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15 décembre 2012

Quand ELLE part en vrille

 

ELLE, bouchers, viandeELLE, bouchers, viandeColère et incompréhension : c’est ce que j’ai ressenti à la lecture de l’article de Florence Besson, « Bien en bouchers ! » du le 21 septembre dernier (cf. images à gauche).

Colère, car si Florence Besson nous assure que les « nouveaux bouchers » distinguent « la viande d’élevages innommables, où les animaux sont abattus dans des usines à cauchemars », elle omet de préciser qu’il est totalement impossible que les Français ne consomment que des animaux ayant été élevés dans des conditions optimales sans réduire drastiquement leur consommation de viande. Les « élevages innommables » ont un objectif précis : fournir de la viande quotidiennement à 62 millions de Français. Car ce sont bien ces millions de poules, veaux, vaches, cochons, lapins, canards et cailles en batterie qui permettent de consommer de la viande chaque jour, pas les quelques animaux élevés avec une meilleure prise en compte de leurs besoins biologiques et physiologiques. Pour pouvoir répondre à la demande actuelle de viande en France aujourd’hui, plus de 80% des animaux sont élevés en bâtiments fermés, parqués en cage ou sur des caillebotis sans accès à l’extérieur. Tant mieux si certains bouchers proposent de la viande provenant d’animaux ayant eu une vie moins pire, mais ils seraient bien incapables de répondre à la demande. Colère, donc, car passer cela sous silence n’incite pas à réduire sa consommation de viande, et laisse croire que manger de loin en loin une côte de bœuf à 150€ ne cautionne pas l’industrie de la viande, alors que choisir de ne plus manger de viande est la seule chose qui peut avoir un impact sur les souffrances des animaux d’élevage.

Colère, encore, car Besson ne mentionne pas les aspects négatifs liés à l’élevage. La France n’a pourtant pas suffisamment de prés ni de « céréales faites sur place » pour nourrir les millions d’animaux actuellement engraissés au soja ou au maïs, en grande partie importés. Et pourtant, 50% des céréales produites en France finissent déjà dans les mangeoires. Or soja et céréales sont des denrées hautement nutritives, directement consommables par les humains. Sachant qu’il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande de bœuf et qu’à l’heure actuelle plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition, taire ces données est se faire complice de leurs souffrances. Ou bien, ne pas s’informer mais écrire sur la viande est de l’amateurisme. Colère, car l’élevage consomme des quantités astronomiques d’eau, est source de pollution des sols et des eaux, de déforestation, d’émission de gaz à effet de serre (18% selon la FAO), de pluies acides, des marées vertes en Bretagne[1]… Besson nous sert un vrai conte de fées en écrivant que « les néo-butchers offrent un espoir, celui de se nourrir sans faire de mal ni à nous-mêmes ni à la nature » !

Colère, toujours, car Besson veut nous persuader que les bouchers « aiment » les animaux. Une phrase me vient à l’esprit « La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». Georges Orwell, qui connaissait l’importance du choix des mots, avait donc eu une vision prémonitoire en décrivant la « novlangue » et les « mots trompeurs » dans son chef-d’œuvre, 1984. Avec ces mots trompeurs qui changent totalement de sens en novlangue, Orwell inventait de nouveaux slogans : « La liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » ! Et Besson d’ajouter « tuer est aimer », « la viande est pleine de vie », « la viande revit ». Non ! La viande est la chair morte d’un animal qui voulait vivre et qui a été tué ! Les animaux d’élevage semblent omniprésents dans l’article de Besson, mais en réalité ils en sont absents : seule leur viande compte aux yeux de l’auteure et des bouchers. Les animaux sentients[2], ceux qui ressentent du plaisir et de la souffrance, qui ont des désirs, des buts, une volonté propres et une vie mentale subjective, n’existent pas pour Besson qui ne conçoit leur existence qu’à travers ses intérêts personnels gustatifs.

Et si c’est bien parce que des gens « aiment les bêtes » et ont envie de voir des animaux vivants que le Salon de l’agriculture[3] est effectivement le plus populaire, nous pouvons nous demander : qu’en serait-il du Salon de l’abattage ? Besson et les bouchers parlent d’« abattoirs familiaux », semant la confusion, puisque légalement seule la viande d’animaux abattus dans un abattoir est commercialisable[4]. Mettre en avant ces « abattoirs familiaux », c’est rendre invisibles les 917 millions de volailles, 25 millions de porcs, 8 millions d’ovins, 5 millions de bovins, 1 million de caprins et 17 000 chevaux qui – issus d’élevages bios ou conventionnels – sont chaque année « aimés » à une cadence infernale[5] dans les 318 abattoirs français pour animaux de boucherie et dans les 1 520 abattoirs pour volailles[6].

