd'hui. Deux textes plus courts complètent ce dossier. Dans le premier, Sébastien Arsac fait le point sur la réglementation concernant les animaux d'élevage en Europe. Dans le second, Ingrid Newkirk nous transporte dans le monde futur d'où les abattoirs auront disparu.

Hors-dossier, Jean Nakos nous initie à la vie et à l'œuvre d'Albert Schweitzer.

Nous publions également, de Gary Francione, « Le principe d'égale considération et l'intérêt des animaux nonhumains à rester en vie » : un texte qui offre une bonne vision d'ensemble de la pensée de cet auteur.

Enfin, un court article fait état de publications récentes et d'un colloque parisien qui tout quatre témoignent de l'attention croissante portée à la question animale.

04 février 2008

Toujours pour les animaux

645f63a31ed7bb862129cef14e6f34e2.jpgJ'ai croisé une copine près d'un pont, dans un quartier populaire de ma ville. Elle faisait partie d'un petit attroupement, une quinzaine de personnes autour de quelques tables de camping, sous des platanes, en train de signer une pétition. Je me renseigne, pourquoi signe-t-on? C'est pour soutenir la création d'une nouvelle boutique, une petite épicerie de quartier. La future gérante me presse de signer. Pourquoi pas, je tiens déjà le stylo dans la main, quand une question me traverse soudain l'esprit, et je demande :
- "Est-ce que vous allez vendre de la viande, dans votre épicerie ?
- Bien sûr! et plein d'autres choses aussi!
- Oui, mais si vous vendez de la viande, je ne signe pas."
Je repose le stylo et je m'éloigne, la femme me court après : "Mais tout le monde en vend, de la viande!" Je dis que ce n'est pas une raison pour le faire aussi. Elle continue : "Mais il faut en manger, de toutes façons !" Hé non, pas du tout : je n'en mange pas depuis à peu près 15 ans, je vais très bien merci. Mais déjà elle ne m'écoute plus et s'en va récolter d'autres signatures.

Ce n'était qu'un rêve, mais tellement vrai, n'est-ce pas...

23 janvier 2008

Zoos l'enfer du décor

4c09a002df38fdecad576201819923e8.jpgZoos l'enfer du décor est un documentaire, qui questionne l'enfermement des animaux dans les zoos français. En parallèle des images d'animaux emprisonnés, de nombreux/ses intervenant-e-s s'expriment sur le sujet : historiens, philosophe, éthologue, assistante zoologique, militants, étudiant vétérinaire... le film fait naître une réflexion pertinente, et développe ainsi plusieurs problématiques directement liées à la question de l'enfermement animal.

96de0940ccfafa6f1e48936ee4a50cce.jpgCe film début par un retour historique, lorsque, à l'époque coloniale, des humain-e-s étaient exposés dans des expositions et des zoos. L'argumentaire est clair et précis, sans entrer dans les détails cependant. Pour ma part, j'aurais trouvé intéressant de citer le cas connu de cette femme africaine qui a été honteusement déportée, puis exhibée à cause de sa morphologie différente de celle des Occidentaux. Cette femme qui s'appelait Sawtche avant d'être baptisée (de force ou par la terreur) Saartjie Baartman, puis surnommée la Vénus Hottentote pour les spectacles, est morte en exil, à 26 ans, en 1815 à Paris. Elle a été exhibée à travers l'Europe à cause de son hypertrophie des hanches et des fesses, et de ses organes génitaux protubérants ; elle a également servi d'objet sexuel (prostitution, soirées privées). Les traitements honteux qu'elle a subit sont révélateurs de la façon dont les humain-e-s peuvent traiter celles et ceux qui semblent "inférieur-e-s". Peu importaient les sentiments de cette pauvre femme, seul le contentement des spectateurs importait.
Si aujourd'hui les humain-e-s ne sont heureusement plus exhibé-e-s,  cette vie de misère reste hélas d'actualité pour les animaux non-humains. Et de la même façon, peu importent leurs souffrances, frustrations, désirs ou ennui : c'est le plaisir du visiteur/euse qui compte.
Tout comme Sawtche, l'exhibition des animaux relève du voyeurisme et du fantasme ; aucun argument ne peut justifier l'enfermement à vie, la déportation, le stress ni l'ennui - et tous les faux prétextes pseudo-scientifiques - informer, éduquer, distraire - s'effondrent et sont pertinement démontés dans Zoos, l'enfer du décor.
De nouvelles informations sont apportées tandis que des mythes s'écroulent : non les animaux ne vivent pas plus vieux dans les zoos (mais ce qui est certain, c'est qu'ils y vivent plus mal que dans leur environnement) ; non les zoos ne permettent pas de sauver des espèces - c'est du marketing - mais quand bien même ce serait vrai, bien sûr cela ne justifierait pas la souffrances des animaux enfermés.
Une jeune femme, employée dans un zoo, essaie de nous persuader du bien-fondé de l'existence de son établissement, en expliquant que dans la savane les très vieux éléphants ont les dents tellement usées qu'ils n'arrivent plus à manger, et qu'ils meurent de faim. Dans son zoo, les édentés sont nourris de bouillies et d'herbes tendres faciles à mastiquer. Mais au-delà de cet enthousiasme naïf, on pourrait prendre d'autres dispositions, comme (première remarque) nourrir aussi les vieux éléphants sauvages, puisque (seconde remarque), visiblement, la nature fait mal les choses.
Le film s'achève par une dimension éthique, via le sentiment de soi de l'animal, ce qui est judicieusement abordé, notamment par la philosophe Florence Burgat.

Je n'avais jamais remarqué que dans enfermement il y a le mot... enfer.

Durée : 94 minutes
Autoproduction (commande en ligne)
Réalisateur : Pablo Knudsen
Pablo Knudsen a suivi un parcours universitaire d'Études Cinématographiques et Audiovisuelles à Lyon. Il travaille actuellement sur la façon dont le documentariste représente l'animal, son exploitation, son corps et sa souffrance. Son dernier film, Apprendre à tuer, a été tourné durant les étés 2006 et 2007 dans le sud de la France. Ce court-métrage témoigne comment de jeunes adolescents sont initiés à la pratique tauromachique dans les écoles taurines, pour la plupart subventionnées par des fonds publics. Ils se font la main en massacrant des veaux, de jeunes taureaux et de génisses.