Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 avril 2010

Apocalypse pétrolifère

Onze morts humains et des millions d'animaux bientôt victimes de l'inacceptable, encore une marée noire.
Puisqu'il s'agit d'animaux sauvages, et non pas des millions d'animaux élevés quotidiennement de par le monde pour être abattus et mangés, la presse ne peut ignorer ce gigantesque massacre à venir :
" Au total, c’est quelque 400 espèces [dont le pélican, le canard brun ou la spatule rosée] dont des millions d’individus vivent ou passent par le bord de la mer en Louisiane, qui pourraient souffrir de ce désastre écologique, selon sa liste publiée sur le site du quotidien de La Nouvelle-Orléans, The Times-Picayune. Les poissons, les dauphins, les baleines et les tortues du golfe du Mexique, ne seront pas non plus épargnés puisqu’ils trouvent leur nourriture également dans la mer et leur chaîne alimentaire va être polluée du début à la fin. En ce qui concerne la terre ferme, c’est naturellement les animaux vivant sur les côtes qui vont souffrir. Les zones où vivent les colonies de crevettes sauvages, de crabes et d’huîtres sont particulièrement vulnérables." cdurable
amoco-cadiz-2.jpgDramatique actualité, dont je ne suis pas pressée de voir les images d'horreur - je suis encore traumatisée par les premières du genre: le naufrage du pétrolier l'Amoco Cadiz, au large des côtes bretonnes, en mars 1978. La marée noire qui s'en suivit est Amoco_Cadiz_2.jpgconsidérée, aujourd'hui encore, comme l'une des pires catastrophes écologiques de l'Histoire. J'étais pourtant enfant, mais c'était si affreux que je me souviens encore avec émotion des oiseaux marins englués et affolés, fuyant les quelques humains tentant de les secourir, se débattrant lamentablement pour finalement couler à pic dans des vagues lourdes et grasses de pétrole. C'était la quatrième marée noire en Bretagne en 10 ans, mais la plus grave, et la première dont je me souvienne. Une des premières d'une bien trop longue série, dont la plupart nous échappent d'ailleurs.
Cette photo, prise le 18 mars 78 entre à 10 h 35 et 12 h, à 600 m et 1 800 m d’altitude, montre le bâtiment brisé en deux vomissant son pétrole sans discontinuer. Et ce qu’on peine à imaginer, apparaît à l’évidence : sous l’immense couche d’huile, c’est la mer. La mer et toute la vie qu’elle contient. Un massacre. Amoco Cadiz n'oubliez pas

oiseau mazouté.jpg

L'image de l'oiseau mazouté est désormais tellement clichée, c'est cela aussi qui est triste à pleurer : que les oiseaux mazoutés se comptent désormais par millions. Que les marées noires fassent presque partie du décor.

Bien sûr, il n'y a pas que les oiseaux qui périssent, et des millions d'autres animaux meurent empoisonnés, étouffés de pétrole, silencieusement, loin des regards et des pensées. Baleines, poissons, crustacés, 400 espèces animales au moins vont être décimées par la marée noire en cours. J'écris "des millions" d'animaux", mais ce sont sans doutes des centaines de millions, voire des milliards - pour s'en convaincre, nous puvons jeter un coup d'oeil sur les dates des marées noires les plus importantes de l'Histoire, mais gardons bien à l'esprit (et c'est cela le plus affolant), que les marées noires ne représentent que 6% des déversements d'hydrocarbures dans l'océan, contre 53% par les industries fixées à terre et 20% par les rejets opérationnels et accidentels de navires non pétroliers. Voici une toute petite partie (6%) de la masse colossale de pétrole dégueulasse qui pollue en permanence les océans du monde entier.

amoco-cadiz-9.jpgamoco oiseau.jpg* 1967 Naufrage du Torrey Canyon, entre la Grande-Bretagne et la France, capacité de 117 000 tonnes dont 77 000 tonnes déversées dans la Manche.
*
1968 World Glory, au large de Durban (Afrique du Sud), capacité de 45 000 tonnes dont la totalité, 45 000 tonnes déversées dans l'océan Indien.
*
1969 Gironde, au large de l'île de Bréhat (Bretagne), 1 500 tonnes déversées dans la Manche.
*
1970 Polycommander, dans la baie de Vigo (côtes ouest de l'Espagne), capacité de 50 380 tonnes dont 13 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.
*
1971 Texaco Oklahoma, Norfolk (côtes est des États-Unis), capacité de 32 900 tonnes dont 31 500 tonnes déversées dans l'Atlantique.
*
1972 Collision entre deux pétroliers, le Texanita et le Oswego-Guardian, au large de l'Afrique du Sud, au cours de laquelle 100 000 tonnes répandues en mer.
*
1974 Metula, détroit de Magellan, capacité de 206 700 tonnes dont 50 000 tonnes déversées en mer.
*
1976 Urquiola, au large de La Corogne (côtes nord-ouest de l'Espagne), capacité de 118 000 tonnes dont 100 000 tonnes répandues en mer.
*
1976 Olympic Bravery, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne) avec un déversement de 1 250 tonnes.
*
1976 Böhlen, entre les îles de Sein et d'Ouessant (Bretagne), capacité de 11 000 tonnes dont 2 000 tonnes déversées en mer.
*
1977 Accident de la plate-forme offshore Bravo en mer de Norvège (complexe d'Ekofisk) au cours duquel 12 000 tonnes de pétrole échappées.
mareenoire-2c2ee.jpgphoto_1261755087638-1-0.jpgLe-Pouliguen-Rochers-souilles-Janvier-2000-3-zm.jpg

