Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07 novembre 2009

La photo du jour

- TÊTES DE VACHES -

Des fermiers hongrois ont déposé des têtes de vache devant
le ministère de l'Agriculture, ce jeudi à Budapest.
Ils protestent contre la baisse des prix de leur production.
(photo : Libération)

hongrie.jpg

" Pendant qu'au loin le bourreau tranche
Horreur travestie en banal
Vous reprendrez bien une tranche
De ce qui fut un animal."


Le Jour se lève, Tribunal Animal.

21 juin 2006

merci la DRAF !

medium_vache_DRAF_blog.jpgMerci à la DRAF (Direction Régionale de l'Agriculture et de la Forêt) de fournir aux étudiant-e-s agricole des supports pédagogiques comme celui que j'ai eu entre les mains l'an dernier : une BD sur le thème de la PAC (Politique Agricole Commune), qui régit le monde agricole européen. Par exemple, les quotas sur le vin ou sur le lait, c'est la PAC, et les agriculteurs/trices risquent de lourdes amendes à ne pas obéir. Au pays de Raivavi, un petit coin de campagne reculée... c'est le titre de la BD ; et une BD, c'est rigolo, non ? Bon, les dessins de celle-ci sont carrément ignobles, mais passons, on comprend l'histoire. Il s'agit de deux fermes voisines, qui connaissent bien des difficultés, mais pas pour les mêmes raisons. En tout cas, ça a un rapport avec la PAC.
Mais, plus rigolo encore, c'est que l'histoire est vue par les yeux de deux vaches, Boucle d'Or et Big Teat (grosse mamelle) ! Chacune vit dans une de ces fermes, elles papotent dans leur pré et vivent de mini-aventures, chacune avec leur caractère. Big Teat, par exemple, est une obsédée du rendement, tandis que sa copine, Boucle d'Or, privilégie la qualité. Quantité ou qualité, voilà une des préoccupations majeure du monde agricole d'aujourd'hui...
medium_vache_DRAF_blog_2.jpgEt la DRAF nous montre une Big Teat ravie de donner son lait aux humain-e-s, ha la brave vavache qui s'exclame, rayonnante pendant la traite : "Allez, gobelets trayeurs ! Pompez le lait de mes trayons ! ça, j'aime !" Elle est soucieuse de donner plein de lait, un max de lait, pour que ses patrons gagnent un max de pognac sur son dos. D'ailleurs, au début de la BD, on voit l'éleveur qui voit des billets de banque couler à la place du lait, et qui rêvasse : "Tout va bien !"
Quant à Boucle d'Or, elle pense : "Quel régal cette herbe naturelle !... Quels parfums !... Quels fromages en devenir !..." Toute heureuse, elle aussi, de si bien servir sa ferme. Même si un jour, pendant la traite, elle se demande : "Raz le pis de cette traite mécanique ! Pourquoi Violette ne m'a pas laissé mon veau ?" Tiens, c'est vrai ça, pourquoi on lui a pas laissé son veau ? La BD ne nous le dit pas. Mystère. Je me demande même pourquoi elle pense ça, cette vache.
La fin de l'histoire a failli tourner au drame : les deux vaches sont promises à labattoir ! Big Teat parce que son exploitation dépasse les quotas ; Boucle d'Or parce que sa ferme connaît des problèmes financiers. Big Teat explique : "Jean-Luc a reçu un avis de risque de dépassement de quotas !... J'ai eu quelques retards à la fécondation et c'est moi qu'il envoie à l'abattoir pour ne pas payer d'amende en fin d'année !..." Mais je ne fais pas durer le suspens plus longtemps... Big Teat sera sauvée : son maître lui donnera moins d'aliments concentrés et elle donnera moins de lait, donc les quotas seront respectés ; quant à la ferme de Boucle d'Or, elle reçoit un financement attendu depuis longtemps, qui va même lui permettre de développer la fabrication fromagère. Ouf !
Bon, l'histoire ne nous raconte pas que quelques années plus tard, les deux vaches partiront quand même à l'abattoir parce qu'elles seront devenues moins rentables. Mais ne nous encombrons pas de détails superflus.
Dans ma classe, tout le monde a aimé cette histoire. Le côté BD détendait par rapport aux épais et tristes documents qu'on recevait à longueur de journée. J'étais la seule à ne pas trouver ça drôle en fait... Je dois manquer d'humour. Après tout, deux vaches qui consacrent tous leurs efforts à donner un max de lait à leurs chers patrons, c'est touchant. Merci la DRAF de ne pas nous faire poser la moindre question. De nous faire oublier que le lait, ce sont des millions de veaux qui partent à l'abattoir : un par an et par vache, ça fait du nombre ! De nous donner bonne conscience de manger du fromage et de verser du lait dans nos céréales de petit dej, gratins et autres flans. Elles n'attendent que ça, les vaches : qu'on les insémine chaque année de force, puis qu'on leur enlève leur veau pour leur pomper leur lait, avant de les expédier à l'abattoir ! Ha, merci la DRAF, pour toute cette bonne propagande...
Tout va bien... Et vive la vache qui rit !