Indignation devant l’indécence de Besson qui clame sa fascination pour « ces amas de chair, de muscles, ce sang, ces ventres chauds des vaches », qui « redécouvre l’érotisme dans le carnivore », fantasme sur un bout de barbaque et des bouchers « musclés » et « virils », « si sexy dans leur tablier blanc ». De grâce, épargnez-nous ces fantasmes érotiques de domination sur les animaux et de soumission à la virilité ! Et Besson touche à l’indécence en écrivant « c’est viril, c’est rassurant, ce retour à Cro-Magnon » ! Comment peut-on oser rayer ainsi d’un trait des milliers d’années de civilisation, d’avancées technologiques, politiques et éthiques, dont ont bénéficié des milliards d’hommes et de femmes ? Souhaite-elle vraiment le retour à l’infanticide, à l’esclavage, aux grossesses subies, aux balbutiements de la médecine, j’en passe et des meilleures ? Non, sans doute, alors pourquoi des phrases aussi inconséquentes ?

Car quitte à vouloir fantasmer sur des corps d’hommes, pourquoi ne pas le faire avec les body bulders végétaliens[7] qui, eux, ne versent pas dans la barbarie ? Et qui nous prouvent qu’on peut être en excellente santé avec une alimentation totalement exempte de produits animaux et qui ne nécessite pas de verser le sang.



[1] Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site http://www.viande.info/

[2] Pour en savoir plus sur la sentience des animaux : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article281&var_recherche=sentience

[3] Salon de l’agriculture qui ne donne aucune information sur les élevages intensifs ni sur l’abattage des animaux, mais présente une vision bucolique et fausse de l’exploitation des animaux.

[4] Pour en savoir plus sur la législation : http://www.oaba.fr/

Pourquoi Besson ne mentionne-t-elle pas les nombreux bouchers qui s’insurgent contre l’abattage familial ? http://www.leprogres.fr/jura/2011/06/07/les-bouchers-en-colere-contre-l-abattage-familial

[5] Un coup d’œil sur la page suivante est très instructif à ce sujet : http://www.planetoscope.com/elevage-viande/1172-nombre-d-animaux-tues-pour-fournir-de-la-viande-dans-le-monde.html

[6] Source : http://www.one-voice.fr/alimentation-et-vetements-sans-barbarie/labattage-conventionnel/

[7] À toutes fins utiles, voir le site : http://www.veganbodybuilding.com/

10:10 Publié dans animaux | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : elle, viande, bouchers

21 août 2012

2012, la faim du monde

Cet été fut torride et désespérément sec aux Etats-Unis: 60% des USA et du Mexique touchés par une sécheresse historique ; les récoltes de soja et de blé d'un des "plus grand grenier du monde" seront catastrophiques. Scénario identique en Russie, Ukraine et Kazakstan ; en Inde, la mousson tarde et est faible ; en Europe, ce sont les inondations et l'excès d'eau qui gâtent les récoltes. Les espoirs se reportent désormais sur l'hémisphère sud: Australie, Brésil, Argentine... mais d'ores et déjà, 2012 sera une nouvelle fois le théâtre de la faim dans le monde.
Force est de constater qu'au XXIe siècle, les années déficitaires en céréales sont dorénavant plus fréquentes que les années excédentaires ; on n'arrive pas à reconstituer des stocks dignes de ce nom et d'ailleurs on ne tente guère car ce n'est plus à la mode : le "moderne" maintenant, c'est la spéculation ! On vit au jour le jour, et la paix dépend des incidents climatiques dans les zones d'excédents céréaliers, lesquelles sont peu nombreuses et très localisées : les mauvaises récoltes de 2007 ont entraîné des émeutes de la faim de 2008 dans trente-six pays, de Dakar à Mexico en passant par Le Caire, tandis que celles de 2010 ont été une cause directe des révolutions arabes...
Si le cours des céréales et du soja continue à flamber, les spéculateurs (qui sont autant de criminels) vont s'en donnerà cœur joie, aggravant le phénomène.
Trois conséquences sont prévisibles, puisque les céréales ont maintenant trois usages concurrents.

