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30 mai 2010

Apocalypse pétrolifère: la suite

Oups, en ce moment, pas trop le temps de rédiger sur ce blog... Mais quand même, depuis un mois que je n'ai rien écrit, la plateforme pétrolifère a continué de cracher chaque jour au moins entre 1,9 et 3 millions de litres de pétrole dégueulasse supplémentaires (version officielle, donc sans doute à revoir à la hausse). Les habitants du coin ne savent plus quoi faire, et en sont réduits à poser des sacs de sable ou des bottes de paille sur les plages pour tenter de contrer la pollution - c'en serait risible si ce n'était pas si grave. Apparemment, sous l'eau c'est encore pire: il y a des nappes épaisses de cent mètres au moins et longues de plusieurs kilomètres. Et les animaux marins meurent en silence par millions.
Tout ceci reste des mots, aussi voici une carte très instructive: et si on repportait sur l'Europe l'étendue de la nappe ? hé bien, ça donnerait à peu près ça.

marée noire des USA projetée sur l'Europe.png
plus d'infos sur -entre autres- Great America

30 avril 2010

Apocalypse pétrolifère

Onze morts humains et des millions d'animaux bientôt victimes de l'inacceptable, encore une marée noire.
Puisqu'il s'agit d'animaux sauvages, et non pas des millions d'animaux élevés quotidiennement de par le monde pour être abattus et mangés, la presse ne peut ignorer ce gigantesque massacre à venir :
" Au total, c’est quelque 400 espèces [dont le pélican, le canard brun ou la spatule rosée] dont des millions d’individus vivent ou passent par le bord de la mer en Louisiane, qui pourraient souffrir de ce désastre écologique, selon sa liste publiée sur le site du quotidien de La Nouvelle-Orléans, The Times-Picayune. Les poissons, les dauphins, les baleines et les tortues du golfe du Mexique, ne seront pas non plus épargnés puisqu’ils trouvent leur nourriture également dans la mer et leur chaîne alimentaire va être polluée du début à la fin. En ce qui concerne la terre ferme, c’est naturellement les animaux vivant sur les côtes qui vont souffrir. Les zones où vivent les colonies de crevettes sauvages, de crabes et d’huîtres sont particulièrement vulnérables." cdurable
amoco-cadiz-2.jpgDramatique actualité, dont je ne suis pas pressée de voir les images d'horreur - je suis encore traumatisée par les premières du genre: le naufrage du pétrolier l'Amoco Cadiz, au large des côtes bretonnes, en mars 1978. La marée noire qui s'en suivit est Amoco_Cadiz_2.jpgconsidérée, aujourd'hui encore, comme l'une des pires catastrophes écologiques de l'Histoire. J'étais pourtant enfant, mais c'était si affreux que je me souviens encore avec émotion des oiseaux marins englués et affolés, fuyant les quelques humains tentant de les secourir, se débattrant lamentablement pour finalement couler à pic dans des vagues lourdes et grasses de pétrole. C'était la quatrième marée noire en Bretagne en 10 ans, mais la plus grave, et la première dont je me souvienne. Une des premières d'une bien trop longue série, dont la plupart nous échappent d'ailleurs.
Cette photo, prise le 18 mars 78 entre à 10 h 35 et 12 h, à 600 m et 1 800 m d’altitude, montre le bâtiment brisé en deux vomissant son pétrole sans discontinuer. Et ce qu’on peine à imaginer, apparaît à l’évidence : sous l’immense couche d’huile, c’est la mer. La mer et toute la vie qu’elle contient. Un massacre. Amoco Cadiz n'oubliez pas

oiseau mazouté.jpg

L'image de l'oiseau mazouté est désormais tellement clichée, c'est cela aussi qui est triste à pleurer : que les oiseaux mazoutés se comptent désormais par millions. Que les marées noires fassent presque partie du décor.

Bien sûr, il n'y a pas que les oiseaux qui périssent, et des millions d'autres animaux meurent empoisonnés, étouffés de pétrole, silencieusement, loin des regards et des pensées. Baleines, poissons, crustacés, 400 espèces animales au moins vont être décimées par la marée noire en cours. J'écris "des millions" d'animaux", mais ce sont sans doutes des centaines de millions, voire des milliards - pour s'en convaincre, nous puvons jeter un coup d'oeil sur les dates des marées noires les plus importantes de l'Histoire, mais gardons bien à l'esprit (et c'est cela le plus affolant), que les marées noires ne représentent que 6% des déversements d'hydrocarbures dans l'océan, contre 53% par les industries fixées à terre et 20% par les rejets opérationnels et accidentels de navires non pétroliers. Voici une toute petite partie (6%) de la masse colossale de pétrole dégueulasse qui pollue en permanence les océans du monde entier.

amoco-cadiz-9.jpgamoco oiseau.jpg* 1967 Naufrage du Torrey Canyon, entre la Grande-Bretagne et la France, capacité de 117 000 tonnes dont 77 000 tonnes déversées dans la Manche.
*
1968 World Glory, au large de Durban (Afrique du Sud), capacité de 45 000 tonnes dont la totalité, 45 000 tonnes déversées dans l'océan Indien.
*
1969 Gironde, au large de l'île de Bréhat (Bretagne), 1 500 tonnes déversées dans la Manche.
*
1970 Polycommander, dans la baie de Vigo (côtes ouest de l'Espagne), capacité de 50 380 tonnes dont 13 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.
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1971 Texaco Oklahoma, Norfolk (côtes est des États-Unis), capacité de 32 900 tonnes dont 31 500 tonnes déversées dans l'Atlantique.
*
1972 Collision entre deux pétroliers, le Texanita et le Oswego-Guardian, au large de l'Afrique du Sud, au cours de laquelle 100 000 tonnes répandues en mer.
*
1974 Metula, détroit de Magellan, capacité de 206 700 tonnes dont 50 000 tonnes déversées en mer.
*
1976 Urquiola, au large de La Corogne (côtes nord-ouest de l'Espagne), capacité de 118 000 tonnes dont 100 000 tonnes répandues en mer.
*
1976 Olympic Bravery, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne) avec un déversement de 1 250 tonnes.
*
1976 Böhlen, entre les îles de Sein et d'Ouessant (Bretagne), capacité de 11 000 tonnes dont 2 000 tonnes déversées en mer.
*
1977 Accident de la plate-forme offshore Bravo en mer de Norvège (complexe d'Ekofisk) au cours duquel 12 000 tonnes de pétrole échappées.
mareenoire-2c2ee.jpgphoto_1261755087638-1-0.jpgLe-Pouliguen-Rochers-souilles-Janvier-2000-3-zm.jpg

