Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01 mars 2010

Combats de coq ou la tauromachie du Nord

Combat_de_Coqs_en_Flandres.jpgJe sais pas pour vous, mais Luce Lapin, je l'ai toujours bien aimée. Enfin, ses écrits, parce que elle, je ne la connais pas ! Encore une fois, cette chroniqueuse défenseuses des bêtes à Charlie Hebdo ne faillit pas quand elle dénonce les combats de coqs, à travers un entretien avec Alice Rallier, jeune femme végane qui s'est plongée dans les abîmes des combats de coqs... du Nord de la France. Là, j'avoue, je débarque : je croyais que ça n'existait plus depuis belle lurette en France ! Au moins ça ! Mais pas du tout, et tout comme la corrida au sud, les combats d'animaux font donc rage au nord : le sang, la souffrance, ça fait baver d'exitation les Lillois et les Nîmois ! Pourtant, franchement, ces spectacles barbares d'un autre âge auraient dû être relégués aux oubliettes depuis des lustres ! La majorité des habitants du Nord se prononceraient d'ailleurs contre les combats de coqs. Ainsi, les mentalités de la majorité des habitants du 59 a positivement évolué, mais quelques milliers restraient bloqués dans l'imbécillité. Ceux-là, en quelque sorte les "crétins du Nord", affichent sans doute les mêmes affreuses grimaces que sur le tableau ci-contre de Cogghe (peintre flamand, XIXe). Sauf que les Belges, qui sont apparement autrement plus évolués que nous, ont déjà interdit les combats de coqs sur leur territoire... depuis 1929. Mais en France, sous couvert de sacro-sainte et débile tradition, on ferme les yeux sur les cruautés les plus flagrantes infligées aux animaux, et en public encore - genre tauromachie et autres combats de coqs... Pourtant, il paraît que les gens du Nord n'aiment pas trop qu'on leur fasse de la pub avec ça. Alors, allons-y franco, n'hésitons pas une seconde et clamons-le tant qu'on peut avec Luce Lapin et Alice Rallier :

«Un combat de coqs, c’est laid, sale, vulgaire… et misérable»

En Belgique, les combats de coqs sont interdits depuis 1929, et les organisateurs de combats illégaux très sévèrement sanctionnés. En France aussi les mauvais traitements aux animaux sont punis par la loi — article 521-1 du Code pénal. Leurs tortionnaires risquent une amende de 30 000 euros et deux ans d’emprisonnement. Elle est très bien, cette loi. Sauf qu’il suffit d’un alinéa, aujourd’hui le 7 (anciennement 3, puis 5), à cet article pour autoriser sévices graves et actes de cruauté sous couvert de «tradition locale»: la corrida dans le Sud, les combats de coqs dans le Nord. Alice Rallier, militante dans la protection animale, a enquêté dans le «milieu» des coqueleurs — ceux qui pratiquent les combats de coqs.

Comment se déroule un combat de coqs?
Deux coqs sont placés sur une sorte de petit ring surélevé et entouré d’un grillage d’environ 70 cm, surmonté d’une grosse ampoule qui s’allume et s’éteint pour annoncer le début et la fin d’un comb
at.
Les coqs commencent par se regarder, mais, les secondes passant, stressés et excités par l’environn
ement dans lequel ils se trouvent, ils finissent par se poursuivre, puis par s’en prendre l’un à l’autre. Comme ils sont drogués et équipés pour blesser profondément leur adversaire, ces animaux déjà impressionnants au départ se livrent à une lutte d’une grande violence, en se frappant à coups de bec, et surtout de pattes. Au bout de 6 minutes, fin du temps réglementaire, l’un des deux coqs est mort ou agonisant. Si aucun des coqs n’est mort au bout de ce temps, soit ils sont représentés l’un à l’autre après un temps de repos, soit le match est considéré comme nul et on passe à la paire suivante. Le coq perdant est amené « à l’égouttoir », sorte d’entonnoir métallique fixé à un mur au-dessus d’un seau, le plus souvent à l’abri des regards (mais pas toujours), et égorgé. Il peut ensuite être vendu quelques euros et mangé. Sur le ring, deux autres coqs sont à leur tour mis l’un en face de l’autre, et les combats s’enchaînent ainsi sur plusieurs heures.

Quelle durée peuvent atteindre ces combats?
Un des records aurait eu lieu à Bouvignies en 1998: plus de 120 paires de coqs (soit 240 animaux!) se seraient affrontées, sur 28 heures de combat d’affilée. En moyenne, «on bat» (c’est l’expression qu’emploient les coqueleurs) une dizaine de coqs à l’heure. Les coqueleurs belges, qui ne peuvent pas pratiquer légalement en Belgique, où les combats de coqs ont été interdits, n’hésitent pas à se déplacer dans les gallodromes (lieux où les combats de coqs ont lieu) français avec plusieurs dizaines de coqs. Le massacre est estimé entre 10000 et 50000 animaux par an.

Quels coqs utilise-t-on?
Ce ne sont pas les coqs de basse-cour qu’on a l’habitude de voir. Ils appartiennent à une race spéciale, le «combattant du Nord», que l’on n’a de cesse de «perfectionner» pour qu’elle donne les individus le plus agressifs possibles. Ces animaux, qui pèsent plusieurs kilos, sont très impressionnants. Comme tous les coqs, et beaucoup d’animaux mâles en général, ils supportent mal la rivalité avec les autres coqs. Dans la psychologie du coq, il y a en effet le désir de régner sur toutes les poules, et la présence d’un autre coq est perçue comme une agression. Cela dit, même s’il y a une base naturelle à l’agressivité qu’un coq peut éprouver envers l’un de ses congénères du même sexe, tout est fait pour exacerber cette agressivité au maximum, par les procédés les plus vils.

Où sont-ils élevés, et dans quelles conditions?
Il existerait environ 4 000 élevages de coqs dits «de combat» dans la région Nord-Pas-de-Calais, de confort et de propreté très variables. Certains, très «beaux» et bien tenus, sont dans des petites maisons individuelles grillagées, à l’abri du vent et de la pluie. Mais beaucoup d’autres sont enfermés dans des cages d’une crasse insoutenable, ou confinés dans des tonneaux posés à même le sol, bouchés par une planche de bois, dans le noir. Dans tous les cas, les conditions ne sont pas des conditions de vie naturelles pour un coq, animal qui est fait pour avoir des congénères autour de lui, passer du temps à chercher sa nourriture dans les herbes, se percher pour chanter le matin, etc. Dans son box ou sa cage, le coq n’a rien d’autre à faire que manger, boire et tourner en rond. Cela ne favorise pas sa sociabilité envers ses congénères. Certaines municipalités accordent des passe-droits à certains éleveurs et les autorisent à avoir des élevages de coqs en plein centre-ville, chose normalement interdite en raison des nuisances causées par ces animaux, qui ont un cri très puissant, sans parler du risque que l’évasion de l’un d’entre eux ferait éventuellement courir aux autres animaux (chiens, chats). Les coqs subissent des mutilations, notamment de la crête, pour les préparer au combat.