plongee-amoco.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* 1978 Amoco-Cadiz, au large de Portsall (Finistère Nord, France), la totalité, 228 000 tonnes répandues dans la Manche.
* 1979 Collision entre deux pétroliers, le Gino et le Team Castor, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne), au cours de laquelle 49 000 tonnes déversées (41 000 tonnes sont restées dans l'épave).
* 1979 Andros-Patria, Portugal, capacité de 200 000 tonnes dont 50 000 tonnes déversées.
* 1979 Bételgeuse, baie de Bantry (Irlande), 28 000 tonnes répandues en mer.
* 1979 Accident sur l'Ixtoc One, un puits de pétrole offshore dans le golfe du Mexique, près d'un million de tonnes déversées en mer.                                                                        
* 1980 Tanio, au large de l'île de Batz (Bretagne), capacité de 27 000 tonnes dont 5 000 à 10 000 tonnes déversées.
* 1983 Castillo-de-Bellver, au large des côtes d'Afrique du Sud, déversement de 100 000 tonnes.
* 1988 Amazzone, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne), capacité de 32 000 tonnes dont 3 200 tonnes rejoignent la mer.
* 1989 Kharg-5, entre les îles Canaries et le Maroc, capacité de 284 000 tonnes dont 70 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.
1006248.jpg* 1989 Exxon Valdez, baie du Prince-Guillaume (Alaska), capacité de 211 000 tonnes dont près de 40 000 tonnes déversées.
* 1991 Haven, au large de Gênes (Italie), capacité de 230 000 tonnes dont 60 000 tonnes déversées en mer et 20 000 tonnes restées coincées dans l'épave gisant au fond.
* 1991 guerre du Golfe, entre 500 000 et un million de tonnes de pétrole déversées en mer.
* 1992 Aegean Sea, au large de La Corogne (Espagne), capacité de 114 000 tonnes dont 60 000 tonnes déversées en mer.
erika-total-doit-reconnaitre-torts-L-1.jpeg* 1993 Braer, à Sumburgh head (îles Shetland), capacité de 85 000 tonnes dont la totalité déversée en mer. Collision entre deux pétroliers, le Maersk navigator et le Sanko Honour, au nord de Sumatra (Indonésie), capacité de 254 000 tonnes dont 200 000 tonnes  répandues en mer.
* 1996 Sea-Empress, au large de Milford Haven (Pays de Galles), capacité de 147 000 tonnes dont 65 000 tonnes déversées en mer.
* 1997 Katja, lors de l'accostage dans le port du Havre (Normandie), 2 tonnes déversées en mer.
* 1997 Nakhodka, au large de Mikuni (Japon), capacité de 19 000 tonnes dont 8 000 tonnes déversées en mer du Japon.
* 1999 Volgoneff-248, Bosphore, capacité de 4 400 tonnes dont 1 000 tonnes déversées en mer de Marmara.
* 1999 Erika, à une cinquantaine de milles de la pointe de Penmarc'h (Finistère), capacité de 31 500 tonnes dont 20 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.

maree-noire-coree.jpg* 2000 Fuite d'une raffinerie dans la baie de Rio de Janeiro au cours de laquelle 1 300 tonnes  déversées.
* 2001 Jessica, au large de l'île San Cristóbal (Galapagos), capacité de 900 tonnes dont 600 tonnes déversées dans l'océan Pacifique.
* 2002 Le Prestige, chargé de 77 000 tonnes de fioul lourd, en difficulté au large de la Corogne (Espagne), se brise en deux le 19 novembre.

Les deux parties du pétrolier coulent à 3 500 mètres de profondeur, emportant de 40 000 à 50 000 tonnes de fioul.

 

 

baleine exxon.jpgDeux millions huit cent vingt six mille quatre cent cinquante tonnes. 2 826 450 tonnes de pétrole dégueulasse et mortellement toxique répandu sur et dans tous les océans et les mers du globe en 43 ans.
Mais les marées noires ne représentent que 6% des déversements d'hydrocarbures dans l'océan. Il y a aussi tous les rejets d'hydrocarbures d'industries, et les dégazages illégaux: beaucoup de navires marchands nettoient leurs soutes en haute mer, laissant paraître derrière eux un sillon dégueulasse. degazage.jpgRares sont ceux qui se font choper, et certains nient alors d'une façon éhontée - un capitaine n'a-t-il pas expliqué que c'était le cuisinier, qui avait déversé de l'huile de friture par dessus bord, qui était seul responsable de la traînée de 19km qu'avait laissée son bateau?
Donc, si aux 6% on ajoute 94%, ça fait quelque chose comme quarante sept millions mille cent sept et cinq cent tonnes d'hydrocarbures à la flotte. 47 107 500 tonnes - toujours en 43 ans.

A cela, s'ajoutent bien sûr les 800 000 tonnes qui s'échappent actuellement chaque jour de la plateforme qui a coulée à une trentaine de km de la Floride.
Mais pour l'instant, la palme de pollution revient encore à la marée noire qui s'est produite pendant la guerre du golfe, lors du sabotage du terminal pétrolier de Mina al Ahmadi, au Koweit, par l'armée iranienne.
Joli record de pollusion massive!
Les animaux marins, les populations et les côtiers apprécient, on n'en doute pas.
frog floride 3.JPGfrog floride.jpgEn Floride, "
c'est une catastrophe qui s'annonce pour les 12 millions de km2 de zones humides du littoral de Louisiane, où des centaines d'espèces animales sont menacées." Aujourd'hui, le 30 avril, alors que le pétrole coule à flot sur les marais humides de Floride, c'est aussi la journée-mondiale-pour-sauver-les-grenouilles, ces remarquables et pacifiques batraciens étant dramatique décimés par la pollution, la destruction de leur habitat et la connerie sottise humaine. Mais les millions de grenouilles évoluant dans les marais de Floride sont déjà condamnés. Elles sont hélas loin d'être les seules.

En se déposant sur les fonds marins  ou en se répandant en nappes dans la mer, le fuel détruit la faune et la flore marine (dont les crustacés, les coraux, les poissons) et supprime la nourriture de nombreuses espèces. Les oiseaux, dont les plumes engluées perdent leur étanchéité et ne parviennent plus à réguler leur température, succombent à l'hypothermie et à l'empoisonnement. La zone littorale est la plus vulnérable. L'arrivée des nappes de pétrole sur les marais côtiers, les mangroves, les plages de sables ou de galets et sur les récifs coraliens peut avoir des effets dévastateurs.