plongee-amoco.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* 1978 Amoco-Cadiz, au large de Portsall (Finistère Nord, France), la totalité, 228 000 tonnes répandues dans la Manche.
* 1979 Collision entre deux pétroliers, le Gino et le Team Castor, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne), au cours de laquelle 49 000 tonnes déversées (41 000 tonnes sont restées dans l'épave).
* 1979 Andros-Patria, Portugal, capacité de 200 000 tonnes dont 50 000 tonnes déversées.
* 1979 Bételgeuse, baie de Bantry (Irlande), 28 000 tonnes répandues en mer.
* 1979 Accident sur l'Ixtoc One, un puits de pétrole offshore dans le golfe du Mexique, près d'un million de tonnes déversées en mer.                                                                        
* 1980 Tanio, au large de l'île de Batz (Bretagne), capacité de 27 000 tonnes dont 5 000 à 10 000 tonnes déversées.
* 1983 Castillo-de-Bellver, au large des côtes d'Afrique du Sud, déversement de 100 000 tonnes.
* 1988 Amazzone, au large de l'île d'Ouessant (Bretagne), capacité de 32 000 tonnes dont 3 200 tonnes rejoignent la mer.
* 1989 Kharg-5, entre les îles Canaries et le Maroc, capacité de 284 000 tonnes dont 70 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.
1006248.jpg* 1989 Exxon Valdez, baie du Prince-Guillaume (Alaska), capacité de 211 000 tonnes dont près de 40 000 tonnes déversées.
* 1991 Haven, au large de Gênes (Italie), capacité de 230 000 tonnes dont 60 000 tonnes déversées en mer et 20 000 tonnes restées coincées dans l'épave gisant au fond.
* 1991 guerre du Golfe, entre 500 000 et un million de tonnes de pétrole déversées en mer.
* 1992 Aegean Sea, au large de La Corogne (Espagne), capacité de 114 000 tonnes dont 60 000 tonnes déversées en mer.
erika-total-doit-reconnaitre-torts-L-1.jpeg* 1993 Braer, à Sumburgh head (îles Shetland), capacité de 85 000 tonnes dont la totalité déversée en mer. Collision entre deux pétroliers, le Maersk navigator et le Sanko Honour, au nord de Sumatra (Indonésie), capacité de 254 000 tonnes dont 200 000 tonnes  répandues en mer.
* 1996 Sea-Empress, au large de Milford Haven (Pays de Galles), capacité de 147 000 tonnes dont 65 000 tonnes déversées en mer.
* 1997 Katja, lors de l'accostage dans le port du Havre (Normandie), 2 tonnes déversées en mer.
* 1997 Nakhodka, au large de Mikuni (Japon), capacité de 19 000 tonnes dont 8 000 tonnes déversées en mer du Japon.
* 1999 Volgoneff-248, Bosphore, capacité de 4 400 tonnes dont 1 000 tonnes déversées en mer de Marmara.
* 1999 Erika, à une cinquantaine de milles de la pointe de Penmarc'h (Finistère), capacité de 31 500 tonnes dont 20 000 tonnes déversées dans l'Atlantique.

maree-noire-coree.jpg* 2000 Fuite d'une raffinerie dans la baie de Rio de Janeiro au cours de laquelle 1 300 tonnes  déversées.
* 2001 Jessica, au large de l'île San Cristóbal (Galapagos), capacité de 900 tonnes dont 600 tonnes déversées dans l'océan Pacifique.
* 2002 Le Prestige, chargé de 77 000 tonnes de fioul lourd, en difficulté au large de la Corogne (Espagne), se brise en deux le 19 novembre.

Les deux parties du pétrolier coulent à 3 500 mètres de profondeur, emportant de 40 000 à 50 000 tonnes de fioul.

 

 

baleine exxon.jpgDeux millions huit cent vingt six mille quatre cent cinquante tonnes. 2 826 450 tonnes de pétrole dégueulasse et mortellement toxique répandu sur et dans tous les océans et les mers du globe en 43 ans.
Mais les marées noires ne représentent que 6% des déversements d'hydrocarbures dans l'océan. Il y a aussi tous les rejets d'hydrocarbures d'industries, et les dégazages illégaux: beaucoup de navires marchands nettoient leurs soutes en haute mer, laissant paraître derrière eux un sillon dégueulasse. degazage.jpgRares sont ceux qui se font choper, et certains nient alors d'une façon éhontée - un capitaine n'a-t-il pas expliqué que c'était le cuisinier, qui avait déversé de l'huile de friture par dessus bord, qui était seul responsable de la traînée de 19km qu'avait laissée son bateau?
Donc, si aux 6% on ajoute 94%, ça fait quelque chose comme quarante sept millions mille cent sept et cinq cent tonnes d'hydrocarbures à la flotte. 47 107 500 tonnes - toujours en 43 ans.

A cela, s'ajoutent bien sûr les 800 000 tonnes qui s'échappent actuellement chaque jour de la plateforme qui a coulée à une trentaine de km de la Floride.
Mais pour l'instant, la palme de pollution revient encore à la marée noire qui s'est produite pendant la guerre du golfe, lors du sabotage du terminal pétrolier de Mina al Ahmadi, au Koweit, par l'armée iranienne.
Joli record de pollusion massive!
Les animaux marins, les populations et les côtiers apprécient, on n'en doute pas.
frog floride 3.JPGfrog floride.jpgEn Floride, "
c'est une catastrophe qui s'annonce pour les 12 millions de km2 de zones humides du littoral de Louisiane, où des centaines d'espèces animales sont menacées." Aujourd'hui, le 30 avril, alors que le pétrole coule à flot sur les marais humides de Floride, c'est aussi la journée-mondiale-pour-sauver-les-grenouilles, ces remarquables et pacifiques batraciens étant dramatique décimés par la pollution, la destruction de leur habitat et la connerie sottise humaine. Mais les millions de grenouilles évoluant dans les marais de Floride sont déjà condamnés. Elles sont hélas loin d'être les seules.

