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23 janvier 2010

L'Inde, paradis des vaches ?

Elles sont tellement magnifiques, ces vaches indiennes, on dirait de vraies déesses - en tout cas, je trouve ! Entre leurs oreilles gigantesques et leur regard si doux, il y a quand même de quoi fondre... portrait-1.jpgCe que ne font bien sûr pas du tout tous les Indiens, et l'Inde est bien loin d'être le paradis des vaches. Encore une idée toute faite qui s'écroule, dommage, on l'aimait bien celle-là !
Traditionnellement, les vaches sont sacrées pour les hindous(1) qui les considèrent comme leur mère, pour ce qu'ils peuvent en retirer : le lait bien sûr (blanc, pur, sacré), mais aussi l'urine (usage médical et cosmétique) et la bouse (combustible et fertilisant). Pour les hindous, seule la consommation de la viande de vaches est taboue. Si les hindous considèrent que le végétarisme aide à leur élévation spirituelle, c'est une affaire personnelle et les animaux ne sont pas pris en compte pour eux-mêmes. Lors de certaines fête, comme Diwali, ils pratiquent des sacrifices animaux :  chèvres, boucs ou moutons sont égorgés. Tuer une vache est par contre considéré comme un meurtre.
Et pourtant, le plus grand cheptel de vaches est actuellement en Inde, avec 482 millions de têtes, dont au moins 284 millions de bovins laitiers, pour une production de lait de 100 millions de tonnes. L'Inde concentre 21 % du bétail mondial de buffles et de bovins. Mais les Indiens consomment tellement de laitages qu’ils doivent en importer, et la France est le premier fournisseur de l’Inde en lait. Car les Indiens, comme les Chinois, abandonnent progressivement leur régime alimentaire traditionnel, majoritairement à base de protéines végétales, pour rejoindre le modèle occidental basé sur une très forte consommation de protéines animales : laitages, oeufs, viandes. Pour le plus grand malheur des animaux et pour a richesse des industrielle, la Vache qui rit et le foie gras font leur entrée en Inde.
Pour les besoins de la production laitière, en Inde comme en Occident, les veaux sont généralement ôtés à leur mère dès la naissance afin de s’accaparer le lait. Les vaches sont abattues ou jetée à la rue dès que leur production diminue, ou si elles sont stériles. Insémination artificielle, séparation des petits et des mères, abattage des petits, promiscuité, mauvais traitements... en tous points, les conditions d’élevage des animaux liées à l’industrie laitière sont aussi éprouvantes et terribles qu’en Occident, et que les élevages soient encore généralement familiaux et de taille modeste n’y change rien (mais là aussi ça change, et les fermes industrielles font leur entrée, souvent avec le soutien financier et logistique de l'Occident). Une différence entre l'Inde et l'Occident, est que les gens mettent souvent à la rue les vaches dont ils ne veulent plus (stériles, malades, moins productives, etc). Histoire de ne pas les tuer - directement, au moins. Elles auront alors le choix entre mourrir lentement de faim, de maladie, après une collision avec une voiture (et causer un accident), ou bien de se faire embarquer pour l'abattoir, le tout dans l'indifférence quasi générale.
En plus de l'exploitation des vaches pour leur lait, l'Inde est le deuxième fabricant mondial de vêtements en cuir, après la Chine, avec une production de 18 millions de pièces par an sur un total de 120 millions de pièces. Si vous achetez du cuir, il a toutes les chances de provenir d'une vache tuée en Inde ou en Chine.

