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10 décembre 2007

Charlie Hebdo peut mieux faire

5d5d31fa30f9c6307704c78d2501c7e8.jpgLe dernier numéro d'Alliance Végétarienne (la revue de l'Association Végétarienne de France) dédie des "Ronces" à Charlie Hebdo, pour un article que je vous laisse découvrir (cliquer sur l'image pour l'agrandir). Je n'ai pas résisté à l'envie de rédiger une réponse à cet article croustillant, ni à vous la faire lire. Voici donc la copie de la lettre que j'adresse ce jour à Siné:

Monsieur,
Je découvre avec stupeur que l’Association Végétarienne de France vous a décerné « des Ronces », via sa revue Alliance végétarienne n°90, pour une chronique parue dans votre journal n°799 du 10 octobre dernier. Sans nier que ces malheureuses lignes de votre part méritent effectivement des Ronces, je suis sidérée que vous ayez pu faire paraître de telles inepties.
À n’en pas douter, il y a eu dérapage de votre part. Comment expliquer autrement qu’un journal aussi fiable, aussi bien informé que le vôtre, et ayant à cœur de lutter pour des causes justes, ait pu publier de telles (comment dirais-je ?), de telles sottises ? Je ne peux pas croire à un acte de malveillance de votre part ; aussi vous me permettrez de mettre cet article sur le compte de votre ignorance, et c’est pourquoi je vous écris aujourd’hui, afin de vous donner des éléments constructifs pour qu’au plus vite vous puissiez rectifier vos très regrettables erreurs.

Reprenons l’élément essentiel de votre texte qui prouve que, hélas, vous pataugez en plein Moyen-Âge de la diététique. Ainsi, vous écrivez : « Comme tous les nutritionnistes vous le confirmeront, c’est un pari [le végétarisme] parfaitement impossible à tenir, surtout dans la durée, à moins de compenser les carences inévitables par des comprimés de vitamines en pagaille. »

Tout d’abord, je sais combien vous serez soulagé d’apprendre que vos croyances sont totalement erronées. En effet, des nutritionnistes reconnus ont publié un rapport objectif et officiel sur les modes d’alimentation végétarienne et végétalienne, d’où il ressort qu’il est tout à fait possible, voire conseillé, de suivre ces alimentations. Ce rapport a été rédigé par l’Association américaine de diététique et Diététiciens du Canada, deux organisations de renommée internationale et comprenant près de 70 000 membres (diététiciens et nutritionnistes). Il a été publié sur la base d’articles scientifiques, et vous comprendrez par vous-même que le sérieux de leur étude ne saurait être mise en doute.

Toute personne intéressée (dont maintenant vous faites parti) peut consulter le rapport original en anglais à l’adresse Internet suivante :
http://www.eatright.org/cps/rde/xchg/ada/hs.xsl/advocacy_933_ENU_HTML.htm

Une traduction française existe, et vous pouvez la trouver également sur le net, où elle est d’ailleurs téléchargeable gratuitement – afin de, justement, lutter contre l’ignorance des gens qui croient encore qu’il est impossible d’être végétarien ou végétalien. Voici le lien :
http://lacriee.free.fr/positionAADD.html

Pour vos recherches, vous trouverez également une multitude d’informations fiables sur l’alimentation végétarienne et végétalienne à cette adresse :
http://www.vegetarisme.fr/EntreNous/index.php?p=../docs/index.php


