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02 avril 2008

N'en tirons pas les conclusions qui s'imposent

1360205.jpgLibération vient de publier un article fort intéressant sur la souffrance ressentie par les poissons. Dans cet article douteusement appelé "Poissons peinés", Édouard Launet fait rapidement le point sur les dernières recherches qui établissent de façon formelle que les poissons ressentent la souffrance : " Il existe désormais un consensus scientifique autour du fait que les poissons, comme les mammifères et les oiseaux, peuvent ressentir la douleur. A leur manière : muette. Conséquence, les attitudes changent progressivement, irréversiblement. "
De là, des "recommandations" auraient été adoptées par le Conseil de l'Europe en 2005 par rapport à la pisciculture et la vivisection (désormais, il est recommandé d'anesthésier les poissons lors des manipulations).
Quant à la pêche, ce "sport paisible", la question se pose désormais : " Faudra-t-il un jour euthanasier les poissons dès la sortie du chalut, au lieu de les laisser suffoquer sur le pont ? Faudra-t-il arrêter la pêche aux espèces des grands fonds (empereur, sabre, grenadier, siki) parce que la remontée brutale provoque une décompression qui leur fait éclater la vessie et surgir les yeux des orbites ?"
Un peu plus loin, l'article précise : "En Suisse, depuis septembre 2006, le distributeur Migros commercialise des poissons labellisés «Fair Fish» (respectant les directives édictées par l’association du même nom), ce qui signifie que chaque animal a été étourdi et tué immédiatement après sa sortie de l’eau." Un des fournisseurs sénégalais de Migros a désormais accepté de pêcher selon cette méthode dite "fair".
Je ne me permettrais pas de douter des dires de la société Migros, mais je me demande comment chaque poisson peut être étourdi et tué immédiatement à sa sortie de l'eau, étant donné que ce sont des milliers de poissons qui sont remontés d'un coup à chaque coup de filet. Et aussi, comme ces "fair-pêcheurs" gèrent-ils la souffrance des "déchets", c'est-à-dire des milliers de poissons et autres animaux non-consommables ramenés en même temps dans les filets ?
Car si es poissons sont tout simplement laissés s'asphyxier sur le pont du navire, c'est aussi parce qu'ils sont des milliers, d'ailleurs ont les compte par tonnes. Ou bien Migros a mis au point un système de les tuer en masse - Édouard Launet ne nous donne pas d'indication à ce sujet - par exemple, les poissons sont peut-être précipités dans des bacs les électrocutant ?
L'article nous dit avec justesse : "«Il est difficile de déterminer le niveau de douleur chez un animal qui ne communique pas, il faut donc trouver des indicateurs physiologiques et comportementaux de son stress.» C’est moins simple que chez la poule ou le cochon."
Mais quand je vois à quel point les animaux terrestres d'élevage, poules et cochons pour ne citer qu'eux, sont extrêmement maltraités lors de leur élevage, transport et abattage, alors que leur douleur est reconnue et qu'en plus ils nous envoient des signaux clairs de leurs souffrances, je reste plus que très sceptique quant à la prise en compte de la douleur muette des poissons.
Le plus intéressant dans cet article, c'est de voir comment il réussit à ne pas tirer les conclusions qui s'imposent de telles découvertes. D'un côté, il nous apprend que les poissons, comme tous les animaux sentients, ressentent la douleur et la souffrance. Mais nul part un mot sur le fait que les poissons veulent vivre, et non pas finir dans nos assiettes. Nous apprenons simplement qu'"actuellement dans les élevages commerciaux peuvent ne pas répondre à tous les besoins des animaux et, par conséquent, à leur bien-être». Surtout quand le premier des besoins est de vivre, mais cela n'y songeons pas. Après tout, ils n'avaient qu'à naître du bon côté de la fourchette.
Et, alors que nous découvrons que "la pression pourrait venir des consommateurs", nous sommes presque aussitôt rendormis par les bons mots de Launet qui nous rassure :
"Rien de tout cela ne doit empêcher de manger du poisson, pourvu qu’il ne soit pas cuisiné «au bleu», et donc découpé ou ébouillanté vivant."  Donc pas de remise en cause à faire. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir, mais il ne faudrait surtout pas l'utiliser, et tant pis pour les millions de poissons qui étouffent atrocement sur les ponts des bateaux, et tant pis pour les millions d'autres animaux  non commestibles qui agonisent avec eux. Alors, même si l'article nous dévoile que les pieuvres, homards et autres bestioles pourraient eux-aussi ressentir la douleur, on ne se sent pas très concernés, n'est-ce pas.
Perso, j'appelle ça de l'incohérence et de l'hypocrisie. Heureusement, on n'est pas obligé d'écouter les insanités de l'auteur, et nous avons la possibilité de faire preuve d'empathie avec les poissons et d'en tirer les conclusions qui s'imposent : arrêter de les manger, tout comme arrêter de manger les autres animaux.
Un dernier point qui m'intrigue : comment est-ce possible que ce soit seulement maintenant, en avril 2008, qu'un article paraisse sur la sentience des poissons et l'intelligence des pieuvres, alors que moi, modeste consommatrice de base, je lise des articles et des brochures à ce sujet depuis des années ? Et que, pour ne pas causer de souffrance inutiles aux poissons, j'ai arrêté de les manger depuis une bonne quinzaine d'années ? je ne me pensais pas aussi clairvoyante. À moins que ce ne soit Libération qui soient particulièrement bouché... Ceci dit, un article sur les poissons autrement que cuits dans nos assiettes c'est tellement rare, que c'est déjà pas si mal que celui-ci existe.
Illustration : brochure Poissons, le carnage, eds Tahin Party.

