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25 mars 2010

Les Doors, ambiance

Il y a des moments où c'est le creux de la vague, où le manque de temps conjugué au manque d'inspiration se conjugent pour laisser passer les semaines sans qu'une note n'apparaisse sur ce blog (si, si, il faut de l'inspiration pour écrire ici!). Hé bien, je me suis dit que je n'avais qu'à alors citer des passages de livres, ceux qui m'ont le plus touchés, ceux qui sont forts, ceux qui brassent ou donnent de l'énergie pour lutter, changer ou bouger ou mettent en colère. Cet extrait du livre "Un éternel Tréblinka" de Patterson fait tout ça à la fois et plus encore.
Il raconte comment l'artiste peintre anglaise engagée, Sue Coe, visita pendant six ans des abattoirs. Un livre et des peinture seront créés suite à ce temps passé dans ce monde caché de la mort. En six ans, elle a vraiment eu le temps de voir d'innonbrables atrocités, mais une scène a particulièrement marqué son esprit (et il y a de quoi), comme le raconte Patterson. Cette scène si bien décrite nous immerge dans l'ambiance très spéciale des abattoirs. Ce passage, je ne l'oublierai jamais.

"Alors qu'elle s'avance dans la salle d'abattage pour s'installer avec son carnet de croquis dans l'embrasure de la porte qui sépare les vaches attendant la mort du lieu où elles la trouveront, une sonnerie stridente se déclenche soudain et les ouvriers se dispersent por le déjeuner. "On me laisse donc seule avec six corps [de vaches] décapités et pissant le sang. Les murs sont éclaboussés, et il y a déjà des gouttes sur mon carnet. Je commence à m'habituer à ce que les mouches viennent se coller à moi comme aux cadavres."
Sue Coe sent alors quelque chose bouger à sa droit et s'approche de l'enclos pour mieux voir.
vache-1.jpgA l'intérieur, il y a une vache. Elle n'a pas été assommée ; elle a glissé dans le sang et elle est tombée. Les hommes sont allés déjeuner en la laissant là. Les minutes passent. De temps à autre elle se débat, heurtant de ses sabots les parois de l'enclos. Comme c'est une boîte métallique, les coups sont assourdissant avant que le silence revienne, puis d'autres chocs. Une fois elle lève suffisamment la tête pour regarder hors de la boîte, mais à la vue des cadavres suspendus, elle retombe. On entend le sang qui goutte et de la musique sort d'un haut-parleur. Ce sont les Doors, tout un album.
Sue Coe commence à dessiner, mais quand elle jette à nouveau un coup d'oeil dans la boîte, elle remarque que le poids de la vache a fait sortir du lait de ses pis. Tandis que le lait s'écoule doucement vers les drains, il se mêle au sang, et ils disparaissent ensemble à travers les grilles. Une des pattes blessées de la vache sort au bas de l'enclos métallique. "J'avais envie de pleurer pour cet animal, mais j'ai écarté toute empathie de mon esprit, comme le font les ouvriers." Plus tard, elle dit à Martha [directrice de l'abattoir] que les vaches lui semblent bien jeunes pour être abattues, même pas traites. Martha explique qu'à cette époque le prix du lait s'effrondre et que les fermiers ne peuvent pas se permettrent de garder leurs vaches. Ils les mettent donc sur le marché.
Quand les ouvriers reviennent de leur déjeuner, ils remettent leurs tabliers jaunes et retournent à leurs tâches. (...) Sue Coe voit entrer un homme qu'elle n'avait pas encore remarqué. Il donne trois ou quatre coups de pied violents à la vache blessée pour tenter de la faire se lever, mais elle ne peut pas. Danny se penche dans la boîte métallique et tente de l'assommer de son pistolet pneumatique, qui enfoncera une balle de douze centimètres dans son cerveau. Quand il pense avoir un bon angle de visée, il tire et "il y a un violent claquement, exactement comme celui d'un pistolet normal."
vache-2.jpgDanny appuie sur un bouton et la paroi métallique de l'enclos se soulève, découvrant la vache gisant là. Il s'en approche, attache une chaîne à l'une de ses pattes arrière et la soulève. Elle lutte, ses pattes s'agitent tandis qu'elle s'élève, la tête en bas. Sue Coe remarque que certaines vaches sont totalement assommées et d'autres pas du tout. "Elles se débattent comme des folles pendant que Danny leur tranche la gorge. Tout en exécutant son oeuvre, Danny parle à celles qui ne sont pas assommées : "Allez, ma fille, sois gentille!" Sue regarde le sang gicler "comme si tous les êtres vivants étaient des récipients mous qui n'attendaient que d'être percés." Danny s'approche de la porte et fait avancer la prochaine vache d'un coup de bâton électrique. Il y a beaucoup de résistance et de coups de sabots, car les vaches sont terrifiées. Tandis qu'il les force à entrer dans l'enclos où elles sont assommées, Danny répète d'une voix chantante : "Allez, ma fille!"."
photographies : L214