En se déposant sur les fonds marins  ou en se répandant en nappes dans la mer, le fuel détruit la faune et la flore marine (dont les crustacés, les coraux, les poissons) et supprime la nourriture de nombreuses espèces. Les oiseaux, dont les plumes engluées perdent leur étanchéité et ne parviennent plus à réguler leur température, succombent à l'hypothermie et à l'empoisonnement. La zone littorale est la plus vulnérable. L'arrivée des nappes de pétrole sur les marais côtiers, les mangroves, les plages de sables ou de galets et sur les récifs coraliens peut avoir des effets dévastateurs.

pétrole plateforme floride.jpg

Pour en revenir à l'actualité, Le Monde du jour nous apprend que :
Les bayous [écosystèmes côtiers typiques de Louisiane] seront beaucoup plus difficiles à nettoyer que si la marée noire avait touché un substrat dur, comme des rochers. En revanche, les processus de biodégradation devraient y être un peu plus rapide. C'est le seul côté positif : la grand majorité des hydrocarbures sont issus de la minéralisation et de l'enfouissement d'anciennes mangroves. Il y a donc une continuité entre la végétation de ces espaces et les hydrocarbures en terme de structure chimique. La biodégradation sera donc plus rapide que sur un rocher car ce sont des molécules qui sont plus ou moins connues des communautés microbiennes qui vivent dans les mangroves.
Quand la crise sera passée, on peut donc imaginer qu'il y aura une exacerbation de la vie, ces hydrocarbures seront utilisés comme source de carbone. Les hydrocarbures restent un composé naturel : le problème est très différent que lors d'une pollution par pesticides, pour lesquels aucun organisme vivant ne peut dégrader la molécule. Mais il y aura des impacts écologiques majeurs, c'est certain. Pour que l'écosystème retrouve son intégrité, qu'une forêt se reconstitue et joue son rôle par rapport à la faune, il y en a peut-être pour 20 ou 30 ans.
Vingt ou trente ans, et combien de dizaines de millions d'animaux morts?
BP, la compagnie responsable (par négligence, puisque c'est une défaillance technique qui est à la cause de la fuite), déclare qu'elle "assume" et "nettoiera". Alors qu'on sait que les Bayous sont impossibles à nettoyer. Une personne a laissé un commentaire sur Libération:
"Le mec il vient d'assassiner la mémé à coup de gourdin en pleine rue et le sang et la cervelle ont giclé partout sur la chaussée
- Mais m'sieur l'agent, je vous jure que je vais assumer et nettoyer !"
C'est en effet à peu près du même niveau.

mazout-oiseau.JPG

Crevettes et poissons par dizaines de millions, oiseaux (plus de 5 millions vivent dans les bayous de Louisiane), renards, tortues, aligators... interminable liste, on l'a vu, de tous ceux qui vont périr. Mais le top, c'est la phrase "on peut donc imaginer qu'il y aura une exacerbation de la vie" (on peut aussi imaginer qu'on ira sur la Lune avec la Tour Eiffel.) Finalement, on a presque envie de dire que tout ça n'est pas bien grave... D'accord, les océans servent d'immenses poubelles, mais tout cela finira bien par rentrer dans l'ordre. Vous y croyez, vous, au Père Noël?
Perso, étant donné que j'ai la chance d'être végane depuis une quinzaine d'années, je ne mange aucun poisson depuis longtemps, et vu comment nous avons transformé les océans en un magma infâme, j'ai plutôt envie de souhaiter bonne chance aux humains qui en consomment. Parce qu'entre les 47 millions de tonnes d'hydrocarbures, les déchets radioactifs, les déchets de guerres, les pesticides, et toute la poubelle qu'on y balance, au point qu'ils forment un "septième continent" - terriblement toxique bien sûr -, il faut être vraiment cinglé ou totalement inconscient pour encore consommer du poisson (et sans parler des souffrances des poissons pêchés).

trajet jouets en plastiques.pngPacificGarbage2.jpgIllustration: trajet des jouets en plastique relâchés par un cargo dans la plaque de déchets. Pour en revenir au "septième continent", on en parle "curieusement" très peu, pourtant c'est une pollution autrement plus massive que les marées noires, qui finalement font peut-être figure de gentillettes pollutions.
Deux mots de cette plaque (ces plaques serait plus correcte) de résidus de plastiques, qui représente entre 700 000 km2 et 20 000 000 km2. Une bagatelle. Étant donné que la mer de déchets est translucide et se situe juste sous la surface de l’eau, elle n’est pas détectable sur les photographies prises par des satellites. Elle est seulement visible du pont des bateaux. Les plastiques ont une durée de vie moyenne qui dépasse les cinq cents ans. Au fil du temps, ils se désagrègent sans que leur structure moléculaire change d’un iota. C’est ainsi qu’apparaissent des quantités colossales d’une sorte de sable de plastique qui, pour les animaux, a toutes les apparences de la nourriture.

tortue plastique.jpg

Ces plastiques, impossibles à digérer et difficiles à éliminer, s’accumulent ainsi dans les estomacs des poissons, méduses et des oiseaux marins. Par ailleurs, ces grains de plastique agissent comme des éponges, fixant de nombreuses toxines dans des proportions plusieurs millions de fois supérieures à la normale, comme le DDT (un pesticide) ou les PCB (qui ont complètement pollué le Rhône pour des décennies), des produits extrêmement toxiques. Les effets en cascade peuvent s’étendre via la chaîne alimentaire jusqu'à l'humain (qui mange des animaux marins). D'après Greenpeace, environ 1 million d'oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l'ingestion de plastiques. Au total, plus de 267 espèces marines seraient affectées par cet amas colossal de déchets. Sur des mesures effectuées en 2001 et en 2007, la masse de particules plastiques était six fois supérieure à la masse de zooplancton.