Décrivez-nous les différentes phases de préparation d’un combat.
Le jour du combat, le coq est placé dans un panier en osier ou en bois (avec des trous pour respirer), opaque, car, selon les coqueleurs, si le coq voyait un autre coq à travers son panier, de fureur, il ferait une crise cardiaque. En réalité, il s’agit de maintenir le coq éloigné de ses congénères le plus longtemps possible, afin que le choc psychologique soit le plus grand possible lors de la confrontation sur le ring. Arrivé au gallodrome, le coqueleur sort le coq du panier, et, à l’aide d’un «armeur», prépare le coq au combat: il lui fixe une longue pique (dont la longueur légale maximale est de 52 mm, soit plus de 5 cm) sur chaque ergot, ceci afin de blesser plus profondément l’adversaire. Il lui fait ensuite avaler quelques gouttes d’un liquide destiné à le rendre encore plus «combatif» (car la honte du coqueleur, c’est d’avoir un coq qui fuit le combat), un mélange d’alcool à 90° et d’un produit connu sous le nom de «Démézan» (un nom «bidon», selon ma source), que l’on se procure à la pharmacie locale. Le combat a lieu comme décrit plus haut. Le coq, qui se retrouve brusquement en pleine lumière, dans un espace réduit, un environnement stressant et en présence d’un autre coq inconnu, a une réaction de stupeur puis d’agressivité envers ce congénère et l’attaque au bout de quelques secondes ou minutes. Si le coq perdant n’est pas tué, il mettra deux à trois semaines à se remettre de ses blessures, avant de repartir au combat. Certains se vantent d’avoir des coqs vainqueurs de près de trente combats. Mais le plus souvent, le coq, qui finit toujours par tomber sur plus fort que lui, ne survit qu’à quatre ou cinq combats.

combat-de-coqs-puce.gif

Où se trouvent les gallodromes, et quel public assiste à ces combats?
Les gallodromes se situent soit dans des arrière-cours de cafés, soit dans des salles municipales classiques. Les combats se déroulent sous le regard passionné des coqueleurs, qui parient sur tel ou tel coq (des billets circulent de main en main) ou se contentent de regarder le spectacle. Le public est à dominante masculine et d’âge mûr, mais il y a aussi des femmes, des jeunes couples et des enfants. L’alcool est très présent. Il y aurait plus de 80000 amateurs dans la région, dont 5000 inconditionnels. Ces passionnés sont regroupés dans une Fédération, la Fédération des coqueleurs du Nord de la France.

Y a-t-il, comme pour la corrida, des affiches annonçant les dates de combats et les lieux où ils se déroulent?
Ces coqueleurs, qui se surnomment eux-mêmes «sociétés discrètes», forment un milieu fermé: on peut vivre des dizaines d’années dans le Nord-Pas-de-Calais en ignorant qu’il se tient des combats de coqs à dix minutes de chez soi. La passion se transmettant par filiation (principalement de père en fils, les femmes étant en général moins intéressées), on a peu de chances d’entrer un jour dans le milieu des combats de coqs si on n’est pas soi-même fils ou fille de coqueleur, car les combats de coqs, pour lesquels il est interdit de faire la publicité, n’attirent pratiquement aucun public venu de l’extérieur. C’est un milieu assez simple et peu cultivé (le combat de coqs est à la base une tradition d’origine ouvrière). Selon un coqueleur ayant pris ses distances avec le milieu mais ayant exercé d’importantes responsabilités au sein de la Fédération, «85 % des gens de ce milieu sont des imbéciles».

Les arguments des coqueleurs justifiant ces combats semblent les mêmes que ceux utilisés par les aficionados pour légitimer les corridas…
«C’est grâce aux éleveurs que les coqs vivent encore.» Mais les passionnés de la race pourraient très bien préserver quelques individus sans se sentir obligés de conduire à terme la totalité de leur cheptel à l’égouttoir. «Ils sont élevés en parcours libre jusqu’à 6 mois.» Le concept de « parcours libre » est à géométrie variable selon les éleveurs, cela a été constaté. Mais même dans le cas où cela serait vrai, cela n’excuse en rien le sort réservé au coq au-delà de ses six mois d’existence. «Si on ne les faisait pas combattre, ils se battraient tout seuls ou attraperaient un coup de sang et ne dépasseraient pas 2 ans.» Pour juger de ceci, il faudrait encore que les animaux observés soient élevés normalement, dans un environnement conforme à leurs besoins, notamment sociaux. Accuser un animal d’agressivité alors que l’on fait tout pour lui développer cette caractéristique n’est pas honnête. «C’est notre patrimoine.» C’est faux, les combats de coqs ont été amenés par les immigrés flamands. Les Lillois de vieille souche ne les aimaient pas.

Que dit la loi?
Après plusieurs interdictions (loi Gramont du 2 juillet 1830, arrêté préfectoral du 11 février 1852), les combats de coqs ont été de nouveau autorisés par de Gaulle, le 8 juillet 1964, qui a déclaré: «Puisque l’on mange les coqs, il faut bien qu’ils meurent.» Le 8 décembre 1993, un arrêt de la cour d’appel de Douai a proclamé les combats de coqs tradition locale ininterrompue.

Comment peut-on s’opposer à cette «tradition»?
Actuellement, aucune opposition autre que de principe n’existe contre les combats de coqs. Aucune campagne n’est menée. Deux «obstacles» principaux (en réalité, de très bons points) à la lutte contre les combats de coqs. Tout d’abord, une impopularité quasi totale. Rares sont les Nordistes qui approuvent les combats de coqs, parce que, d’une part, beaucoup en ignorent l’existence, et parce que cette pratique a une image lamentable d’autre part. Le combat de coqs n’ayant pas le côté «chic» que certains trouvent à la corrida, aucune célébrité ne vient non plus assister à un combat de coqs pour améliorer son image et se faire photographier par la presse people. Un combat de coqs, c’est laid, sale, vulgaire, et globalement misérable à tous les niveaux. Aucune musique, fanfare ou tralala d’aucune sorte ne vient tenter de «remonter» esthétiquement le tout: un combat de coqs, c’est la violence et la mort avec des plumes et de la poussière qui volent autour, et pas grand-chose d’autre. Il faut vraiment beaucoup d’imagination (ou d’alcool) pour trouver de la beauté là-dedans. Par ailleurs, le combat de coqs n’étant réservé qu’aux gens du milieu (les billetteries pour les combats de coqs n’existent pas, aucune information publique sur ces événements ne circule, ni dans les calendriers culturels de la région, ni dans les médias locaux, ou alors exceptionnellement, demandez à assister à un combat de coqs à l’office du tourisme et on va vous regarder avec des yeux ronds), il n’y a pas comme dans le cas de la corrida un public de touristes, de curieux ou d’ignorants à convertir, d’autant que la publicité est interdite. Mais les passionnés, eux, sont irrécupérables.