15 mars 2008

Un de moins, un de plus

117115745.jpgHier, je passais un moment avec un ami. Au détour de la conversation, il m'a dit quelque chose du genre : "Je ne suis plus très sur d'être végétarien" ou bien c'était : "Mais est-ce que je peux encore me dire végétarien ?" De mon côté, je n'étais pas très sure d'avoir bien entendu - comme j'aurais préféré m'être trompée ! Comme il s'est éloigné un moment, je me suis demandée s'il vallait mieux entamer une discussion avec lui sur ce qu'il me semblait quand même avoir bien entendu, ou bien faire comme si de rien n'était. J'ai pensé que je n'avais rien à perdre, les animaux non plus et que, somme toute, ce pourrait être instructif d'en savoir plus.
Comme il revenait, je lui ai demandé ce qu'il en était vraiment. Est-ce qu'il remangeait vraiment de la viande ? Souvent, régulièrement, dans quels contextes ? Il m'a expliqué en remanger vraiment rarement, jamais chez lui, mais parfois au restaurant ou dans un contexte familial... Par facilité sociale ? Oui, mais aussi par goût.
Ça m'a fait vraiment mal à entendre, mais au moins c'était honnête. En gros, la viande il aime ça, et il n'a pas envie de se prendre la tête. Ou plutôt, plus envie, parce qu'il était végétarien depuis plusieurs années. Je ne sais pas depuis combien de temps exactement, mais je l'ai toujours connu végétarien, et ça fait quelque chose comme 8 ans que je le connais.
Ça m'a fait mal pour les animaux. Manger de la viande, c'est faire souffrir et demander la mise à mort d'animaux. Même si c'est très occasionnel, ça ne peut pas ne pas faire de mal aux animaux.
Personnellement, je trouve très intéressant de me demander si mon mode de vie peut être généralisable. Parfois j'en tire des conclusions pratiques constructives (être végane, mais aussi ne pas laisser d'appareil en veille, ne pas consommer à tout va, etc).
Pour l'impact de ma consommation d'énergie, par exemple, il a été calculé que les appareils laissés en veille par la population française demandent à eux seuls l'énergie d'une centrale nucléaire. Ainsi, même si à mes yeux une télé, une chaîne hi-fi ou un écran d'ordi en veille sont totalement insignifiants, en réalité ça contribue de façon non anodine à la production du nucléaire (donc je ne laisse jamais de veille allumée). Quant au fait de manger de la viande, et bien admettons que les 60 millions de Français-e-s se mettent à en manger occasionnellement... D'un côté, c'est sûr que ce serait d'abord extrêmement bénéfique, vue la consommation monstrueuse de viande actuelle. Des millions et des millions d'animaux seraient immédiatement sauvés. Mais des millions d'autres périraient quand même. Si 60 millions de personnes mangeaient un quart de poulet par mois, ça ferait quand même 15 millions de poulets tués par mois. Ce n'est pas rien me semble-t-il ; pour les animaux, c'est encore la terreur qui continue.
Alors quand un ami végétarien m'annonce qu'il remange de la viande, même si c'est pas beaucoup, même si c'est pas souvent, ça me rend terriblement triste. J'avoue que j'ai du mal à ne pas juger. Car si on met les pincettes psychologiques de côté, il faut reconnaître qu'accepter, en connaissance de cause, de manger de la viande pour son plaisir gustatif, relève malheureusement d'une forme d'égoïsme primaire. La vie des uns contre le bon petit repas des autres. Cher payé pour ceux qui naissent du mauvais côté de l'assiette...
Ce qui me fait mal aussi, c'est de ne pas me sentir à la hauteur. Sans doute n'ai-je pas su donner suffisamment de forces à cet ami pour l'encourager dans son végétarisme. Je me sens comme trahie, abandonnée, loin de lui. Remanger de la viande n'est pas un geste neutre. Ce n'est pas simplement mettre quelque chose dans sa bouche. C'est accepter qu'une certaine forme de torture et de mise à mort existent pour son plaisir à soi. C'est une autre vision du monde, une autre sensibilité. C'est une forme d'indifférence lourde de conséquences, et à mes yeux d'autant plus triste qu'il avait réussi à faire un autre choix - celui de refuser de manger de la chair.
Peut-être a-t-il l'impression que ce qu'il mange a un impact insignifiant, surtout si ce n'est pas quotidien. J'ai souvent entendu des gens continuer à manger de la viande en argumentant des choses du genre : de toutes façons, si ce n'est pas moi qui achète, ce sera quelqu'un d'autre ; l'animal est déjà mort ; ce que je fais ne change rien. Cette croyance en notre impuissance personnelle est terrible, elle nous déculpabilise et plus personne n'est responsable de rien. Mais pour qui alors les millions d'animaux abattus chaque jour en France, sinon pour notre déjeuner ? Et si nous ne changeons pas, qui le fera ?
Pour essayer quelque chose, j'ai proposé à mon ami de lui prêter des films sur les animaux (je pensais notamment à cet excellent et terrible film, Earthlings). Mais bien sûr, il n'a pas voulu. De toutes façons, il sait. Même si sans doute il a un peu oublié, et comme ça il mange plus tranquillement des bouts de cadavres.
 
Mais hier également, un autre ami, vegan, m'a annoncé qu'un de ses neveux refusait de manger toute viande pour ne pas exploiter des animaux. Il refuse même de manger des oeufs et des produits laitiers. Il a neuf ans et il vit dans une famille omnivore. Hé bien moi, je lui tire mon chapeau à ce gosse-là. Comme quoi, les enfants sont parfois plus courageux et moins égoïstes que les adultes - s'il en fallait une preuve.
 
(L'illustration est issue d'un concours lancé par PETA.) 