inde-abattoir-New-Delhi.jpgLes conditions d'abattage des vaches en Inde sont effroyables - on en voit, si je me souviens bien, quelques prises de vues dans Earthlings. Des milliers d'abattoirs clandestins existent à travers le pays, où les vaches sont égorgées en toute conscience, voire dépecées et découpées encore vivantes, pour leur cuir. De toutes façons, les abattoirs légaux ne valent guère bien mieux.
Le sort des autres animaux en Inde n'est guère plus brillant, qu'il s'agisse des chiens (victimes de la gale ou d'empoisonnements), des poulets (tués par millions pour être mangés), des chèvres et des moutons (également mangés en masse), des ânes (surexploités au travail jusqu'à finir, eux aussi, livrés à eux-mêmes à la rue), etc.
Mais en Inde comme ailleurs des milliers de gens s'organisent et luttent pour les animaux, pour les humains, bref, pour un monde meilleur. J'ai appris tout récemment que les ours danseurs n'existent plus en Inde. Des programmes de réorientation professionnelle intelligemment pensés ont été mis en place pour les propriétaires d'ours, qui y ont eu accès à la seule condition de donner leur ours à une structure apte à le recevoir et à s'engager à ne plus en exploiter d'autres.
Madhu&Vrinda.preview.jpgEt pour les vaches, il y a les "gaushalas". Ce mot sanskrit signifie littéralement : « la maison des vaches ». Il en existe des centaines à travers l’Inde et le Népal. Des vaches, des boeufs , des veaux et des taureaux abandonnés, victimes de mauvais traitements, blessés, accidentés ou en fin de vie sont recueillis dans ces refuges. Certains animaux sont rescapés des abattoirs, d'autres ont été trouvés agonisants en pleine rue.  Les gaushalas sont tenus par des hindous qui considèrent les vaches comme étant des êtres sacrés. Ces refuges possèdent donc tous une dimension fortement mystique. Certains sont corrompus, et les vaches y sont exploitées comme partout ailleurs. N'empêche, d'autres sont honnêtes, fiables et remarquables, ils sauvent des vaches pour de vrai - le gaushala Care for cows et Mahawir sont de ceux-là. Pourtant, ils ne prônent pas le véganisme - tenus par des hindous, le lait reste valorisé et  est donc (même si c'est très peu) consommé. Etonamment, les vaches se reproduisent également à l'intérieur des (certains?) gaushalas, alors que d'innombrables vaches, boeufs et taureaux sont à secourir à travers le pays. Enfin, je n'ai pas l'impression (mais je peux me tromper, toute info est la bienvenue) que les gaushalas aient une quelconque dimension informative - je veux dire par là que, par exemple, au lieux d'accepter la consommation de lait, il serait plus utile aux vaches  que les gens impliqués dans les Gaushalas informent leurs compatriotes sur ce que représente réellement cette consommation.
Que ce soit en France, en Inde ou ailleurs, épargnons les vaches en ne consommant pas de produits laitiers, en refusant de manger leur chair ou de porter leur peau - lait/viande/cuir étant les trois faces d'un même ignoble commerce lucratif.

blog kamal.preview.jpgblog yasoda.preview.jpg

Un excellent dossier pour en savoir plus :
"végétarisme, Inde et Tibet", réalisé par l'association Maïcha.

Vaches à leur arrivée au gaushala Care for cows, puis quelques mois plus tard.
Il est possible de soutenir financièrement les gaushalas, comme celui de Care for cows, et aussi de les visiter en Inde.

 

(1) L'Inde ne compte pas uniquement des hindous bien sûr, mais aussi des musulmans, des jaïns, des chrétiens, des bouddhistes, etc., peut-être même quelques personnes athées.

21 novembre 2009

Mystère et boule de gomme

Quand j'étais au Portugal, cet été, je passais presque tous les jours devant une sorte de pâtisserie-traiteur. Cette boutique disposait d'une petite terrasse, où les gens pouvaient boire un café en mangeant quelque viennoiserie, et il y avait aussi un écran télé (plat et HD) où le même film passait en boucle, du matin jusqu'au soir, jour après jour.