Un espoir, malgré tout?
Une solution pour accélérer le déclin des coqueleurs serait peut-être de faire interdire l’accès aux combats de coqs aux enfants. La passion se transmettant par filiation, cela handicaperait beaucoup le renouvellement des rangs des coqueleurs. L’argument à avancer est évident : un combat de coqs est un spectacle d’une violence terrible, susceptible de traumatiser durablement les enfants.

Propos recueillis par Luce Lapin
20 février 2010

26 janvier 2010

Herodote

Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance de profiter d'un bon plan : un agriculteur qui avait récolté trop de patates (par rapport à quelque sombre quota) ayant pris la bonne initiative de les reverser en tas dans son champ et de permettre aux quidams de venir s'approvisionner gratos, j'ai fait mon stock de patates pour plusieurs mois. Je suis sure que  bien plus de cent personnes ont eu l'opportunité de venir remplir des cagettes de délicieuses patates, et pour autant les tas - plusieurs tonnes de patates - ne diminuaient pas. Suite à cette petite aventure, j'ai discuté avec un ami  (que je salue ici :-) du gaspillage alimentaire effectué en France : régulièrement, les médias informent que tant de tonnes de choux-fleurs, de tomates ou de pêches sont incinérées ou reversées dans les champs, voire ô miracle distribuées gratos - pour respecter les quotas européens. Je me souviens d'une journée de vendange passée à couper une grappe sur deux et à la laisser tomber par terre - quotas obligent, encore une fois : interdiction formelle de produire plus que x tonnes de vin, et attention un inspecteur passait en fin de journée vérifier à vue d'oeil qu'il y avait bien des tonnes de raisin jetées au sol. Pour en savoir ludiquement un petit peu plus sur ce sujet, il y a le film Les glaneurs et la glaneuse d'Agnès Varda, ou encore Notre pain quotidien, qui montre, entre autres, qu'avec le pain incinéré à Vienne en Autriche il serait possible d'alimenter quotidiennement la seconde ville de ce pays. Lors ce cette discussion, nous nous sommes alors demandés s'il en était de même avec la viande : quid des quotas, de la destruction de stocks de viande? Sans jamais avoir rien lu ou entendu sur le sujet, on pensait qu'il n'y avait aucune raison pour que ce soit différent...
Et en effet, aujourd'hui j'ai trouvé quelques données :

« Une destruction massive de viande comestible

En 2000, rien qu’en France, 55 000 tonnes de carcasses de bovins ont été sorties des congélateurs pour être incinérées dans le but de dégager les marchés encombrés et de faire remonter les cours. Les autorités européennes avaient estimé que c’était la méthode la moins coûteuse pour faire disparaître cet excédent. Après dénaturation pour décourager les fraudeurs, ces viandes ont été transformées en farines qui, elles-mêmes, après un stockage onéreux, ont été détruites. » (p39)

« Les jeunes veaux euthanasiés.

En 1996, l’Union européenne connaissait un nouvel excédent de viande bovine après tant d’autres. Faute de l’avoir prévu et d’avoir recherché à temps des débouchés, les eurocrates prirent une mesure d’abattage et d’incinération, dès la naissance, des veaux mâles nés dans les élevages laitiers moyennant une prime de 122 euros à l’éleveur, ce qui, à terme, avait évidemment une incidence sur le volume de viande produit. En France, en trois ans, 600 000 veaux furent ainsi euthanasiés au titre du programme Hérode ainsi identifié par la Commission européenne. » (p. 41)

foetus-veau.jpg

Ces passages sont issus du livre de F. Guillaume, Vaincre la faim. Pour en finir avec l'inacceptable... Eyrolles, 2009.
Le gaspillage de viande existe donc bel et bien, et pas dans une demie mesure : 600 000 veaux tués à la naissance, et combien de  dizaines de milliers de vaches tuées pour faire 55 000 tonnes? Tous ces meurtres complètement vains, toutes ces vies jetées à la poubelle. Un truc rigolo : les veaux tués pour leur viande sont "abattus", alors que ces veaux tués par respect des quotas ont été "euthanasiés". Pourtant, on imagine assez mal des vétérinaires passant de ferme en ferme pour euthanasier par piqûre les veaux, avec le moins de douleur et de stress possible. J'ignore vraiment pourquoi, mais jaurais presque tendance à penser plutôt à des "euthanasies" par des sortes d'étouffement ou à coups de pelle...
Je n'ai pas lu le bouquin par ailleurs (je l'ai découvert aujourd'hui), mais la suite du chapitre sur les veaux euthanasiés donne ça :

« Politiquement, cette mesure n’a pas été reconduite. De l’aveu même de la Commission européenne, ce n’est pas pour une raison éthique mais sous la pression des associations de défense du bien-être animal, ce qui donne une piètre opinion des priorités et mobiles de Bruxelles. » (p 41)

L'auteur nie tellement grossièrement toute dimension éthique à la lutte pour les animaux que ça montre surtout à quel point ceux-ci sont dramatiquement inexistants pour lui, de simples choses, des biens de consommation. Léthique, ça s'arrête aux frontières étroites et anthropocentriques de notre humanité, c'est ça? Ce pauvre homme devrait s'informer et réfléchir un peu avant d'écrire, ça lui éviterait d'avancer de telles inepties, pour ne pas dire insanités, et encore je reste polie.
Je n'ai même pas recopié ici les quelques pénibles lignes de ce passage où il commente le choix d'avoir appelé ce programme de meurtre massif "Hérode"* -, qualifiant ce parallèle historique de "péché contre l'esprit". Question : pourquoi n'a-t-il pas mis un "E" majuscule à "esprit"? Autre question : c'est quoi, un péché?
Bizarrement, je ne suis en fait pas hyper enthousiaste pour lire le bouquin...
Un "péché contre l'esprit"...
Hahaha.
Le meurtre de 600 000 animaux dès leur naissance ne vaut donc-t-il absolument rien?
Combien de millions d'animaux, de milliards d'animaux devront encore périr assassiner pour que s'éveillent les consciences?
Ceci dit, ces 600 000 veaux mâles ont sans doute échappé à une vie de souffrance : douleur émotionnelle et physique de la séparation d'aveur leur mère, engraissement en stabulation dans l'obscurité sans bouger, stress du transport en enfin abattage - l'autre facette de la production de lait.