06 février 2008

CA n°29 : abolition de la viande

106a11fa36507850feef48e7ac6d2791.jpgUn superbe numéro, ce n°29 des Cahiers antispécistes ! A peine reçu, déjà lu et blogué, notamment l'article principal sur l'abolition de la viande, d'Estiva Reus et Antoine Comiti. Clair, direct, bien argumenté, c'est vraiment un bon texte qui explique en toute logique en quoi l'abolition de la viande est la réponse la plus directe et la plus efficace pour en finir avec les souffrances énormes que subissent des millions (milliards...) d'animaux dévorés par les humain-e-s - et de façon absolument inutile, puisqu'on peut très bien vivre sans viande.
Bref, j'attends avec impatience le jour où la viande sera abolie. Mais c'est vrai que ça risque quand même d'être long... alors je me dis que je suis déjà très heureuse d'avoir, de mon vivant, connu ce mouvement (ceci dit, j'aurais été incomparablement plus heureuse de vivre dans un monde où l'abolition de la viande serait effective).
Jusqu'où l'horreur ira-t-elle avant que les consciences collectives se prononcent en faveur de l'abolition de la viande? Il y a longtemps que toutes les bornes ont été dépassées...
Les autres articles sont très bons aussi, et celui sur Albert Schweitzer donne bien envie de découvrir plus avant cet auteur. C'est clair qu'en France ses pensées envers les animaux n'ont pas forcément été les plus relayées, mais ce n'est pas très étonnant : j'ai déjà lu des articles entiers, des dossiers même, consacrés par exemple à Gandhi, sans la moindre référence à son végétarisme ou à son engagement pour les animaux. Et ces "oublis" (incroyables quand on connaît à quel point Gandhi s'est préocuppé du sort réservé aux animaux) contribue à maintenir la toute puissante exploitation des animaux...
Bref, le CA n°29 est très bien, félicitation, et à vos commandes !
Ci-dessous, le sommaire et la présentation (merci L214).

Sommaire

p. 2 Présentation du numéro 29
La Rédaction

Dossier « abolition de la viande »

p. 3 Abolir la viande
Estiva Reus et Antoine Comiti

p. 33 La réglementation protégeant les animaux dans les élevages
Sebastien Arsac

p. 37 Ma journée
Ingrid Newkirk

Hors dossier

p. 39 Le principe d'égale considération et l'intérêt des animaux nonhumains à rester en vie : réponse au professeur Sunstein
Gary Francione

p. 63 Albert Schweitzer et l'éthique envers les animaux
Jean Nakos

p. 71 Trois livres et un colloque
La Rédaction

Présentation du numéro 29

Et si l'abolition de la viande devenait un objectif fédérateur du mouvement animaliste mondial ? Certes, il faut continuer de décrire, de faire sentir et de dénoncer les souffrances et les privations endurées par les animaux. Il faut continuer de demander l'interdiction des pratiques jugées les plus atroces. Continuer de faire valoir la réalité et l'importance de la sentience. De remettre en cause le spécisme. De promouvoir le végétalisme. Mais cela ne suffit pas. Il est devenu maintenant incohérent de ne pas exprimer clairement la revendication politique d'interdiction de la viande. On a eu tort de supposer – sans savoir – que la société ne serait pas encore prête à l'entendre.

C'est à cette revendication qu'est consacré le dossier du numéro 29 des Cahiers. Tout d'abord à travers un article d'Antoine Comiti et Estiva Reus. Les auteurs y exposent en quoi, selon eux, la demande d'abolition de la viande est à la fois nécessaire et recevable dans le monde tel qu'il est aujourd'hui. Deux textes plus courts complètent ce dossier. Dans le premier, Sébastien Arsac fait le point sur la réglementation concernant les animaux d'élevage en Europe. Dans le second, Ingrid Newkirk nous transporte dans le monde futur d'où les abattoirs auront disparu.

Hors-dossier, Jean Nakos nous initie à la vie et à l'œuvre d'Albert Schweitzer.

Nous publions également, de Gary Francione, « Le principe d'égale considération et l'intérêt des animaux nonhumains à rester en vie » : un texte qui offre une bonne vision d'ensemble de la pensée de cet auteur.

Enfin, un court article fait état de publications récentes et d'un colloque parisien qui tout quatre témoignent de l'attention croissante portée à la question animale.