22 février 2006

Rencontre avec un veau

medium_pain.3.jpgÇa fait un moment que je voulais raconter cette histoire. C'était l'an dernier, pendant ma formation agricole (ben oui, j'ai fait une formation agricole d'un an, en maraîchage option bio). Nous visitions une ferme, ha c'était pas mal du tout ! Vraiment pas inintéressant ! Déjà, le site : magnifique, au cœur des Alpes, entouré de hautes montagnes, sommets eneignés, claire lumière et air pur. Calme. Espace. Des néoruraux tenaient la ferme - vous savez, ces gens qui avant vivaient banalement à la ville, et puis un jour paf ! ont tout lâché pour s'installer dans des coins paumés. Ils étaient une dizaine je crois, peut-être un peu moins. Très travailleurs, très courageux. Leur principale production était la vente de pain. Ils en préparaient une seule sorte : du pain demi-complet d'un kg, et en livraient (si je me souviens bien) une centaine par jour. J'ai passé un long moment à les regarder sortir les pains des panetons où ils avaient gonflés, les retourner d'un coup sec et les inciser rapidement avant de les enfourner. La sortie du four était tout aussi passionnante. J'ai même fait trois petits films sur leurs pains ! Je me sentais bien, je serais bien restée encore.
...
medium_veau.jpgPuis nous avons visité les autres bâtiments de la ferme. Je savais qu'ils élevaient aussi des vaches et faisaient des fromages. En fait, je pense maintenant que ça doit marcher aussi bien que le pain. Les vaches étaient au pré avec leur berger (tiens, ça existe donc encore les vaches laitières pas enfermées dans leur stabulation toute l'année ?) mais nous avons quand même visité l'étable. Une étable comme les autres… Mais, dans un box à part, deux veaux. On nous explique : "L'un est un veau un peu malade qu'on garde ici pour quelques jours, l'autre a une patte cassée". En effet, un des deux veaux se tenait appuyé sur ses coudes antérieurs, incapable de se lever. Il s'était brisé la patte avant en pâture, mais le berger s'en était aperçu trop tard et n'avait pas su apporter les soins appropriés (sans commentaire). Finalement, le veau s'était simplement retrouvé en box. On attendait de voir la tournure que prenait la fracture, et ça faisait déjà un mois que ça durait. Je ne me souviens plus quelle question j'ai alors posée, mais je me rappelle tout-à-fait la réponse : "On aimerait bien qu'il guérisse parce que c'est une femelle. Elle a beaucoup maigri, alors si maintenant on doit la vendre à l'abattoir, on ne va pas en tirer quand chose. Si ça avait été un mâle, on l'aurait fait abattre tout de suite. Là on a pris un risque, on aimerait que ça aille."
...
medium_deuxcochons.jpg La visite continue. Nous tombons sur les cochons. Une dizaine de cochons apeurés glissent sur des caillebotis mouillés pour accéder à leur mangeoire. Le spectable est lamentable mais l'excitation règne dans mon équipe. Comme souvent, observer des animaux interpelle notre côté humano-singesque et beaucoup n'y résistent pas : ils se mettent à grogner à qui mieux-mieux. En fait, les cochons peuvent sortir ; ce sont sans doute des "cochons-plein-air-bios" : ils peuvent se promener sur une sorte de petit terrain complètement boueux, sans un brin de verdure, ni d'ombre, et entouré de fil électrifié. Curieux, quelques-uns nous regardent, nous hument, mais n'osent pas s'approcher. Je m'attarde à les regarder tandis que le groupe s'éloigne. Je prends des photos, je les filme. J'enrage. Mes collègues voient ces cochons, il faudrait être aveugle pour ne pas sentir leur sensibilité, leur curiosité (non, je ne projette pas !), et aucun ne remettra en question le fait de les manger… Les cochons sont laids, les cochons sont roses, les cochons sont gras et tout est bon dans le cochon ! Les cochons sont jolis, les cochons sont curieux, les cochons sont sensibles et rien ne justifie le fait de les tuer. Ma tête s'est mise à tourner, d'un revers de main j'essuyais mes larmes tandis qu'une copine m'appelait. Troublée par mon air, elle voulu me réconforter : "Mais tu sais, ils ne sont pas si malheureux, ils peuvent sortir !"
...
medium_veaubis.jpg La visite a continué sans moi. Le cœur n'y était plus. De toutes façons, ils visitaient la fromagerie ; comme d'habitude ils ont dépensé plein d'argent pour acheter du bon-fromage-fermier, et du saucisson, bio bien sûr. Du pain aussi. Je n'ai rien acheté. Je ne voulais pas leur donner d'argent. Je suis retournée un long moment auprès des veaux. Ils étaient dans la pénombre et dans le silence. Jour après jour dans la pénombre et le silence. Je me suis sentie mieux, heureuse de leur compagnie, mais si triste. Eux aussi iront à l'abattoir. Celui qui avait la patte cassée essayait parfois de se lever. Il avançait à genoux jusqu'à l'abreuvoir. Encore des photos, encore des films. Ils avaient de beaux yeux. Je leur tendais la main, curieux ils tendaient le cou pour renifler, craintifs ils se rétractaient d'un coup en soufflant. Puis encore le silence et toujours la pénombre. Le silence des animaux est très beau. J'ai dû rejoindre mes collègues braillards. Je n'ai pas eu le courage de retourner auprès des cochons.
Parfois je regarde le petit film que j'ai fait sur les veaux. Je suis à chaque fois très émue.
Parfois je me demande s'il s'en est sorti. Si sa patte a guéri, s'il a goûté de nouveau à l'herbe fraîche et au soleil.
Je connais une femme qui travaille dans cette ferme, je pourrais lui demander des nouvelles. Je ne sais pas bien pourquoi, je n'en n'ai jamais eu le courage…
Parfois je ferme les yeux et je rêve que je sauve ces animaux, au moins ce veau à la patte cassée, qui avait déjà tant souffert, je l'emenerai avec moi, quelque part où il aurait une vie paisible et sûre - loin des gens qui spéculent sur son corps…