pétrole plateforme floride.jpg

Pour en revenir à l'actualité, Le Monde du jour nous apprend que :
Les bayous [écosystèmes côtiers typiques de Louisiane] seront beaucoup plus difficiles à nettoyer que si la marée noire avait touché un substrat dur, comme des rochers. En revanche, les processus de biodégradation devraient y être un peu plus rapide. C'est le seul côté positif : la grand majorité des hydrocarbures sont issus de la minéralisation et de l'enfouissement d'anciennes mangroves. Il y a donc une continuité entre la végétation de ces espaces et les hydrocarbures en terme de structure chimique. La biodégradation sera donc plus rapide que sur un rocher car ce sont des molécules qui sont plus ou moins connues des communautés microbiennes qui vivent dans les mangroves.
Quand la crise sera passée, on peut donc imaginer qu'il y aura une exacerbation de la vie, ces hydrocarbures seront utilisés comme source de carbone. Les hydrocarbures restent un composé naturel : le problème est très différent que lors d'une pollution par pesticides, pour lesquels aucun organisme vivant ne peut dégrader la molécule. Mais il y aura des impacts écologiques majeurs, c'est certain. Pour que l'écosystème retrouve son intégrité, qu'une forêt se reconstitue et joue son rôle par rapport à la faune, il y en a peut-être pour 20 ou 30 ans.
Vingt ou trente ans, et combien de dizaines de millions d'animaux morts?
BP, la compagnie responsable (par négligence, puisque c'est une défaillance technique qui est à la cause de la fuite), déclare qu'elle "assume" et "nettoiera". Alors qu'on sait que les Bayous sont impossibles à nettoyer. Une personne a laissé un commentaire sur Libération:
"Le mec il vient d'assassiner la mémé à coup de gourdin en pleine rue et le sang et la cervelle ont giclé partout sur la chaussée
- Mais m'sieur l'agent, je vous jure que je vais assumer et nettoyer !"
C'est en effet à peu près du même niveau.

mazout-oiseau.JPG

Crevettes et poissons par dizaines de millions, oiseaux (plus de 5 millions vivent dans les bayous de Louisiane), renards, tortues, aligators... interminable liste, on l'a vu, de tous ceux qui vont périr. Mais le top, c'est la phrase "on peut donc imaginer qu'il y aura une exacerbation de la vie" (on peut aussi imaginer qu'on ira sur la Lune avec la Tour Eiffel.) Finalement, on a presque envie de dire que tout ça n'est pas bien grave... D'accord, les océans servent d'immenses poubelles, mais tout cela finira bien par rentrer dans l'ordre. Vous y croyez, vous, au Père Noël?
Perso, étant donné que j'ai la chance d'être végane depuis une quinzaine d'années, je ne mange aucun poisson depuis longtemps, et vu comment nous avons transformé les océans en un magma infâme, j'ai plutôt envie de souhaiter bonne chance aux humains qui en consomment. Parce qu'entre les 47 millions de tonnes d'hydrocarbures, les déchets radioactifs, les déchets de guerres, les pesticides, et toute la poubelle qu'on y balance, au point qu'ils forment un "septième continent" - terriblement toxique bien sûr -, il faut être vraiment cinglé ou totalement inconscient pour encore consommer du poisson (et sans parler des souffrances des poissons pêchés).

trajet jouets en plastiques.pngPacificGarbage2.jpgIllustration: trajet des jouets en plastique relâchés par un cargo dans la plaque de déchets. Pour en revenir au "septième continent", on en parle "curieusement" très peu, pourtant c'est une pollution autrement plus massive que les marées noires, qui finalement font peut-être figure de gentillettes pollutions.
Deux mots de cette plaque (ces plaques serait plus correcte) de résidus de plastiques, qui représente entre 700 000 km2 et 20 000 000 km2. Une bagatelle. Étant donné que la mer de déchets est translucide et se situe juste sous la surface de l’eau, elle n’est pas détectable sur les photographies prises par des satellites. Elle est seulement visible du pont des bateaux. Les plastiques ont une durée de vie moyenne qui dépasse les cinq cents ans. Au fil du temps, ils se désagrègent sans que leur structure moléculaire change d’un iota. C’est ainsi qu’apparaissent des quantités colossales d’une sorte de sable de plastique qui, pour les animaux, a toutes les apparences de la nourriture.

tortue plastique.jpg

Ces plastiques, impossibles à digérer et difficiles à éliminer, s’accumulent ainsi dans les estomacs des poissons, méduses et des oiseaux marins. Par ailleurs, ces grains de plastique agissent comme des éponges, fixant de nombreuses toxines dans des proportions plusieurs millions de fois supérieures à la normale, comme le DDT (un pesticide) ou les PCB (qui ont complètement pollué le Rhône pour des décennies), des produits extrêmement toxiques. Les effets en cascade peuvent s’étendre via la chaîne alimentaire jusqu'à l'humain (qui mange des animaux marins). D'après Greenpeace, environ 1 million d'oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l'ingestion de plastiques. Au total, plus de 267 espèces marines seraient affectées par cet amas colossal de déchets. Sur des mesures effectuées en 2001 et en 2007, la masse de particules plastiques était six fois supérieure à la masse de zooplancton.

underwater.jpg

Entre deux eaux: la pollution

oiseau plastic 2.jpgoiseau plastic.jpg

oiseau plastic 1.jpg9_jakarta_river_quer_RTR1QGMP.jpg

Sans doute, les enjeux économiques  et de pouvoir sont le coeur de tous ce désastre, et j'imagine sans peine qu'ils m'échappent comme au plus commun des mortels.
Mais l'impression que, presque malgré moi, je retire de ce qui peut quand même être appelé la destruction des océans, c'est que la fin du monde ce n'est pas du tout pour 2012: c'est déjà commencé depuis longtemps. Finalement, l'apocalypse, c'est comme la révolution: ce n'est pas un baculement d'un jour, mais une continuité de changements qui les font. La fin du monde, ce ne sera même pas une météorite qui se fracasserera sur nos crânes, mais c'est simplement nous tous, ensemble, qui nous rendons un peu plus chaque jour notre planète invivable pour tous les animaux et nous-même, humains. Ca va prendre encore un petit peu de temps, mais vu l'énergie qu'on y met, ça ne devrait plus trop traîner.
Peut-être suis-je pessimiste, ou bien tout simplement réaliste? Il est nécessaire de prendre du recul pour mesure l'ampleur des dégâts. Perso, l'inexorable destruction des océans a du mal à me rendre joyeuse.
Ceci dit, l'humanité s'habitue (tant bien que mal certes mais quand même on y arrive) à son nouvel environnement au fur et à mesure de sa dévastation (le "syndrôme de la grenouille", ou un truc du genre je crois?); c'est sans doute ça aussi qui nous empêche de réagir comme il se devrait et de prendre des décisions immédiates et salutaires, comme devenir vegan et arrêter de consommer comme des dingues (pas évident quand on vit dans une société de consommation viandarde!). Devenir veg et réellement moins consommateur, tout de suite, là, maintenant. Ca ne résoudrait peut-être pas tout, mais ça épargnerait des milliards d'animaux, et en plus on s'empoisonnerait beaucoup moins. Ce serait déjà un bon début.
Des tas d'autres actions sont possibles, directement en changeant ses comportements, ses habitudes, et indirectement en finançant des structures qui luttent pour les animaux (humains et non humains) et l'environnement ici et à travers le monde. Il est urgent et nécessaire de concilier les deux. Il paraît que nous sommes une espèce particulièrement ntelligente, hé bien, il serait plus que temps de le montrer! Parce que pour l'heure, nous nous comportons vraiment comme la pire bande d'imbéciles possible.