*Pour rappel, c'est Hérode qui a ordonné le meurtre de tous les enfants mâles de moins de deux ans dans la région de Béthléem, peu après la naissance de Jésus, en vue d'éliminer Jésus. Il semblerait qu'environ 2 000 bébés humains aient ainsi été tués.

23 janvier 2010

L'Inde, paradis des vaches ?

Elles sont tellement magnifiques, ces vaches indiennes, on dirait de vraies déesses - en tout cas, je trouve ! Entre leurs oreilles gigantesques et leur regard si doux, il y a quand même de quoi fondre... portrait-1.jpgCe que ne font bien sûr pas du tout tous les Indiens, et l'Inde est bien loin d'être le paradis des vaches. Encore une idée toute faite qui s'écroule, dommage, on l'aimait bien celle-là !
Traditionnellement, les vaches sont sacrées pour les hindous(1) qui les considèrent comme leur mère, pour ce qu'ils peuvent en retirer : le lait bien sûr (blanc, pur, sacré), mais aussi l'urine (usage médical et cosmétique) et la bouse (combustible et fertilisant). Pour les hindous, seule la consommation de la viande de vaches est taboue. Si les hindous considèrent que le végétarisme aide à leur élévation spirituelle, c'est une affaire personnelle et les animaux ne sont pas pris en compte pour eux-mêmes. Lors de certaines fête, comme Diwali, ils pratiquent des sacrifices animaux :  chèvres, boucs ou moutons sont égorgés. Tuer une vache est par contre considéré comme un meurtre.
Et pourtant, le plus grand cheptel de vaches est actuellement en Inde, avec 482 millions de têtes, dont au moins 284 millions de bovins laitiers, pour une production de lait de 100 millions de tonnes. L'Inde concentre 21 % du bétail mondial de buffles et de bovins. Mais les Indiens consomment tellement de laitages qu’ils doivent en importer, et la France est le premier fournisseur de l’Inde en lait. Car les Indiens, comme les Chinois, abandonnent progressivement leur régime alimentaire traditionnel, majoritairement à base de protéines végétales, pour rejoindre le modèle occidental basé sur une très forte consommation de protéines animales : laitages, oeufs, viandes. Pour le plus grand malheur des animaux et pour a richesse des industrielle, la Vache qui rit et le foie gras font leur entrée en Inde.
Pour les besoins de la production laitière, en Inde comme en Occident, les veaux sont généralement ôtés à leur mère dès la naissance afin de s’accaparer le lait. Les vaches sont abattues ou jetée à la rue dès que leur production diminue, ou si elles sont stériles. Insémination artificielle, séparation des petits et des mères, abattage des petits, promiscuité, mauvais traitements... en tous points, les conditions d’élevage des animaux liées à l’industrie laitière sont aussi éprouvantes et terribles qu’en Occident, et que les élevages soient encore généralement familiaux et de taille modeste n’y change rien (mais là aussi ça change, et les fermes industrielles font leur entrée, souvent avec le soutien financier et logistique de l'Occident). Une différence entre l'Inde et l'Occident, est que les gens mettent souvent à la rue les vaches dont ils ne veulent plus (stériles, malades, moins productives, etc). Histoire de ne pas les tuer - directement, au moins. Elles auront alors le choix entre mourrir lentement de faim, de maladie, après une collision avec une voiture (et causer un accident), ou bien de se faire embarquer pour l'abattoir, le tout dans l'indifférence quasi générale.
En plus de l'exploitation des vaches pour leur lait, l'Inde est le deuxième fabricant mondial de vêtements en cuir, après la Chine, avec une production de 18 millions de pièces par an sur un total de 120 millions de pièces. Si vous achetez du cuir, il a toutes les chances de provenir d'une vache tuée en Inde ou en Chine.

inde-abattoir-New-Delhi.jpgLes conditions d'abattage des vaches en Inde sont effroyables - on en voit, si je me souviens bien, quelques prises de vues dans Earthlings. Des milliers d'abattoirs clandestins existent à travers le pays, où les vaches sont égorgées en toute conscience, voire dépecées et découpées encore vivantes, pour leur cuir. De toutes façons, les abattoirs légaux ne valent guère bien mieux.
Le sort des autres animaux en Inde n'est guère plus brillant, qu'il s'agisse des chiens (victimes de la gale ou d'empoisonnements), des poulets (tués par millions pour être mangés), des chèvres et des moutons (également mangés en masse), des ânes (surexploités au travail jusqu'à finir, eux aussi, livrés à eux-mêmes à la rue), etc.
Mais en Inde comme ailleurs des milliers de gens s'organisent et luttent pour les animaux, pour les humains, bref, pour un monde meilleur. J'ai appris tout récemment que les ours danseurs n'existent plus en Inde. Des programmes de réorientation professionnelle intelligemment pensés ont été mis en place pour les propriétaires d'ours, qui y ont eu accès à la seule condition de donner leur ours à une structure apte à le recevoir et à s'engager à ne plus en exploiter d'autres.
Madhu&Vrinda.preview.jpgEt pour les vaches, il y a les "gaushalas". Ce mot sanskrit signifie littéralement : « la maison des vaches ». Il en existe des centaines à travers l’Inde et le Népal. Des vaches, des boeufs , des veaux et des taureaux abandonnés, victimes de mauvais traitements, blessés, accidentés ou en fin de vie sont recueillis dans ces refuges. Certains animaux sont rescapés des abattoirs, d'autres ont été trouvés agonisants en pleine rue.  Les gaushalas sont tenus par des hindous qui considèrent les vaches comme étant des êtres sacrés. Ces refuges possèdent donc tous une dimension fortement mystique. Certains sont corrompus, et les vaches y sont exploitées comme partout ailleurs. N'empêche, d'autres sont honnêtes, fiables et remarquables, ils sauvent des vaches pour de vrai - le gaushala Care for cows et Mahawir sont de ceux-là. Pourtant, ils ne prônent pas le véganisme - tenus par des hindous, le lait reste valorisé et  est donc (même si c'est très peu) consommé. Etonamment, les vaches se reproduisent également à l'intérieur des (certains?) gaushalas, alors que d'innombrables vaches, boeufs et taureaux sont à secourir à travers le pays. Enfin, je n'ai pas l'impression (mais je peux me tromper, toute info est la bienvenue) que les gaushalas aient une quelconque dimension informative - je veux dire par là que, par exemple, au lieux d'accepter la consommation de lait, il serait plus utile aux vaches  que les gens impliqués dans les Gaushalas informent leurs compatriotes sur ce que représente réellement cette consommation.
Que ce soit en France, en Inde ou ailleurs, épargnons les vaches en ne consommant pas de produits laitiers, en refusant de manger leur chair ou de porter leur peau - lait/viande/cuir étant les trois faces d'un même ignoble commerce lucratif.

blog kamal.preview.jpgblog yasoda.preview.jpg

Un excellent dossier pour en savoir plus :
"végétarisme, Inde et Tibet", réalisé par l'association Maïcha.

