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12 janvier 2008

Un éternel Treblinka

357eeb37fbec5564ac9683a659240a15.jpgÇa y est, Un éternel Tréblinka de Charles Patterson est enfin disponible en français, chez Calmann-lévy ! Depuis sa parution originale en anglais, en 2002, on attend cet événement. Sorti en janvier 2008 donc, disponible en librairie depuis une dizaine de jours, je me suis jetée dessus et je l'ai lu illico (hélas, je ne lis pas assez bien l'anglais pour avoir tenté la version en anglais). Et ce livre est vraiment fantastique. Sans l'ombre d'un doute, il est à classer parmi les ouvrages de référence par rapport aux animaux, et on ne peut qu'espérer qu'il contribuera fortement à l'amélioration de ce bas-monde.
Je ne vais pas me lancer dans un compte-rendu précis et détaillé, ce qui a déjà été très bien fait, et la sortie en français ne passe pas inaperçue : il y a déjà de nombreuses chroniques sur le net : Veganimal info nous offre un entretien traduit en français avec l'auteur, et Le Monde, qui s'est aussi penché sur le bouquin, propose une chronique assez bonne, mais qui se termine bien entendu par un consensus : "Que faut-il faire pour que nous devenions moins inhumains avec les bêtes ? Le radicalisme de la réponse végétarienne préconisée par Patterson ne saurait convenir à tous. Mais il nous appartient à tous d'inventer une politique humaniste du vivant non humain." Et pour quelles raisons le végétarisme ne saurait convenir à tous? Mystère, zéro explication, mais ce mot de la fin nous renvoie à l'implicite de notre société viandiste où l'exploitation des animaux est la norme - norme qui n'a donc pas été réellement remise en cause par l'auteur. Dommage que Le Monde n'explique pas non plus comment les humain-e-s vont inventer une "politique humaniste du vivant non humain" qui soit honnête, sincère et cohérente, tout en continuant à manger des animaux. Mais l'auteur de l'article vraiment compris ce qu'il a lu? A-t-il compris Patterson, lorsque ce dernier cite un rescapé des camps qui dit : " Auschwitz commence lorsque quelqu'un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. "
A-t-il compris que chaque année dans le monde plus de 45 milliards d'animaux sont assassinés dans les abattoirs : comment oser dire ensuite que le végétarisme n'est pas la solution?...
Un éternel Tréblinka, on s'en doute, n'est pas un livre très joyeux. Mais la vie des animaux dans l'ensemble non plus. C'est un livre qui questionne vraiment, extrêmement bien argumenté et documenté, avec de nombreux exemples et citations à l'appui. Un livre fait pour déranger les consciences et bouleverser les habitudes, un livre fait pour sauver des vies. Ce livre est comme une fenêtre qui donnerait dans un abattoir, qui montre ce qui n'est pas montrable, qui étale ce qui est soigneusement occulté, parce que ça donne la nausée et que c'est insoutenable. Mais le fondateur du musée de l'Holocauste, à Washington, « disait qu'il avait réussi à extraire de son étude de la Shoah trois commandements : tu ne seras pas un bourreau ; tu ne seras pas une victime ; tu ne sera pas un témoin passif. "S'ils étaient appris dans toute la société, (...), ces trois commandements aideraient les gens à comprendre combien les choix que nous faisons déterminent dans quelle mesure nous sommes bourreaux, victimes ou témoins passifs dans une société qui perpètre depuis longtemps un holocauste contre les animaux et l'écosystème tout en refusant de le considérer comme un holocauste"» (p. 215-216)
Des passages du livre m'ont vraiment marquée, notamment parmi les témoignages des anciennes victimes.
Une avocate, pleine de compassion, déclare très justement : « Il semble que la violence soit mieux acceptée si elle est exercée sur des êtres différents de soi.» Cette femme se souvient ainsi d'un éleveur texan qui, à propos de certains animaux de son élevage, disait : "Il est différent ; y'a qu'à l'abattre.» Et elle continue : « La violence, c'est la violence. Peu importe où elle s'exerce, dans un camp de concentration ou dans un abattoir.»
Ce livre est dédié à la mémoire d'Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature, pour son oeuvre auprès des aminaux, comme en témoigne cet extrait d'un texte de Singer qui a donné son nom au livre de Patterson:
« En pensée, Herman prononça l'oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. " Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu'un comme toi ? Ils se sont persuadés que l'homme, l'espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka."»
Un éternel Tréblinka est un livre culte essentiel, qui transcende bien des tabous et nous offre la possibilité de voir le monde autrement, d'une façon tellement plus juste. À lire absolument.