Une bonne partie des 920 millions de mal-nourris, en tout cas ceux qui habitent dans les grands bidonvilles du monde, auront encore plus faim. Ces gens consacrent souvent de 70% à 80% de leurs ressources à acheter leur nourriture, ils ne pourront pas faire face à des augmentations de prix. Et il y aura 30, 50 ou 70 millions d'affamés supplémentaires parmi ceux qui mangeaient mal mais mangeaient encore sans avoir trop faim. Le cap du milliard d'affamés sera de nouveau dépassé, prouvant par là même que notre modèle de société actuel n'est ni "soutenable" ni responsable.

Les éleveurs ne pourront pas nourrir tous les animaux élevés : la moitié du blé mondial et les trois quarts du maïs et du soja ne servent pas à nourrir directement les humainEs, à faire du pain, des pâtes, du couscous, des tortillas ou du tofu, mais à exploiter des animaux qui seront tués et à s'octroyer leurs productions : poulet, œufs, u porc, lait, bœuf ! Petit rappel: il faut en moyenne 7 protéines végétales pour fabriquer une protéine animale...
Ces crises à répétition devraient remettre en question la durabilité de notre système alimentaire, qui nous amène à manger en France chaque année 85 kg de viande et 90 kg de laitage! Et que dire des Etats-Unis (125 kg de viande), sans comper la Chine qui rejoint notre gabegie alimentaire ?

Les politiques de soutien aux agrocarburants de première génération (éthanol à base de maïs aux Etats-Unis (bientôt en Europe), biodiésel à base de colza en Europe ou d'huile de palme dans de nombreux pays du Sud) vont à nouveau être fortement questionnées. Est-il raisonnable de brûler une ressource aussi essentielle et dorénavant rare que les grains de céréales ou d'oléagineux, et de défricher à grande échelle la forêt vierge pour pouvoir poursuivre ? Non, bien sûr !

La faim dans le monde n'est plus inéluctable, même en prenant en compte les catastrophes naturelles que sont les sécheresses ou les inondations. Aujourd'hui, la faim dans le monde est le pur résultat des facteurs simultanés que sont: la spéculation, la consommation de viande et de produits animaux, la fabrication d'agrocarburants, le gaspillage alimentaire et le désengagement politique.
Au moins sur la consommation de viande et de produits animaux (produits laitiers, oeufs, mais aussi cuir, laine) nous avons tous un pouvoir décisionnel; celui de refuser d'en consommer, de refuser d'être acteur/actrice de la famine.

-> Cette note est en grande partie élaborée via un article de Le Monde, "Il faut en finir avec la gabergie alimentaire", du 20 août 2012.

13 juin 2012

En France, l'élevage est positif pour l'environnement (mais en France seulement)

C’était inespéré. La multinationale Sodexo, géant de l’alimentaire, a dénoncé des méfaits liés à la consommation de viande. En juin 2012, Sodexo a publié et diffusé deux affiches relatant explicitant pour l’une que « la production d’un kilo de viande de veau pollue autant qu’un trajet autombile de 200 km ! Le méthane rejeté par les bovins dans l’atmosphère est un gaz à effet de serre 20 fois plus impactant que le CO2 », et pour l’autre que « le carnivore européen moyen aura mangé, dans sa vie… 760 poulets, 20 porcs, 29 moutons, 5 bœufs ! En 40 ans, la consommation est passée de 56 à 89 kilos par personne et par an en Europe, et de 89 à 124 kilos aux Etats-Unis… mais également de 4 à 54 kilos en Chine ».

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Ces deux affiches, qui n’ont été utilisées que dans une cinquantaine des 700 restaurants d’entreprise français exploités par l’entreprise, n’ont pas échappé à un éleveur du Pays de la Loire qui a sonné l’alerte : une condamnation unanime et immédiate de ces affiches a été lancée par la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), le FNB (Fédération Nationale Bovine), la FNSEA 44, Jeunes Agriculteurs 44 et la FRSEA (Fédération Régionale des Syndicats d'Exploitants Agricole), et une centaine d’éleveurs[1] a manifesté devant un centre Sodexo pour manifester sa colère au sujet des affiches «anti viande». Et Sodexo de trembler et présenter des excuses via un communiqué de presse, reconnaissant platement avoir eu connaissance de « nouveaux éléments venant infirmer des affirmations contenues dans ces affiches ».