 

21 août 2005

Alentejo

Me voici dans l'Alentejo. Cette région du Portugal occupe 1/3 du pays, c'est la plus aride et paradoxalement la plus agricole. Le paysage de compose d'oliviers tordus et tellement vieux qu'on les croirait parfois fossilisés, de chênes lièges, de chaleur, de soleil, de poussiere, de vergers aussi : figuiers, orangers, citronniers, pruniers, poiriers, vignes... Les poires locales sont délicieuses, fondantes comme de la margarine ! La ville phare est Évora, à l'intéressante architecture arabisante, des murs blancs sous un ciel éclatant, des vestiges romains dedans et plein de vestiges paléolithiques alentours (Carnac peut bien se tenir !). Je ne les ai pas encore visités en fait...
L'Alentejo compte aussi beaucoup d'élevages. L'ancienne ferme où je loge, à quelques km d'Évora, se trouve dans un paysage typique de poussière et d'oliviers tordus. C'est un dédale de petites parcelles et de bâtisses, tout est complètement clôturé, pour moi c'est assez déprimant. Du grillage, des murets, des murs, du barbelé partout. Et derrière, des chiens souvent faméliques et encore enchaînés, des chats par dizaines, des oiseaux "de basse-cour" et des moutons.
Les moutons sont élevés pour leur viande, à petite échelle, du familial quoi. Le propriétaire de la ferme (quinta) où je loge en élève une vingtaine. En réalité ce sont des brebis et un bélier. Ils sont tous plus ou moins souffreteux, avec des problèmes de respiration, peut-être parce qu'ils ont toute la journée le nez dans la poussière à chercher de très hypothétiques touffes d'herbes - leur pré est complètement désertique - et j'en ai vu un qui boîtait. Le propriétaire vient les nourrir deux fois par jour.
Il nourrit aussi chaque soir tous les chats qui veulent venir manger, on en compte une vingtaine... Il dit "pas de problème", mais des problèmes j'en vois quand même, parce que même si ces chats-là ne meurent pas de faim, conbien de bébés chats meurent sans doute (de froid en hiver, tués par des chiens ou des humains... ) ? C'est généreux de sa part, mais ce serait peut-être pas mal de stériliser les chats ! L'adorable minoune de la maison a de la chance car elle est stérile. Elle a moins de chance car cette semaine elle s'est perforée la machoîre inférieure, une mauvaise chute apparement. Quatre jours plus tard on l'a emenée chez le vétérinaire (j'ai du insister), la plaie était alors trop infectée pour être recousue, bon, elle est sous antibiotiques et je lui mets de la bétadine...
Chez le vétérinaire, il y avait une feuille placardée avec des photos de chiens abandonnés et adoptables dans un refuge. On m'a expliqué que ce refuge se trouvait en plein désert, sans aucune ombre, qu'il y faisait une chaleur vraiment horrible.
Parfois je vais voir les moutons, je leur ai donné des pommes gâtées l'autre fois, ils ont tous accourus ! J'ai pu en toucher quelques uns par dessus leur clôture, mais ils étaient très craintifs. J'ai pris des photos, voilà, en hommage à ces brebis condamnées j'ai mis celle que je préfère en tête de ce blog.
Je suis sure qu'avec du temps et de la patience (et des trucs à manger !) ces brebis seraient de chouettes compagnes.
...
La prochaine fois, je raconterai peut-être les aliments vegans qu'on trouve au Portugal, ça diffère quand même de la France, c'est pas inintéressant !