04 février 2008

Toujours pour les animaux

645f63a31ed7bb862129cef14e6f34e2.jpgJ'ai croisé une copine près d'un pont, dans un quartier populaire de ma ville. Elle faisait partie d'un petit attroupement, une quinzaine de personnes autour de quelques tables de camping, sous des platanes, en train de signer une pétition. Je me renseigne, pourquoi signe-t-on? C'est pour soutenir la création d'une nouvelle boutique, une petite épicerie de quartier. La future gérante me presse de signer. Pourquoi pas, je tiens déjà le stylo dans la main, quand une question me traverse soudain l'esprit, et je demande :
- "Est-ce que vous allez vendre de la viande, dans votre épicerie ?
- Bien sûr! et plein d'autres choses aussi!
- Oui, mais si vous vendez de la viande, je ne signe pas."
Je repose le stylo et je m'éloigne, la femme me court après : "Mais tout le monde en vend, de la viande!" Je dis que ce n'est pas une raison pour le faire aussi. Elle continue : "Mais il faut en manger, de toutes façons !" Hé non, pas du tout : je n'en mange pas depuis à peu près 15 ans, je vais très bien merci. Mais déjà elle ne m'écoute plus et s'en va récolter d'autres signatures.

Ce n'était qu'un rêve, mais tellement vrai, n'est-ce pas...

12 janvier 2008

Un éternel Treblinka

357eeb37fbec5564ac9683a659240a15.jpgÇa y est, Un éternel Tréblinka de Charles Patterson est enfin disponible en français, chez Calmann-lévy ! Depuis sa parution originale en anglais, en 2002, on attend cet événement. Sorti en janvier 2008 donc, disponible en librairie depuis une dizaine de jours, je me suis jetée dessus et je l'ai lu illico (hélas, je ne lis pas assez bien l'anglais pour avoir tenté la version en anglais). Et ce livre est vraiment fantastique. Sans l'ombre d'un doute, il est à classer parmi les ouvrages de référence par rapport aux animaux, et on ne peut qu'espérer qu'il contribuera fortement à l'amélioration de ce bas-monde.
Je ne vais pas me lancer dans un compte-rendu précis et détaillé, ce qui a déjà été très bien fait, et la sortie en français ne passe pas inaperçue : il y a déjà de nombreuses chroniques sur le net : Veganimal info nous offre un entretien traduit en français avec l'auteur, et Le Monde, qui s'est aussi penché sur le bouquin, propose une chronique assez bonne, mais qui se termine bien entendu par un consensus : "Que faut-il faire pour que nous devenions moins inhumains avec les bêtes ? Le radicalisme de la réponse végétarienne préconisée par Patterson ne saurait convenir à tous. Mais il nous appartient à tous d'inventer une politique humaniste du vivant non humain." Et pour quelles raisons le végétarisme ne saurait convenir à tous? Mystère, zéro explication, mais ce mot de la fin nous renvoie à l'implicite de notre société viandiste où l'exploitation des animaux est la norme - norme qui n'a donc pas été réellement remise en cause par l'auteur. Dommage que Le Monde n'explique pas non plus comment les humain-e-s vont inventer une "politique humaniste du vivant non humain" qui soit honnête, sincère et cohérente, tout en continuant à manger des animaux. Mais l'auteur de l'article vraiment compris ce qu'il a lu? A-t-il compris Patterson, lorsque ce dernier cite un rescapé des camps qui dit : " Auschwitz commence lorsque quelqu'un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. "