polution_mid.JPG

Enfants jouant dans une rivière, Jakarta.

Je viens de voir que dans la pub que Hautetfort impose sur ce blog (en haut de page), aujourd'hui il y en a une pour KFC! BEURK! Je suis donc en train de chercher un nouvel hébergeur pour déménager vers un hébergeur sans pub. A suivre...

23 décembre 2009

À qui profite les bons citoyens viandards

Un petit coup d’œil sur l’actualité est souvent très instructif. Par exemple, ce matin*, le titre de l’article en ligne sur le site de Le Monde, « Bœuf durable ou bœuf émissaire ? » a forcément attiré mon attention. Et je ne regrette pas d’avoir pris le temps de lire ce passionnant texte de Denis Sibille.

Après quelques mornes lignes portant en vrac sur l’environnement, le sommet de Copenhague, l’accroissement de la démographie humaine et autres tracas, on entre enfin dans le vif du sujet : l’agriculture française, la consommation de viande, et les méchants qui s’y attaquent :

« On est loin de nos campagnes… Que pourtant certains veulent caricaturer, provoquant ainsi des campagnes médiatiques qui finissent par faire de la filière bovine un bouc émissaire, transformé pour l'occasion en "bœuf émissaire". » Ha ! Douce évocation de « nos campagnes » : vaches folâtrant paisiblement dans de verdoyantes prairies, bergers gardant tendrement leurs Pâquerettes et autres brebis... Les désormais très citadins Français sont néanmoins, on le sait, très attachés aux bucoliques images campagnardes, vestiges ancestraux, et entretenues avec soin par les industriels de la viande, des produits laitiers et des œufs. Il suffit de regarder la plupart des emballages de produits et sous-produits animaux pour s’en convaincre. Et « certains veulent caricaturer » ces chères évocations ? Caricaturer, souiller de leurs critiques acerbes « nos campagnes » si belles, si douces, si françaises ? Je dis bien industriels, puisque nos riantes campagnes sont parsemées de quelques centaines de milliers d’élevages concentrationnaires : bâtiments de béton, de fer et de barbelés, bâtis aux creux de riants vallons que les millions d’animaux vivant hors-sol jamais ne fouleront. N’imagineront même pas.
Mais revenons à nos bœufs : l’auteur nous donne ensuite gracieusement quelques chiffres sur l’impact de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre : « transport (27 %), industrie (21 %), logement (20 %), agriculture (19 %) et énergie (13 %) » et précise que « en agriculture, l'élevage des ruminants serait responsable d'environ 50 % des émissions de gaz à effet de serre ; principalement à cause du méthane, gaz qui est naturellement émis lors de la digestion des fourrages par les animaux. » Ce n’est pas dans le vent que Denis Sibille nous indique que les vaches produisent « naturellement » ces gaz malfaisants : la magie du « naturel » n’a jamais été aussi puissante que de nos jours, et savoir que les vaches produisent naturellement du méthane amoindrit notablement ce fait. Ha bon, c’est naturel ? Le gaz à effet de serre émis naturellement par une vache peut-il alors être aussi néfaste que celui, par exemple, de nos bagnoles ? Le doute s’immisce ; c’est peu crédible, une bonne vavache naturelle ne peut pas être aussi nuisible qu’une sale auto ! Ça se saurait (justement, ça commence à se savoir, mais poursuivons).