underwater.jpg

Entre deux eaux: la pollution

oiseau plastic 2.jpgoiseau plastic.jpg

oiseau plastic 1.jpg9_jakarta_river_quer_RTR1QGMP.jpg

Sans doute, les enjeux économiques  et de pouvoir sont le coeur de tous ce désastre, et j'imagine sans peine qu'ils m'échappent comme au plus commun des mortels.
Mais l'impression que, presque malgré moi, je retire de ce qui peut quand même être appelé la destruction des océans, c'est que la fin du monde ce n'est pas du tout pour 2012: c'est déjà commencé depuis longtemps. Finalement, l'apocalypse, c'est comme la révolution: ce n'est pas un baculement d'un jour, mais une continuité de changements qui les font. La fin du monde, ce ne sera même pas une météorite qui se fracasserera sur nos crânes, mais c'est simplement nous tous, ensemble, qui nous rendons un peu plus chaque jour notre planète invivable pour tous les animaux et nous-même, humains. Ca va prendre encore un petit peu de temps, mais vu l'énergie qu'on y met, ça ne devrait plus trop traîner.
Peut-être suis-je pessimiste, ou bien tout simplement réaliste? Il est nécessaire de prendre du recul pour mesure l'ampleur des dégâts. Perso, l'inexorable destruction des océans a du mal à me rendre joyeuse.
Ceci dit, l'humanité s'habitue (tant bien que mal certes mais quand même on y arrive) à son nouvel environnement au fur et à mesure de sa dévastation (le "syndrôme de la grenouille", ou un truc du genre je crois?); c'est sans doute ça aussi qui nous empêche de réagir comme il se devrait et de prendre des décisions immédiates et salutaires, comme devenir vegan et arrêter de consommer comme des dingues (pas évident quand on vit dans une société de consommation viandarde!). Devenir veg et réellement moins consommateur, tout de suite, là, maintenant. Ca ne résoudrait peut-être pas tout, mais ça épargnerait des milliards d'animaux, et en plus on s'empoisonnerait beaucoup moins. Ce serait déjà un bon début.
Des tas d'autres actions sont possibles, directement en changeant ses comportements, ses habitudes, et indirectement en finançant des structures qui luttent pour les animaux (humains et non humains) et l'environnement ici et à travers le monde. Il est urgent et nécessaire de concilier les deux. Il paraît que nous sommes une espèce particulièrement ntelligente, hé bien, il serait plus que temps de le montrer! Parce que pour l'heure, nous nous comportons vraiment comme la pire bande d'imbéciles possible.

polution_mid.JPG

Enfants jouant dans une rivière, Jakarta.

Je viens de voir que dans la pub que Hautetfort impose sur ce blog (en haut de page), aujourd'hui il y en a une pour KFC! BEURK! Je suis donc en train de chercher un nouvel hébergeur pour déménager vers un hébergeur sans pub. A suivre...

28 avril 2010

Inde, la fin des montreurs d'ours!

Excellente nouvelle ! La fin de 400 ans de tradition barbare en Inde: il n’y aura plus d’ours danseurs dans les rues pour amuser les touristes.
En janvier 2003, lorsque le premier ours a été accueilli dans le sanctuaire d’Agra et que One Voice et Wildlife SOS ont créé la cellule antibraconnage, Forestwatch, il y avait 1200 ours «danseurs» en Inde.
babies.jpgLes oursons capturés par les trafiquants étaient revendus aux Kalandars, une tribu nomade qui les dressait pour des spectacles de rue. Les oursons capturés étaient transportés dans un sac en toile de jute, parfois après avoir été drogué à l’opium pour que ses cris n’alertent pas les autorités, et remis à aux Kalandars contre 600 roupies. En toute illégalité, ceux-ci dressaient l’animal par la douleur et la terreur.


Iours danseur.jpgls perçaient le museau des ours avec une aiguille chauffée à blanc et y passait une corde sur laquelle il suffisait de tirer pour se faire obéir, le museau des ours étant un organe extrêment sensible. Ces ours n’avaient jamais aucune liberté de mouvement, chacun de leur geste étant en permanence sous le contrôle et la volonté de leur dresseur via la fameuse corde qui meurtrissait leur museau. Ils vivaient dans un état de souffrance et de soumission permanent et total.
Les ours lippu sont une espèce endémique classée en annexe I de la CITES. En Inde, l’exploitation des animaux sauvages menacés est condamnée par la loi de 1972, de même que le dressage pour les spectacles qui est considéré comme un acte de cruauté.
bear performance.jpgAujourd’hui, grâce à une approche globale de la problématique, tous les ours ont pu être sauvés de l’esclavage. Si le braconnage des oursons pour la danse a considérablement diminué, ces ours sont malheureusement toujours recherchés : ils sont désormais vendus en Chine, où ils sont exploités dans des conditions épouvantables pour la production de leur bile. Outre le travail de Forestwatch, réalisé en étroite collaboration avec les agences gouvernementales et le département faune sauvage de la police, le projet – également soutenu par les associations anglophones IAR et Free The Bears – inclut un programme de reconversion pour les Kalandars en échange de leur ours. C’est pour eux une opportunité unique d’améliorer leur qualité de vie avec un travail légal et de s’intégrer à la société indienne. L’existence des sanctuaires, où les ours sont accueillis et évoluent en semi-liberté, a également été déterminante. Elle a permis de proposer aux autorités une solution pour les ours saisis.
refuge ours Agra.jpgours dans refuge.jpgCette victoire historique (curieusement peu relayée en Occident?) est la preuve que la volonté politique alliée à l’action des ONG peut venir à bout de toutes les traditions barbares, même les plus ancrées.
Avec la fin des montreurs d'ours en Inde, c'est la fin d'une tradition cruelle. Une de moins, une!
Restent à abolir par chez nous en France tout un tas de tradition au moins aussi ignobles, et souvent pires d'ailleurs: la corrida, le foie gras, les combats de coqs, le déterrage des blaireaux, la chasse à courre et la chasse tout court. Liste non exhaustive, bien entendu. Ces traditions cruelles, preuves de la barbarie de notre soit-disant civilisation, sont bâties dans le sang et sur le cadavre des animaux. Beurk.

Images, de haut en bas: bébés ours rescapés des trafiquants; ours danseur avec la corde passée dans le museau; dessin indien de lutte dénonçant les ours danseurs; pancarte à l'entrée du refuge d'Agra (Inde); ancien ours danseur enfin libre dans un refuge indien.