A-t-il compris que chaque année dans le monde plus de 45 milliards d'animaux sont assassinés dans les abattoirs : comment oser dire ensuite que le végétarisme n'est pas la solution?...
Un éternel Tréblinka, on s'en doute, n'est pas un livre très joyeux. Mais la vie des animaux dans l'ensemble non plus. C'est un livre qui questionne vraiment, extrêmement bien argumenté et documenté, avec de nombreux exemples et citations à l'appui. Un livre fait pour déranger les consciences et bouleverser les habitudes, un livre fait pour sauver des vies. Ce livre est comme une fenêtre qui donnerait dans un abattoir, qui montre ce qui n'est pas montrable, qui étale ce qui est soigneusement occulté, parce que ça donne la nausée et que c'est insoutenable. Mais le fondateur du musée de l'Holocauste, à Washington, « disait qu'il avait réussi à extraire de son étude de la Shoah trois commandements : tu ne seras pas un bourreau ; tu ne seras pas une victime ; tu ne sera pas un témoin passif. "S'ils étaient appris dans toute la société, (...), ces trois commandements aideraient les gens à comprendre combien les choix que nous faisons déterminent dans quelle mesure nous sommes bourreaux, victimes ou témoins passifs dans une société qui perpètre depuis longtemps un holocauste contre les animaux et l'écosystème tout en refusant de le considérer comme un holocauste"» (p. 215-216)
Des passages du livre m'ont vraiment marquée, notamment parmi les témoignages des anciennes victimes.
Une avocate, pleine de compassion, déclare très justement : « Il semble que la violence soit mieux acceptée si elle est exercée sur des êtres différents de soi.» Cette femme se souvient ainsi d'un éleveur texan qui, à propos de certains animaux de son élevage, disait : "Il est différent ; y'a qu'à l'abattre.» Et elle continue : « La violence, c'est la violence. Peu importe où elle s'exerce, dans un camp de concentration ou dans un abattoir.»
Ce livre est dédié à la mémoire d'Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature, pour son oeuvre auprès des aminaux, comme en témoigne cet extrait d'un texte de Singer qui a donné son nom au livre de Patterson:
« En pensée, Herman prononça l'oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. " Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu'un comme toi ? Ils se sont persuadés que l'homme, l'espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka."»
Un éternel Tréblinka est un livre culte essentiel, qui transcende bien des tabous et nous offre la possibilité de voir le monde autrement, d'une façon tellement plus juste. À lire absolument.