Oeuvres de Sue Coe

 

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15 mars 2009

Action directe par des éleveurs

cochon-elevage-1.jpgMardi 10 mars, une brève dans Lyon plus attire mon attention : Une quarantaine d'éleveurs des Côtes-d'Armor ont relâché 250 cochons dans un abattoir du Morbihan, information relayée notamment sur Internet, comme sur le site de Le Télégramme, où on peut lire :

Une quarantaine d'éleveurs de porcs des Côtes d'Armor ont perturbé cette nuit l'activité d'un abattoir à Josselin en relâchant 250 cochons pour réclamer de meilleurs tarifs.

Les manifestants ont également soudé le portail de cet abattoir de la société Europig, bloquant temporairement toute entrée ou sortie de camions et ils ont tagué des slogans à l'intérieur de l'usine. "Diplôme du plus mauvais payeur", "Porc acheté un euro revendu sept euros. A qui profite le crime?", ont-ils notamment écrit.

De nouvelles actions prévues
Les éleveurs des syndicats JA et FDSEA dénoncent une entente des abattoirs coopératifs pour éviter une montée des cours du porc. Ils ont promis de nouvelles actions dans les jours qui viennent.
Selon eux, les cours sur le marché du porc breton stagnent à un niveau "pas satisfaisant" de 1,1 euro le kg dans un contexte qu'ils jugent pourtant favorable. "La production de porcs commence à baisser dans certains pays d'Europe" alors que "la consommation a augmenté de 3% en janvier, du jamais vu depuis un an", affirment-ils dans un communiqué.