Ça commençait par l'histoire de jolis petits cochons noirs (les cochons portugais sont traditionnellement noirs) qui vivaient en pleins champs. On les voyait donc s'ébattre sous des étendues boisées de beaux chênes, dans la brume matinale, de belles images paisibles. Une carte nous montrait où vivaient ces cochons heureux.
Et puis ça enchaînait avec des carcasses de cochons suspendues par les pattes arrières, toutes propres, roses et déjà vidées. Comme ça, paf, d'un coup on passait du cochon trottinant dans son pré au même cochon mort, sans entrailles, prêt à être découpé en morceaux. Total mystère entre les deux prises de vues.
Comment une telle transformation était-elle possible? Confusément, les gens un peu avertis devaient bien percevoir qu'il manquait quelque chose, là, on passe pas comme ça d'un animal vivant à un cadavre écorché. Ce quelque chose, réfléchissons, l'abattoir peut-être? abattoir cochon.jpg

Rendue totalement invisible, cette séquence manquante entre deux prises de vues tranquillement posées (l'une sur du vivant, la seconde sur du mort), était sans doute elle aussi tranquille. Les cris, la peur, le sang, ça fait désordre: tout ce cauchemar est tellement plus simple à esquiver, et inconsciemment on mettra à la place du savoir-faire, de la propreté, éventuellement quelque bruissement discret. Mais la plupart des gens ne mettaient sans doute simplement rien du tout - on ne va pas commencer à réfléchir sur la mise à mort des bêtes.
Le film continuait alors par le savant dépeçage d'une cuisse de cochon, geste après geste un homme expert maniant un grand couteau bien tranchant ôtait le gras jusqu'aux muscles. Ensuite, les cuisses roses étaient soigneusement empilées dans un énorme hangar plein de gigantesques tas de cuisses, que des costauds recouvraient largement de gros sel, à la pelle - geste encore souligné par un beau ralenti. Du sel plein les cadavres. Un hangar plein de bouts de cadavres. Indifférence totale des consommateurs, tandis que je m'interrogeais: combien de milliers de cochons pour obtenir une telle quantité? Écœurement, sentiment d'impuissance et non pas d'indifférence (nuance). D'un geste lent et sûr, un employé ferme la porte du hangar, plongeant dans le noir téléspectateur et milliers de cuisses salées. Et à chaque fois dans mon esprit se superposaient les images de monceaux de cheveux, de lunettes, de vêtements, mis de côtés par les nazis dans les camps de la mort.
jambon_d_auvergne_140.jpgPuis un petite phrase, j'ai un peu oublié mais c'était quelque chose comme : "Tout vient à point à qui sait attendre." Le hangar s'ouvre à nouveau et, magique alchimie, les bouts de cadavres qui devraient être puants, verdâtres et grouillants de vers, sont mangeables par l'humain! Et, encore plus miraculeux, voilà que des humains qui se pensent civilisés salivent devant des morceaux de cadavres, des parties de corps arrachées où sont encore visibles os, peau, tendons, etc.
On pourrait appeler cete petite vidéo de propagande spéciste : "La mystérieuse transformation des cochons"...
Et un autre point fort de ce film est de largement contribuer à entretenir le mythe des animaux d'élevage libres, alors que c'est juste un nombre totalement insignifiant de cochons qui ne souffre pas le martyr en élevage industriel.

o ciclo do leite.jpgPeu de temps après, je trouvais une autre merveille de la propagande spéciste : un livre pour enfants sur le cicle du lait (Ciclo do leite). Celui-ci, on pourrait le renommer : "La mystérieuse disparition des veaux". Parce que dans ce petit livre, aucune allusion aux veaux, juste de braves vavaches ravies de donner leur lait aux humains, sans doute qu'elles en ont trop, comme ça!
Pas d'insémination forcée, par de veaux arrachés à leur mère quelques heures après leur naissance, pas de vaches complètement affolées et angoissées par la disparition de leur bébé, pas de vaches traitées comme de simples pompes à lait et abattues dès que leur production baisse. Non, dans ce merveilleux conte pour enfants, il n'y a que de belles vaches souriantes contentes, des petits enfants émerveillés et quelques adultes bienveillants. C'est si simple.
On va quand même pas commencer à leur expliquer le vrai cycle du lait: il y a toutes les chances qu'ensuite les enfants ne voudraient plus en boire. Parce que la vie d'une vache laitière, c'est pas joli joli.
lait vache.jpg

