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21 août 2012

2012, la faim du monde

Cet été fut torride et désespérément sec aux Etats-Unis: 60% des USA et du Mexique touchés par une sécheresse historique ; les récoltes de soja et de blé d'un des "plus grand grenier du monde" seront catastrophiques. Scénario identique en Russie, Ukraine et Kazakstan ; en Inde, la mousson tarde et est faible ; en Europe, ce sont les inondations et l'excès d'eau qui gâtent les récoltes. Les espoirs se reportent désormais sur l'hémisphère sud: Australie, Brésil, Argentine... mais d'ores et déjà, 2012 sera une nouvelle fois le théâtre de la faim dans le monde.
Force est de constater qu'au XXIe siècle, les années déficitaires en céréales sont dorénavant plus fréquentes que les années excédentaires ; on n'arrive pas à reconstituer des stocks dignes de ce nom et d'ailleurs on ne tente guère car ce n'est plus à la mode : le "moderne" maintenant, c'est la spéculation ! On vit au jour le jour, et la paix dépend des incidents climatiques dans les zones d'excédents céréaliers, lesquelles sont peu nombreuses et très localisées : les mauvaises récoltes de 2007 ont entraîné des émeutes de la faim de 2008 dans trente-six pays, de Dakar à Mexico en passant par Le Caire, tandis que celles de 2010 ont été une cause directe des révolutions arabes...
Si le cours des céréales et du soja continue à flamber, les spéculateurs (qui sont autant de criminels) vont s'en donnerà cœur joie, aggravant le phénomène.
Trois conséquences sont prévisibles, puisque les céréales ont maintenant trois usages concurrents.

Une bonne partie des 920 millions de mal-nourris, en tout cas ceux qui habitent dans les grands bidonvilles du monde, auront encore plus faim. Ces gens consacrent souvent de 70% à 80% de leurs ressources à acheter leur nourriture, ils ne pourront pas faire face à des augmentations de prix. Et il y aura 30, 50 ou 70 millions d'affamés supplémentaires parmi ceux qui mangeaient mal mais mangeaient encore sans avoir trop faim. Le cap du milliard d'affamés sera de nouveau dépassé, prouvant par là même que notre modèle de société actuel n'est ni "soutenable" ni responsable.

Les éleveurs ne pourront pas nourrir tous les animaux élevés : la moitié du blé mondial et les trois quarts du maïs et du soja ne servent pas à nourrir directement les humainEs, à faire du pain, des pâtes, du couscous, des tortillas ou du tofu, mais à exploiter des animaux qui seront tués et à s'octroyer leurs productions : poulet, œufs, u porc, lait, bœuf ! Petit rappel: il faut en moyenne 7 protéines végétales pour fabriquer une protéine animale...
Ces crises à répétition devraient remettre en question la durabilité de notre système alimentaire, qui nous amène à manger en France chaque année 85 kg de viande et 90 kg de laitage! Et que dire des Etats-Unis (125 kg de viande), sans comper la Chine qui rejoint notre gabegie alimentaire ?

Les politiques de soutien aux agrocarburants de première génération (éthanol à base de maïs aux Etats-Unis (bientôt en Europe), biodiésel à base de colza en Europe ou d'huile de palme dans de nombreux pays du Sud) vont à nouveau être fortement questionnées. Est-il raisonnable de brûler une ressource aussi essentielle et dorénavant rare que les grains de céréales ou d'oléagineux, et de défricher à grande échelle la forêt vierge pour pouvoir poursuivre ? Non, bien sûr !

La faim dans le monde n'est plus inéluctable, même en prenant en compte les catastrophes naturelles que sont les sécheresses ou les inondations. Aujourd'hui, la faim dans le monde est le pur résultat des facteurs simultanés que sont: la spéculation, la consommation de viande et de produits animaux, la fabrication d'agrocarburants, le gaspillage alimentaire et le désengagement politique.
Au moins sur la consommation de viande et de produits animaux (produits laitiers, oeufs, mais aussi cuir, laine) nous avons tous un pouvoir décisionnel; celui de refuser d'en consommer, de refuser d'être acteur/actrice de la famine.

-> Cette note est en grande partie élaborée via un article de Le Monde, "Il faut en finir avec la gabergie alimentaire", du 20 août 2012.