05 janvier 2008

Le végétarisme vu par Le Monde

d64d8e8ce0825603ebde28014a1f0883.jpgTiens, Le Monde se penche sur le végétarisme, et c'est avec curiosité que je lis leur article, Des tables végétariennes gourmandes. Déjà, on comprend tout de suite que ça se concerne seulement Paris. J'apprends au premier paragraphe "qu'autrefois, on était végétarien par saturation de la cuisine bourgeoise" : ça m'étonne un peu parce que je n'ai jamais rien lu de tel, et il ne me semble pas que des personnes comme Léon Tolstoï, Albert Einstein ou Marguerite Yourcenar (pour ne citer qu'elles) soient devenues végétariennes pour cette raison. Mais peut-être qu'à Paris, en effet, des gens l'ont été pour ça.
"Aujourd'hui, les raisons sont éthiques, philosophiques et/ou écologiques", écrit avec justesse l'auteur - même s'il aurait pu ajouter que des personnes le sont pour leur santé, mais plus loin on comprend que pour lui ça rentre dans la catégorie "écologie". Arrêtons nous un instant sur le mot "éthique", sur lequel l'auteur ne reviendra plus, puisque tout l'article est concentré sur le thème bien plus porteur de l'écologie. Derrière cette "éthique" se cachent les millions d'animaux souffrant le martyre et tués pour la viande, et aussi tous les animaux sauvés grâce au végétarisme. Et, curieusement, les animaux sont les grands absents de cet article : une seule fois ils sont mentionnés, dans la phrase :
"L'essentiel est qu'on abandonne la viande, et même pour certains - les végétaliens - le poisson et tous les produits issus des animaux, les oeufs, le lait ou le miel." Hélas, grossière erreur, qui sous-entend que les végétariens mangent du poisson ! La définition du végétarisme est pourtant très claire et ne prête pas à confusion : cette alimentation exclut toute chair animale ainsi que les produits qui en sont dérivés (comme le suif et la gélatine). Or jusqu'aux dernières nouvelles les poissons sont des animaux, donc les végétariens ne mangent pas la chair des poissons, sinon ce ne sont plus des végétariens, c'est aussi simple que cela.
Un peu plus loin, on lit :
"Pour les végétariens, il convient de rompre avec le système de production alimentaire intensive au profit d'un retour à la nourriture la plus naturelle possible. Cette attitude de rupture est favorable à l'agriculture biologique, devenue l'alliée obligée du végétarisme." Alors là, ça me hérisse le poil, parce que c'est n'importe quoi. On peut parfaitement être végétarien et ne consommer que des produits végétariens issus du système de production alimentaire intensive, même si ce n'est pas forcément ce qui est le mieux pour la santé humaine. L'auteur n'a pas su éviter cet amalgame de plus en plus systématique (et alimenté de toutes parts) : être végétarien et bio. Renoncer à manger la chair des animaux et consommer des produits "bios" sont deux choses différentes : on peut être végétarien et ne pas manger "bio", tout comme on peut manger "bio" et ne pas être végétarien. Et bien entendu, il tombe aussi dans le panneau du "naturel", et j'aimerais qu'il m'explique ce qu'est une alimentation "la plus naturelle possible". Toute notre alimentation (ou à quelque chose comme 99,9%) est culturelle, nos fruits et légumes sont issus de sélections génétiques, l'agriculture est forcément un acte totalement culturel, le fait de cuisiner et notre façon de manger aussi. Il y a par contre des aliments plus ou moins transformés, emballés, raffinés, et des modes de productions plus ou moins polluants, consommateurs d'eau et d'énergie, d'espace.