07 novembre 2009

La photo du jour

- TÊTES DE VACHES -

Des fermiers hongrois ont déposé des têtes de vache devant
le ministère de l'Agriculture, ce jeudi à Budapest.
Ils protestent contre la baisse des prix de leur production.
(photo : Libération)

hongrie.jpg

" Pendant qu'au loin le bourreau tranche
Horreur travestie en banal
Vous reprendrez bien une tranche
De ce qui fut un animal."


Le Jour se lève, Tribunal Animal.

05 mars 2006

Emotions animales

medium_vacheveau.jpgHier, j'ai trouvé un livre extra (d'ailleurs, je l'ai fait paraître dans la rubrique "livres" : colonnes à droite de ce blog) : émotions animales. Outres les photos vraiment remarquables (plein de beaux portraits d'animaux, des scènes intimes émouvantes... ), il contient des récits vraiment touchants. Et puis, il n'oublie pas (ce qui est rare !) les animaux "d'élevage". Allez, je ne résiste pas à partager une petite histoire :
L'harmonie d'un groupe de vaches repose sur des règles de vie sociale. Elles-mêmes dépendent de liens forts, d'attachement mutuel, comme ceux qui unissent une mère et son jeune. Pour preuve, cette histoire d'une génisse anglaise de 2 ans, surnommée Blackie, qui s'enfuie de la ferme où elle venait d'être vendue pour retrouver son veau situé à une dizaine de km de là, dans une région qui lui était totalement inconnue. L'histoire, rapportée dans le quotidien "World Farming Newsletter", débute au moment où la vache et son veau sont vendus au marché d'une charmante petite ville du Devon, Hatherleigh, dans le sud de l'Angleterre. Alors que la femelle est achetée par un fermier, son veau est acquis par un autre éleveur. Nourrie, logée, la vache n'en décide pas moins quelques heures à peine après son arrivée, de prendre la clef des champs en sautant par-dessus la haie. Elle sera découverte et identifiée le lendemain matin, allaitant paisiblement son jeune à plusieurs km de son lieu de départ !
Malheureusement, on ne connaît pas la suite de l'histoire : est-ce que les humains ont eu assez de compassion pour laisser ensemble cette mère et son petit ? Quitte à perdre du lait et donc de l'argent ?...
Preuve s'il en est que ce livre dépasse largement les commentaires animaliers classiques ! La page 153 précise que :
"On sait désormais que l'animal partage avec l'homme certains éléments de conscience, notamment une représentation mentale de ce qu'il fait et de qu'il a l'intention de faire", explique Robert Dantzer, vétérinaire à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). "Si cette conscience embryonnaire détermine l'aptitude à la souffrance, alors l'animal dispose de tous les éléments pour en faire l'expérience. Un animal souffre lorsqu'il n'arrive pas à exprimer le répertoire de son comportement naturel. Cette définition remet en question tout le système d'élevage industriel qui impose aux animaux des conditions de vie inadaptées à leur biologie". Si la douleur est une réaction physiologique, la souffrance exige une représentation de soi. Or les animaux connaissent la douleur et la souffrance parce qu'ils ont des représentations sensorielles et une mémoire. "J'ai pourtant été formé à l'idée que les animaux, comme les enfants, ne souffraient pas" se souvient Boris Cyrulnik. "Lorsque j'ai passé mon année préparatoire à la médecine, nous devions disséquer des animaux vivants et lorsque ces derniers criaient et se débattaient, nos professeurs nous assuraient qu'ils ne souffraient pas, cherchant à nous convaincre qu'un vélo qui grince ne souffre pas !"
Bref, un livre qui vaut vraiment le détour, qui fait réfléchir, et qui est très émouvant...