viandeFR.jpg

Tout de suite après, l’auteur enfonce le clou : « C’est ainsi depuis la nuit des temps. » Ouf, nous voici alors rassurés ! Alors d’accord, les vaches émettent force de gaz à effet de serre en rotant (et non pas en pétant, comme on le croit souvent) mais, primo, c’est naturel (donc ça ne peut pas être aussi nocif que ça, n’est-ce pas), et deuxio il en a toujours été ainsi (ce qui veut aussi dire que ce n’est pas si méchant que ça en a l’air, la preuve, d’ailleurs, on est toujours là !). En quelque sorte, bien sûr les vaches polluent, mais c’est une bonne pollution naturelle et traditionnelle : que du bon, on vous dit !
L’auteur poursuit en nous indiquant que : « Encore faut-il soustraire le stockage de CO2 dans le sol des prairies permanentes (11 millions d'hectares en France), qui réduit de 75 % les émissions de méthane attribuées aux ruminants, ce que semblent avoir oublié certains scientifiques. » Ces données me laissent perplexe, parce qu’on ignore si le taux de gaz émis par les vaches est comptabilisé avant ou après absorption par les riantes prairies. Est-ce que les scientifiques « oublient » vraiment de réduire de 75% l’émission des vaches en méthane ? Si c’est le cas, pourquoi est-ce que personne n’en a jamais parlé auparavant (à ma connaissance) ? On aimerait en savoir plus sur ces données : 11 millions d’hectares herbées en France, c’est beaucoup, ça en jette, mais combien de millions de bovins hors-sol ? Et quiz du mystérieux calcul qui nous dit que 75% du méthane est gobé par l’herbe affamée ? Si quelqu’un a des infos c’est le bienvenu (merci de citer des sources contrairement à Denis Sibille qui n’en donne aucune) !
Juste après, je lis : « il convient de ne pas tout imputer à la production de viande et de répartir le CO2 à proportion entre viande et lait, qui sont souvent issus de la même vache. » Donnée primordiale, essentielle même, bien plus importante sans doute que de savoir combien de millions de vaches vivent dans les élevages français. C’est donc bien vu, puisque même si des bovins sont élevés uniquement pour leur viande (les Charolais, par exemple), les vaches laitières finissent aussi en steak : afin de réduire efficacement l’émission de gaz à effet de serre, il convient donc logiquement de ne plus consommer ni viande ni laitages. Bien vu, Denis !
Mais oups, je n’avais pas vu la suite : « Les Français consomment en moyenne 373 g par semaine de viandes de boucherie (bœuf, veau, agneau, porc frais, viande chevaline) : inutile donc de proposer, comme certains récemment, une journée sans viande, car avec ces chiffres de consommation, on est déjà à trois journées par semaine sans viande de boucherie au menu… » Trois journées par semaine sans viande de boucherie... ça sonne presque comme « trois jours par semaine sans viande », non ? Puisque l’auteur se focalise, à coup de calculs mystérieux, sur les émissions de méthane, inutile en effet pour lui de comptabiliser la consommation de poulets, dindes, cailles, lapins, poissons, grenouilles, ni même la viande de « porc sec » (jambon, saucisson... ) n’est pas incluse dans les « viandes de boucherie ». La viande, la vraie, c’est la viande rouge, les autres ce sont presque des légumes. On sème les poulets, et les poissons poussent sur les arbres, c’est bien connu. Le gibier (une viande pourtant « rouge ») ne compte pas non plus, mais ça ne fait rien, on ne va pas chipoter. 373 grammes de viande rouge par semaine, ça en impose de précision. Ils ont dû se torturer les méninges pendant des jours pour calculer ça – ou bien mettre plein de chiffres sur des bouts de papier dans un grand chapeau... Donc puisque les Français consomment aussi ridiculement peu de viande, on ne va quand même pas leur demander de faire « un jour sans viande » ! Ce serait du plus parfait ridicule, regardez, ils en sont à presque déjà trois jours sans (sans vraie viande) !

« Les éleveurs et la filière entendent prendre la parole eux aussi pour éviter les amalgames et corriger les excès. Ils sont convaincus de l'intérêt de la production bovine, que ce soit en termes de nutrition, de santé, d'écologie, de territoire et d'économie. » On n’en doute pas une seconde, qu’ils en soient persuadés, les braves éleveurs ! Tout comme Denis Sibille, et qu’il soit lui-même éleveur, président de l'interprofession bovine, ovine, équine, ne change bien sûr rien à son impartialité qui, tout au long de son article, ne fait pas l’ombre d’un doute. Non, non, non, il n’a aucun intérêt à nous convaincre du bien-fondé de la consommation de viande rouge. Il ne pense qu’à l’environnement et à notre santé. Brave homme, si c’est pas beau, ça ! Un tel désintéressement ! Et s’il ne dit pas un mot sur le fait que les millions de bovins, ovins, caprins, et autres animaux destinés à l’abattoir sont nourris de maïs et de soja importés presque entièrement d’Amérique latine (et dont la monoculture participe directement et dramatiquement à la déforestation de la forêt amazonienne) ou de Chine, c’est sans doute parce que c’est une donnée négligeable. Au niveau environnemental, par exemple, quelle importance que la forêt amazonienne soit rasée pour faire pousser du soja, qui servira exclusivement à nourrir nos animaux d’élevage ? Il a raison d’écrire que « c'est le devoir de tous de contribuer à trouver des solutions à l'énorme défi environnemental ; elles ne sont jamais simples et sectaires, elles sont toujours complexes et donc peu médiatisables dans une société réductrice et sourde aux nuances. » Voilà, la déforestation des forêts tropicales pour nourrir nos vaches est juste trop simpliste, ne nous y attardons pas. Que ces milliards de tonnes de soja, de maïs, pourraient servir à nourrir directement environ sept fois plus d’humains que ne le peut la viande provenant des animaux ayant mangé ce soja et ce maïs est bien trop sectaire, mieux vaut ne pas en parler. Car comme il le dit, et si objectivement que c’en est touchant :

« Ce n'est pas l'affrontement des cupidités et des idéologies, des paraîtres, des clichés et de l'argent qui fera gagner l'humanité, c'est une véritable prise de conscience des enjeux et une politique du raisonnable qui le fera. Notre modèle de production de viande bovine est un excellent projet territorial et environnemental, culturel, économique et social ; c'est un projet citoyen où la filière s'engage sur la voie du bœuf durable. » Aux oubliettes le soja amazonien, la famine dans le monde, et puis tant qu’on y est, à la poubelle aussi toutes les pollutions liées à la production de produits animaux ! Suivons les conseils de Denis Sibille, soyons de bons citoyen : augmentons notre consommation de viande rouge ! Ça fera tellement de bien, il le promet, à notre santé, à la Terre et à ses forêts, aux affamés de par le monde, aux animaux aussi pendant qu’on y est (et au passage à la fiche de paie de Denis Sibille, mais il est trop humble pour en parler), qu’il serait  vraiment dommage de s’en priver ! Pourquoi ne le préconise-t-il pas ? Pourquoi se contenter de nos timides 373grs de viande rouge par semaine ?
Si c’est si bon, faisons exploser la demande ! Consommons un max de ce très très mystérieux « bœuf durable » et faisons de la terre un gigantesque abattoir, couvrons nos campagnes d’élevages hors-sol et d’algues vertes bien épaisses et gluantes les dernières plages bretonnes encore indemnes, martyrisons et égorgeons encore plus d’animaux, buvons toujours plus de viande et de sang frais (le sec, on vous le rappelle, ne compte pas), ayons tous des infarctus, des cancers ou au moins du cholestérol, finissons-en avec toutes ces forêts tropicales bien peu rentables, et remplaçons les par d’immenses monocultures de soja et de maïs qui oeuvreront à notre si remarquable « modèle de production de viande bovine est un excellent projet territorial et environnemental, culturel, économique et social ».