Vous serez heureux d’apprendre, à la lecture de ces documents, qu’aucun complément n’est nécessaire lors d’une alimentation végétarienne. Donc, là encore, vous avez commis une boulette fort regrettable en écrivant que le végétarisme est « parfaitement impossible à tenir, surtout dans la durée, à moins de compenser les carences inévitables par des comprimés de vitamines en pagaille. » En réalité, vous constaterez en vous documentant qu’il n’y a pas plus de « carences » que de « comprimés de vitamines en pagaille. »
Il est exact que pour l’alimentation végétalienne (ce dont vous ne parlez pas) il convient de compléter son alimentation par des apports en vitamine B12. Mais vous conviendrez avec moi que, dans un sincère souci de réduire la souffrance des autres animaux sur notre bonne vieille Terre, prendre quelque apport de vitamine B12 est vraiment un moindre mal – voire même un plaisir quand on songe aux nombres de vies animales ainsi épargnées par une alimentation végétalienne.
Je sais que des personnes argumentent que compléter son alimentation n’est pas « naturel ». Mais ces individus ont hélas une vision étroite des choses (ce qui ne saurait être votre cas). Elles confondent « naturel » et « bon » ; croyant naïvement que l’un et l’autre sont synonymes. Deux minutes de réflexion autour de faits aussi « naturels » que le viol, les maladies et épidémies de toutes sortes, les malformations et les catastrophes du genre ouragan Katrina et tsunami de 2004, nous font immédiatement comprendre que ces deux mots sont en réalité étrangers l’un à l’autre. Ce n’est pas parce que quelque chose est naturel qu’il est bon, et de bonnes choses (comme chercher à réduire la souffrance des animaux) peuvent parfaitement ne pas être naturelles.
D’autres personnes, noyées dans leur égoïsme ou de simple mauvaise foi (dont vous ne faites évidemment pas parti), n’ont pas envie de se « compliquer » la vie avec ces histoires de compléments alimentaires. Elles ne veulent même pas songer qu’être végétalien permet d’épargner la vie d’animaux, et que pour être un végétalien en pleine forme il suffit de prendre une dose de B12 tous les 5 jours au maximum, par exemple sous la forme d’un cachet minuscule. Il est rassurant par ailleurs de savoir que la vitamine B12 est constituée de bactéries cultivées par des laboratoires indépendants. Sachant tout cela, on se passera d’autres commentaires sur l’arrogance de ceux qui, au nom de je ne sais quels principes dépassés, refusent tout simplement de réfléchir aux conséquences désastreuses de leur alimentation et à la question des compléments alimentaires.
Pour information, je rappelle par ailleurs que de nombreuses personnes omnivores sont carencées en B12, en fer, en calcium, ou en toute autre chose, et que les compléments alimentaires sont loin de concerner prioritairement ou exclusivement les végétariens ou les végétaliens. Il s’avère donc absurde d’insister sur le fait que ces régimes doivent être équilibrés, alors que tous les régimes sans exceptions doivent l'être. C’est une question de bon sens.

Mais revenons à votre article. C’est avec désarroi que je lis également « de plus en plus de jeunes cons refusent même de manger les légumes ayant touché la viande ! Au lieu de les virer sans bouffer ou de leur faire ingurgiter de force avec un entonnoir, l’université de Lyon a réuni les responsables de toutes religions – y compris les bouddhistes -, écouté leurs conneries traditionnelles et décidé de créer « des repas complets sans viande » avec, c’est un comble, l’assentiment des laïcs et des athées. »
J’avoue que j’ai du mal à saisir pourquoi, comme toute personne sensée, vous ne vous réjouissez pas d’apprendre que grâce à une réflexion commune de différentes parties (même les plus minoritaires, comme les bouddhistes), des repas complets sans viande seront désormais servis à l’université de Lyon. Peut-être n’avez-vous pas saisi qu’il existe un lien entre le fait de manger de la viande et d’exploiter et tuer des animaux ? Ou bien êtes-vous de ceux qui ne savent pas que les animaux non humains sont des individus sentients, c’est-à-dire qu’ils ont des perceptions, des émotions, et par conséquent des désirs, des buts, une volonté qui leur sont propres ? En d’autres termes, votre ignorance serait-elle profonde au point de ne pas savoir qu’un cochon, une vache, une poule ou un poisson n’ont pas envie d’être tués pour être mangés ?
Peut-être ignorez-vous même que les animaux qui nous servent d’aliments vivent dans des conditions atroces : ils sont entassés, stressés, maltraités, battus, les mères sont séparées de leurs petits, les porcelets sont castrés et ont les dents et la queue coupées sans anesthésie... la liste des maltraitance sur les animaux destinés à la boucherie est sans fin, aussi là encore je vous laisse le soin de vous renseigner par vous-même – et là encore, sans bouger de votre fauteuil, une recherche sur Internet vous donnera tous les éléments nécessaires à une réflexion constructive.
Je n’en reviens pas de découvrir, par votre article, que des gens cultivés comme vous peuvent aujourd’hui encore ignorer que les autre animaux ont des conditions de vie (et de mort) abominables et ce uniquement du fait de notre gloutonnerie (puisqu’il n’est pas nécessaire de manger de la viande). Mais comment justifier autrement vos écrits ? Jusqu’à maintenant, vous étiez sans doute de ces gens indifférents pour qui la viande était un produit alimentaire neutre, mais maintenant vous prenez conscience que la viande est le cadavre d’un animal sentient qui a souffert et qui a été tué pour nous. Je sais que ce n’est pas facile d’affronter cette vérité, heureusement, il est possible de ne pas continuer à cautionner une telle barbarie – oui, vous avez compris : en étant végétarien ou, mieux encore, végétalien !