Car les agriculteurs et leurs représentants n’ont pas manqué d’arguments ! Voyez plutôt, ils ont dénoncé « une campagne de communication calomnieuse»[2], « inacceptable et [qui] concerne toutes les viandes »[3] ! Quel infamie ! Une campagne dont le «procédé» est «déplorable», affirme Xavier Beulin, président de la FNSEA, lequel précise d’ailleurs que «l'élevage français est une fierté de notre agriculture et de notre pays», et qui souligne les «démarches de qualité et de protection de l'environnement» menées par les éleveurs[4]. Si Monsieur Beulin ne s’étend guère plus sur la façon dont les éleveurs protègent l’environnement, c’est que c’est inutile : puisqu’il vous le dit ! Chaque aliment que nous consommons a un impact environnemental, et de plus en plus de rapports scientifiques dénoncent les méfaits environnementaux liés à la production de viande, mais sachez que la France est le seul pays au monde où la viande a un impact positif sur l’environnement. Donc, les bovins français émettent zéro gaz à effet de serre (GES). Etonnamment, aucun scientifique ne semble s’intéresser à cet extraordinaire phénomène.

Et peu importe qu’un rapport de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) de 2006 rapporte que l’élevage est responsable de 18% des émissions annuelles des GES dans le monde[5] : visiblement, la France ne fait pas partie du monde.

Inutile également de préciser que l’élevage extensif et le soja exporté comme aliment du bétail sont la première cause de la déforestation selon Alain Karsenty, économiste au Centre de coopération internationale pour le développement et expert auprès de la Banque mondiale[6], ni que suite à une enquête de 3 ans, Greenpeace affirme en 2009 que l’élevage bovin est responsable à 80% de la destruction de la forêt amazonienne[7]. On ne va quand même pas chipoter parce qu’avec 4,5 millions de tonnes de soja importés chaque année, la France est le premier importateur européen (22% du soja exporté par le Brésil lui est destiné)[8], ni sur le fait que ce soja d’importation est en grande partie génétiquement modifié[9]. Broutilles.

Pourquoi s’attarder sur le fait que la France est le premier pays émetteur d’ammoniac en Europe[10], et que ces émissions, qui sont à 95% d’origine agricole et dont 80% proviennent des élevages, génèrent 300 millions de tonnes de déjections animales par an[11]. La pluie s’acidifie au contact de l’ammoniaque présent dans l’air (gaz très soluble dans l’eau), perturbe la photosynthèse et les « pluies acides » détruisent les éléments nutritifs du sol causant le dépérissement forestier. Un rapport de 1999 sur l’état des forêts en Europe indiquait que 20% des terres sont très acides, 2/3 des forêts sont endommagées et 21,4% ont subi une défoliation d’au moins 25%[12]. Les lacs, les fleuves, les ruisseaux et les rivières sont eux aussi altérés par les pluies acides : on observe une réduction et une disparition d’espèces aquatiques, très sensibles au changement de pH[13].

Quant à la Bretagne, elle remercie l’industrie de la viande car la population d’animaux d’élevage produit au minimum l’équivalent de la pollution organique de 60 millions d’habitants (soit les excréments de la population française répandus sans traitement sur le sol breton). Ce n’est pas par hasard que la Bretagne est une région désormais réputée pour le charme de ses marées d’algues vertes toxiques.

L’élevage français consomme également des quantités invraisemblables d’eau (mais peu importe, tout le monde a vu que le printemps 2012 a été particulièrement pluvieux, bon d’accord ça n’a pas permis de restaurer les nappes phréatiques qui souffrent d’une diminution générale de la pluviométrie, mais on ne va pas s’arrêter sur les détails).

Comme Monsieur Beulin, nous restons subjugués par tant de bienfaits environnementaux directement liés à l’élevage français, qu’il ne faudrait surtout pas «stigmatiser» par des faits objectifs.

Et encore, nous ne parlons ici que des aspects environnementaux – passons sous silence le fait que, dans un monde où  des millions de personnes crèvent littéralement de faim, des millions de tonnes de soja et de céréales cultivés dans les pays pauvres engraissent les animaux d’élevage destinés à nourrir les habitants des pays les plus riches. Taisons aussi les conséquences néfastes de la consommation de viande sur la santé humaine : contaminations, augmentation de certains cancers et de l’ostéoporose (ce dernier fait commence à être ébruité jusque chez nous, mais que fait le lobby laitier ?), des maladies cardiovasculaires, de l’obésité...

Mais à quoi bon s’attarder sur autant de faits anecdotiques, l’essentiel n’est-il pas de ne pas froisser la sensibilité des éleveurs ?