Sources: One Voice et Maïcha
feuillinfo-maicha-4.pdf

24 avril 2010

La cigale et les fourmis

Trouvé au détour d'une page, ce joli remake de l'affreuse fable immorable de ce pauvre Jean de La Fontaine.
Juste pour le plaisir.

La cigale et les Fourmis

La Cigale ayant chantéTout l’été,
Autant pour son plaisir
Que pour encourager
Les laborieuses fourmis,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Plus une seule petite goutte
De sève à sucer.
De désespoir,
Elle alla crier famine
Chez les fourmis ses voisines,
Les priant de lui fournir
Quelque pitance pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Pour vous, je rechanterai, leur dit-elle,
Avant l’août prochain, foi de cigale ! »
Si les fourmis étaient laborieuses
Elles étaient aussi reconnaissantes,
Et avaient le cœur sur la patte,
C’était là les moindres de leurs grandes qualités.
- « Nous vous remercions,
l’été passé,
D’avoir tant chanté,
Pour nous encourager
à engranger. »
Dirent-elles à cette pauvre affamée.
- « Le plaisir de chanter fut mien ! »
- « Quoi qu’il en soit,
Venez donc vous installer chez nous
Jusqu’au redoux encore lointain. »
De cette hospitalité inattendue
La Cigale fut fort aise,
Et pour remercier ses hôtesses généreuses,
Elle chanta dans leur fourmilière,

Et les soirées ne furent plus
Que de joyeuses liesses partagées.

03 avril 2010

Pour Pâques, je vais te faire ta fête

Pâques approche, Pâques est là. Pour la petite histoire, Pâques c'est "est une fête religieuse chrétienne qui commémore la résurrection de Jésus-Christ". Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Wikipédia. Pâques, c'est aussi tout un trip autour des agneaux, et plus particulièrement d'un événement appelé "agneau sacrificiel", et là aussi notre ami Wiki nous en touche quelques mots :
La meilleure identification [de la notion de l'agneau sacrificiel] provient du chapitre 53 du prophète Isaïe (versets 5 à 7) « Mais il était transpercé à cause de nos crimes, Écrasé à cause de nos fautes ; Le châtiment qui nous donne la paix est (tombé) sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l'Éternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous. Il a été maltraité, il s'est humilié et n'a pas ouvert la bouche, Semblable à l'agneau qu'on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n'a pas ouvert la bouche. »


agneau.jpgEn clair, si je comprends bien, un pauvre gars appelé Jésus a été maltraité et humilié par des humains violents, et face à cette violence il a gardé le silence, tel les animaux qu'on maltraite et abat. Et pour commémorer ça, qu'est-ce qu'ils font les chrétiens? Cherchent-ils à être moins agressifs, moins Carre_Agneau_DC_1.jpgtrash? Réfléchissent-ils aux actes passés de leur communauté et s'en repentent-ils à travers des comportements pacifiques? (le repentir est très bien vu chez les chrétiens). Peut-être en ont-ils l'impression quand ils chantent ensemble à l'église ou festoient à la maison en famille. Autour d'un gigot d'agneau. L'agneau est un symbole important du christianisme, notamment à Paques où, par tradition, il est grillé et mangé. (...) En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l'occasion de partager un gigot d'agneau rôti accompagné de flageolets. (Agneau pascal, Wiki)

Donc, pour commémorer l'acte brutal d'avoir martyrisé Jésus, on martyrise des agneaux (ou des chevreaux). On rappelle un geste violent en commettant un autre geste violent. Logique.
Lisons la suite de l'article : Cependant, certains chrétiens, jugeant que la consommation d'animaux non adultes constitue un crime moral, ne le consomme pas par respect envers les animaux. Ok, donc si ce sont des brebis, tout va bien, on peut les butter - et aussi, ces chrétiens-là se planquent drôlement bien, en tous cas c'est la première fois que j'en entends parler. Mais de toutes façons, ils ne sont guère plus pacifiques que les autres.

chevreau-L214.jpgTout ça me rappelle ces chevreaux vendus lors d'une foire spéciale chevreaux et entassés brutalement dans des caisses où ils ne tiennent  même pas debout - direction l'abattoir. L'association L214 avait déjà dénoncé ces maltraitances en 2009, et bien rien n'a changé en 2010. Ha si, quelque chose a changé ! Il y a une semaine environ, un des maquignons, ou un des acheteurs, s'est vraiment énervé contre les personnes qui filmaient le chargement des chevreaux. Dommage pour lui, un journaliste de France 3 accompagnait l'observateur de L214, et la scène a été filmée : sous aucun prétexte ne loupez ce petit reportage !
Les commentaires journalistiques sont pas mal aussi d'ailleurs :
Une vocation laitière très forte, mais qui dit "lait", dit "chevreaux". Et dans la région [Poitou-Charentes], c'est un tiers des effectifs  français qui part ensuite à l'abattoir. Mais les conditions de transport ne conviennent pas à l'association L214".

C'est rigolo, parce que c'est dit comme si c'étaient les humains qui souffraient des conditions de transport, pas les chevreaux, bien sûr invisibilisés. Enfin, c'est toujours bien que ça passe à la télé (ça devrait être diffusé en boucle), et puis aussi c'est quand même positif que le lait ait été associé au meurtre des petits, parce qu'il n'y a pas de lait sans sang versé.
Sur ce, Pâques je m'en fous, mais j'aurais une pensée pour les milliers d'agneaux et de chevreaux (ou autres animaux) électrocutés et saignés pour être dévorés par des gens qui se croient les dignes représentant d'une religion soit-disant d'amour, alors que tant qu'ils seront carnassiers, assoiffés de sang et de chair, de meurtres dont des meurtres de bébés comme les agneaux et les chevreaux, ils ne seront qu'hypocrisie et mensonge.