S'en suit un paragraphe ou on apprend que "l'Inde connaît et pratique plusieurs formes de végétarisme", je serais intéressée pour en savoir plus parce que ça ne m'évoque rien : sans doute y a-t-il plusieurs raisons d'être végétarien ou végétalien, mais les formes de végétarisme je ne vois pas en quoi ça consiste. Dans le paragraphe suivant, on apprend notamment que Rudolf Steiner "était également le théoricien de l'agriculture biodynamique (1924) et l'auteur d'une série de cours agricoles où la place de l'homme dans le cosmos est établie et les produits de la nature respectés". Heu, je vois pas du tout le rapport avec le végétarisme.
L'auteur, Jean-Claude Ribaut, enchaîne : "Les raisons de tourner le dos au monstre technologique qu'est l'industrie avec ses produits de synthèse, ses anti-oxydants et ses alicaments semblent évidentes, sinon convaincantes pour tous. Il y a peu, on ne pouvait exiger dans un restaurant une assiette végétarienne sans être servi avec mépris. Ce n'est plus vrai aujourd'hui." Voilà, à la trappe les motivations éthiques et philosophiques : pour Jean-Claude Ribaut, on est végétarien pour sa santé, point. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui le végétarisme est quand même moins sujet à mépris.
Le texte part ensuite vers les régimes alimentaires, la cuisine des restaurants, et on sent que l'auteur s'est régalé à en tester plusieurs, même si jusqu'au bout il persiste à assimiler végétarisme et alimentation "bio".
Finalement, l'article porte assez bien son nom, Des tables végétariennes gourmandes, mais il aurait gagné à se cantonner à ça, et surtout à éviter de ramener systématiquement le végétarisme à l'agriculture biologique (je précise que je suis une adepte de l'agriculture bio, mais pour des raisons différentes de mon choix végétalien, et qu'il ne faut pas tout confondre).
Bref, quand Le Monde se penche sur le végétarisme, ça donne un peu tout et n'importe quoi, avec en toile de fond le naturalisme, la biodynamie, la théosophie et l'agriculture bio, mais pas les animaux.
Quand même, les journalistes de Le Monde ne sont-ils pas supposés avoir les moyens de se renseigner avant d'écrire des abérations? Jean-Claude Ribaut, n'a visiblement pas l'esprit très clair quant à la question, c'est dommage parce que visiblement il a plutôt envie de donner une bonne image du végétarisme. Et pour une fois que le végétarisme attire l'attention d'un grand media...
Ce qui m'inquiète, c'est que souvent en lisant un article de Libé, du Monde ou d'un autre canard, portant sur un sujet que je connais bien, j'ai relevé un certain nombre d'exactitudes, voire d'erreurs : ça donne à réfléchir sur la validité des articles en général.
(L'image en haut de page est celle qui illustre cet article dans Le Monde).