Et nous ne pouvons qu'admirer sa grandeur d’âme, lui qui écrit : « C'est le droit de chacun d'être végétarien, éleveur, welfariste, écologiste… » même s’il nous explique patiemment comment manger de la vraie viande (fraîche, attention) est quand même mieux, à tous points de vue. Donc, mieux vaut quand même être viandard que veg, le top du top étant éleveur, donc bienfaiteur, non ?
Merci, Denis Sibille, d’un si beau projet citoyen.

* éditions de LEMONDE.FR | 22.12.09 | 17h13

08 septembre 2009

Charal, deuxième épisode

Je copie tel que l'article de L214, qui en dit long non seulement sur les lobbies de la viande, mais aussi sur leurs peurs (donc leurs points faibles!) :

Charal veut faire disparaître le dossier

Pourquoi le dossier Charal a disparu momentanément du site L214.com

Charal a fait pression auprès notre hébergeur (Gandi) via la loi LCEN (Loi pour la confiance dans l'économie numérique).
Soit nous retirions nos informations et images dévoilant les pratiques d'abattage des bovins dans l'abattoir Charal de Metz, soit Gandi nous coupait l'intégralité du site pour se protéger lui-même de Charal.

Nous avons donc été contraints de retirer les pages et vidéos concernant notre enquête chez Charal. Bien évidemment, nous n'en sommes pas restés là. Après consultation juridique et discussion avec GANDI, nous allons remettre en ligne le dossier Charal d'ici peu.

A l'heure qu'il est, vous pouvez toujours visionner notre enquête vidéo sur Youtube, vous y verrez ce que Charal veut cacher.


Les relais de cette enquête

Le Républicain Lorrain, Charlie Hebdo, France 3 Lorraine et France 3 National, RTL, RMC, LePost, Arrêt sur Images et de nombreux autres sites ont relayé ce dossier repris dans les zappings de Canal + et de Morandini. Les vidéos ont été vues plus de 80 000 fois sur Internet en une semaine.
Plusieurs médias ont reçu de Charal une mise en demeure de retirer les vidéos de l'enquête de L214. Lire l'article sur Le Post "Charal fait enlever la vidéo choc."

Le site Internet de Charal et l'OABA

Charal a bouleversé son site Internet pour répondre à notre enquête. Jusqu'à hier, la dénonciation de l'enquête publiée par L214 figurait en page d'accueil. Charal se prévalait de la caution morale des services vétérinaires et de l'OABA. L'OABA a rapidement réagi et "mis en demeure la société Charal de retirer de son site les propos relatifs à une coopération avec l'OABA, dans la mesure où de tels propos sont mensongers." Aujourd'hui, la réaction à l'enquête de L214 a été transférée vers une page "actualité" du site de Charal, la référence à l'OABA a disparu, remplacée par la mention des efforts de protection animale internes à la société Charal.
Contrairement à ce qui est affirmé sur cette page, L214 maintient que son enquêteur a bien constaté des infractions à la réglementation dans la procédure d'abattage.

28 mai 2009

Au pays des pharaons

sardines.JPGJ'aurais aimé ne jamais écrire ces lignes, parce que j'aurais aimé que cela n'existe pas. Encore un massacre en masse de plus. Mais dans le fond, pourquoi dire "encore un", alors que chaque aurore se lève sur un nouveau bain de sang, perpétuel assassinat en masse des animaux dans les abattoirs du monde entier. S'il y a bien une chose sur laquelle les humains sont internationalement d'accord, c'est bien tuer les animaux.
Mais parfois ils en tuent encore plus. On aurait envie de dire que finalement ça ne change pas grand chose, quand on en est à des millions d'animaux abattus par jour, 10 000 de plus ou de moins, pffff... Et on ne parle même pas des poissons  tués, qu'on ne sait compter qu'en tonnes (une sardine adulte pèse environ 100grs). Et pourtant, pour chacun d'entre eux, être tué ou non, c'est toute la différence.
Alors même si on ne peut en sauver qu'un, dix ou cent, pour ce un-là, ces dix-là ou ces cent-là, c'est la chose la plus importante au monde. Pour un humain, la vie d'un animal ne vaut vraiment pas grand chose, quelques euros ou rien du tout - sauf s'il s'agit, parfois, d'un animal domestique auquel il s'est sentimentalement attaché. La vie d'un poulet vaut le prix du kg de poulet. La vie d'une dizaine de sardines le prix d'une boîte de sardines. La vie d'un chevreau vaut deux fois le prix d'un demi-chevreau. La vie d'un taureau vaut le prix des billets de corrida. Finalement, c'est aussi simple que cela.

Et puis il y a tous ces animaux dont la vie ne vaut même pas ça. Ceux dont le coût (de la vie ou de la mort ?) est prise en charge par les assurances, ou par rien du tout. Tous ceux morts de faim, d'épuisement, persécuté, gratuitement, comme ça. Il y a les déclarés nuisibles  ou  encombrants (chatons, souris, chats errants... ) dont on se débarrasse par noyade, poison, abondon.
Et tous ceux qui feraient perdre trop d'argent à la société si on les soignait, qui prendraient trop de temps à trop d'honnêtes gens pour qu'on s'en occupe, les mettre en quarantaine, les observer, les guérir, les sauver. Les sauver, alors que de toutes façons ils sont condamnés ? Plutôt, sauver le temps et le fric qu'on a investit dans leur croissance! Abattre ces centaines de milliers bovins lors de l'épidémie d'encéphalopathie spongiforme bovine (qui n'est désormais pas considérée comme une maladie contagieuse, à moins de manger du cadavre infecté), quel gâchis quand même. Et tous ces caprins malades de la fièvre aphteuse (qui se guérit bien), idem! Et les poulets aussi y sont passés (c'était quoi déjà? Ha oui, je me souviens, la grippe aviaire). Combien de centaines de milliers à chaque fois, je ne sais pas si quelqu'un a perdu son temps à compter.
Cochons_Egypte.jpgHé bien, en ce moment c'est le tour des cochons d'y passer. Et comme pour les autres avant -bovins, caprins, poulets- le massacre en masse (encore plus en masse que d'habitude), c'est pas du joli joli. Il faut aller vite, très vite, et surtout que ça coûte le moins cher possible. Je crois qu'on a à peu près tout essayé pour économiser nos précieux sous. On a fait des trous dans le sol qu'on a remplit d'animaux vivants puis on a refermé au buldozer. Peut-être qu'on a tassé un peu après, histoire de faire propre. On a fait des tas d'animaux vivants puis on y a mis le feu. Ou alors, comme en ce moment en Egypte, on fait des tas de cochons au tractopelle dans des camions remorques. Tout aussi dégueulasse que les massacres précédents. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes : cauchemar assuré.
La vie de milliers de cochons en ce moment au pays des pharaons vaut là peine le prix de quelques litres de gazoil. De toutes façons, la vie des cochons ne vaut jamais rien - sauf pour eux bien-sûr, mais alors qu'est-ce qu'on s'en fout!
Tout ça rappelle étrangement un extrait d'un article qui était paru dans Libération en 2003 :
Lors de la récente épidémie de fièvre aphteuse, les troupeaux ont été abattus à une telle cadence que l’abattage était devenu très approximatif : « Certains étaient allés jusqu’à creuser d’énormes fosses où ils jetaient les animaux vivants, puis les recouvraient de terre. Les voisins disaient entendre des cris étouffés la nuit et voir la terre bouger par endroits. »

