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04 mai 2008

Le championnat de la barbarie

260304471.jpg« Les 16, 17 et 18 mai 2008 est programmé à Cluny (Saône-et-Loire, 71) un « championnat de France » de déterrage. Il s’agit d’un concours de chiens de chasse, dont les terrains de jeu seront les milieux naturels, et les « cibles » des animaux sauvages, en particulier des blaireaux ». Le déterrage, ça consiste à forcer le blaireau à sortir de son terrier (enfumage, chiens) à côté duquel on a creusé une sorte de fosse (au tractopelle si possible). L'animal terrorisé s'y réfugie, et y lutte contre les chiens pendant des heures. Finalement, si possible avant qu'il ne meurre, de courageux chasseurs le saisissent avec des pinces métalliques et le relâche un peu plus loin. Alors le blaireau comprend : c'était juste pour de rire ! Et soulagé, il reprend sa petite vie comme si de rien n'était. D'ailleurs, pour preuve que ça comptait pour du beurre, les chasseurs reconstruisent son terrier, qui a été à peine détruit par la meute en furie et le tractopelle.
870476063.jpg Vous ne me croyez pas ? Pourtant, c'est écrit noir sur blanc dans Libération : « Le préfet de Saöne-et-Loire, Michel Lalande, rassurant, [...] précise que tuer les blaireaux est "strictement interdit" et que "leurs terriers seront reconstitués par les participants" ». Ha, vous voyez que je n'invente rien, c'est même le préfet qui le dit. Et bien sûr, un préfet, non seulement ça ne dit pas n'importe quoi, mais ça reste insensible au lobby des chasseurs.
Bien sûr, ce sera la pleine période de reproduction et les petits seront peut-être un peu malmenés au fond des terriers.
Bien sûr, des écologistes (ceux de l'association Meles, par exemple) disent que des blaireaux meurent suite au stress dans les heures qui suivent le relâcher, mais les écologistes ont les connaît, tous des empêcheurs de tourner en rond, et puis on ne peut quand même pas accuser les chasseurs de les avoir tuer - totalement innocents, les pauvres chasseurs.
Bien sûr, ce genre de chasse est interdite dans la plupart des autres pays européens, où les blaireaux font aussi parfois partie des espèces protégées (Belgique, Grande-Bretagne, Italie, Irlande, Espagne, Grèce, Pays-Bas et Luxembourg).
Etrangement, des associations s'émeuvent et grondent. Un temps, le préfet a même failli tout annuler, au cas où les blaireaux feraient appel à quelques partisans pour les défendre.
Hé quoi, de braves chasseurs, appuyés par un tout aussi courageux préfet, organisent une petite party et des enquiquineurs crient au scandale ? Heureusement, de bons citoyens, des gens intelligents et qui réfléchissent fort, réagissent. Par exemple, Monsieur Ben, qui écrit suite à l'article de Libération et à propos de la chasse sous terre : " La vénerie sous terre est un mode de chasse à part entière qui par ses usages et ses coutumes appartient à la culture rurale, au patrimoine commun. C'est un art qui se cultive, se perpétue dans des règles strictes et qui nécessite donc comme n'importe quel autre le respect ". Sans doute comme la corrida, l'esclavage, l'excision, le gavage des oies et des canards : tout ça aussi ce sont de bonnes vieilles traditions à part entière qui font partie du patrimoine commun, donc à "respecter" sans aucune doute. Bravo, brave Monsieur Ben. Et puis, d'une part, tout le monde sait que les blaireaux français (contrairement aux belges, anglais, italiens irlandais, espagnols, grecs... ) sont particulièrement dangereux et qu'ils constituent une menace très inquiétante pour notre beau pays (ouf, de vaillants chasseurs nous défendent contre les hordes de blaireaux, alors qu'innocemment nous ne soupçonnions rien), d'autre part la France a une réputation de pays complètement arriéré qu'il faut maintenir, alors ne croyez pas qu'ils font ce championnat uniquement pour le défoulement sadique : c'est aussi pour maintenir la France dans sa tradition de pays rétrograde (puisque les traditions, ça se respecte).
Mais j'écris, j'écris, et ça me fatigue. Si vous voulez en savoir plus, je vous laisse le soin de lire le communiqué de Cyberacteurs, celui de l'ASPAS, lire (et télécharger) la fiche sur le déterrage, et n'hésitez surtout pas à signer leurs pétitions. Si vous voulez écrire aux intéressés, il n'est peut-être pas encore trop tard. Et puis,  pourquoi ne pas aller faire un petit tour sur place les 15, 16 et 17 mai 2008, histoire que nos amis les blaireaux se sentent un peu moins abandonnés aux mains des brutes ?

Envoyez sans tarder votre prose à (vous pouvez vous inspirer du communiqué de l'Aspas ou de celui de Cyberacteurs) :

christian.chassaing@saone-et-loire.pref.gouv.fr.
ministere@ecologie.gouv.fr.
mairie@cluny.fr.
DDAF71@agriculture.gouv.f