Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mauvaises nouvelles de la chair

Mauvaises nouvelles de la chair

Auteur : Marie Rouanet

Éditeur : Albin Michel

Année : 2008

Un livre qui se veut résolument documentaire, sous un aspect parfois quelque peu lyrique... Je l'ai retenu pour son aspect documentaire, car sous "la chair" annoncée en titre, se cachent les animaux victimes de l'élevage industriel, dont l'auteure narre et dénonce la cruauté impitoyable. Elle s'exaspère et souvent se révolte de tant de sadisme. Souvent lucide, elle va par exemple jusqu'à écrire à propos des poussins broyés dès la naissance (parce que non rentables) : "Mais peut-être faut-il dire bienfaisante mort quand on songe à l'existence qui sera celle des vivants pour lesquels il ne s'agit seulement de croître et de produire." (p. 97) Ce livre est intéressant parce que l'auteure a largement enquêté sur les méthodes d'insémination artificielles (un sujet méconnu) et qu'il brise toute idée positive qu'on pourrait encore se faire à propos de la vie des animaux élevés de façon industrielle.
Ce livre est hélas constamment emprunt d'une nostalgie pour les fermes familiales d'antan. L'auteure est étrangement persuadée de la "mort nécessaire des bêtes" (p. 130), peut-être parce qu'elle croit que "nous sommes tous des mangeurs de chair" (p. 141), et si elle dénonce le massacre en masse, elle défend le meurtre à domicile.
Maris Rouanet n'est pas végétarienne (elle le dit, mais n'explique pas pourquoi), et le livre transpire son spécisme. Elle est totalement incapable de concevoir une nouvelle façon de vivre avec les animaux, qui ne serait basée ni sur leur exploitation ni consacrée de leur sang. Le passage où elle narre le meurtre maison "à l'ancienne" d'un pauvre canard est tout simplement pitoyable. Et elle qui compare avec rage le gavage des oies et l'insémination artificielle à autant de viols, ne se questionne pas sur sa nostalgie du sang qui coule et dont elle se régale. Parfois elle dénonce, mais d'autres fois elle garde étrangement le silence sur l'abattoir: pourvu que les animaux aient une vie satisfaisante pour eux, peu importe le meurtre - ou alors, peut-être regrettable, mais puisque d'après elle nécessaire... Nécessaire pour assouvir ses appétits viandards, sans doute.
La fin est sans intérêt, et en conclusion elle prétend que l'inéluctable machinerie moderne et démoniaque ne peut que qu'étendre son empire. Bien entendu, elle fait l'impasse totale sur la solution réelle et concrète que représente le végétalisme (et, dans une moindre mesure, le végétarisme).
Ce livre est finalement tout à fait dans l'air du temps : dénoncer l'exploitation industrielle des animaux est tellement plus facile que renoncer à cautionner leur exploitation et leur assassinat...
Toujours est-il que le livre reste intéressant pour son aspect documentaire (et c'est pour ça que j'en parle ici).

Publié dans livres et films et zique | Lien permanent