Les végétaliens, des animaux comme les autres, paru dans Libération du samedi 17 et dimanche 18 mai 2003, pp. 46-47.
Six ans plus tard, et toujours les mêmes horreurs. Mais après tout, ces atrocités n'ont-elles pas commencé il y a déjà des milliers d'années?  Aujourd'hui, en Egypte, hier chez nous, en fait, partout. Tout le temps. Il y a des traditions dont on n'a vraiment pas de quoi être fiers. Et celles des massacres ignobles, des tueries (de masse ou individuelles), des boucheries (à grande ou à petite échelle, industrielle ou artisanale) je ne serais vraiment pas fâchée de les voir disparaître. Mais temps s'écoule, et je ne suis pas sure que l'humanité beaucoup, à part sur le chemin de la barbarie.
Mais quand bien même on ne pourrait sauver qu'un seul cochon, une vache, un poulet ou une souris, pour celui-là il faut le faire, il ne faut pas baisser les bras.

03 octobre 2008

JMV !!!

JMV - décryptage : Journées Mondiales Végétariennes - c'est parti ! Comme tous les ans, pour la première semaine d'octobre, c'est la fête ! Les JMV ont été créées en 1977 par la North American Vegetarian, et sont aujourd'hui célébrées à travers le monde entier (ceci dit, j'aimerais bien en savoir plus sur ce qui se passe hors de la France ! si vous avez des infos... ). En France, c'est l'Association Végétarienne de France qui organise l'événement. Outre la multitude de repas veg, de rencontres, de débats et de projections qui ont lieu pour l'occasion, c'est aussi le moment de réfléchir aux répercussions positives du végétarisme : la seule façon efficace de ne pas commanditer le meurtre programmé en abattoir, et une des façons d'agir positivement pour l'environnement et contre la faim dans le monde. Si vous êtes intéressé-e, renseignez-vous : ce week-end, il serait étonnant qu'il ne se passe rien près de chez vous. Et si jamais c'était le cas, pourquoi ne pas organiser quelque chose vous-même ? Ne fut-ce que ne pas manger des animaux pendant un repas ou une journée, et se documenter sur le sujet !

10 septembre 2008

En vrac...

Houlà, ça fait vraiment longtemps que j'ai pas écrit sur le blog ! J'invoquerai l'excuse des vacances, du séjour prolongé au Portugal - la mer, les geckos, les restos veg, les paysages magnifiques... autant de choses qui emènent loin des ordinateurs, il faut bien avouer. Mais la rentrée approche, tiens voici un ordi connecté, et si j'en profitais pour écrire quelques lignes - histoire de me remettre dans l'ambiance ?
Et je découvre une nouvelle de grande importance ! Les 10 militants autrichiens, incarcérés sans preuve aucune, ont  enfin été libérés ! Enfin ! Même si, apparemment, le matériel saisi (ordinateurs, fichiers, listings) ne leur a toujours pas été rendu, cette libération est un grand soulagement. Mais nous devons rester vigilant-e-s, et mobilisé-e-s, car il est certain que ces arrestations, fouilles, incarcérations, commises avec tant de violences, ne sont dues ni au hasard ni à des erreurs. Il s'agit bel et bien de tentatives d'intimidations envers ce mouvement qui lutte pour les animaux, et qui commence à être trop actif, trop bien organisé, bref, qui commence à déranger l'ordre établi - lequel ne se laissera certainement pas chambouler sans réagir, nous en avons d'ores et déjà une preuve cuisante.
Sinon, le Portugal (pour y revenir), c'est toujours aussi classe pour les végés : plein de restos vegans et/ou végétariens, et puis dans tous les supermarchés (même des petits dans des bleds), on trouve tofu, seitan, parfois du tempeh (en bocal), protéines de soja, yaourts au soja, boissons de soja (plusieurs arômes), parfois boissons de riz et d'avoine aussi, et plein d'autres choses encore - levure de bière, sauce soja, biscuits vegans, etc. Sur les marchés, les fruits et légumes sont bien moins chers qu'en France (mais le fameux "pouvoir d'achat" est aussi bien plus faible), et l'abondance est de mise.
On peut acheter ici du seitan en blocs de 250, 500 et même 1kg ! et à 4,5€ le kilo, c'est vraiment super accessible. même pour les Portugais-e-s. Les blocs se coupent en tranches, en cubes ou en lamelles, à faire mariner, frire, dorer, hacher, etc. C'est vraiment un produit qui manque en France. Et le tofu aussi se trouve en gros blocs (là aussi, jusqu'à 1kg) pas chers.
Côté restos, nos préférés de tous sont Tao* à Lisbonne, et Paradoxo** à Cascais, surtout pour la fabuleuse tarte au chocolat (2€ la part) et le fromage vegan. Comme la plupart des restos veg, ils fonctionnent sur le mode du self-service, et on peut manger pour 5€ (petite assiette), compter 8 à 10€ pour un repas vraiment conséquent, avec dessert et boisson (tous les deux offrent de la tisane gratuitement et à volonté). A lisbonne, il faut aussi noter Oriente, un resto 100% vegan avec buffet à volonté à partir de 9,70€ - et très bon, en plus. Mais comme je suis goinfre, les restos à volonté c'est pas mon truc, parce qu'à chaque fois je m'en suis rendue presque malade - de tant bouffer, pour bien "en profiter" ! Bon, à chaque fois, ça reste correct, vu que je n'y suis allée que deux fois.
J'apprécie énormément le côté simple et relativement populaire de la plupart des restos veg au Portugal, ça rend la nourriture veg plus accessible à toutes et tous, ça ne reste pas réserver aux grandes occasions. A quand des selfs-services vegans en France???