Vaches à leur arrivée au gaushala Care for cows, puis quelques mois plus tard.
Il est possible de soutenir financièrement les gaushalas, comme celui de Care for cows, et aussi de les visiter en Inde.

 

(1) L'Inde ne compte pas uniquement des hindous bien sûr, mais aussi des musulmans, des jaïns, des chrétiens, des bouddhistes, etc., peut-être même quelques personnes athées.

16 janvier 2010

Galettes des Rois!

Toujours utile et de saison : la galette des Rois (ou des Reines) végane (miam!).
Très simple, super bonne, on ne s'en lasse vraiment pas :

elan-galette.jpg- deux pâtes feuilletées véganes (hyper simple à trouver, souvent les moins chères, dans pratiquement tous les super-marchés, en 'bio' aussi)

Frangipane :
- 125 grs d'amandes en poudre
- 75 grs de sucre roux
- 10 grs de fécule de maïs (maïzena)
- 50 grs de margarine végane fondue ou très ramollie
- environ 40ml de lait de soja (à la vanille, si possible)
- quelques gouttes d'extrait d'amande amère (facultatif)
- ne pas oublier la fève (la plus simple : un haricot ou une fève sèche !)

Mélanger tous les ingrédients secs de la frangipane, en mettant en dernier par le lait de soja, puis au final la margarine. Bien mélanger, on doit obtenir une sorte de crème lisse et un peu épaisse, mais qui s'étale facilement.elan-galette-2.jpg
Dérouler une pâte feuilletée au fond d'un plat à tarte, ou directement sur une plaque du four. Etaler dessus la frangipane, placer la fève vers un des bords extérieurs. Humidifier le tour de la pâte avec un peu de lait de soja, et placer dessus la deuxième pâte feuilletée. Rouler ensemble les deux bords. Dorer le dessus avec du lait de soja, puis tracer au couteau des dessins (généralement, des losanges).
Cuire à four chaud de 30 à 40mn.

Se déguste de préférence tiède.
Pour les variantes : remplacer un tiers des amandes par des noisettes ou des noix en poudre.

05 janvier 2010

Les émotions des animaux

Ce livre, sur lequel je suis tombée complètement par hasard, est tout simplement une merveille! Très accessible, clair, intelligemment engagé, étayé de nombreux exemples concrets et de solides références scientifiques, il se lit passionnément et apporte un souffre nouveau à l'éthologie : oui, les animaux éprouvent des émotions, et oui, à condition d’être assez attentifs, nous pouvons comprendre ce qu’ils ressentent. « Les animaux n’agissent pas simplement ‘comme s’ils’ éprouvaient des sentiments ; ils en ont vraiment. » (219), affirme l’auteur.

Et même si nous ne saurons peut-être jamais exactement ce qu’ils ressentent, tout comme nous ne pouvons jamais savoir exactement ce que ressent un autre être humain, aussi proche nous soit-il, cela ne constitue pas une raison valable pour nier l’évidence, à savoir les émotions des animaux « En tant qu’humains, nous ne pouvons décrire et expliquer le comportement des autres animaux qu’en employant des mots qui nous sont familiers d’un point de vue anthropocentrique. (...) Si nous refusons d’employer le langage anthropomorphique, nous n’avons qu’à plier bagage et rentrer chez nous, parce qu’il n’y a pas d’autre choix. » (223 et 224). « Autrement dit, nous sommes tous d’accord pour reconnaître que les animaux et les humains ont beaucoup de traits en commun, dont les émotions. Ainsi, nous ne prêtons pas aux animaux quelque chose d’humain ; nous identifions des similitudes et nous utilisons le langage humain pour traduire ce que nous observons. » (226)

bekoff les émotions des animaux.jpgbekoff_emotional-lives-animals.jpgLes animaux cités en exemple sont souvent des chiens, animaux proches des humains (et de l’auteur) s’il en est. Il y a aussi de nombreux exemples issus d’observations d’animaux sauvages (loups, renards, pies, jaguars, éléphants, cétacés, etc.), d’autres animaux domestiques comme les chats, les chevaux et les cochons, ou bien d’animaux vivants dans des zoos, des laboratoires, des centres d’observation, des réserves (primates, souris, rats, poissons... ).

Dans ce livre, il est question de jeux, d’amour, de mensonge, de justice, de colère, d’empathie, de jalousie, de la mort et des gestes que certains animaux effectuent vis-à-vis de leurs morts : « On sait que les gorilles veillent leurs amis défunts. C’est pourquoi certains zoos ont prévu un rituel lorsqu’un de leurs gorilles vient à mourir. » (131). Il est aussi question de la moralité et des maladies mentales chez les animaux. Avant de parler de ce dernier thème (principalement de l’autisme et de troubles bipolaires), Marc Bekoff précise : « Je tiens à poser ici une dernière question que l’on passe généralement sous silence : si les animaux éprouvent un grand nombre d’émotions humaines – et peut-être la plupart d’entre elles – peuvent-ils aussi être sujets aux maladies mentales ? » (159).

