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02 décembre 2007

Expo photo des animaux de la ferme

dc249b8a27b09a153172ce67600fea62.jpgAu parc de la Tête d'Or, à Lyon, se tient en ce moment une expo photo sur les animaux de la ferme. 52 photos géantes sur de grands panneaux en bois ornent les allées, offrants aux promeneurs des portraits de vaches, cochons, poules, coqs, chiens, brebis, canards, oies et même un âne. L'auteur, Thierry des Ouches, est reconnu pour ses photos d'animaux de la ferme, il a fait des bouquins (de photos), et n'en n'est pas à sa première expo
Au départ, j'ai été plutôt enthousiaste (relativement, mais quand même) par rapport à cette expo. Je pensais que montrer des photos d'animaux, qui plus est de la ferme (ce qui est moins fréquent que des photos d'animaux sauvages) pouvait renformer une sorte de proximité humains-animaux qui serait propice aux animaux ; un peu comme comme si voir un beau portrait de cochon, et non pas seulement une image sur un boîte de pâté, participerait à comprendre que les cochons sont des animaux sentients et que ça pourrait changer le statut des cochons. Je me disais que ça pouvait, un tout petit peu certes mais rien n'est négligeable, être positif pour les animaux non humains.
4753d818a1a9502b8998907a818c38c9.jpg Mais voilà que je remarque qu'il s'agit uniquement de belles photos d'animaux paisibles, la plupart des poules et des coqs font partie d'espèces dites "ornementales". Après tout, c'est bien aussi de montrer que les animaux de la ferme, comme tous les animaux, peuvent être contents de vivre... sauf que... ce n'est pas du tout, mais alors pas du tout, représentatif du sort des animaux de la ferme. Je vois alors qu'un texte vient illustrer l'exposition. Bien sûr, je ne m'attendais quand même pas à un texte engagé, genre : "Ces animaux photographiés ont la chance incroyable de vivre une vie heureuse dans une ferme, mais hélas n'oublions pas que tous seront quand même abattus dans des conditions effroyables pour être mangés". Je ne délirais pas non plus au point d'imaginer que ces animaux de la ferme aient pu être photographiés dans un refuge pour animaux, et que l'expo ait été créée en sa faveur (du pur délire). Non, je sais pas bien ce que j'espérais, peut-être une petite phrase, même quelque chose entre les lignes qui parlerait du sort des animaux de la ferme, et qui expliquerait que voilà, là on voit des animaux heureux mais des millions vivent dans des conditions atroces...
Je lis attentivement le panneau explicatif de l'expo : rien. Même pas une allusion, un entrefilet : portraits et tabous sur les animaux se mélangent ici intimement.
On lit la biographie de l'auteur, et on apprend "que ces photographies sont présentées en avant-première de l'exposition "Explorer et classer : la quête scientifique" pour montrer la diversité des espèces créées par l'Homme". Super. Et notez bien: Homme avec un grand H. Mais tout ceci n'est guère étonnant, après tout, pour une expo organisée par le Jardin botanique de la Ville de Lyon et l'Université Lyon I.
Et je me dis que tout ceci est finalement bien dommage, parce que les gens vont être renforcés dans l'idée que les animaux de la ferme ont une belle vie, et ça leur donne rudement bonne conscience pour continuer à bouffer les animaux. Tous, ceux et celles qui mangent de la viande, aiment imaginer que leur bout de barbake vient d'une vache-qui-n'a-pas-souffert, ou d'un cochon-qui-a-eu-une-belle-vie. L'inverse n'est en effet pas très plaisant. Déjà, penser qu'il y a eu un animal sentient derrière le bout de cadavre, pardon, de viande, c'est moyen, alors savoir en plus que cet animal a eu une vie de merde et une mort douloureuse... Cette belle expo aurait pu être un moyen d'éveiller quelques esprits, hélas, tout en conscensus de bonne conscience spéciste, son souriant auteur ne fait que bercer d'illusions les amateurs d'animaux morts... Dommage.
C'est sûr qu'on préfère tous voir des belles photos d'oies et de canards visiblement heureux que des animaux en souffrance, et c'est tout-à-fait normal. Ce qui l'est moins, c'est de laisser croire que ces quelques portraits représentent l'ensemble de ces oiseaux, et de sciemment complètement occulter le fait que des millions souffrent le martyr à cause de notre gourmandise - et notamment à cause du foie gras, très à l'honneur en ces fêtes de la goinfrerie de fin d'année. La moindre des choses aurait été de leur rendre hommage, mais que voulez-vous, l'auteur préfère ne pas s'engager - car il ne peut pas être naïf ou crétin au point d'ignorer la véritable vie des animaux de la ferme. Par contre, profiter des animaux, ça il sait bien faire, mais je ne l'en félicite pas.