26 mars 2010

Littérature spéciste - 1 : Robinson Crusoé

Robinson Crusoé, tout le monde connaît cette fiction, dont il existe tout un tas de variantes. La première version a été écrite par Daniel Defoe et publiée en 1719. Une version plus récente existe en BD, c'est celle de Christophe Gaultier, en 3 volumes et parue en 2007.
C'est l'histoire d'un type (Robinson Crusoé) qui se retrouve sur une île déserte après que le bateau qui le transportait eut sombré (soit d
it en passant, l'équipage reliait le Brésil à l'Afrique pour y chercher des esclaves). Un chien, rescapé comme lui, devient son meilleur pote, jusqu'à ce que des indigènes anthropophages débarquent d'îles voisines et que l'un - sauvé par Robinson et appelé Vendredi - devienne son domestique. Deux ou trois son aussi rescapés du bateau, mais ils se reproduisent avec les matous sauvages de l'île : "Quoi qu’il en soit, de ces trois chats il sortit une si grande postérité de chats, que je fus forcé de les tuer comme des vers ou des bêtes farouches." Pour se faire des potes, il apprivoise des oiseaux : "J’avais aussi quelques oiseaux de mer apprivoisés dont je ne sais pas les noms ; je les avais attrapés sur le rivage et leur avais coupé les ailes."
Au final, un autre bateau finit quand même par passer par là et le ramener à la Civilisation. Parfois, Vendredi s'installe avec Robinson en Occident, d'autres fois il est vendu comme esclave par les marins.
Comme le tout dure presque trente ans, le bonhomme a largement le temps de se construire une véritable mini forteresse autour de sa grotte, de cultiver du blé (les grains ont été récupérés de la carcasse du bateau échoué pas trop loin de l'île) et quelques autres légumes, et de décimer les animaux sauvages qui l'entourent grâce à une carabine provenant dudit bateau.
Defoe choisit de mettre des animaux méfiants sur l'île, pourtant comme les animaux n'avaient encore jamais eu vraiment le privilège de côtoyer un spécimen de l'espèce humaine (les anthropophages ne faisant que passer sur les plages pour griller quelque chair humaine), ça aurait dû être d'autant plus facile de faire des cartons. Mais farouches ou pas, Robinson de ne se prive jamais de les butter.

robinson-fusil.jpg

Ce sont surtout les chèvres qui firent les frais de sa soif de sang : Je sortais au moins une fois chaque jour avec mon fusil, soit pour me récréer, soit pour voir si je ne pourrais pas tuer quelque animal pour ma nourriture, soit enfin pour reconnaître autant qu’il me serait possible quelles étaient les productions de l’île. Dès ma première exploration je découvris qu’il y avait des chèvres, ce qui me causa une grande joie ; mais cette joie fut modérée par un désappointement : ces animaux étaient si méfiants, si fins, si rapides à la course, que c’était la chose du monde la plus difficile que de les approcher. Cette circonstance ne me découragea pourtant pas, car je ne doutais nullement que je n’en pusse blesser de temps à autre, ce qui ne tarda pas à se vérifier. (...) Du premier coup que je lâchai sur ces chèvres, je tuai une bique qui avait auprès d’elle un petit cabri qu’elle nourrissait. (...) Je tuai une chèvre, dont le chevreau me suivit jusque chez moi ; mais, dans la suite, comme il refusait de manger, je le tuai aussi. (...) Je tuai un chevreau et j’en estropiai un autre qu’alors je pus attraper et amener en laisse à la maison. Dès que je fus arrivé je liai avec des éclisses l’une de ses jambes qui était cassée. NOTA. J’en pris un tel soin, qu’il survécut, et que sa jambe redevint aussi forte que jamais ; et, comme je le soignai ainsi fort longtemps, il s’apprivoisa et paissait sur la pelouse, devant ma porte, sans chercher aucunement à s’enfuir. Ce fut la première fois que je conçus la pensée de nourrir des animaux privés, pour me fournir d’aliments quand toute ma poudre et tout mon plomb seraient consommés. (...) Mon unique ressource fut donc quand j’eus tué une chèvre d’en conserver la graisse. (...) Je tuai une chèvre, que je traînai jusque chez moi avec beaucoup de difficulté.
Il tue aussi les oiseaux : Je sortis avec mon fusil et je tuai deux oiseaux semblables à des canards, qui furent un excellent manger. (...) Je tuai un ou deux oiseaux de mer, assez semblables à des oies sauvages. (...) Il y avait aussi une foule d’oiseaux de différentes espèces dont quelques-unes m’étaient déjà connues, et pour la plupart fort bons à manger.
Des lièvres : Nous nous régalâmes du lièvre que nous avions tué. (...) Je trouvai dans les basses terres des animaux que je crus être des lièvres et des renards ; mais ils étaient très-différents de toutes les autres espèces que j’avais vues jusque alors. Bien que j’en eusse tué plusieurs, je ne satisfis point mon envie d’en manger.
Des tortues de mer : J’employai ce jour à faire cuire ma tortue : je trouvai dedans soixante oeufs, et sa chair me parut la plus agréable et la plus savoureuse que j’eusse goûtée de ma vie, n’ayant eu d’autre viande que celle de chèvre ou d’oiseau depuis que j’avais abordé à cet horrible séjour. (...)
Il boulotte et tue donc à loisirs : Je me hasardai dehors deux fois : la première fois je tuai un bouc, et la seconde fois, qui était le 26, je trouvai une grosse tortue, qui fut pour moi un grand régal. (...) Je ne manquais pas d’aliments, et de très-bons, surtout de trois sortes : des chèvres, des pigeons et des chélones ou tortues.(...) Je fis un excellent bouillon avec un morceau de chevreau. (...) Par exemple, si je tuais au loin une chèvre, je la suspendais à un arbre, je l’écorchais, je l’habillais, et je la coupais en morceau, que j’apportais au logis, dans une corbeille ; de même pour une tortue : je l’ouvrais, je prenais ses oeufs et une pièce ou deux de sa chair, ce qui était bien suffisant pour moi, je les emportais dans un panier, et j’abandonnais tout le reste. (...) Au bout d’un an et demi environ j’eus un troupeau de douze têtes : boucs, chèvres et chevreaux ; et deux ans après j’en eus quarante-trois, quoique j’en eusse pris et tué plusieurs pour ma nourriture. (...) Ce ne fut pas tout ; car alors j’eus à manger quand bon me semblait, non-seulement la viande de mes chèvres, mais leur lait, chose à laquelle je n’avais pas songé dans le commencement, et qui lorsqu’elle me vint à l’esprit me causa une joie vraiment inopinée. J’établis aussitôt ma laiterie, et quelquefois en une journée j’obtins jusqu’à deux gallons de lait. (...) J’ordonnai d’abord à VENDREDI de prendre dans mon troupeau particulier une bique ou un cabri d’un an pour le tuer. (...) J’appelai VENDREDI et lui dis d’aller au bord de la mer pour voir s’il ne trouverait pas quelque chélone ou tortue, chose que nous faisions habituellement une fois par semaine ; nous étions aussi friands des oeufs que de la chair de cet animal.
Sa seule limite est celle de ses munitions : J’en aurais pu tuer tout autant qu’il m’aurait plu, mais j’étais très-ménager de ma poudre et de mon plomb. Constatant la diminution de ses munitions et qu'il n'y avait pas moyen d'en acheter au magasin de chasse du coin, il décida donc de se lancer dans l'élevage. Son choix se porta évidemment sur les chèvres sauvages qui peuplaient l'île (du moins, la peuplait avant son arrivée). L'élevage ne l'empêche pas de continuer à butter les animaux sauvages, notamment pour épater Vendredi : Je lui désignai donc le perroquet, puis mon fusil, puis la terre au-dessous du perroquet, pour lui indiquer que je voulais l’abattre et lui donner à entendre que je voulais tirer sur cet oiseau et le tuer. En conséquence je fis feu ; je lui ordonnai de regarder, et sur-le-champ il vit tomber le perroquet.
C'est magique ! Vendredi en reste pantois, tandis que Robinson ricane dans sa barbe. Heureux de sa toute puissance, il ressent sans doute la même jouissance que celle des chasseurs qui sévissent encore de nos jours à travers le monde - pauvres crétins, auto satisfaits de tuer des animaux inoffensifs qui ont en plus un mal fou à survivre en hiver.