Marc Bekoff répond également progressivement tout au long de son ouvrage aux questions que soulève invariablement la prise en considération des animaux. Il explique ainsi que « respecter, protéger et aimer les animaux ne compromettrait pas la science. Cela ne veut pas dire non plus que les hommes seraient moins respectés, moins protégés et moins aimés. Faut-il nécessairement affamer ses enfants pour nourrir son chien ? Non, avec un minimum de prévenance et de prévoyance, on peut s’occuper de tout le monde. » (66)

Au passage, il remet en question les bases mêmes des interactions animales : « La ‘survie du plus fort’ est un concept dont la pensée et la réflexion théorique sont imprégnées. Mais la recherche actuelle n’en fait plus le principal moteur de l’évolution. Pendant longtemps, la coopération n’a pas été prise en compte en raison de ce parti pris idéologique. Mais le flot d’articles scientifiques et de parutions diverses sur la coopération nous signale aujourd’hui que le courant s’inverse. (...) Les animaux continuent bien sûr à se faire concurrence, mais la coopération occupe une place centrale dans l’évolution du comportement social, ce qui en fait une clé de la survie. » (198)

Il prône également la prise en considération de la morale dans les relations que nous entretenons avec les autres animaux : « Que faire une fois que l’on a reconnu l’existence et l’importance des émotions animales – ce dont énormément de gens sont déjà persuadés ? Nous devons considérer nos actes et voir s’ils s’accordent avec notre savoir et nos opinions. Je crois profondément que la morale devrait toujours éclairer la science. » (36).

Le travail Marc Bekoff ne se limite donc pas à des réflexions ou des théories : il prône clairement de passer à l’acte, de modifier en faveur des animaux la façon dont nous les traitons dans les élevages, les zoos, les laboratoires, les espaces sauvages, etc : « Même si nous connaissons bien les émotions animales, nous avons manifestement encore beaucoup à apprendre. Mais ce que nous savons déjà devrait suffire pour nous inciter à modifier notre manière de traiter les autres animaux. Forts de ces connaissances, il faut passer à l’action. Il n’y a aucune raison de prolonger le statu quo. Nos connaissances ont évolué et nos relations avec les animaux doivent en faire autant. » (238) « Nous savons qu’une ‘science objective et coupée des valeurs’ reflète elle-même un ensemble particulier de valeurs. Nous savons que les résultats de la recherche scientifique (tous ces faits) doivent influer sur notre manière d’agir au sein du monde ; la science, sinon, n’est plus qu’un exercice futile. Nous savons aussi que les animaux ont des émotions et, partout dans le monde, souffrent par notre faute. » 240).

Enfin, il s’attache à convaincre en faisant appel au principe de précaution : admettons qu’on ne puisse pas (encore ?) savoir exactement ce que ressentent les animaux, nous devrions d’autant plus prendre soin d’eux, car ils ressentent peut-être des émotions, la souffrance ou le plaisir, au-delà de tout ce que nous, humains, percevons et connaissons.

Les émotions des animaux est un livre passionné, passionnant, qui nous entraîne positivement à revoir nos interactions avec les autres animaux, sans illusions cependant : « Respecter cet engagement [prendre réellement en compte les animaux], si simple soit-il, n’est pas une tâche facile. Croyez-moi, j’en sais quelque chose. Il faut surmonter la peur : la peur d’aller à l’encontre des principes, la peur d’affirmer sa différence, la peur du ridicule, la peur de perdre des subventions ou d’irriter ses collègues, de reconnaître ce qu’on a fait, ou ce qu’on fait subir aujourd’hui encore aux autres animaux sensibles. Lorsque nous avons du mal à surmonter nos peurs, la honte peut parfois nous décourager et nous paralyser. Mais nous ne devons pas oublier que chaque jour offre de nouvelles opportunités. » (288)

Et ces opportunités, ne les laissons pas passer : apprenons à vivre avec les animaux, et surtout à laisser vivre les animaux !

bekoff and bessie.jpg
Marc Bekoff, Les émotions des animaux. Paris, Payot et Rivages, 2009.

isbn: 978-2-228-90401-8

311p / 20€

 

Marc Bekoff est professeur de biologie (Colorado) et cofondateur, avec Jane Goodall, de Ethologist for the Ethical Treatment of Animal.

 


23 décembre 2009

À qui profite les bons citoyens viandards

Un petit coup d’œil sur l’actualité est souvent très instructif. Par exemple, ce matin*, le titre de l’article en ligne sur le site de Le Monde, « Bœuf durable ou bœuf émissaire ? » a forcément attiré mon attention. Et je ne regrette pas d’avoir pris le temps de lire ce passionnant texte de Denis Sibille.

Après quelques mornes lignes portant en vrac sur l’environnement, le sommet de Copenhague, l’accroissement de la démographie humaine et autres tracas, on entre enfin dans le vif du sujet : l’agriculture française, la consommation de viande, et les méchants qui s’y attaquent :

« On est loin de nos campagnes… Que pourtant certains veulent caricaturer, provoquant ainsi des campagnes médiatiques qui finissent par faire de la filière bovine un bouc émissaire, transformé pour l'occasion en "bœuf émissaire". » Ha ! Douce évocation de « nos campagnes » : vaches folâtrant paisiblement dans de verdoyantes prairies, bergers gardant tendrement leurs Pâquerettes et autres brebis... Les désormais très citadins Français sont néanmoins, on le sait, très attachés aux bucoliques images campagnardes, vestiges ancestraux, et entretenues avec soin par les industriels de la viande, des produits laitiers et des œufs. Il suffit de regarder la plupart des emballages de produits et sous-produits animaux pour s’en convaincre. Et « certains veulent caricaturer » ces chères évocations ? Caricaturer, souiller de leurs critiques acerbes « nos campagnes » si belles, si douces, si françaises ? Je dis bien industriels, puisque nos riantes campagnes sont parsemées de quelques centaines de milliers d’élevages concentrationnaires : bâtiments de béton, de fer et de barbelés, bâtis aux creux de riants vallons que les millions d’animaux vivant hors-sol jamais ne fouleront. N’imagineront même pas.
Mais revenons à nos bœufs : l’auteur nous donne ensuite gracieusement quelques chiffres sur l’impact de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre : « transport (27 %), industrie (21 %), logement (20 %), agriculture (19 %) et énergie (13 %) » et précise que « en agriculture, l'élevage des ruminants serait responsable d'environ 50 % des émissions de gaz à effet de serre ; principalement à cause du méthane, gaz qui est naturellement émis lors de la digestion des fourrages par les animaux. » Ce n’est pas dans le vent que Denis Sibille nous indique que les vaches produisent « naturellement » ces gaz malfaisants : la magie du « naturel » n’a jamais été aussi puissante que de nos jours, et savoir que les vaches produisent naturellement du méthane amoindrit notablement ce fait. Ha bon, c’est naturel ? Le gaz à effet de serre émis naturellement par une vache peut-il alors être aussi néfaste que celui, par exemple, de nos bagnoles ? Le doute s’immisce ; c’est peu crédible, une bonne vavache naturelle ne peut pas être aussi nuisible qu’une sale auto ! Ça se saurait (justement, ça commence à se savoir, mais poursuivons).