C’est ce qu’à appris Sodexo. Ce géant mondial de l’alimentaire, présent dans 80 pays avec un chiffre d’affaire pour 2009-2010 de 15,3 Mds €, implanté sur 33 543 sites (entreprises, administrations, écoles, université, hôpitaux, résidences pour personnes âgées, sites militaires, etc. ) s’est écrasé face à une poignée d’agriculteurs mécontents. Peut-être qu’avoir été désigné en 2010 comme faisant partie des entreprises les plus éthiques, selon des critères de responsabilités citoyennes, de gouvernance et d'innovation au service de tous les publics,[14] lui a fait croire qu’on pouvait briser la loi de l’omerta et déranger certains lobbies.

La dénonciation n’a donc duré que l’espace d’un instant, les affiches ont disparu et tout est rentré dans l’ordre dans le meilleur des mondes : dormons en paix, les éleveurs veillent pour nous.

Mais pour celles et ceux qui auraient envie de se réveiller, il est encore temps: consultez l'excellent site viande-info, devenez veg et... contactez Sodexo pour exprimer votre désarroi d'un tel retournement de situation.



[1] http://www.agri44.fr/mobile/article-actualite.php?id=1736&num_page=1

[2] http://www.agri44.fr/mobile/article-actualite.php?id=1736&num_page=1

[3] http://www.agri44.fr/mobile/article-actualite.php?id=1736&num_page=1

[4] http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/polemique-autour-daffiches-anti-viande-fnsea-accuse-sodexo-11-06-2012-58231

[5] FAO, Livestock Long Shadow, 2006, p. 112.

[6] Laurence Caramel, « Lutte contre la déforestation : attention aux mirages », Le Monde, 27 octobre 2009.

[7] http://www.greenpeace.org/france/fr/campagnes/forets/fiches-thematiques/en-amazonie/

[8] Aurélie Billon, ENESAD ; Emmanuelle Neyroumande, Cyrille Deshayes, WWF-France , « Vers plus d’indépendance en soja d’importation pour l’alimentation animale en Europe – cas de la France », janvier 2009, page 12‑13.

[9] http://www.brest-ouvert.net/article1164.html

[11] Étude pilote sur les déchets agricoles, IFEN –SCEES, mars 2005, p.53

[13] US Environmental Protection Agency, Effects of Acid Rain - Surface Waters and Aquatic Animals.

[14] http://fr.wikipedia.org/wiki/Sodexo

 

26 janvier 2010

Herodote

Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance de profiter d'un bon plan : un agriculteur qui avait récolté trop de patates (par rapport à quelque sombre quota) ayant pris la bonne initiative de les reverser en tas dans son champ et de permettre aux quidams de venir s'approvisionner gratos, j'ai fait mon stock de patates pour plusieurs mois. Je suis sure que  bien plus de cent personnes ont eu l'opportunité de venir remplir des cagettes de délicieuses patates, et pour autant les tas - plusieurs tonnes de patates - ne diminuaient pas. Suite à cette petite aventure, j'ai discuté avec un ami  (que je salue ici :-) du gaspillage alimentaire effectué en France : régulièrement, les médias informent que tant de tonnes de choux-fleurs, de tomates ou de pêches sont incinérées ou reversées dans les champs, voire ô miracle distribuées gratos - pour respecter les quotas européens. Je me souviens d'une journée de vendange passée à couper une grappe sur deux et à la laisser tomber par terre - quotas obligent, encore une fois : interdiction formelle de produire plus que x tonnes de vin, et attention un inspecteur passait en fin de journée vérifier à vue d'oeil qu'il y avait bien des tonnes de raisin jetées au sol. Pour en savoir ludiquement un petit peu plus sur ce sujet, il y a le film Les glaneurs et la glaneuse d'Agnès Varda, ou encore Notre pain quotidien, qui montre, entre autres, qu'avec le pain incinéré à Vienne en Autriche il serait possible d'alimenter quotidiennement la seconde ville de ce pays. Lors ce cette discussion, nous nous sommes alors demandés s'il en était de même avec la viande : quid des quotas, de la destruction de stocks de viande? Sans jamais avoir rien lu ou entendu sur le sujet, on pensait qu'il n'y avait aucune raison pour que ce soit différent...
Et en effet, aujourd'hui j'ai trouvé quelques données :

« Une destruction massive de viande comestible

En 2000, rien qu’en France, 55 000 tonnes de carcasses de bovins ont été sorties des congélateurs pour être incinérées dans le but de dégager les marchés encombrés et de faire remonter les cours. Les autorités européennes avaient estimé que c’était la méthode la moins coûteuse pour faire disparaître cet excédent. Après dénaturation pour décourager les fraudeurs, ces viandes ont été transformées en farines qui, elles-mêmes, après un stockage onéreux, ont été détruites. » (p39)

« Les jeunes veaux euthanasiés.