26 décembre 2007

La guerre des mondes

b1e4e107380d588765bc0ddfbcb3f6df.jpgHey, c'est Noël, et qu'est-ce qu'ils nous proposent à la troisième chaîne de la télé au Portugal(1)? La Guerre des Mondes, de Steven Spielberg (2005). Cette adaptation (assez libre il faut le dire) du fameux roman de H.G. Wells est assez proche du film d'horreur, en tout cas ce n'est ni l'hémoglobine (qui coule à flots) ni l'angoisse qui font défaut. Pas très peace and love tout ça, pas très Joyeux Noël - Feliz Natal, comme on dit ici. Mais une partie de l'histoire du fim m'a quand même un peu intéressée car j'ai pu, sans forcer, établir un intéressant parallèle entre cette guerre-là (celle des horribles envahisseurs avides du sang des humain-e-s) et une autre guerre, réaliste cette fois: celle, impitoyable, que les humain-e-s livrent sans cesse aux animaux. Dans le film, nous voyons des foules terrifiées, paniquées, affolées, fuyant devant ceux de l'autre monde, les tout puissants, (presque totalement) indestructibles, omniprésents et détenteurs de pouvoirs qui nous sont inconnus. Exactement ce que nous représentons pour les animaux. Nous avons tous pouvoirs sur eux par notre technologie, notre savoir, notre omniprésence, et nous en usons bien mal, avides que nous sommes de viande, de fourrure et d'argent. Les mauvais de la Guerre des Mondes ne se conduisent-ils pas comme l'humanité avec les animaux? La scène où le père, sa fille (deux des héros du film) et une tierce personne se cachent dans les méandres d'une cave pour échapper aux destructeurs n'a pas été sans me rappeler ce que doivent, par exemple, vivre de petites souris pour échapper à des humain-e-s qui les chercheraient pour les tuer. D'autres passages m'ont évoqué des scènes de chasse (fuite éperdue face à la mort certaine), et à l'instar des personnages de l'histoire qui n'ont pas du tout envie de se faire bouffer, aucun animal n'a envie d'être mangé. Tout comme les affreux envahisseurs, c'est un carnage que nous commettons, encore et encore - chaque année en France seulement, plus d'un milliard d'animaux sont tués pour être mangés, plus ceux massacrés pour leur fourrure, pour nous distraire, ou dans les labos...
Comme il est dommage que ce film ne dise pas que oui, la Guerre des Monde existe, mais d'une autre manière, et qu'il ne tient qu'à nous de faire la paix...
Et cette période de Noël et de Nouvel An me semble particulièrement propice au changement! Puisqu'il est de coutume de bien commencer la nouvelle année par des voeux, le plus sage d'entre eux serait d'arrêter de manger les animaux (si ce n'est déjà fait). Le fête sans bout de cadavre dans son assiette, c'est quand même tellement plus sincère! Ce n'est ni triste ni glauque, bien au contraire, c'est enfin un peu de vraie joie et d'altruisme. Puisse 2008 voir se finir la guerre des mondes...

(1) bien sûr, personne n'est obligé de matter la télé - c'est même le plus souvent très fortement déconseillé! mais comme j'avais bien aimé le livre (lu il y a longtemps), j'avais un peu envie de voir le film... Vu la violence du film, j'avoue que j'ai malgré tout assez regretté.