viandeFR.jpg

Tout de suite après, l’auteur enfonce le clou : « C’est ainsi depuis la nuit des temps. » Ouf, nous voici alors rassurés ! Alors d’accord, les vaches émettent force de gaz à effet de serre en rotant (et non pas en pétant, comme on le croit souvent) mais, primo, c’est naturel (donc ça ne peut pas être aussi nocif que ça, n’est-ce pas), et deuxio il en a toujours été ainsi (ce qui veut aussi dire que ce n’est pas si méchant que ça en a l’air, la preuve, d’ailleurs, on est toujours là !). En quelque sorte, bien sûr les vaches polluent, mais c’est une bonne pollution naturelle et traditionnelle : que du bon, on vous dit !
L’auteur poursuit en nous indiquant que : « Encore faut-il soustraire le stockage de CO2 dans le sol des prairies permanentes (11 millions d'hectares en France), qui réduit de 75 % les émissions de méthane attribuées aux ruminants, ce que semblent avoir oublié certains scientifiques. » Ces données me laissent perplexe, parce qu’on ignore si le taux de gaz émis par les vaches est comptabilisé avant ou après absorption par les riantes prairies. Est-ce que les scientifiques « oublient » vraiment de réduire de 75% l’émission des vaches en méthane ? Si c’est le cas, pourquoi est-ce que personne n’en a jamais parlé auparavant (à ma connaissance) ? On aimerait en savoir plus sur ces données : 11 millions d’hectares herbées en France, c’est beaucoup, ça en jette, mais combien de millions de bovins hors-sol ? Et quiz du mystérieux calcul qui nous dit que 75% du méthane est gobé par l’herbe affamée ? Si quelqu’un a des infos c’est le bienvenu (merci de citer des sources contrairement à Denis Sibille qui n’en donne aucune) !
Juste après, je lis : « il convient de ne pas tout imputer à la production de viande et de répartir le CO2 à proportion entre viande et lait, qui sont souvent issus de la même vache. » Donnée primordiale, essentielle même, bien plus importante sans doute que de savoir combien de millions de vaches vivent dans les élevages français. C’est donc bien vu, puisque même si des bovins sont élevés uniquement pour leur viande (les Charolais, par exemple), les vaches laitières finissent aussi en steak : afin de réduire efficacement l’émission de gaz à effet de serre, il convient donc logiquement de ne plus consommer ni viande ni laitages. Bien vu, Denis !
Mais oups, je n’avais pas vu la suite : « Les Français consomment en moyenne 373 g par semaine de viandes de boucherie (bœuf, veau, agneau, porc frais, viande chevaline) : inutile donc de proposer, comme certains récemment, une journée sans viande, car avec ces chiffres de consommation, on est déjà à trois journées par semaine sans viande de boucherie au menu… » Trois journées par semaine sans viande de boucherie... ça sonne presque comme « trois jours par semaine sans viande », non ? Puisque l’auteur se focalise, à coup de calculs mystérieux, sur les émissions de méthane, inutile en effet pour lui de comptabiliser la consommation de poulets, dindes, cailles, lapins, poissons, grenouilles, ni même la viande de « porc sec » (jambon, saucisson... ) n’est pas incluse dans les « viandes de boucherie ». La viande, la vraie, c’est la viande rouge, les autres ce sont presque des légumes. On sème les poulets, et les poissons poussent sur les arbres, c’est bien connu. Le gibier (une viande pourtant « rouge ») ne compte pas non plus, mais ça ne fait rien, on ne va pas chipoter. 373 grammes de viande rouge par semaine, ça en impose de précision. Ils ont dû se torturer les méninges pendant des jours pour calculer ça – ou bien mettre plein de chiffres sur des bouts de papier dans un grand chapeau... Donc puisque les Français consomment aussi ridiculement peu de viande, on ne va quand même pas leur demander de faire « un jour sans viande » ! Ce serait du plus parfait ridicule, regardez, ils en sont à presque déjà trois jours sans (sans vraie viande) !

« Les éleveurs et la filière entendent prendre la parole eux aussi pour éviter les amalgames et corriger les excès. Ils sont convaincus de l'intérêt de la production bovine, que ce soit en termes de nutrition, de santé, d'écologie, de territoire et d'économie. » On n’en doute pas une seconde, qu’ils en soient persuadés, les braves éleveurs ! Tout comme Denis Sibille, et qu’il soit lui-même éleveur, président de l'interprofession bovine, ovine, équine, ne change bien sûr rien à son impartialité qui, tout au long de son article, ne fait pas l’ombre d’un doute. Non, non, non, il n’a aucun intérêt à nous convaincre du bien-fondé de la consommation de viande rouge. Il ne pense qu’à l’environnement et à notre santé. Brave homme, si c’est pas beau, ça ! Un tel désintéressement ! Et s’il ne dit pas un mot sur le fait que les millions de bovins, ovins, caprins, et autres animaux destinés à l’abattoir sont nourris de maïs et de soja importés presque entièrement d’Amérique latine (et dont la monoculture participe directement et dramatiquement à la déforestation de la forêt amazonienne) ou de Chine, c’est sans doute parce que c’est une donnée négligeable. Au niveau environnemental, par exemple, quelle importance que la forêt amazonienne soit rasée pour faire pousser du soja, qui servira exclusivement à nourrir nos animaux d’élevage ? Il a raison d’écrire que « c'est le devoir de tous de contribuer à trouver des solutions à l'énorme défi environnemental ; elles ne sont jamais simples et sectaires, elles sont toujours complexes et donc peu médiatisables dans une société réductrice et sourde aux nuances. » Voilà, la déforestation des forêts tropicales pour nourrir nos vaches est juste trop simpliste, ne nous y attardons pas. Que ces milliards de tonnes de soja, de maïs, pourraient servir à nourrir directement environ sept fois plus d’humains que ne le peut la viande provenant des animaux ayant mangé ce soja et ce maïs est bien trop sectaire, mieux vaut ne pas en parler. Car comme il le dit, et si objectivement que c’en est touchant :