Arrêtons-nous maintenant un instant sur la forme de votre écrit. Si sa violence me désole, je la comprends aussi. Cette envie irrépressible de vouloir « les [les étudiants] virer sans bouffer » ou « de leur faire ingurgiter de force avec un entonnoir », ce mépris au point de les traiter de « cons », oui, je comprends que, convaincu du bien-fondé de vos croyances (à savoir qu’il faut manger de la viande), vous ayez face à ceux qui ne les partagent pas la même rage que, par exemple, les missionnaires catholiques ont eu face aux païens. Aveuglé comme eux, vous vous laissez emporter par la force de vos convictions, sans songer un seul instant à remettre en question votre foi en une société qui nous apprend dès le premier âge à manger de la viande et qui nous conforte sans cesse dans cette voie. La tyrannie et la haine vous emportent, et vous voulez soumettre par la force ceux qui vous contestent. Mais je sais aussi que vous êtes capable de dépasser ce conditionnement pitoyable et que vous serez à même de retirer des éléments que cette lettre vous apporte les conséquences utiles à votre évolution – et, certainement, vous regrettez déjà votre emportement, autant sur la forme que sur le fond.

Je conclurai cette lettre par une dernière information, mais de taille et très réjouissante : en plus d’épargner des animaux non humains, le végétarisme et le végétalisme sont des modes d’alimentation bénéfiques aux humains et à l’environnement. Je sais que ça vous paraît trop merveilleux pour être vrai, et pourtant c’est la vérité. Je m’explique :
Il faut savoir qu’en moyenne, il faut 7 calories d’origine végétale pour produire une seule calorie sous forme de viande. C’est-à-dire qu’il faut 9kg de protéines végétales pour produire un kilo de protéine animale. Concrètement, aujourd’hui dans le monde, 90% des plantations de soja servent à nourrir des animaux qui vont nourrir des humains ; fait totalement absurde puisque ce soja, s’il était consommé directement par les humains, pourrait nourrir environ 10 fois plus de personnes. C’est la même chose pour les céréales, dont 38% de la production mondiale sert aussi à nourrir les animaux. Quant aux terres arables, les deux tiers sont réquisitionnés afin de faire pousser ces aliments pour animaux, alors qu’ils nourriraient des millions de personnes supplémentaires s’ils étaient cultivés directement pour les humains (avec des céréales, du soja, des légumineuses, des légumes... ). Cette donnée à elle seule justifie de ne plus manger de viande, puisqu’il est fondamentalement injuste que le grain du pauvre engraisse la vache du riche – et nous en conclurons évidement que le végétarisme est une démarche très philanthropique. Continuer à manger de la viande dessert donc tout autant les humains que les animaux.
Mais ce n’est pas tout, puisque les élevages polluent massivement les sols et les eaux – pas la peine d’aller bien loin pour s’en rendre compte, il suffit de voir ce qui se passe en Bretagne. Les élevages sont aussi dévorateurs d’eau et d’énergie, et ils participent en plus au réchauffement climatique. Et comme si ce n’était pas suffisant, des millions d’hectares de forêts tropicales sont tout simplement rayés de la carte pour leur faire de la place... Triste constat, mais qui n’est pas insoluble - là encore je vous laisse le soin de vous documenter par vous-mêmes (et vous n’allez pas être déçu du résultat de vos recherches) et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Et comme vous, je dis : assez ! assez de souffrances, d’absurdités, d’inconscience ! Je l’ai dit, vous luttez pour des causes justes, et maintenant vous prenez conscience que le simple fait, si dramatiquement anodin, de manger de la viande est un acte hautement barbare et destructeur. Alors, soyons responsables, laissons les animaux tranquile, tournons-nous vers l’avenir et refusons de manger de la viande, puisque rien, mis à part des habitudes dépassées ou des arguments invalides, ne peut justifier de continuer à le faire. Je comprendrais tout à fait que vous préfériez rédiger une rectification vous-même à votre article à partir de vos propres recherches plutôt que de publier cette réponse, qui ne développera pour vous sans doute pas assez les bienfaits du végétarisme et du végétalisme. J’ai hâte de lire votre article et, confiante en votre honnêteté et en votre esprit d’ouverture, je sais que vous allez publier un article intéressant et constructif – car vous aurez à cœur de ne pas rester des fossiles ni des imbéciles quant aux animaux non humains, au végétarisme et aux humains.

 

Dans l’attente de vous lire rapidement, directement ou via votre journal, je vous adresse mes plus sincères salutations.