En 1996, l’Union européenne connaissait un nouvel excédent de viande bovine après tant d’autres. Faute de l’avoir prévu et d’avoir recherché à temps des débouchés, les eurocrates prirent une mesure d’abattage et d’incinération, dès la naissance, des veaux mâles nés dans les élevages laitiers moyennant une prime de 122 euros à l’éleveur, ce qui, à terme, avait évidemment une incidence sur le volume de viande produit. En France, en trois ans, 600 000 veaux furent ainsi euthanasiés au titre du programme Hérode ainsi identifié par la Commission européenne. » (p. 41)

foetus-veau.jpg

Ces passages sont issus du livre de F. Guillaume, Vaincre la faim. Pour en finir avec l'inacceptable... Eyrolles, 2009.
Le gaspillage de viande existe donc bel et bien, et pas dans une demie mesure : 600 000 veaux tués à la naissance, et combien de  dizaines de milliers de vaches tuées pour faire 55 000 tonnes? Tous ces meurtres complètement vains, toutes ces vies jetées à la poubelle. Un truc rigolo : les veaux tués pour leur viande sont "abattus", alors que ces veaux tués par respect des quotas ont été "euthanasiés". Pourtant, on imagine assez mal des vétérinaires passant de ferme en ferme pour euthanasier par piqûre les veaux, avec le moins de douleur et de stress possible. J'ignore vraiment pourquoi, mais jaurais presque tendance à penser plutôt à des "euthanasies" par des sortes d'étouffement ou à coups de pelle...
Je n'ai pas lu le bouquin par ailleurs (je l'ai découvert aujourd'hui), mais la suite du chapitre sur les veaux euthanasiés donne ça :

« Politiquement, cette mesure n’a pas été reconduite. De l’aveu même de la Commission européenne, ce n’est pas pour une raison éthique mais sous la pression des associations de défense du bien-être animal, ce qui donne une piètre opinion des priorités et mobiles de Bruxelles. » (p 41)

L'auteur nie tellement grossièrement toute dimension éthique à la lutte pour les animaux que ça montre surtout à quel point ceux-ci sont dramatiquement inexistants pour lui, de simples choses, des biens de consommation. Léthique, ça s'arrête aux frontières étroites et anthropocentriques de notre humanité, c'est ça? Ce pauvre homme devrait s'informer et réfléchir un peu avant d'écrire, ça lui éviterait d'avancer de telles inepties, pour ne pas dire insanités, et encore je reste polie.
Je n'ai même pas recopié ici les quelques pénibles lignes de ce passage où il commente le choix d'avoir appelé ce programme de meurtre massif "Hérode"* -, qualifiant ce parallèle historique de "péché contre l'esprit". Question : pourquoi n'a-t-il pas mis un "E" majuscule à "esprit"? Autre question : c'est quoi, un péché?
Bizarrement, je ne suis en fait pas hyper enthousiaste pour lire le bouquin...
Un "péché contre l'esprit"...
Hahaha.
Le meurtre de 600 000 animaux dès leur naissance ne vaut donc-t-il absolument rien?
Combien de millions d'animaux, de milliards d'animaux devront encore périr assassiner pour que s'éveillent les consciences?
Ceci dit, ces 600 000 veaux mâles ont sans doute échappé à une vie de souffrance : douleur émotionnelle et physique de la séparation d'aveur leur mère, engraissement en stabulation dans l'obscurité sans bouger, stress du transport en enfin abattage - l'autre facette de la production de lait.

*Pour rappel, c'est Hérode qui a ordonné le meurtre de tous les enfants mâles de moins de deux ans dans la région de Béthléem, peu après la naissance de Jésus, en vue d'éliminer Jésus. Il semblerait qu'environ 2 000 bébés humains aient ainsi été tués.

07 novembre 2009

La photo du jour

- TÊTES DE VACHES -

Des fermiers hongrois ont déposé des têtes de vache devant
le ministère de l'Agriculture, ce jeudi à Budapest.
Ils protestent contre la baisse des prix de leur production.
(photo : Libération)

hongrie.jpg

" Pendant qu'au loin le bourreau tranche
Horreur travestie en banal
Vous reprendrez bien une tranche
De ce qui fut un animal."


Le Jour se lève, Tribunal Animal.