« Ce n'est pas l'affrontement des cupidités et des idéologies, des paraîtres, des clichés et de l'argent qui fera gagner l'humanité, c'est une véritable prise de conscience des enjeux et une politique du raisonnable qui le fera. Notre modèle de production de viande bovine est un excellent projet territorial et environnemental, culturel, économique et social ; c'est un projet citoyen où la filière s'engage sur la voie du bœuf durable. » Aux oubliettes le soja amazonien, la famine dans le monde, et puis tant qu’on y est, à la poubelle aussi toutes les pollutions liées à la production de produits animaux ! Suivons les conseils de Denis Sibille, soyons de bons citoyen : augmentons notre consommation de viande rouge ! Ça fera tellement de bien, il le promet, à notre santé, à la Terre et à ses forêts, aux affamés de par le monde, aux animaux aussi pendant qu’on y est (et au passage à la fiche de paie de Denis Sibille, mais il est trop humble pour en parler), qu’il serait  vraiment dommage de s’en priver ! Pourquoi ne le préconise-t-il pas ? Pourquoi se contenter de nos timides 373grs de viande rouge par semaine ?
Si c’est si bon, faisons exploser la demande ! Consommons un max de ce très très mystérieux « bœuf durable » et faisons de la terre un gigantesque abattoir, couvrons nos campagnes d’élevages hors-sol et d’algues vertes bien épaisses et gluantes les dernières plages bretonnes encore indemnes, martyrisons et égorgeons encore plus d’animaux, buvons toujours plus de viande et de sang frais (le sec, on vous le rappelle, ne compte pas), ayons tous des infarctus, des cancers ou au moins du cholestérol, finissons-en avec toutes ces forêts tropicales bien peu rentables, et remplaçons les par d’immenses monocultures de soja et de maïs qui oeuvreront à notre si remarquable « modèle de production de viande bovine est un excellent projet territorial et environnemental, culturel, économique et social ».

Et nous ne pouvons qu'admirer sa grandeur d’âme, lui qui écrit : « C'est le droit de chacun d'être végétarien, éleveur, welfariste, écologiste… » même s’il nous explique patiemment comment manger de la vraie viande (fraîche, attention) est quand même mieux, à tous points de vue. Donc, mieux vaut quand même être viandard que veg, le top du top étant éleveur, donc bienfaiteur, non ?
Merci, Denis Sibille, d’un si beau projet citoyen.

* éditions de LEMONDE.FR | 22.12.09 | 17h13

21 novembre 2009

Mystère et boule de gomme

Quand j'étais au Portugal, cet été, je passais presque tous les jours devant une sorte de pâtisserie-traiteur. Cette boutique disposait d'une petite terrasse, où les gens pouvaient boire un café en mangeant quelque viennoiserie, et il y avait aussi un écran télé (plat et HD) où le même film passait en boucle, du matin jusqu'au soir, jour après jour.

Ça commençait par l'histoire de jolis petits cochons noirs (les cochons portugais sont traditionnellement noirs) qui vivaient en pleins champs. On les voyait donc s'ébattre sous des étendues boisées de beaux chênes, dans la brume matinale, de belles images paisibles. Une carte nous montrait où vivaient ces cochons heureux.
Et puis ça enchaînait avec des carcasses de cochons suspendues par les pattes arrières, toutes propres, roses et déjà vidées. Comme ça, paf, d'un coup on passait du cochon trottinant dans son pré au même cochon mort, sans entrailles, prêt à être découpé en morceaux. Total mystère entre les deux prises de vues.
Comment une telle transformation était-elle possible? Confusément, les gens un peu avertis devaient bien percevoir qu'il manquait quelque chose, là, on passe pas comme ça d'un animal vivant à un cadavre écorché. Ce quelque chose, réfléchissons, l'abattoir peut-être? abattoir cochon.jpg

Rendue totalement invisible, cette séquence manquante entre deux prises de vues tranquillement posées (l'une sur du vivant, la seconde sur du mort), était sans doute elle aussi tranquille. Les cris, la peur, le sang, ça fait désordre: tout ce cauchemar est tellement plus simple à esquiver, et inconsciemment on mettra à la place du savoir-faire, de la propreté, éventuellement quelque bruissement discret. Mais la plupart des gens ne mettaient sans doute simplement rien du tout - on ne va pas commencer à réfléchir sur la mise à mort des bêtes.
Le film continuait alors par le savant dépeçage d'une cuisse de cochon, geste après geste un homme expert maniant un grand couteau bien tranchant ôtait le gras jusqu'aux muscles. Ensuite, les cuisses roses étaient soigneusement empilées dans un énorme hangar plein de gigantesques tas de cuisses, que des costauds recouvraient largement de gros sel, à la pelle - geste encore souligné par un beau ralenti. Du sel plein les cadavres. Un hangar plein de bouts de cadavres. Indifférence totale des consommateurs, tandis que je m'interrogeais: combien de milliers de cochons pour obtenir une telle quantité? Écœurement, sentiment d'impuissance et non pas d'indifférence (nuance). D'un geste lent et sûr, un employé ferme la porte du hangar, plongeant dans le noir téléspectateur et milliers de cuisses salées. Et à chaque fois dans mon esprit se superposaient les images de monceaux de cheveux, de lunettes, de vêtements, mis de côtés par les nazis dans les camps de la mort.
jambon_d_auvergne_140.jpgPuis un petite phrase, j'ai un peu oublié mais c'était quelque chose comme : "Tout vient à point à qui sait attendre." Le hangar s'ouvre à nouveau et, magique alchimie, les bouts de cadavres qui devraient être puants, verdâtres et grouillants de vers, sont mangeables par l'humain! Et, encore plus miraculeux, voilà que des humains qui se pensent civilisés salivent devant des morceaux de cadavres, des parties de corps arrachées où sont encore visibles os, peau, tendons, etc.
On pourrait appeler cete petite vidéo de propagande spéciste : "La mystérieuse transformation des cochons"...
Et un autre point fort de ce film est de largement contribuer à entretenir le mythe des animaux d'élevage libres, alors que c'est juste un nombre totalement insignifiant de cochons qui ne souffre pas le martyr en élevage industriel.

o ciclo do leite.jpgPeu de temps après, je trouvais une autre merveille de la propagande spéciste : un livre pour enfants sur le cicle du lait (Ciclo do leite). Celui-ci, on pourrait le renommer : "La mystérieuse disparition des veaux". Parce que dans ce petit livre, aucune allusion aux veaux, juste de braves vavaches ravies de donner leur lait aux humains, sans doute qu'elles en ont trop, comme ça!
Pas d'insémination forcée, par de veaux arrachés à leur mère quelques heures après leur naissance, pas de vaches complètement affolées et angoissées par la disparition de leur bébé, pas de vaches traitées comme de simples pompes à lait et abattues dès que leur production baisse. Non, dans ce merveilleux conte pour enfants, il n'y a que de belles vaches souriantes contentes, des petits enfants émerveillés et quelques adultes bienveillants. C'est si simple.
On va quand même pas commencer à leur expliquer le vrai cycle du lait: il y a toutes les chances qu'ensuite les enfants ne voudraient plus en boire. Parce que la vie d'une vache laitière, c'est pas joli joli.
lait vache.jpg