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17 juillet 2006

Quand les éléphants pleurent

medium_elephants_pleurent.jpgDepuis le temps que j'avais ce bouquin dans ma bibliothèque, je me suis décidée à l'ouvrir avant hier. Et depuis, je n'en décroche plus ! Il est vraiment, comment dire ? Impressionnant, émouvant, précis, enrichissant ? Bouleversant peut-être... Les auteur-e ont effectué un travail impressionnant pour nous initier au monde émotionnel des animaux, avec des centaines d'exemples à l'appui. Amour, compassion, joie, peur, colère... les animaux connaissent tous ces émotions, au sein de leur clan, meute, famille, couple, amis, et aussi entre espèces différentes. Nous abandonnons pendant les quelques 300 pages du bouquin notre anthropocentrisme forcené pour découvrir la sensibilité de ceux qui ne nous ressemblent pas physiquement. C'est passionnant ! Et les auteur-e font continuellement le parallèle avec les études qui portent sur les animaux, principalement des études éthologiques, dont la position officielle est la non-reconnaissance des émotions animales. L'ouvrage montre les acrobaties terminologiques que les chercheurs utilisent pour nier l'évidence. Il pose de bonnes questions : pourquoi un tel acharnement à nier l'évidence, pourquoi une telle absence d'intérêt, un vide parfois total par rapport à ce que peuvent ressentir les animaux ? Par exemple, les auteur-e nous font remarquer avec exactitude qu'on n'a jamais étudié la frayeur que peut occasionner chez un animal le simple fait d'être dans un laboratoire. Ce serait sans doute mettre en évidence un dilemne éthique que le regard de la science a choisi d'ignorer. Les auteur-e font des remarques très pertinentes : Ce qui nous limite [dans le désir de connaître les émotions des animaux], c'est l'ignorance, l'absence d'intérêt, le désir d'exploiter l'animal (par exemple pour le manger), ou des préjugés qui nous font refuser de reconnaître, comme de droit divin, ce que nous avons en commun quand tel est le cas. Pourrions-nous en effet être des dieux, si les animaux étaient pareils à nous ? (...) Si les humains se disent distincts des animaux, ou semblables à eux quand cela les arrange ou les amuse, c'est dans le but de maintenir leur domination. On peut penser qu'ils trouvent leur compte à traiter les animaux comme ils le font - à les blesser, les enfermer, exploiter leur travail, se nourrir de leur chair, les regarder et même en posséder certains comme signe de leur statut social.
Le livre explique en détail comment et pourquoi la communauté scientifique refuser de reconnaître la sensibilité des animaux. La grande critique pour un-e éthologiste est de faire de l'anthropomorphisme : Pour la science, c'est pécher contre la hiérarchie que d'attribuer des caractéristiques humaines à l'animal. De même que les humains ne pouvaient être semblables à Dieu, aujourd'hui les animaux ne peuvent être semblables aux humains (remarquez qui a pris la place de Dieu).
Voilà, j'ai commencé le livre avant-hier et j'en suis à la page 148. Quand je l'aurais fini, je ferai une chronique de livre. Cette lecture me rappelle toutes les petites histoires entendues ou lues à propos des émotions des animaux. C'est vrai que se rendre compte de tout ce que peuvent ressentir les animaux devrait, logiquement, nous faire remettre en question la place que nous leur accordons dans notre société. Mais ce n'est pas forcément facile de reconnaître qu'on a tort de faire quelque chose, surtout si tout le monde le fait, en plus notre société s'est bâtie sur l'esclavage, l'exploitation et le massacre (des humain-e-s et des animaux). Comme disent les auteur-e de ce livre, si nous reconnaissons que les animaux partagent nos émotions, ressentent de la peine ou de la joie, nous devrons lâcher du lest et arrêter de nous prendre pour le centre du monde.
Un jour, ma belle-soeur m'a demandé pourquoi j'étais végétalienne. J'ai commencé à expliqué que c'était pour les animaux. Mais très rapidement elle a coupé court à la conversation en disant que Dieu avait créé les animaux sur Terre pour nous servir et que l'être humain est de toutes façons infiniment supérieur aux animaux. Ma belle-soeur est très catholique et je ne me suis pas sentie d'entrer sur ce terrain avec elle, bref je ne voulais pas risquer une confrontation familiale, alors je n'ai rien ajouté. Sa réponse m'a tellement marquée que des années plus tard je m'en rappelle encore. Et ma mère, elle aussi catholique pratiquante, m'a souvent fait remarqué que Dieu nous a donné des canines pour qu'on mange de la viande. Elle me montrait ses canines en disant : Et ça, pouquoi on aurait ces dents-là ? Mes réponses rationnelles ou en faveur des animaux ne la convainquait jamais, et toujours elle me posait la même question. Un jour j'ai quand même fini par lui donner une réponse qui l'a laissée perplexe : Dieu nous a aussi donné des mains, avec les mains on peut caresser, faire du bien ou tuer et torturer. Nous avons le choix. Dieu nous laisse le choix, et bien j'ai choisi de ne pas tuer, ni avec mes mains, ni avec mes dents. Lui répondre avec ses propres arguments a été une bonne idée. Les êtres humains cautionnent l'exploitation des animaux parce qu'ils se croient réellement supérieurs, et en plus souvent autorisés à le faire via Dieu ou la Nature (ce qui revient au même). Et ça les arrange vraiment bien...

Jeffrey Moussaieff Masson & Susan McCarthy, Quand les éléphants pleurent. Paris, éds. J'ai Lu, 1997.