Cette information a été reprise par divers journaux, comme par Corse Matin(1) et France Soir. Pratiquement telle quelle.
Maintenant, imaginons un instant, pour de rire bien sûr, qu'au lieu d'éleveurs, un groupe  de personnes "pro-animal" aurait fait la même action. Elles aussi, elles auraient libéré 250 cochons dans un abattoir, puis elles auraient soudé les portes, bloquant ainsi toute l'activité du lieu pendant des heures. Elles auraient même, étrange coïncidence, pu reprendre à leur compte un sloggan et taguer : "A qui profite le crime ?"
Et imaginons ensuite les réactions médiatiques, juridiques : je vois ça d'ici, je vous jure, ce serait du pur délire, une véritable curée. Les journaux rivaliseraient de gros titres et de vocable, se disputant pour utiliser des termes comme : dangereux extrémistes, les terroristes sont parmi nous, inconscients, et autre action directe... Les journalistes belliqueux n'auraient eu de cesse "d'infiltrer" ces "groupuscules" et d'inviter la populace à s'inquiéter : "Mais jusqu'où iront les terroristes de la libération animale ?" Enquête, gardes à vues, relevés d'ADN, inculpations préventives (pour terrorisme, bien sûr) et procès se seraient enchaînés à une vitesse stupéfiante, avec des peines maximales sans doute requises contre ces "ultras de la cause animale" (2).
N'oublions pas qu'il y a moins de dix ans, des manifestant-e-s de la cause animale avaient osé badigeonner de colorant rouge lessivable une stèle située à l'entrée de l'abattoir d'Holtzheim. Ils avaient été condamnés à payer la coquette somme de dommages et intérêts d'environ 5 500€ (à l'époque, 35 000Frs). Ca fait drôlement cher le seau d'eau, la brosse et l'employé chargé de nettoyer le colorant - pour la petite histoire, la stèle représentait une tête de taureau.
Or, j'aimerais savoir si les éleveurs seront seulement poursuivis pour avoir : d'une part détérioré l'abattoir (tagues, portes soudées),  d'autre part l'avoir empêché de fonctionner pendant plusieurs heures. Et qui se souciera du préjudice subit par les cochons ? Il y a ceux lâchés dans l'abattoir qui, sans doute terrorisés de se trouver dans un lieu nouveau et puant la mort, se sont peut-être blessés - en plus sans doute  déchargés des camions avec brutalité, puis rattrapés par le personnel de l'abattoir toujours avec brutalité. Et il y avait aussi peut être des animaux parqués qui attendaient d'être déchargés ou tués - des animaux pris en otage de la fureur humaine. Mais tous ces animaux, déjà dans l'antichambre de la mort, ne sont perçus que comme des paquets de saucisses, des jambons ou des côtelettes - autrement dit, comme un sacré paquet de pognon.
Car les cochons sont uniquement des marchandises, du fric potentiel, et les éleveurs sont dans leur droit d'en faire ce que bon leur en semble. Comme les lâcher dans un abattoir. Après tout, l'abattoir leur appartient aussi un peu, puisque c'est là qu'ils transforment leur marchandise - comprenez : qu'ils amènent les animaux se faire assassiner. Alors merde quoi, quand ils sentent que le fric leur passe sous le nez, ils peuvent bien souder les portes, peindre les murs et menacer de faire de nouvelles actions. Qui les en empêchera ? Qui ne comprend pas la dramatique situation de ces honnêtes gens, si légitimement inquiets des fluctuation du cours de la viande ? Et s'ils font moins de pognac, qui va payer leur bagnole, leur abonnement canal +, rembourser leurs crédits et tutti quanti ? Alors dans tout ça, vous comprenez bien que la vie des cochons, on s'en f... vraiment complètement, surtout que tuer des animaux créé des emplois (lorsque l'esclavage a été aboli, je suis sure que des braves gens se sont inquiétés du sort des contremaîtres et des vendeurs d'esclaves).
Mais tous les éleveurs n'ont pas autant d'humour que ceux qui ont soudés les portes de l'abattoir de Josselin : début mars dernier, à Loudéac, un éleveur de cochons en redressement judiciaire, sentant que sa baraque coulait et que ses bêtes ne lui rapporteraient plus un sou, a tout simplement mis la clef sous la porte. En laissant les cochons dans ladite baraque. Laissés sans soin pendant deux mois, les 150 cochons finissaient d'agoniser lorsque les services vétérinaires ont débarqué sur le lieu pour euthanasier les survivants. L'éleveur a été condamné à payer 1200€ - soit 8€ par cochon mort dans d'atroces souffrances. Un verdict qui l'a fait sourire. Alors, pourquoi se prendre la tête ?(3)
Le meilleur de ces histoires, c'est de penser que la majorité des gens est persuadée que les éleveurs aiment et respectent les animaux qu'ils élèvent, ce dont les éleveurs se vantent d'ailleurs régulièrement (peut-être même, dans leur délire, y croient-ils eux-même?). Ha, le bien-être des animaux d'élevage !...
Je ne puis m'empêcher de me demander si cet étrange amour ne serait pas, plus fondamentalement, motivé par l'appât du gain. C'est moins bucolique, mais ça me semble tellement plus réaliste...
Mais dans toute cette histoire, il y a une chose qui me tracasse : pourquoi les éleveurs ont-ils tagué sur le mur de l'abattoir : "A qui profite le crime ?". Ironie, inconscience, provocation ? Car comment peuvent-ils, à ce point, occulter le fait que c'est à eux que le crime des animaux profite?

elevage-cochons.jpg(1) Corse Matin a illustré son article d'une très jolie photo (source AFP) de cochons, reposant tranquillement dans de la paille fraîche, dans un enclos en bois . Les journalistes sont décidemment bien mal informés, puisque la quasi-totalité des cochons est élevée de façon hors-sol, sur des caillebotis qui leur blessent les pattes, et dans des cages de métal minuscules qui les rendent complètement fous: Voir la photo ci-contre: les réalités de l'élevage.
(2) Les ultras de la cause animale
: titre d'un article paru dans le journal suisse L'hebdo, du 29 mai 2008.
(3) Information relayée par Ouest France et L214.