robinson-chien.jpgDans son adaptation BD, Christophe Gaultier s'attarde sur l'amitié de Robinson et de son chien. Quand celui-ci meurt de vieillesse, Robinson se sent encore plus seul et désespéré (c'est avant l'arrivée de Vendredi) ; et pourtant, il a déjà commencé son élevage de chèvres. Mais les chèvres c'est fait pour être mangées, voilà.
Daniel Defoe, de son côté, met parfois en parallèle la tuerie des animaux et celle des humains, pour souligner le bien-fondé de la première et l'illégitimité de la seconde (nous sommes bien d'accord ici: toutes deux sont parfaitement illégitimes):
Le plus affreux de touts les sorts, celui de tomber entre les mains des Sauvages, des cannibales, qui se seraient saisis de moi dans le même but que je le faisais d’une chèvre ou d’une tortue, et n’auraient pas plus pensé faire un crime en me tuant et en me dévorant, que moi en mangeant un pigeon ou un courlis. (...) Ils ne pensent pas plus que ce soit un crime de tuer un prisonnier de guerre que nous de tuer un boeuf, et de manger de la chair humaine que nous de manger du mouton.
On me dira que Robinson allait crever de faim sur son île s'il n'y mangeait pas les animaux. Je dirai que puisque cette histoire est une fiction*, Defoe n'était pas obligé de transformer Robinson en un fou sanguinaire.
Rien n'empêchait Defoe de lui procurer, outre des grains de blé, des haricots, des patates, des graines ou autres végétaux qu'il aurait pu cultiver à loisir et qui l'auraient maintenu en parfaite santé. Rien, mis à part bien sûr le spécisme de Defoe, qui correspondait simplement à  la moyenne de celui de la population**. L'île aurait pu regorger de manguiers, de papayers, de bananiers ou de cocôtiers - ce n'eut pas été plus invraisemblable que d'y placer des chèvres, des sortes de lièvres et des chats sauvages. Robinson aurait pu combler sa solitude en apprivoisant avec patience et douceur des animaux, au lieu de couper les ailes aux oiseaux pour les forcer à rester avec lui. On peut sans doute mieux faire pour se faire des amis. Quant aux indigènes, bien sûr, ce sont de féroces cannibales : la pire espèce des Sauvages, car ils sont cannibales ou mangeurs d’hommes, et ne manquent jamais de massacrer et de dévorer tout ceux qui tombent entre leurs mains.
Et puis, toutes ces scènes horribles : "de même pour une tortue : je l’ouvrais". Dis comme ça en passant ça n'a l'air de rien, mais c'est absolument atroce. Une des pires séquences que j'ai jamais vue à la télé, ça a été dans un documentaire sur des îles du Pacifique, où des hommes avaient versé sur le côté une grande tortue de mer vivante et l'ouvraient à la hache. Comme une noix de coco. Une boîte de conserve. La pauvre tortue remuait lentement la tête et les pattes dans le vide pendant qu'on la coupait vivante en deux à grands coups de hache. C'était tout simplement abominable. Des séquences comme ça vous retournent et vous transforment direct en végans (enfin, devraient).
Enfant, j'aimais beaucoup le livre Vendredi ou la vie sauvage, une adaptation de Michel Tournier. Je ne m'en souviens plus très bien, mais c'était quand même nettement moins sanglant - enfin, j'espère !
Parce que franchement, Robinson Crusoé, c'est carrément Robinson Cruauté.
Donc, tous et toutes à nos stylos : réécrivons une aventure vegane de Robinson, doux cultivateur, aimable solitaire entouré d'animaux sauvages ou délicatement apprivoisés, se liant d'une amitié sincère et équitable avec des indigènes curieux et pacifiques, découvrant  tous ensemble avec stupeur et plaisir qu'on peut vivre d'une alimentation végétalienne, sans massacrer et semer la terreur autour de soi. D'ailleurs, à son retour en Occident, Robinson fonda la première Vegan Society.

Dans le prochain épisode de Littérature spéciste, je vous parlerai de Marcel Pagnol, parce que La gloire de mon père, c'est pas triste non plus.