 

* Tao
Restaurant quasi macrobiotique et presque végétarien
à vue de nez, 90% vegan, parfois un peu de fromage ou de lait; mais prudence et méfiance: parfois il y a du poisson dans une sorte de purée de manioc...
10, Rua dos Douradores - Lisboa
/ tél : 218850045
ouvert de 12h à 16h, du lundi au vendredi (fermé samedi et dimanche)

** Paradoxo
100% vegan, avec une tourte de légume couverte de fromage vegan
91, av. Costa Pinto, 2750 Cascais
Tel : 214 843 004
Ouvert du lundi au samedi, de 12h à 16h




04 mai 2008

Le championnat de la barbarie

260304471.jpg« Les 16, 17 et 18 mai 2008 est programmé à Cluny (Saône-et-Loire, 71) un « championnat de France » de déterrage. Il s’agit d’un concours de chiens de chasse, dont les terrains de jeu seront les milieux naturels, et les « cibles » des animaux sauvages, en particulier des blaireaux ». Le déterrage, ça consiste à forcer le blaireau à sortir de son terrier (enfumage, chiens) à côté duquel on a creusé une sorte de fosse (au tractopelle si possible). L'animal terrorisé s'y réfugie, et y lutte contre les chiens pendant des heures. Finalement, si possible avant qu'il ne meurre, de courageux chasseurs le saisissent avec des pinces métalliques et le relâche un peu plus loin. Alors le blaireau comprend : c'était juste pour de rire ! Et soulagé, il reprend sa petite vie comme si de rien n'était. D'ailleurs, pour preuve que ça comptait pour du beurre, les chasseurs reconstruisent son terrier, qui a été à peine détruit par la meute en furie et le tractopelle.
870476063.jpg Vous ne me croyez pas ? Pourtant, c'est écrit noir sur blanc dans Libération : « Le préfet de Saöne-et-Loire, Michel Lalande, rassurant, [...] précise que tuer les blaireaux est "strictement interdit" et que "leurs terriers seront reconstitués par les participants" ». Ha, vous voyez que je n'invente rien, c'est même le préfet qui le dit. Et bien sûr, un préfet, non seulement ça ne dit pas n'importe quoi, mais ça reste insensible au lobby des chasseurs.
Bien sûr, ce sera la pleine période de reproduction et les petits seront peut-être un peu malmenés au fond des terriers.
Bien sûr, des écologistes (ceux de l'association Meles, par exemple) disent que des blaireaux meurent suite au stress dans les heures qui suivent le relâcher, mais les écologistes ont les connaît, tous des empêcheurs de tourner en rond, et puis on ne peut quand même pas accuser les chasseurs de les avoir tuer - totalement innocents, les pauvres chasseurs.
Bien sûr, ce genre de chasse est interdite dans la plupart des autres pays européens, où les blaireaux font aussi parfois partie des espèces protégées (Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Irlande, Espagne, Grèce, Pays-Bas et Luxembourg).
Etrangement, des associations s'émeuvent et grondent. Un temps, le préfet a même failli tout annuler, au cas où les blaireaux feraient appel à quelques partisans pour les défendre.
Hé quoi, de braves chasseurs, appuyés par un tout aussi courageux préfet, organisent une petite party et des enquiquineurs crient au scandale ? Heureusement, de bons citoyens, des gens intelligents et qui réfléchissent fort, réagissent. Par exemple, Monsieur Ben, qui écrit suite à l'article de Libération et à propos de la chasse sous terre : " La vénerie sous terre est un mode de chasse à part entière qui par ses usages et ses coutumes appartient à la culture rurale, au patrimoine commun. C'est un art qui se cultive, se perpétue dans des règles strictes et qui nécessite donc comme n'importe quel autre le respect ". Sans doute comme la corrida, l'esclavage, l'excision, le gavage des oies et des canards : tout ça aussi ce sont de bonnes vieilles traditions à part entière qui font partie du patrimoine commun, donc à "respecter" sans aucune doute. Bravo, brave Monsieur Ben. Et puis, d'une part, tout le monde sait que les blaireaux français (contrairement aux belges, anglais, italiens irlandais, espagnols, grecs... ) sont particulièrement dangereux et qu'ils constituent une menace très inquiétante pour notre beau pays (ouf, de vaillants chasseurs nous défendent contre les hordes de blaireaux, alors qu'innocemment nous ne soupçonnions rien), d'autre part la France a une réputation de pays complètement arriéré qu'il faut maintenir, alors ne croyez pas qu'ils font ce championnat uniquement pour le défoulement sadique : c'est aussi pour maintenir la France dans sa tradition de pays rétrograde (puisque les traditions, ça se respecte).
Mais j'écris, j'écris, et ça me fatigue. Si vous voulez en savoir plus, je vous laisse le soin de lire le communiqué de Cyberacteurs, celui de l'ASPAS, lire (et télécharger) la fiche sur le déterrage, et n'hésitez surtout pas à signer leurs pétitions. Si vous voulez écrire aux intéressés, il n'est peut-être pas encore trop tard. Et puis,  pourquoi ne pas aller faire un petit tour sur place les 15, 16 et 17 mai 2008, histoire que nos amis les blaireaux se sentent un peu moins abandonnés aux mains des brutes ?

Envoyez sans tarder votre prose à (vous pouvez vous inspirer du communiqué de l'Aspas ou de celui de Cyberacteurs) :

christian.chassaing@saone-et-loire.pref.gouv.fr.
ministere@ecologie.gouv.fr.
mairie@cluny.fr.
DDAF71@agriculture.gouv.f