* Robinson Crusoé aurait été inspiré par l'histoire du marin écossais Alexandre Selkirk qui survécut quatre ans et demi sur une île déserte.
** L'esclavage ne choquait pas non plus à l'époque de Robinson, qui était, rappelons-le, parti du Brésil vers l'Afrique en vue de ramener des esclaves pour les plantations de canne à sucre : quant à la prospérité de ma plantation, (...) la première chose que je fis ce fut d’acheter un esclave nègre. (...) « Nous avons touts, comme vous, des plantations, ajoutèrent-ils, et nous n’avons rien tant besoin que d’esclaves ; mais comme nous ne pouvons pas entreprendre ce commerce, puisqu’on ne peut vendre publiquement les Nègres lorsqu’ils sont débarqués, nous ne désirons, faire qu’un seul voyage, pour en ramener secrètement et les répartir sur nos plantations. » En un mot, la question était que si je voulais aller à bord comme leur subrécargue, pour diriger la traite sur la côte de Guinée, j’aurais ma portion contingente de Nègres sans fournir ma quote-part d’argent. C’eût été une belle proposition, il faut en convenir, si elle avait été faite à quelqu’un qui n’eût pas eu à gouverner un établissement et une plantation à soi.
Et une fois sur l'île déserte et après avoir vu des indigènes : je me figurais même que si je m’emparais de deux ou trois Sauvages, j’étais capable de les gouverner de façon à m’en faire esclaves, à me les assujétir complètement.
Si les mentalités ont heureusement changé par rapport à l'esclavage humain, elles n'ont pas contre pas beaucoup bougé par rapport à celui des animaux non humains.

 

 

20:19 Publié dans animaux, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : robinson crusoé

25 mars 2010

Les Doors, ambiance

Il y a des moments où c'est le creux de la vague, où le manque de temps conjugué au manque d'inspiration se conjugent pour laisser passer les semaines sans qu'une note n'apparaisse sur ce blog (si, si, il faut de l'inspiration pour écrire ici!). Hé bien, je me suis dit que je n'avais qu'à alors citer des passages de livres, ceux qui m'ont le plus touchés, ceux qui sont forts, ceux qui brassent ou donnent de l'énergie pour lutter, changer ou bouger ou mettent en colère. Cet extrait du livre "Un éternel Tréblinka" de Patterson fait tout ça à la fois et plus encore.
Il raconte comment l'artiste peintre anglaise engagée, Sue Coe, visita pendant six ans des abattoirs. Un livre et des peinture seront créés suite à ce temps passé dans ce monde caché de la mort. En six ans, elle a vraiment eu le temps de voir d'innonbrables atrocités, mais une scène a particulièrement marqué son esprit (et il y a de quoi), comme le raconte Patterson. Cette scène si bien décrite nous immerge dans l'ambiance très spéciale des abattoirs. Ce passage, je ne l'oublierai jamais.

"Alors qu'elle s'avance dans la salle d'abattage pour s'installer avec son carnet de croquis dans l'embrasure de la porte qui sépare les vaches attendant la mort du lieu où elles la trouveront, une sonnerie stridente se déclenche soudain et les ouvriers se dispersent por le déjeuner. "On me laisse donc seule avec six corps [de vaches] décapités et pissant le sang. Les murs sont éclaboussés, et il y a déjà des gouttes sur mon carnet. Je commence à m'habituer à ce que les mouches viennent se coller à moi comme aux cadavres."
Sue Coe sent alors quelque chose bouger à sa droit et s'approche de l'enclos pour mieux voir.
vache-1.jpgA l'intérieur, il y a une vache. Elle n'a pas été assommée ; elle a glissé dans le sang et elle est tombée. Les hommes sont allés déjeuner en la laissant là. Les minutes passent. De temps à autre elle se débat, heurtant de ses sabots les parois de l'enclos. Comme c'est une boîte métallique, les coups sont assourdissant avant que le silence revienne, puis d'autres chocs. Une fois elle lève suffisamment la tête pour regarder hors de la boîte, mais à la vue des cadavres suspendus, elle retombe. On entend le sang qui goutte et de la musique sort d'un haut-parleur. Ce sont les Doors, tout un album.
Sue Coe commence à dessiner, mais quand elle jette à nouveau un coup d'oeil dans la boîte, elle remarque que le poids de la vache a fait sortir du lait de ses pis. Tandis que le lait s'écoule doucement vers les drains, il se mêle au sang, et ils disparaissent ensemble à travers les grilles. Une des pattes blessées de la vache sort au bas de l'enclos métallique. "J'avais envie de pleurer pour cet animal, mais j'ai écarté toute empathie de mon esprit, comme le font les ouvriers." Plus tard, elle dit à Martha [directrice de l'abattoir] que les vaches lui semblent bien jeunes pour être abattues, même pas traites. Martha explique qu'à cette époque le prix du lait s'effrondre et que les fermiers ne peuvent pas se permettrent de garder leurs vaches. Ils les mettent donc sur le marché.
Quand les ouvriers reviennent de leur déjeuner, ils remettent leurs tabliers jaunes et retournent à leurs tâches. (...) Sue Coe voit entrer un homme qu'elle n'avait pas encore remarqué. Il donne trois ou quatre coups de pied violents à la vache blessée pour tenter de la faire se lever, mais elle ne peut pas. Danny se penche dans la boîte métallique et tente de l'assommer de son pistolet pneumatique, qui enfoncera une balle de douze centimètres dans son cerveau. Quand il pense avoir un bon angle de visée, il tire et "il y a un violent claquement, exactement comme celui d'un pistolet normal."
vache-2.jpgDanny appuie sur un bouton et la paroi métallique de l'enclos se soulève, découvrant la vache gisant là. Il s'en approche, attache une chaîne à l'une de ses pattes arrière et la soulève. Elle lutte, ses pattes s'agitent tandis qu'elle s'élève, la tête en bas. Sue Coe remarque que certaines vaches sont totalement assommées et d'autres pas du tout. "Elles se débattent comme des folles pendant que Danny leur tranche la gorge. Tout en exécutant son oeuvre, Danny parle à celles qui ne sont pas assommées : "Allez, ma fille, sois gentille!" Sue regarde le sang gicler "comme si tous les êtres vivants étaient des récipients mous qui n'attendaient que d'être percés." Danny s'approche de la porte et fait avancer la prochaine vache d'un coup de bâton électrique. Il y a beaucoup de résistance et de coups de sabots, car les vaches sont terrifiées. Tandis qu'il les force à entrer dans l'enclos où elles sont assommées, Danny répète d'une voix chantante : "Allez, ma fille!"."
photographies : L214

Oeuvres de Sue Coe

 

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